Un seul regard d’une âme éveillée sur les visages tendus des hommes et des femmes qui approchent ou ont dépassé le milieu de leur vie dans cet âge rapide, affairé, pressé, permet de comprendre le malheur, le pathétique, le vide des cœurs masqués par ces visages aux traits tirés et ridés, dans lesquels des yeux inquiets, affamés d’âme, distribuent tout autour d’eux des regards soupçonneux, ou montrent un regard lourd de larmes retenues. Les lèvres serrées, autour desquelles sont gravées de profondes rides de détermination ou de désespoir, racontent leur propre triste histoire. Les cœurs, qui semblent maintenant insensibles, n’ont pas toujours été ainsi. Ils sont maintenant étouffés par le stress de la vie quotidienne qui leur est imposé par leurs désirs ou leurs ambitions, ou par la compétition féroce qui a étouffé les lois de justice et d’équité, ou, pire encore, par la soif de pouvoir que seul l’or semble capable de susciter. Ils ne sont plus capables de voir qu’il n’y a qu’une réponse à toutes les questions brûlantes de l’heure, une seule solution aux problèmes liés à la main-d’œuvre et au capital, aux masses et aux classes, et c’est l’amour.
Lorsqu’ils observent la cruauté apparente de la loi naturelle, un grand nombre de gens ne réussissent pas à voir l’amour derrière l’apparence. L’analyse de l’application des grandes forces et des grands phénomènes de la nature semble fournir une seule solution – le pouvoir pur, aveugle et invincible, et la capacité de l’utiliser à des fins personnelles. Comme race, nous avons rejeté ou nous sommes en train de rejeter tout ce qui rend la vie digne d’être vécue – la foi et la confiance dans l’amour qui nous entoure et, ce qui est pire, dans la possibilité d’un amour impersonnel, désintéressé.
Est-il nécessaire de croire en un seul dieu personnel, construit sur le même plan que l’homme et donc limité comme celui-ci, pour comprendre l’amour de Dieu – cet océan d’amour spirituel dans lequel vivent et agissent des milliers d’êtres qui sont devenus pareils à Dieu, et dont la forme même est faite de la substance de l’amour ?
Le concept à lui seul est suffisant pour ravir le cœur le plus froid qui a déjà goûté au fruit de l’amour désintéressé.
La phrase suivante se trouve dans l’un des commandements que Yahvé a donné aux Juifs : «Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. » Y a-t-il des gens assez aveugles pour ne pas voir que le secret de cette demande ne réside pas dans le désir ardent de Yahvé pour cet amour, mais bien dans le fait que cet amour est essentiel à la vie même des membres de la race ? Sans amour, l’homme est comme un cadavre.
Le secret de ce qu’on nomme « guérison mentale » ne se trouve pas dans l’esprit du guérisseur ; l’esprit n’est que l’instrument. Le pouvoir de la guérison se situe dans la substance de l’amour. On a écrit des milliers de volumes qui décrivent l’amour, son action et ses fonctions, mais très peu d’entre eux considèrent l’amour comme une force divine ou une substance qui peut passer d’une personne à une autre et peut être éveillée par l’action d’une autre force, aussi sûrement que l’énergie électrique est produite par la mise en contact des substances appropriées. Vous pouvez comprendre ce processus en observant l’action de l’arc électrique lorsque les courants positif et négatif sont rapprochés à la distance critique à l’aide d’un conducteur comme le carbone. La flamme saute de l’un à l’autre dans un temps infinitésimal. Lorsque l’énergie négative d’une âme humaine est mise en contact avec l’énergie positive de l’amour spirituel par le conducteur qu’est la foi, un phénomène similaire se produit.
Il ne s’agit pas ici du phénomène connu sous le nom d’amour sur le plan physique, bien que la même loi s’applique également à ce domaine. Ce genre d’amour ne peut être adéquatement décrit que comme de l’attraction sexuelle, car il constitue le pôle négatif de l’amour positif ou spirituel, qui seul est absolument désintéressé. L’amour d’une mère pour son enfant provoque chez elle une tendresse qui s’étend à tous les autres enfants et qui correspond donc mieux à l’amour désintéressé.
Lorsque la flamme saute du pôle positif de l’Amour Infini au pôle négatif du cœur vide que la souffrance et le désir ont rendu réceptif, ce cœur entend toujours par la suite le cri de la souffrance et voit les signes de souffrance dans tout cœur vide autour de lui. Il ne connaît ni répit ni paix tant qu’il n’a pas aidé à éveiller l’énergie nécessaire et apaisé les souffrances de ces autres cœurs.
Le scientifique peut postuler, par le raisonnement et à sa propre satisfaction, que la quatrième dimension de l’espace est une nécessité et donc qu’elle existe ; mais il ne connaît rien de la réalité de cette quatrième dimension tant qu’il n’y a pas pénétré. C’est une tâche désespérée que de tenter de prouver l’existence et la réalité de l’Amour Infini à quelqu’un qui ne l’a jamais ressenti, et à plus forte raison de lui démontrer son pouvoir de combler la vie qui s’est abandonnée à lui. Cela est d’autant plus difficile qu’il s’agit de l’un des doux et étranges secrets entre Dieu et les hommes qui ne peuvent pas être communiqués par des mots, car aucune langue humaine ne contient les mots appropriés. Vous pouvez saisir une fraction de sa splendeur en admirant un coucher de soleil saisissant. Vous pouvez entendre une de ses notes, avec sa profondeur et son harmonie, dans le déferlement des vagues de l’océan, et un soupçon de sa paix sur le visage mort d’un ami qui vient de vous quitter dans l’attente de la résurrection. Quand vos sens internes se sont ouverts et que la merveilleuse réalité éclate aux yeux de votre âme, la dernière grande analyse vous prouvera qu’il ne reste plus rien d’autre.
Car Dieu est Amour, et c’est d’Amour que toutes choses ont été créées. De même que le chant glorieux de l’alouette des champs fait frissonner l’air fendu par ses ailes dans son voyage vers le ciel – éveillant des vibrations sonores, qui agissent et réagissent sur l’éther qui est le fondement de cet air, et amenant à la manifestation les atomes d’une vie plus élevée qui attendaient la forme, – de même le chant de l’aspiration de l’âme, fendant cet océan infini d’Amour, crée les conditions de manifestation d’un degré plus élevé de sa propre substance, la forme spirituelle dans laquelle la conscience d’un dieu ou d’un ange peut verser son rayonnement.
HILARION - Temple 1 - Leçon 18


