LES VEDAS ET LA BIBLE – partie 2

Quelle est alors l’identité de ces nombres énigmatiques, qui reviennent constamment et que nous trouvons à chaque page des Ecritures Juives, de même que dans chaque verset des livres bouddhiques ou brahmaniques ? D’où viennent ces nombres qui sont l’âme de la pensée pythagoricienne et platonicienne et qu’aucun orientaliste ou étudiant biblique non-illuminé n’est capable de sonder ? Et cependant ils ont la clé entre les mains, si seulement ils savaient s’en servir. La valeur mystique du langage humain et ses effets sur l’action humaine ne sont nulle part si parfaitement compris que dans l’Inde, ni mieux expliqués que par les auteurs des plus anciennes Brahmanas. Si ancienne que paraisse aujourd’hui cette époque lointaine, ils ne font qu’essayer d’exprimer, d’une manière plus concrète, les spéculations abstraites, métaphysiques de leurs propres ancêtres.

Tel est le respect que professent les Brahmanes pour les mystères du sacrifice, qu’ils soutiennent que la création du monde lui-même, est une conséquence du « mot sacrificiel » prononcé par la Cause Première. Ce mot est le « Nom Ineffable » des cabalistes, que nous avons traité au long dans le chapitre précédent.

Tout en étant la « Connaissance Sacrée », le secret des Védas est impénétrable sans le secours des Brahmanas. À vrai dire, les Védas (qui sont écrits en vers et comprennent quatre livres) constituent la partie nommée les Mantras, ou prière magique, et les Brahmanas (écrits en prose) en sont la clé. Tandis que seule la partie des Mantras est considérée comme sainte, les Brahmanas contiennent toute l’exégèse théologique, les spéculations et les explications du clergé. Nos orientalistes, nous le répétons, ne feront aucun progrès important vers la compréhension de la littérature védique, s’ils n’apprennent à apprécier à leur juste valeur les ouvrages qu’ils méprisent aujourd’hui ; comme par exemple, le Aitareya et les Kausihlaki Brâhmanas, qui font partie du Rig-Véda.

On appelait Zoroastre un Manthran, ou réciteur de Mantras, et, suivant Haug, un des premiers noms donnés aux Ecritures Sacrées des Parsis, était Mânthra-spenta. Le pouvoir et la signification du Brahmane qui fait office de prêtre Hotri, dans le Sacrifice du Soma, réside dans sa possession et sa pleine connaissance des usages de la parole ou mot sacré – Vâch. Celui-ci est personnifié dans Sara-isvati, l’épouse de Brahma, qui est la déesse de la « Connaissance Secrète » ou sacrée. On la représente généralement montée sur un paon, faisant la roue. Les yeux sur les plumes de l’oiseau sont le symbole des yeux toujours ouverts qui voient tout. Ils rappellent à celui qui ambitionne de devenir un adepte de la « Doctrine Secrète », qu’il faut qu’il ait les cent yeux d’Argus pour tout voir et tout saisir.

Voilà pourquoi nous disons qu’il est impossible de résoudre entièrement les profonds problèmes cachés dans les livres sacrés brahmaniques et bouddhiques, sans la parfaite compréhension de la signification ésotérique des nombres de Pythagore. Le plus grand pouvoir de ce Vâch ou Parole Sacrée, se développe suivant la forme donnée au Mantra par le Hotri officiant, et cette forme réside tout entière dans les nombres et les syllabes de la mesure sacrée.

Si on le prononce lentement et suivant un certain rythme, il se produira un effet ; si on le prononce rapidement et sur un autre rythme le résultat est différent. « Chaque mètre dit Haug, est le maître invisible de quelque chose visible dans ce monde ; il est, pour ainsi dire, son représentant et son idéal. Cette puissante signification de la parole métrique provient du nombre des syllabes qui la composent, car chaque chose a, (comme dans le système pythagoricien) une certaine proportion numérique. Toutes ces choses, les mètres (chchandas), les stomas et les prishthas, sont censés être aussi éternelles et aussi divines que les mots eux-mêmes qu’ils renferment. Les premiers prêtres hindous, non seulement croyaient à une révélation primitive des mots constituant les textes sacrés, mais même à celle des diverses formes. Ces formes, de même que leur contenu, les paroles vériques éternelles, sont des symboles de choses du monde invisible, comparables à bien des égards, aux idées Platoniciennes ».

Cette attestation d’un témoin récalcitrant vient encore démontrer l’identité qui existe entre les anciennes religions quant à leurs doctrines secrètes. Le mètre (pied) du Gâyatri, par exemple, comprend trois fois huit syllabes, et on le considère comme le plus sacré de tous les mètres. C’est le mètre d’Agni, le dieu du feu, et il devient parfois, l’emblème de Brahma lui-même, le principal créateur, et « celui qui façonne l’homme » à son image. Or, Pythagore dit que : « Le nombre huit, ou l’Octade, est le premier cube, c’est-à-dire carré dans tous les sens, comme un dé, procédant de sa base deux, ou nombre pair ; c’est ainsi que l’homme est le carré de quatre, ou parfait. » Naturellement, à l’exception des Pythagoriciens et des cabalistes, rares sont ceux qui peuvent complètement saisir cette idée ; mais cet exemple suffit pour indiquer la parenté étroite qui existe entre les nombres et les Mantras védiques. Le problème essentiel de chaque théologie se cache sous cette image de feu et du rythme varié des flammes. Le Buisson Ardent de la Bible, les feux sacrés des Zoroastriens et d’autres, l’âme universelle de Platon, et les doctrines des Rose-Croix, tant au sujet de l’âme que du corps humais évoluant du feu, l’élément raisonnant et immortel qui pénètre toutes choses, et qui est Dieu suivant Heraclite, Hippocrate, et Parmenide, ont tous la même signification.

