Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes – Partie 14

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VII - Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes

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Le Nom Ineffable, à la recherche duquel tant de cabalistes – qui ne connaissent aucun adepte oriental, ni même européen – gaspillent vainement leurs connaissances et leur existence, demeure à l’état latent dans le cœur de chaque homme. Ce nom mirifique qui, d’après les plus anciens oracles « s’élance dans les mondes infinis άχοιμήτω στροφάλιγγι » (878c), peut s’obtenir de deux manières différentes : dans l’initiation régulière, et par la « petite voix » qu’Elie entendit dans la grotte d’Horeb, la montagne de Dieu. Et « lorsqu’Elie l’entendit il cacha sa face dans son manteau et demeura à l’entrée de la grotte. Et voici, une voix vint ».

Lorsque Apollonius de Tyane voulait entendre la « petite voix », il s’enveloppait entièrement dans un manteau de fine laine, sur lequel il mettait ses deux pieds, après avoir fait certaines passes magnétiques en prononçant non pas le « nom », mais une invocation bien connue de tous les adeptes. Puis il se couvrait la tête et la face avec son manteau et son esprit translucide ou astral se trouvait libéré. À l’ordinaire, il ne portait pas de laine, plus que ne le faisaient les prêtres des temples. La possession de la combinaison secrète du « nom » donnait à l’hiérophante le pouvoir suprême sur tout être, humain ou autre, inférieur à lui en force d’âme. Par conséquent, lorsque Max Muller nous parle de la « Majesté Cachée « des Quichés », qui ne devait jamais être ouverte par des mains humaines », les cabalistes comprennent parfaitement ce que l’expression voulait dire, et ils ne sont pas le moins du monde surpris d’entendre cet érudit philologue s’écrier : « Nous ignorons ce que c’était ! »

Nous ne pouvons assez répéter que ce n’est que par les doctrines des anciens philosophes qu’on arrive à comprendre la religion prêchée par Jésus. C’est par Pythagore, Confucius et Platon, que nous pouvons comprendre l’idée qui est à la base du terme « Père » dans le Nouveau Testament. L’idéal de Platon pour sa Divinité, qu’il nomme le Dieu unique, invisible et éternel, le Créateur et le Père de toutes choses (879), est plutôt le « Père » de Jésus. C’est cet Être Divin duquel le sage grec disait qu’Il ne peut être ni envieux ni l’originateur du mal, car Il ne peut produire que ce qui est bon et juste (880) ; ce n’est, certes, pas le Jéhovah Mosaïque, le « Dieu jaloux », mais bien le Dieu de Jésus, qui « seul est bon ». Il vante Sa puissance divine, qui embrasse tout (881), et Son omnipotence, mais il intime en même temps, qu’Il est immuable. Il ne peut jamais désirer changer ses lois, c’est-à-dire, extirper le mal du monde, au moyen d’un miracle (882). Il est omniscient, et rien n’échappe à Son œil vigilant (883). Sa justice, que nous voyons incorporée dans la loi de la compensation et de la rétribution, ne laisse aucun crime impuni, aucune vertu sans récompense (884) ; il déclare, par conséquent, que la seule manière d’honorer Dieu est de cultiver la pureté morale. Non seulement n’admet-il pas la notion anthropomorphe que Dieu puisse avoir un corps matériel (885), mais « il rejette avec horreur les fables qui attribuent aux dieux mineurs les passions, les querelles et les crimes de toutes sortes (886). Il nie avec indignation que Dieu se laisse propitier, ou plutôt acheter par des prières et des sacrifices (887). »

Le Phèdre de Platon expose tout ce que l’homme fut une fois et ce qu’il peut encore devenir. « Avant que l’esprit de l’homme soit tombé dans la sensualité et qu’il se soit incorporé en elle par la perte de ses ailes, il vivait parmi les dieux dans le monde aérien [spirituel] où tout est vrai et pur. » Dans le Timée il dit que « il fut un temps où l’humanité ne se reproduisait pas, mais où elle vivait comme des esprits purs ». Dans le monde à venir, dit Jésus, « ils ne se marient ni ne sont donnés en mariage », mais, « ils vivent comme les Anges de Dieu dans le Ciel ».

