Jésuitisme et Maçonnerie – Partie 13

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VIII - Jésuitisme et Maçonnerie

Il faut maintenant que nous fassions la preuve de ce que nous avançons, que le nom de Jehovah, si les Maçons le maintiennent, demeurera toujours un substitut, mais ne sera jamais identique au mirifique nom perdu. C’est si bien connu des cabalistes, que dans leur soigneuse étymologie du יהוה , ils prouvent d’une manière incontestable qu’il est un des nombreux substituts pour le véritable nom et qu’il est composé du double nom du premier androgyne – Adam et Eve, Jod (ou Yodh), Vau et He-Va – le serpent féminin comme le symbole de l’Intelligence Divine, qui procède de L’UNIQUE générateur ou Esprit Créateur (80d). Par conséquent Jéhovah n’est pas du tout le nom sacré. Si Moise avait communiqué à Pharaon le véritable « nom », celui-ci n’aurait pas répondu comme il le fit, car les Rois-Initiés égyptiens le connaissaient aussi bien que Moise, qui l’avait appris d’eux. Le « nom » était, à cette époque, la propriété commune des adeptes de toutes les nations de la terre, et Pharaon connaissait sans aucun doute, le « nom » du plus Grand Dieu mentionné dans le Livre des Morts. Mais au lieu de cela, Moise (si nous nous en tenons littéralement à l’allégorie du livre de l’Exode) communique à Pharaon le nom de Yeva, l’expression ou la forme du nom Divin employée par tous les Targums prononcés par Moise. De là la réponse du Pharaon : « Et qui est ce Yeva (81d) pour que j’obéisse à sa voix ? »

« Le Jéhovah » ne date que de l’innovation Masorétique. Quand les Rabbins, craignant de perdre la clé de leur propre doctrine, écrite à ce moment-là, exclusivement au moyen de consonnes, commencèrent à insérer leurs points de voyelles dans leurs manuscrits, ils étaient absolument ignorants de la véritable prononciation du NOM. Ils lui donnèrent, par conséquent, le son de Adonah, en le faisant lire Ja-ho-vah. Celui-ci est donc une pure fantaisie, une perversion du Nom Sacré. Et comment auraient-ils pu le connaître ? Seuls, dans toute leur nation, les Grands Prêtres en avaient la possession, qu’ils repassaient respectivement à leurs successeurs, de même que le Brahmaâtma le fait avant sa mort. Une fois par année seulement, le jour de l’expiation, le Grand Prêtre pouvait le prononcer en murmurant. Passant derrière le voile dans la chambre intérieure du sanctuaire, le Saint des Saints, il invoquait, la lèvre tremblante, et en baissant les yeux le NOM redouté. La persécution acharnée contre les cabalistes, qui reçurent les précieuses syllabes après avoir mérité cette faveur par une vie entière de sainteté, venait de ce qu’on soupçonnait qu’ils en faisaient un mauvais usage. Au début de ce chapitre nous avons raconté l’histoire de Siméon Ben-Jochai, une des victimes de cette connaissance inestimable, et nous constatons combien il avait peu mérité ce cruel traitement.

D’après ce que nous dit un prêtre hébreu, fort savant, de New-York, le Livre de Jasher est un ouvrage écrit en Espagne au XIIème siècle, dans le style des « récits populaires », mais qui n’avait pas la sanction du collège des Rabbins de Venise ; il fourmille d’allégories cabalistiques, alchimiques et magiques. Si nous faisons cette concession, il faut avouer qu’il n’y a que peu de récits populaires qui ne soient pas fondés sur des vérités historiques. Le Norsemen in Iceland (82) par le Dr G.-W. Dasent, est aussi une collection de contes populaires mais ils contiennent la clé du culte religieux primitif de ce peuple. Il en est de même du Livre de Jasher. Il contient sous une forme condensée, tout l’Ancien Testament, et ainsi que le prétendaient les Samaritains, les Cinq Livres de Moise, à l’exception des Prophètes. Bien qu’il ait été rejeté par les Rabbins orthodoxes, nous ne pouvons nous empêcher de penser que, de même que pour les Evangiles apocryphes, qui ont été écrits avant les livres canoniques, le Livre de Jasher est l’original véritable qui a servi plus tard de modèle pour écrire la Bible. Tant les Evangiles apocryphes, que le Livre de Jasher sont une suite de récits religieux, dans lesquels un miracle vient s’ajouter à l’autre, en donnant la narration des légendes populaires telles qu’elles apparurent à l’origine, sans toutefois tenir compte de la chronologie ou du dogme. Il n’y a pas de doute qu’il a dû y avoir un Livre de Jasher antérieur au Pentateuque de Moise, car on en parle dans les livres de Josue, d’Isaie et de Samuel.