Chaque mètre dans les Brahmanas correspond à un nombre et, comme le montre Haug, de quelque forme visible, et ses effets sont bons ou mauvais. La « parole sacrée » peut sauver, mais elle peut aussi tuer ; ses nombreuses interprétations et ses pouvoirs ne sont bien connus que des Dikshitas (les adeptes), qui ont été initiés à de nombreux mystères, et dont la « naissance spirituelle » est accomplie ; la Vâch du Mantra, est un pouvoir parlé, qui éveille un pouvoir correspondant plus occulte ; chacun de ces pouvoirs est personnifié allégoriquement par un dieu dans le monde des esprits et, suivant la manière dont il est utilisé, on obtient une réponse des dieux ou des Rakshasas (mauvais esprits). Suivant les notions brahmaniques et bouddhiques, une malédiction, une bénédiction, un vœu, un désir, une pensée oiseuse, prennent tous une forme visible et se manifestent objectivement à la vue de leurs auteurs, ou de celui qui en est l’objet. Chaque péché s’incarne, pour ainsi dire, et comme un démon vengeur persécute son auteur.

Il y a des mots qui ont un pouvoir destructeur dans les syllabes mêmes qui le constituent, comme si c’étaient des choses objectives ; car, chaque son éveille un son correspondant dans le monde invisible de l’esprit, et sa répercussion produit soit un bon, soit un mauvais effet. Un rythme harmonieux, une mélodie vibrant doucement dans l’atmosphère, créent à la ronde une douce et bienfaisante influence, et agissent puissamment sur les natures psychologiques aussi bien que physique de tout être vivant sur la terre ; ils réagissent même sur les objets inanimés, car la matière est encore de l’esprit par son essence, tout invisible que cela puisse paraître à nos sens plus grossiers.

Il en est de même des nombres. Où que ce soit vers quoi nous nous tournons, des Prophètes à l’Apocalypse, nous voyons que les auteurs bibliques se servent constamment des nombres, trois, quatre, sept et douze.

Néanmoins nous avons connu des partisans de la Bible qui soutiennent que les Védas ont été copiés des livres mosaïques (89) ! Les Védas, écrits en sanscrit, langage dont les règles grammaticales et les formes (ainsi que l’avouent Max Muller et d’autres savants) étaient établies longtemps avant que la grande vague d’émigration l’ait porté de l’Asie sur tout l’Occident sont là pour proclamer leur parenté avec chaque philosophie, et chaque institution religieuse qui se développa par la suite, parmi les peuples sémites. Et quels sont les nombres qui reviennent le plus souvent dans les chants sanscrits, ces hymnes sublimes à la création, à l’unité de Dieu, et aux innombrables manifestations de Sa puissance ? UN, TROIS et SEPT. Ecoutez l’hymne de Dirghatamas :

« À CELUI QUI REPRESENTE TOUS LES DIEUX. »

« Le Dieu ici présent, notre bienheureux patron, notre sacrificateur, a un frère qui se répand dans l’air moyen. Il existe un troisième Frère, que nous aspergeons avec nos libations… C’est lui que j’ai reconnu comme le maître des hommes, armé des sept rayons (90). »

Et encore :

« Sept reines concourent à conduire un char qui n’a qu’UNE seule roue, et qui est tiré par un seul cheval qui luit de sept rayons. La roue a trois membres, roue immortelle, inlassable, à laquelle sont suspendus tous les mondes. »

« Parfois sept chevaux entraînent un chariot avec sept roues, et sept personnages y prennent place, accompagnés de sept fécondes nymphes des eaux. »

Et puis encore le suivant à l’honneur du dieu du feu, Agni, qu’on reconnaît clairement comme un esprit subordonné au Dieu UN.

« Toujours UN, bien qu’ayant trois formes d’une double nature (androgyne) – il s’élève ! et les prêtres offrent à Dieu, dans l’acte du sacrifice, leurs prières qui atteignent le ciel, emportées là-haut par Agni. »

Sommes-nous ici en présence d’une coïncidence, ou, plutôt, ainsi que la raison nous le dit, n’est-ce que le résultat de la dérivation de beaucoup de cultes nationaux, d’une religion primitive universelle ? Un mystère pour les non-initiés ; mais pour l’initié c’est la levée du voile des problèmes psychologiques et physiologiques les plus sublimes (en raison de leur exactitude et de leur vérité). Ce sont des révélations de l’esprit personnel de l’homme, qui est divin parce que cet esprit n’est pas seulement l’émanation du Dieu UNIQUE suprême, mais c’est le seul Dieu que l’homme dans sa débilité et son impuissance soit capable de comprendre – de sentir au-dedans de lui. C’est cette vérité que reconnaît pleinement le poète védique lorsqu’il dit :

« Le Seigneur, le Maître de l’univers, plein de sagesse, est entré chez moi (en moi) – faible et ignorant – et il m’a formé de lui-même, à cet endroit (91) où les esprits acquièrent, à l’aide de la Science, la paisible jouissance du fruit, doua comme l’ambroisie. »

Lire la suite … partie 3
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