Les recherches de Laboulaye, d’Anquetil Duperron, de Colebrooke, de Barthelemy Saint-Hilaire, de Max Muller, de Spiegel, de Burnouf, de Wilson et de bien d’autres linguistes ont mis la vérité en lumière. Et aujourd’hui que les difficultés du Sanscrit, du Cingalais, du Zend, du Pahlavi, du Chinois et même du Birman ont été en partie résolues, et que les Védas, le Zend Avesta, les textes Bouddhiques et même les Soutras de Kapila ont été traduits, la porte est ouverte, laquelle, une fois passée laissera derrière elle les calomniateurs spéculatifs ou calomniateurs ignorants des anciennes religions. Jusqu’à l’époque actuelle, le clergé, pour se servir de l’expression de Max Muller – « avait l’habitude d’accuser le culte païen de diableries et d’orgies,… mais il a rarement, si même il l’a jamais fait, cherché à découvrir le caractère véritable et original des étranges formes de culte qu’il attribue à l’œuvre du diable (888) ». Lorsque nous lisons le récit authentique du Bouddha et du Bouddhisme, par Muller, et l’opinion enthousiaste de tous les deux exprimée par Barthelemy Saint-Hilaire et Laboulaye ; lorsque enfin, un missionnaire catholique, témoin oculaire, et qu’on peut moins que tous, accuser de partialité envers les Bouddhistes – nous voulons parler de l’abbé Hue – n’a que de l’admiration pour le caractère individuel élevé de ces « adorateurs du diable », nous sommes obligés de considérer la philosophie de Sakyamuni comme quelque chose de plus qu’une religion de fétichisme et d’athéisme comme les catholiques voudraient nous le faire croire. Huc était un missionnaire et son premier devoir était de considérer le Bouddhisme comme un rejeton du culte de Satan. Le pauvre abbé Huc fut rayé à Rome de la liste des missionnaires (889), après la publication de ses récits de voyage. Ceci nous montre le peu de vérité que nous pouvons apprendre des missionnaires au sujet de la religion des autres peuples, lorsque leurs récits doivent, avant tout, être revus et corrigés par les autorités ecclésiastiques supérieures, et qu’on les punit sévèrement pour avoir dit la vérité.

Lorsque Marco Polo demanda à des hommes qu’on a appelés et qu’on appelle encore des « ascètes obscènes », en un mot, les fidèles de certaines sectes de l’Inde, généralement connus sous le nom de « Yogins », « s’ils n’avaient pas honte d’aller tout nus comme ils le faisaient ? ils répondirent au demandeur du XIIIème siècle ainsi qu’ils le firent à un missionnaire du XIXème : « Nous allons tout nus, parce que nous sommes venus au monde tout nus, et que nous ne voulons rien posséder de ce qui est de ce monde. De plus, nous n’avons pas de péché de la chair commis consciemment, et par conséquent nous n’avons pas honte de notre nudité, plus que vous n’en n’avez de montrer votre visage ou votre main. Vous qui connaissez les péchés de la chair, vous avez raison d’en avoir honte, et de couvrir votre nudité (890). »

La liste serait curieuse à établir des excuses et des explications fournies par le clergé pour expliquer les ressemblances journellement trouvées entre le catholicisme et les religions païennes. Et cependant l’ensemble se réduirait à une seule et unique conclusion : Les doctrines du christianisme auraient été plagiées par celles des païens du monde entier ! Platon et son ancienne académie ont pris leurs idées dans la révélation chrétienne – prétendent les anciens Pères d’Alexandrie !!! Les Brahmanes et le Manou firent des emprunts aux missionnaires Jésuites, et la Bhagavad-Gîtâ est l’œuvre du Père Dom Calmet qui transforma le Christ et Saint-Jean en Krishna et Arjouna afin de l’adapter à l’esprit hindou !!! Le fait insignifiant que le Bouddhisme et le Platonisme aient précédé le Christianisme, et que les Védas avaient déjà dégénéré en Brahmanisme avant l’époque de Moise, ne paraît avoir aucune importance. Il en est de même d’Apollonius de Tyane. Quoique ses pouvoirs thaumaturgiques ne puissent être niés d’après le témoignage des empereurs, de leur cour et des populations de plusieurs cités ; quoique un nombre fort restreint de celles-ci aient jamais entendu parler du prophète Nazaréen, dont les « miracles » ne furent exécutés que devant quelques-uns de ses apôtres, l’identité desquels demeure encore aujourd’hui problématique, malgré tout cela il ne faut accepter Apollonius que comme « le singe du Christ ».

S’il existe des hommes véritablement pieux, bons et honnêtes parmi les prêtres Catholiques, Grecs et Protestants, dont la foi sincère l’emporte sur leur raisonnement et qui n’ayant jamais vécu parmi les populations païennes ne sont injustes que par ignorance, il n’en est pas de même en ce qui concerne les missionnaires. Le subterfuge invariable de ceux-ci est d’attribuer à la démonolâtrie, la vie réellement christique des ascètes hindous et Bouddhistes et de beaucoup de lamas. Des années de résidence chez les païens en Tartarie, au Tibet et en Hindoustan leur ont fourni les preuves de la façon injuste avec laquelle on a calomnié les prétendus idolâtres. Les missionnaires n’ont même pas l’excuse de leur bonne foi, pour tromper le monde ; et à de rares exceptions près, on pourrait paraphraser à leur égard l’observation de Garibaldi en disant : « Un prêtre sait qu’il est un imposteur, s’il n’est pas un imbécile ou s’il n’a pas appris à mentir dès son bas âge. »

FIN DE LA PREMIERE PARTIE DU TOME II

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