LE MYTHE DU DIABLE – partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre X - Le Mythe du Diable

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Hercule était aussi le « premier né ». Il est également Bel, Baal, Bal, et, par conséquent, Siva, le Destructeur. Euripide parle de Bacchus comme « Bacchus le Fils de Dieu ». A sa naissance, Bacchus, comme le Jésus des Evangiles Apocryphes était fort redouté. On le représente comme bienveillant pour l’humanité ; néanmoins il punissait sans pitié tous ceux qui manquaient de respect à son culte. Penthée, le fils de Cadmus et d’Hermione, fut, de même que le fils du Rabbin Hannon, tué pour son manque de piété.

L’allégorie de Job, que nous avons déjà citée, correctement interprétée, fournira la clé de toute cette affaire du Diable, de sa nature et de son emploi ; elle étaiera nos déclarations. Que les âmes pieuses ne prennent pas ombrage à ce terme d’allégorie. Dans les temps archaïques le mythe était la méthode d’enseignement universellement en usage. Paul, en écrivant aux Corinthiens, déclare que toute l’histoire de Moise et des Israélites était typique (229d) ; et dans son Epître aux Galates, il affirme que toute l’histoire d’Abraham, de ses femmes et de ses enfants, était une allégorie (230d). C’est une théorie qui a presque la valeur d’une certitude, que les livres historiques de l’Ancien Testament ont le même caractère. Nous ne prenons pas trop de liberté envers le Livre de Job en lui donnant la même valeur que Paul attribuait aux histoires d’Abraham et de Moise.

Peut-être serait-il utile d’expliquer l’usage que les anciens faisaient de l’allégorie et de la symbologie. La première laisse déduire la vérité ; le symbole exprimait une qualité abstraite de la Divinité, aisément compréhensible pour les laïques. Là se bornait sa signification élevée ; dis lors, les masses l’employaient comme une image qui devait servir dans les rites idolâtres. Mais l’allégorie était gardée pour le sanctuaire intérieur où, seuls, les élus étaient admis. Par conséquent la réponse de Jésus à ses disciples, lorsqu’ils lui demandaient pourquoi il parlait au peuple en paraboles, fut la suivante : « Parce qu’il vous a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux et que cela ne leur a pas été donné. Car on donnera à celui qui a et il sera dans l’abondance mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a » (Matthieu, XIII, 1112). On lavait une truie dans les Mystères mineurs, pour représenter la purification du néophyte ; de même que son retour à la fange était une indication de la nature superficielle de l’œuvre accomplie.

« Le Mythe est la pensée non révélée de l’âme. Le trait caractéristique du mythe est de convertir la réflexion en histoire (c’est-à-dire en forme historique). Dans l’épopée, comme dans le mythe, l’élément historique prédomine. Les faits (les événements extérieurs) constituent souvent la base du mythe et c’est avec ceux-ci que sont tissées les notions religieuses. »

Toute l’allégorie de Job est un livre ouvert pour celui qui comprend le langage imagé de l’Egypte, tel qu’il apparaît dans le Livre des Morts. Dans la scène du jugement on voit Osiris assis sur son trône, tenant, d’une main le symbole de la vie, « le crochet d’attraction » et, de l’autre, l’éventail mystique de Bacchus. Devant lui se tiennent les fils de Dieu, les quarante- deux assesseurs des morts. Un autel s’élève immédiatement devant le trône, couvert de présents et surmonté de la fleur de lotus sacré, sur lequel quatre esprits se tiennent debout. L’âme qui va être jugée attend à l’entrée, et Thmei, le génie de la Vérité, la félicite à propos de la conclusion de sa probation. Thoth, un roseau à la main, enregistre le procès-verbal dans le Livre de Vie. Horus et Anubis, à côté des balances, notent les poids qui doivent déterminer si le cœur du décédé équilibre le symbole de la vérité, ou si celui-ci l’emporte. Sur un piédestal siège une chienne – symbole de l’Accusateur.

L’initiation aux Mystères, ainsi que toute personne intelligente le sait, était la représentation dramatique des scènes du monde inférieur. Il en est de même de l’allégorie de Job.

