Jésuitisme et Maçonnerie – Partie 7

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VIII - Jésuitisme et Maçonnerie

Mais, revenons aux Conférences de Robertson et à ses accusations contre la Franc-Maçonnerie. Son plus grand grief contre celle-ci est que les Maçons rejettent la notion d’un Dieu personnel (toujours sur l’autorité de Barruel et de Robison), et qu’ils prétendent posséder « un secret pour rendre les hommes meilleurs et plus heureux que ne l’ont fait le Christ, ses apôtres et son Eglise ». Si cette accusation n’était vraie qu’en partie, elle laisserait encore l’espoir consolant d’avoir vraiment découvert ce secret en brisant toute relation avec le Christ mythique de l’Eglise et le Jéhovah officiel. Mais les deux accusations sont aussi malignes qu’elles sont absurdes et dépourvues de vérité, ainsi que nous le verrons par la suite.

Qu’on ne s’imagine pas que nous sommes influencés par un sentiment personnel dans nos réflexions sur la Franc-Maçonnerie. Loin d’être le cas nous n’hésitons pas à proclamer que nous avons un sincère respect pour le but originel de l’Ordre, et quelques-uns de nos meilleurs amis comptent parmi ses membres. Nous n’avons rien à dire contre la Franc-Maçonnerie telle qu’elle devrait être, mais nous la dénonçons comme elle est en train de devenir grâce aux intrigues du clergé, tant catholique que protestant. Etant, soi-disant la plus absolue des démocraties, elle est pratiquement l’apanage de l’aristocratie, de la fortune et de l’ambition personnelle. Se targuant d’enseigner l’éthique pure, elle se rabaisse à faire de la propagande pour la théologie anthropomorphe. On apprend à l’apprenti moitié nu, amené devant le maître pendant l’initiation au premier degré, que toute distinction sociale est mise de côté à la porte de la loge, et que le frère le plus pauvre est l’égal de tous les autres, fussent-ils tête couronnée ou prince impérial. Dans la pratique, l’ordre se transforme, dans tout pays monarchique, en adulateur de tout rejeton de famille royale qui daigne revêtir la symbolique peau d’agneau, afin de s’en servir comme d’un marchepied politique.

Nous pouvons nous rendre compte jusqu’à quel point la Franc-Maçonnerie a dévié dans cette direction, par les paroles d’une de ses plus célèbres autorités. John Yarker Junior, d’Angleterre, Ancien Grand Surveillant de la Grande Loge de la Grèce ; Grand Maître du Rite Swedenborgien ; Grand Maître, aussi, du Rite Ancien et Primitif de la Maçonnerie et Dieu sait de combien d’autres (61), dit que la Franc-Maçonnerie ne perdrait rien en « adoptant un étalon plus élevé (non pas pécuniairement) pour ses membres et sa moralité, avec l’exclusion de la « pourpre » de tous ceux qui inculquent les fraudes, les faux degrés historiques et d’autres abus immoraux » (p. 158). Et encore à la page 157 : « De la façon dont la Fraternité Maçonnique est gouvernée aujourd’hui, l’Ordre se transforme rapidement en paradis du bon vivant ; du « charitable » hypocrite qui oublie la version de saint Paul et décore sa poitrine du « bijou de la charité » (ayant, par cette dépense judicieuse obtenu la pourpre », il mesure la justice à d’autres frères plus habiles et plus moraux que lui mais moins riches) ; le fabricant de clinquant Maçonnique ; l’indigne négociant qui filoute des mille et des cents, en faisant appel aux sensibles consciences de ceux qui respectent encore leurs O. B. ; et les « Empereurs » Maçonniques et autres charlatans qui font de l’argent ou acquièrent de la puissance avec les prétentions aristocratiques qu’ils attachent à notre institution – ad captandum vulgus. »

Nous ne prétendons nullement exposer ici des secrets qui ont déjà été depuis longtemps dévoilés par des Maçons parjures. Tout ce qui est vital, que ce soit en représentations symboliques, en rites ou en mots de passe, en usage dans la Franc-Maçonnerie moderne, est bien connu dans les fraternités orientales, quoiqu’il ne semble pas y avoir de rapports ou de connexions entre elles. Si Ovide décrit Médée comme ayant « le bras, la poitrine et le genou découverts, et le pied gauche déchaussé » ; et Virgile, en parlant de Didon dit que cette « Reine elle-même… résolue à mourir avait un pied déchaussé, etc. (62d) », pourquoi douterait-on qu’il existe de véritables « Patriarches des Védas sacrés » en Orient, qui expliquent l’ésotérisme de la pure théologie indoue et le brahmanisme, aussi parfaitement que les « Patriarches » européens ?