La différence entre les Elohistes et les Jéhovistes n’est nulle part aussi apparente que dans le Livre de Jasher. On y parle de Jéhovah comme le comprenaient les Ophites, c’est-à-dire le fils de Ilda-Baoth, ou Saturne. Dans ce livre, lorsque le Pharaon leur demande « Qui est-il, celui dont parle Moise comme du Je suis ? les Mages égyptiens répondent que le Dieu de Moise « ainsi que nous l’avons appris, est le Fils des Sages, le Fils d’anciens rois » (ch. LXXIX. 45) (83d). Or, ceux qui affirment que le Livre de Jasher est un faux du XIIème siècle – et nous le croyons aisément – devraient néanmoins fournir l’explication du fait curieux que, tandis que le texte ci-dessus ne se trouve point dans la Bible, la réponse, elle, s’y trouve bien, et dans des termes qui ne prêtent pas à l’équivoque. Dans Isaie XIX. II, « Seigneur Dieu » s’en plaint amèrement au prophète en disant : « Les princes de Zoan ne sont que des insensés, les sages conseillers de Pharaon forment un conseil stupide. Comment osez-vous dire à Pharaon : Je suis fils des Sages, fils d’anciens Rois ? » ce qui constitue, sans contredit, la réponse à la question ci-dessus. Dans Josue X. 13, on voit que le Livre de Jasher est mentionné pour corroborer l’outrageante affirmation que le soleil s’arrêta et que la lune suspendit sa course, jusqu’à ce que la nation eût tiré vengeance de ses ennemis. « Cela n’est-il pas écrit dans le livre du Juste ? (le Livre de Jasher) dit le texte. Dans le 2 Samuel 1.19 le même livre est encore cité ; on y lit : « Il est écrit dans le Livre de Jasher« . Il est clair que Jasher doit avoir été antérieur à Josue ; et, puisque le verset d’Isaie se réfère, sans contredit, au passage ci-dessus mentionné, nous avons autant de raisons pour accepter l’édition courante de Jasher comme une transcription, ou compilation tirée du livre originel, que de croire au Pentateuque de la version des Septante en tant qu’annales sacrées primitives des Hébreux.

De toutes manières, Jéhovah n’est pas l’ancien des anciens du Sohar ; car nous le retrouvons, dans ce livre, discourant avec Dieu le Père au sujet de la création du monde. « Le maître des travaux dit au Seigneur : Faisons l’homme à notre image » (Sohar L, fol. 25). Jéhovah n’est que le Métatron, et peut-être même pas le plus élevé, mais seulement un des Mons ; car celui qu’Onkelos nomme Memro, la « Parole », n’est pas le Jéhovah exotérique de la Bible, et il n’est pas non plus le Jahve הוהי , Celui qui Est.