Plusieurs critiques prétendent que ce livre a été écrit par Moise. Mais il est antérieur au Pentateuque. Le poème, lui-même, ne fait aucune mention de Jéhovah ; et si son nom se trouve dans le prologue ce doit être le fait d’une erreur des traducteurs, ou alors la préméditation rendue nécessaire par la suite, pour transformer le polythéisme en une religion monothéiste. Le plan adopté fut simplement celui d’attribuer les nombreux noms des Elohim (les dieux) à un dieu unique. Ainsi, dans un des plus anciens textes hébreux du Livre de Job (au chapitre XII, 9) nous trouvons le nom de Jéhovah, tandis que tous les autres manuscrits portent celui « d’Adonaï ». Mais le nom de Jéhovah ne figure nulle part dans le poème originel. A sa place on y voit ceux de Al, Aleim, Ale, Shaddai, Adonai, etc. Il faut, par conséquent, conclure soit que le prologue, et l’épilogue furent ajoutés à une date ultérieure, ce qui pour plusieurs raisons est inadmissible, ou alors qu’on y a pratiqué des corruptions, comme cela a été le cas pour tous les autres manuscrits. Puis, nous ne trouvons dans tout ce poème archaïque aucune mention de l’Institution du Sabbat ; mais nous y constatons de nombreuses références au nombre sacré sept, sur lequel nous reviendrons plus loin, et une discussion directe à propos du Sabéisme, le culte des corps célestes qui était, à cette époque, fort répandu en Arabie. On y appelle Satan « Fils de Dieu », un membre du conseil qui se présente devant Dieu, et qui le pousse à mettre la fidélité de Job à l’épreuve. C’est dans ce poème plus que n’importe où, qu’on se rend compte de la signification du nom de Satan. C’est un terme employé pour désigner le rôle ou le personnage d’accusateur public. Satan est le Typhon des Egyptiens aboyant ses accusations dans l’Amenthi ; cet emploi est aussi respectable que celui du procureur public à notre époque ; mais par suite de l’ignorance des premiers chrétiens, il en vint à être identifié avec le Diable, ce ne fut certes pas par sa faute.

Le Livre de Job est une représentation complète de l’ancienne initiation et des épreuves qui, ordinairement, précèdent la plus grande de toutes les cérémonies. Le néophyte se voit dépouillé de tout ce qui a le plus de valeur à ses yeux, et il est affligé d’une maladie répugnante. Sa femme le supplie d’adorer Dieu et de mourir ; pour lui il n’y a plus d’espoir. Trois amis apparaissent sur la scène d’un commun accord : Eliphas, le docte Thémanite, rempli de la connaissance « que les sages ont reçue de leurs ancêtres, auxquels seuls la terre fut donnée » ; Bildad, le conservateur qui prend les choses telles qu’elles viennent, et qui conclut que Job doit avoir péché, pour être ainsi affligé ; et Tsophar, intelligent et habile en ce qui a trait aux « généralités », mais non sage dans son for intérieur. Job répond courageusement : « Si réellement j’ai péché, seul j’en suis responsable. Pensez-vous me traiter avec hauteur ? Pensez-vous démontrer que je suis coupable ? Sachez alors que c’est Dieu qui me poursuit, et qui m’enveloppe de son filet. Pourquoi me poursuivre… Pourquoi vous montrer insatiables de ma chair ? Mais je sais que mon vengeur est vivant, et qu’il se lèvera le dernier sur la terre. Quand ma peau sera détruite, il se lèvera ; quand je n’aurai plus de chair, je verrai Dieu… Vous direz alors : pourquoi le poursuivons-nous ? Car la justice de ma cause sera reconnue !

Ce passage ainsi que tant d’autres, faisant allusion à un « Champion », un « Rédempteur », un « Vengeur » ont été interprétés comme une référence directe au Messie ; cependant, dans la Septuaginte ce verset a été traduit par : « Car je sais qu’Il est éternel, celui qui doit me délivrer sur la terre, et restaurer ma chair qui endure tous ces maux », etc.

Dans la version anglaise, dite du Roi Jacques, telle que nous la voyons traduite, ce verset n’a aucune ressemblance avec le texte originel (231d). Les rusés traducteurs l’ont rendu par « Je sais que mon Rédempteur est vivant« , etc. Et cependant la Septuaginte (la version des soixante-dix) la Vulgate et l’original hébreu, doivent, l’un comme l’autre, être considérés comme la Parole de Dieu inspirée. Job se réfère à son propre esprit immortel, qui est éternel, et qui lorsque la mort viendra, le délivrera de son corps charnel et le vêtira d’une nouvelle enveloppe spirituelle. Dans les Mystères Eleusiniens, au Livre des Morts des Egyptiens, et dans tous les autres ouvrages qui traitent de l’initiation, cet « être éternel » porte un nom. Les Néo-platoniciens l’appelaient le Noüs, l’Augœides ; chez les Bouddhistes, c’est le Aggra ; et pour les Persans c’est Ferouer. Tous ceux-ci sont dénommés les « Libérateurs », les « Métatrons », etc. Dans les sculptures mithraïques de Perse, le Ferouer est représenté par une forme ailée planant dans l’air, au-dessus de son « objet » ou corps (232d). C’est le Soi lumineux – l’Atman des Hindous, notre esprit immortel, qui seul est capable de sauver notre âme, et qui la sauvera, si nous nous laissons guider par lui au lieu de nous laisser attirer par notre corps. Par conséquent, le passage ci-dessus, se lit comme suit dans les textes chaldéens, « Mon Libérateur, mon Restaurateur« , c’est-à-dire, l’Esprit qui restaurera le corps corrompu de l’homme et le transformera en un vêtement d’éther. Et c’est ce Noüs, cet Augœides, ce Ferouer, cet Aggra, cet Esprit de Lui-même, que le Job triomphant verra hors de sa chair – c’est-à-dire, lorsqu’il se sera échappé de sa prison corporelle ; ce que les traducteurs appellent « Dieu ».

