Pimandre, le Logos, émerge des Ténèbres Infinies, et couvre la terre de nuages, qui comme des serpents, se répandent sur tout le monde. (Voyez l‘Egypte de Champollion). Le Logos est la plus ancienne image de Dieu, et il est le Logos actif, dit Philon le Juif (256d). Le Père est la Pensée Latente.
Comme cette notion est universelle, nous constatons la même phraséologie pour l’exprimer chez les Païens, les Juifs et les chrétiens primitifs. Le Logos Chaldéo-Perse est le Fils Unique du Père dans la cosmogonie babylonienne d’Eudemus. Un des hymnes d’Homere au soleil commence par « chante maintenant ELI, Enfant de Deus (257d) » Sol-Mithra est une « image du Père », comme le Seir-Anpin cabalistique.
Il est presque incroyable que de toutes les différentes nations de l’antiquité aucune n’ait cru davantage à un diable personnel que les chrétiens libéraux du XIXème siècle, et cependant, le fait est douloureusement exact. Ni les Egyptiens, que Porphyre prétend être « le peuple le plus savant du monde » (258d), ni la Grèce, qui en est la fidèle copie, n’ont jamais été coupables d’une pareille absurdité. Disons, tout de suite, qu’aucun de ces peuples, voire même les anciens Juifs, ne croyait pas plus au Diable qu’à l’enfer ou à la damnation éternelle, bien que nos Eglises chrétiennes ne se fassent pas défaut d’en doter les païens avec libéralité. Partout où le mot « enfer » se trouve dans les traductions des textes sacrés hébreux, il est malheureux. Les Hébreux étaient absolument ignorants de cette notion ; mais les évangiles donnent de fréquents exemples de ces mêmes erreurs. Ainsi, lorsqu’on fait dire à Jésus (Mathieu XVI, 18) « … et les portes du Hadès ne prévaudront point contre elle », on lit dans le texte originel « les portes de la mort ». Le mot « enfer » – dans son acception de lieu de damnation, temporaire ou éternelle – n’est jamais employé dans un passage quelconque de l’Ancien Testament, malgré tout ce que pourront dire dans le sens contraire, les partisans de l’enfer. « Tophet », ou « la Vallée de Hinnom » (Esaïe LXVI, 24) ne comporte pas une pareille interprétation. Le terme grec « Gehenna » a aussi une signification tout à fait différente, et plus d’un auteur compétent a parfaitement bien prouvé que « Gehenna y est l’équivalent du Tartare d’Homere.
Et, de fait, nous avons pour cela l’autorité de Pierre lui-même. Dans sa seconde Epître (II, 2) on fait dire à l’apôtre, dans le texte originel, au sujet des anges pécheurs, que Dieu « les précipita dans le Tartare« . Cette expression qui rappelait trop clairement le combat entre Jupiter et les Titans, fut changée, et nous lisons aujourd’hui dans la version anglaise du Roi Jacques : « les précipita dans l’enfer« .
Dans l’Ancien Testament, les expressions « portes de la mort », « chambres de la mort » ne sont qu’une allusion aux « portes du tombeau » qui sont spécialement mentionnées dans les Psaumes et les Proverbes. L’Enfer et son Souverain sont, tous deux, des inventions du christianisme, contemporaines de son accession au pouvoir et à la tyrannie. Ce sont des hallucinations nées des cauchemars de saint Antoine et autres dans le désert. Avant notre ère, les anciens sages connaissaient le « Père du Mal », et le traitaient comme un âne, l’emblème choisi pour représenter Typhon, « le Diable » (259d). Triste dégénérescence du cerveau humain !
De même que Typhon était l’ombre obscure de son frère Osiris, Python est le côté mauvais d’Apollon, le lumineux dieu des visions, le voyant et le prophète. Il est mis à mort par Python, mais il le tue à son tour, sauvant ainsi l’humanité du péché. Ce fut en souvenir de cet exploit que les prêtresses du Dieu-solaire s’enveloppaient d’une peau de serpent, emblème du monstre fabuleux. C’est sous son influence exhilarante (la peau de serpent aurait des propriétés magnétiques) que les prêtresses tombaient en transe magnétique, « et recevant leur voix d’Apollon » prophétisaient et délivraient des oracles.