L’inextricable confusion des noms divins est due, au secret qu’ont gardé les cabalistes primitifs, anxieux de mettre le véritable nom mystérieux de l’Eternel a à l’abri de la profanation, et plus tard à la prudence que les alchimistes et occultistes du moyen âge étaient obligés d’adopter pour ne pas mettre leur vie en danger. C’est cette raison qui fit accepter le nom biblique de Jéhovah comme celui de « l’unique Dieu Vivant ». Tout juif ancien, prophète ou homme d’une importance quelconque connaissait la différence ; mais comme cette différence consistait dans la vocalisation du « nom », et que sa prononciation exacte était punie de mort, la masse du peuple en était ignorante, car aucun initié n’aurait risqué sa vie pour la leur apprendre. C’est ainsi que la divinité du Sinaï en vint graduellement à être confondue avec « Celui dont le nom n’est connu que des Sages ». Lorsque Capellus traduit : « Quiconque prononcera le nom de Jéhovah sera puni de mort », il commet une double erreur. La première c’est de mettre un h final à ce nom, s’il veut que cette divinité soit considérée comme mâle ou androgyne, car cette lettre rend le nom féminin, comme il devrait être, puisqu’il est un des ‘noms de Binah, la troisième émanation ; sa seconde erreur est d’affirmer que le mot nokeb signifie seulement prononcer distinctement. Il signifie prononcer correctement. Par conséquent il faut envisager le nom biblique de Jéhovah seulement comme un substitut, lequel, appartenant à une des « puissances », a été employé pour celui de « l’Eternel ». Il y a, sans doute, une erreur (parmi beaucoup d’autres) dans un texte du Lévitique, qui a été corrigé par Cahen, et qui prouve que l’interdiction ne touchait pas le nom exotérique de Jéhovah dont les nombreux autres noms pouvaient être prononcés sans encourir une pénalité quelconque (84). Dans la traduction erronée anglaise on lit : « Celui qui blasphèmera le nom du Seigneur sera puni de mort » (Lévit. XXIV. 16). Cahen le rend beaucoup plus correctement par : « Celui qui blasphèmera le nom de l’Eternel sera puni de mort », etc. « L’Eternel » étant quelque chose de plus élevé que le « Seigneur » exotérique et personnel (85d).

De même que chez les nations des Gentils, les symboles des Israélites portaient toujours, directement ou indirectement sur le culte du soleil. Le Jéhovah exotérique de la Bible est un dieu double, comme tous les autres dieux ; et le fait que David – qui est absolument ignorant de Moise – loue son « Seigneur », et l’assure que « le Seigneur est un grand Dieu, et un grand Roi au-dessus de tous les dieux », peut être d’une importance capitale pour les descendants de Jacob et de David, mais leur Dieu national n’a absolument rien à faire avec nous. Nous sommes tout prêts à montrer au « Seigneur Dieu » d’Israël le même respect que nous professons pour Brahma, Zeus ou n’importe quelle autre Divinité secondaire. Mais nous refusons catégoriquement de reconnaître en lui, soit la divinité qu’adorait Moise, ou le « Père » de Jésus, ou encore le « Nom Ineffable » des cabalistes. Jéhovah est, peut-être, un des Elohim, employés dans la formation (nous ne disons pas la création) de l’univers, un des architectes qui édifia avec de la matière préexistante, mais il n’a jamais été la cause « Inconnaissable » qui créa le « bara » dans la nuit de l’Eternité. Ces Elohim commencent par former et bénir ; puis ils maudissent et détruisent ; en tant qu’une de ces puissances, Jéhovah est tour à tour bienfaisant et malfaisant ; il punit à un moment donné pour se repentir ensuite. Il est l’antétype de plusieurs patriarches – d’Esaü et de Jacob, les jumeaux allégoriques, symboles du double principe qui se manifeste toujours dans la nature. De même Jacob qui est Israël, est le pilier de gauche – le principe féminin d’Esaü, qui est le pilier de droite et le principe mâle. Lorsqu’il lutte avec Malach-Iho, le Seigneur, c’est celui-ci qui devient le pilier de droite, et Jacob-Israël appelle Dieu ; bien que les traducteurs de la Bible aient cherché à le transformer en un simple « ange du Seigneur » (Genèse XXXII) Jacob le terrassa – de même que la matière est souvent victorieuse de l’esprit – mais il eut la hanche démise dans la lutte.

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