Mais, si un nombre restreint de Maçons à la suite de l’étude des livres rares ou cabalistiques, et au contact personnel des « Frères » du lointain Orient, ont appris quelque chose de la Maçonnerie ésotérique, ce n’est certes pas le cas pour les centaines de Loges Américaines. Pendant que nous écrivions ce chapitre, nous avons reçu d’une manière tout à fait inattendue, par l’attention d’un ami, un exemplaire de l’ouvrage de M. Yarker, auquel nous avons emprunté les passages ci-dessus. Il fourmille à notre avis de savoir et ce qui plus est de connaissance. Il vient à point à ce moment pour corroborer, sur beaucoup de choses, ce que nous avons dit dans cet ouvrage. Nous y lisons entre autres :

« Nous croyons avoir suffisamment démontré le fait du rapport de la Franc-Maçonnerie avec les autres rites spéculatifs de l’antiquité, de même que l’ancienneté et la pureté de l’ancien rite anglais des Templiers, de sept degrés et la fausse dérivation de beaucoup d’autres rites de celui-là (63).

Il est inutile de dire à ces Maçons de haut grade quoiqu’en général, il y ait à le dire aux Artisans, que l’heure est venue de remodeler la Maçonnerie et de rétablir les anciennes bornes, empruntées aux confréries primitives, que les fondateurs de la Franc-Maçonnerie spéculative du XVIIIème siècle avaient voulu incorporer dans la fraternité. Il n’y a plus aujourd’hui de secrets à divulguer ; l’Ordre dégénère en une commodité dont les égoïstes se servent et que déprécient de mauvaises gens.

Ce n’est que tout récemment qu’une majorité des Suprêmes Conseils du Rite Ancien et Accepté se réunit à Lausanne, justement outrés d’une croyance aussi blasphématoire que celle d’un Dieu personnel, investi de tous les attributs humains ; ils firent entendre les paroles suivantes : « La Franc-Maçonnerie proclame, ainsi qu’elle l’a fait depuis son origine, l’existence d’un principe créateur, sous le nom du Grand Architecte de l’Univers. » Une faible minorité protesta, alléguant que « la croyance en un principe créateur n’est pas la croyance en un Dieu, que la Franc-Maçonnerie exige de chaque candidat, avant de pouvoir franchir ses portes ».

Cette confession ne ressemble pas au rejet d’un Dieu personnel. Si nous avions le moindre doute à ce sujet, il s’évanouirait à la suite des paroles du Général Albert Pike (64d), qui est peut-être la plus haute autorité du jour, parmi les Maçons américains, et qui s’élève avec force contre une pareille innovation. Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ce qu’il dit :

« Ce Principe Créateur n’est pas un terme nouveau, ce n’est qu’un vieux terme qu’on a fait revivre. Nos nombreux et formidables adversaires, nous diront, et ils sont en droit de nous le dire, que notre Principe Créateur est identique au Principe Générateur des Indiens et des Egyptiens, et qu’on peut, fort à propos, le symboliser, ainsi que les anciens le faisaient, par le Lingae… Accepter cela à la place d’un Dieu personnel, c’est ABANDONNER LE CHRISTIANISME et le culte de Jéhovah pour retourner se vautrer dans les boues du Paganisme. »

Et celles du Jésuitisme valent-elles mieux ? « Nos nombreux et formidables adversaires. » Cette phrase résume tout. Inutile de demander quels sont ces ennemis si formidables. Ce sont les Catholiques Romains et quelques Presbytériens réformés. En lisant la prose des deux factions on est en droit de se demander lequel des deux adversaires a le plus peur de l’autre. Mais quel intérêt aurait-on à s’organiser contre une fraternité qui n’ose même pas avoir une croyance qui lui soit propre de peur d’offenser quelqu’un ? Comment se fait-il alors, si les serments maçonniques comptent pour quelque chose, et si les pénalités maçonniques sont quelque chose de plus qu’une farce, que des adversaires, nombreux ou non, faibles ou forts, puissent être renseignés sur ce qui se passe au sein des loges, ou qu’ils puissent y pénétrer, en passant devant ce « frère terrible, ou tuileur, qui garde la porte du temple, une épée nue à la main ? » Ce « frère terrible » n’est-il pas plus formidable que le Général Boum de l’opérette d’Offenbach, avec ses pistolets fumants, ses éperons et son mirifique panache ? À quoi servent les millions d’hommes qui constituent cette grande fraternité dans le monde entier, s’ils ne peuvent se coaliser pour faire face à tous leurs adversaires ? Se peut-il que le « lien mystique » ne soit qu’une corde de fumée, et la Franc-Maçonnerie qu’un jouet pour satisfaire la vanité de quelques chefs qui se plaisent à arborer des rubans et des insignes ? Son autorité est-elle aussi fausse que son antiquité ? On pourrait vraiment le croire ; et cependant « de même que les puces ont des parasites plus petits qui les mangent », il y a, même ici, des alarmistes catholiques qui prétendent avoir peur de la Franc-Maçonnerie !