Apollon et Python sont encore une seule et même personne, et moralement androgynes. Les notions du dieu-solaire sont toutes, sans exception, doubles. La chaleur bienfaisante du soleil appelle le germe à l’existence, mais la chaleur excessive tue aussi la plante. Lorsqu’il joue sur sa lyre planétaire aux sept cordes, Apollon produit l’harmonie ; mais, de même que tous les autres dieux solaires, sous son aspect sombre il devient Python, le destructeur.
On sait que saint Jean voyagea en Asie, pays gouverné par les Mages et imbu d’idées zoroastriennes et, à cette époque, traversé de part et d’autre par les missionnaires bouddhistes. S’il n’avait jamais visité ces contrées et n’avait jamais été en contact avec les bouddhistes, il est peu probable qu’il eût écrit l’Apocalypse. Outre ses notions sur le dragon, il fournit des récits prophétiques, absolument ignorés des autres apôtres, et qui, ayant trait à sa seconde venue, font du Christ une fidèle copie de Vichnou.
C’est ainsi que Ophios et Ophiomorphos, Apollon et Python, Osiris et Typhon, Christos et le Serpent, sont tous des termes interchangeables. Ce sont tous des Logoï, et l’un est inintelligible sans l’autre, de même que le jour ne se connaîtrait pas s’il n’y avait pas de nuit. Tous sont des régénérateurs et des sauveurs, l’un au sens spirituel, et l’autre au sens physique. L’un assure l’immortalité de l’Esprit Divin ; l’autre la procure au moyen de la régénération de la semence. Le Sauveur de l’humanité doit mourir, parce qu’il lui dévoile le grand secret de l’égo immortel ; le serpent de la Genèse est maudit parce qu’il dit à la matière « Vous ne mourrez point. » Dans le monde païen, la contrepartie du « serpent’ est le second Hermès, la réincarnation d’Hermès Trismégiste.
Hermès est le compagnon constant et l’instructeur d’Osiris et d’Isis. Il est la sagesse personnifiée ; la même chose a lieu pour Cain, fils du « Seigneur ». Tous les deux bâtissent des cités, ils civilisent les hommes et les instruisent dans les arts.
Il a été dit maintes et maintes fois, par les missionnaires chrétiens de Ceylan et de l’Inde, que le peuple est plongé dans la démonolâtrie ; que ce sont des adorateurs du diable, dans le sens le plus plein du mot. Nous affirmons, sans exagération, qu’ils ne le sont pas plus que la messe des chrétiens incultes. Mais, même s’ils adoraient le Diable, (ce qui est plus que d’y croire seulement), il y a cependant une grande différence entre les enseignements de leurs prêtres au sujet d’un diable personnel, et les dogmes du clergé catholique et aussi de beaucoup de pasteurs protestants. Les prêtres chrétiens sont tenus d’enseigner à leurs ouailles et de forcer leur esprit à reconnaître l’existence du Diable, et dans les premières pages de ce chapitre nous en donnons la raison. Mais non seulement les Oepasampala Cingalais qui appartiennent au plus haut clergé, ne veulent- ils pas croire à un démon personnel, mais même les Samenaïra, candidats et novices, ne feraient que rire de cette idée. Tout, dans le culte extérieur des Bouddhistes est allégorique, et n’est jamais autrement accepté – ou enseigné par les pungis (les pandits) instruits. L’accusation qu’ils permettent, et autorisent tacitement de laisser le pauvre peuple plongé dans la superstition la plus dégradante, n’est pas sans fondement ; mais nous nions formellement qu’ils encouragent de pareilles superstitions. Et en cela ils apparaissent à leur avantage à côté de notre clergé chrétien, qui (du moins tous ceux qui ne laissent pas leur fanatisme prendre le dessus de leur intelligence) sans en croire un seul mot, prêchent néanmoins l’existence du Diable, comme l’ennemi personnel d’un Dieu personnel, et le mauvais génie de l’humanité.