Non seulement dans tout le poème de Job n’y a-t-il pas la moindre allusion au Christ, mais il est reconnu aujourd’hui, que toutes ces versions de différents traducteurs, qui concordent toutes avec celles du roi Jacques, ont été écrites sur l’autorité de saint Jerome, qui avait pris d’étranges libertés dans sa Vulgate. Il fut le premier à introduire dans son texte ce verset fabriqué par lui de toutes pièces

Je sais que mon Rédempteur est vivant,

Et qu’au jour dernier je ressusciterai de la terre,

Et que je rentrerai dans un corps de peau,

Et dans ma chair je verrai mon Dieu.

Sans doute, pour lui, la raison était excellente d’y ajouter foi, puisqu’il le savait, mais pour d’autres qui ne le savaient pas, et qui, de plus, voyaient dans ce texte une signification toute différente, c’est une preuve patente que saint Jerome avait décidé, au moyen d’une nouvelle interpolation, d’imposer le dogme de la résurrection « au jour du jugement dernier » dans les mêmes os et la même peau qui avaient été les nôtres ici-bas. Cette perspective de restauration est fort réjouissante en vérité ; pourquoi n’y ajouterait-on pas encore le même linge de corps qui avait servi pour la sépulture !

Et comment l’auteur du Livre de Job aurait-il pu avoir connaissance du Nouveau Testament, puisqu’il était même ignorant de l’Ancien ? L’absence d’une allusion quelconque aux patriarches est complète ; il est donc si évidemment l’œuvre d’un Initié, qu’une des trois filles de Job a reçu un nom mythologique, ayant une origine absolument « païenne ». Le nom de Kerenhappuch, est rendu de diverses manières par les traducteurs. La Vulgate le donne comme « la corne d’antimoine » ; et la Septuaginte le traduit par « la corne d’Amalthée », la nourrice de Jupiter, et une des constellations, l’emblème de la « corne d’abondance ». La présence de cette héroïne d’une fable païenne, dans la Septuaginte, démontre l’ignorance des traducteurs, aussi bien de sa signification que de l’origine ésotérique du Livre de Job.

Au lieu de lui offrir des consolations, les trois amis du malheureux Job s’efforcent de lui faire croire que son malheur est le résultat d’une punition pour quelque extraordinaire transgression de sa part. Rejetant sur eux leurs accusations, Job affirme que jusqu’à son dernier soupir il défendra son innocence. Il passe en revue ses jours de prospérité, « lorsque le secret de Dieu était sur son tabernacle », et qu’il était un juge « assis comme un chef et un roi à la tête de son armée, ou comme celui qui console les affligés » ; il compare ce temps avec l’heure actuelle, où les Bédouins errants, ces hommes plus vils que la terre, se moquent de lui ; où l’infortune le poursuit et la maladie impure le terrasse. Puis il affirme sa sympathie pour les malheureux, sa chasteté, son intégrité, sa probité, stricte justice, sa charité, sa modération, son détachement du culte du soleil, alors prévalent, sa mansuétude envers ses ennemis, son hospitalité pour les étrangers, la droiture de son cœur, sa défense du bien, envers et contre la multitude et le mépris des familles ; il supplie l’Eternel de lui répondre, et son adversaire de mettre par écrit ce dont il a été coupable.

A cela il n’y eut et il ne pouvait y avoir de réponse. Tous trois cherchaient à écraser Job par leurs plaidoiries et leurs arguments généraux, et il avait exigé qu’on prit en considération ses actes particuliers. C’est alors que le quatrième fait son apparition ; Elihu, fils de Barakeel, le Buzite, de la famille de Ram (233d).

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