Malgré cela, ces mêmes catholiques, dans toute la sérénité de leur impudence traditionnelle, menacent ouvertement l’Amérique, avec ses 500.000 Maçons et ses 34.000.000 de Protestants d’une Union de l’Eglise et de l’Etat, sous le contrôle de l’Eglise romaine ! Le danger qui menace les institutions libres de cette république, nous viendra, dit-on, des « principes du Protestantisme logiquement développés ». L’actuel secrétaire de la Marine, l’Hon. R. W. Thompson, d’Indiana, ayant eu l’audace de publier, tout récemment dans ce pays protestant de la liberté, un livre sur le Papisme et le Pouvoir civil, dans lequel le langage est aussi modéré qu’il est bienséant et juste, un prêtre catholique de Washington – le siège même du Gouvernement le dénonce avec violence. Et, qui plus fort est, un membre représentant de la Société de Jésus, le Père F. H. Weninger, Docteur en Théologie, déverse sur lui toute sa bile qu’on dirait importée directement du Vatican. « Les affirmations de M. Thompson, dit-il, au sujet de l’antagonisme nécessaire entre l’Eglise catholique et les institutions libres, sont caractérisées par une ignorance pitoyable et une aveugle audace. Il ignore la logique, l’histoire, le sens commun et la charité ; il se présente devant le loyal peuple américain comme un bigot à l’esprit étroit. Aucun savant ne se permettrait de ressasser les calomnies surannées, si souvent déjà réfutées… Répondant à ses accusations contre l’Eglise d’être l’ennemie de la liberté, je lui dis que si jamais ce pays devait être un jour un pays catholique, c’est-à-dire un pays où la majorité serait catholique, et aurait le contrôle sur les pouvoirs politiques, il verrait alors les principes de notre constitution développés au maximum ; il verrait que ces Etats mériteraient vraiment le nom d’Unis. Il verrait un peuple vivant en paix et en harmonie ; réunis par les liens d’une seule foi, les cœurs battant à l’unisson pour l’amour de la patrie, charitables et patients envers tous, et respectant jusqu’aux droits et aux consciences de leurs calomniateurs. »

Au nom de cette « Société de Jésus », il conseille à M. Thompson d’envoyer son livre au Tsar Alexandre II et à l’Empereur d’Allemagne Frédéric-Guillaume ; il recevra probablement en échange, comme gage de leur sympathie, les ordres de Saint-André et de l’Aigle Noir. « Des Américains patriotes, perspicaces et réfléchis, il ne peut attendre que la décoration de leur mépris. Tant que des cœurs américains battront dans les poitrines américaines, tant que le sang de leurs ancêtres coulera dans leurs veines, les efforts comme ceux de Thompson n’auront aucun succès. Les vrais Américains protègeront, dans ce pays, la religion catholique, et finiront par l’embrasser. » Après cela, ayant, comme il se l’imagine, laissé le cadavre de son antagoniste sur le carreau, il se retire en versant sur lui le reste de son venin de la manière suivante : « Nous abandonnons ce volume, dont nous avons tué le raisonnement, comme un cadavre pour être dévoré par ces busards du Texas – ces oiseaux puants – par là nous voulons dire ces hommes qui se nourrissent de corruption, de calomnies et de mensonges, et qui sont attirés par les mauvaises odeurs qui s’en dégagent. »

Cette dernière phrase mérite d’être classée comme un appendice aux Discorsi del Sommo Pontifice Pio IX, de Don Pasquale di Fransciscis, immortalisé par le mépris de M. Gladstone. Tel maître, tel valet !

Morale : Cela servira de leçon aux écrivains bien pensants, modérés et honorables, que des antagonistes aussi courtois que M. Thompson s’est montré dans son livre, n’échapperont pas à la seule arme disponible de l’arsenal catholique – l’insulte grossière. L’argument tout entier de l’auteur prouve que tout en agissant avec force, il entend être juste ; mais il aurait aussi bien fait d’attaquer avec la violence d’un Tertullien, car on ne l’aurait pas traité plus mal pour cela. Ce sera, sans doute, une consolation pour lui de savoir qu’il a été mis sur le même pied que les rois et les empereurs infidèles et schismatiques.

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