Le Dragon de saint Georges, qu’on voit si communément représenté dans les plus importantes cathédrales des Chrétiens n’est pas plus engageant que le Roi des serpents, le Nammadânamnâraya des bouddhistes, le grand Dragon. Si, suivant la superstition populaire des Cingalais le Démon planétaire Rawho, est supposé détruire la lune en l’avalant ; si, dans la Chine et la Tartarie on permet au peuple de frapper sur des gongs et de produire un bruit infernal pour obliger le monstre à lâcher sa proie pendant les éclipses, pourquoi le clergé catholique y verrait-il du mal, ou le taxerait-il de superstition ? Le clergé des campagnes du sud de la France ne fait-il pas la même chose, à l’occasion, pendant l’apparition des comètes, des éclipses et des autres phénomènes célestes ? Lors du passage de la comète de Halley en 1456 « son apparition fut si terrifiante » dit Draper, « que le Pape, lui-même se vit obliger d’intervenir. Il l’exorcisa et la chassa du firmament. Elle s’enfuit dans les abîmes de l’espace, effrayée des malédictions de Calixte III, et ne se hasarda pas à revenir avant soixante-quinze ans (260d) » !!
Nous n’avons jamais entendu dire qu’un Pape ou un prêtre chrétien ait jamais cherché à dissuader les ignorants que le Diable était pour quelque chose dans les éclipses et les comètes ; mais nous voyons qu’un grand- prêtre bouddhiste dit à un fonctionnaire qui le plaisantait au sujet de cette superstition : « nos livres religieux cingalais nous enseignent que les éclipses du soleil et de la lune annoncent une attaque du Rahu (261d), (une des neuf planètes) mais non d’un diable (262d) ».
Le mythe du « Dragon », si apparent dans l’Apocalypse et la Légende Dorée, et de la fable de Simeon le Stylite convertissant le Dragon, est sans contredit d’origine bouddhique, et peut-être même pré-bouddhique. Ce furent les pures doctrines de Gautama qui ramenèrent au Bouddhisme les cashmiriens qui étaient primitivement adonnés au culte Ophite, ou culte du serpent. L’encens et les fleurs remplacèrent les sacrifices humains et la croyance aux démons personnels. Ce fut au tour du christianisme d’hériter de la superstition dégradante au sujet des diables investis de pouvoirs pestilentiels et meurtriers. La Mahâvansa, le plus ancien des livres cingalais, raconte l’histoire du Roi Covercapal (Cobra-de-Capello), le dieu- serpent, qui fut converti au bouddhisme par un saint Rahat (263d) ; et cette histoire est antérieure, et de beaucoup, à la Légende Dorée qui dit la même chose de Simeon le Stylite et de son dragon.
Le Logos triomphe une fois de plus du grand Dragon ; saint Michel, le brillant archange, le chef des Æons, est vainqueur de Satan (264d).
Un fait digne de remarque, c’est que tant que l’initié garde le silence sur « ce qu’il sait », il est en sûreté. C’était le cas dans les temps anciens et ce l’est encore, de nos jours. Aussitôt que le Dieu des Chrétiens émanant du Silence, se manifesta comme – le Verbe ou le Logos, ce fut la cause de sa mort. Le serpent est le symbole de la sagesse et de l’éloquence, mais il est aussi celui de la destruction. « Oser, savoir, vouloir et se taire« , sont les axiomes cardinaux du cabaliste. De même qu’Apollon et les autres dieux, Jésus est mis à mort par son Logos (265d) ; il ressuscite, le tue à son tour et devient son maître. Est-il possible que cet antique symbole comme toutes les autres conceptions philosophiques de l’antiquité, ait plus d’une signification allégorique, et insoupçonnée ? Les coïncidences sont trop singulières pour être le résultat d’un simple hasard.
Et maintenant que nous avons montré l’identité entre Michel et Satan, et les Sauveurs et Dragons des autres peuples, qu’y a-t-il de plus clair que toutes ces fables philosophiques aient eu leur origine en Inde, cette terre universelle du mysticisme métaphysique ? « Le monde » dit Ramatsariar, dans ses commentaires des Védas, « commença par une lutte entre l’Esprit du Bien et l’Esprit du Mal ; il doit finir de même. Après la destruction de la matière, le mal ne peut plus exister, il faut qu’il rentre dans le néant (266d) ».
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