Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes – Partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VII - Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes

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De même que Jésus, Hamsa était un homme mortel, et néanmoins « Hamsa » et « Christos » sont synonymes dans leur signification intime et occulte. Tous deux symbolisent le Nous, l’âme divine et supérieure humaine, l’esprit. La doctrine enseignée par les Druses sur cette question particulière de la dualité de l’homme spirituel, consistant en une âme mortelle et une autre immortelle, est identique à celle des Gnostiques, les anciens philosophes grecs, et d’autres initiés.

En dehors de l’Orient, nous avons rencontré un initié, (un seul), qui, pour des raisons qui lui sont propres, ne fait pas un secret de son initiation dans la Confrérie du Liban. Cet homme est le savant artiste et voyageur, le professeur A.-L. Rawson de New-York. Ce Monsieur a séjourné pendant plusieurs années dans l’Orient, il a visité quatre fois la Palestine et a fait le voyage de la Mecque. On peut dire sans crainte qu’il possède des données inappréciables au sujet de l’origine de l’Eglise chrétienne, que seul celui qui a eu accès aux dépôts fermés aux touristes ordinaires, a pu réunir. Le Professeur Rawson, avec la véritable dévotion d’un homme de science, a noté toutes les découvertes importantes qu’il fit dans les bibliothèques de la Palestine, et tous les faits précieux que lui communiquèrent oralement les mystiques qu’il rencontra, et un jour il les publiera. Il nous a, fort aimablement, envoyé la communication suivante, laquelle corrobore pleinement, ainsi que le lecteur le verra, ce que nous avons avancé de nos expériences personnelles au sujet de l’étrange confrérie qu’on intitule à tort les Druses :

34 Bond Str. New-York, le 6 juin 1877.

…Votre lettre me demandant de vous faire le récit de mon initiation dans un ordre secret chez le peuple connu généralement sous le nom de Druses, du mont Liban, me parvient ce matin. J’ai pris, ainsi que vous le savez, à ce moment, l’obligation de garder secrète dans ma mémoire la plus grande partie des « mystères », ainsi que la partie la plus intéressante des enseignements, de sorte que ce qui me reste à vous révéler n’aura probablement pas beaucoup d’intérêt pour le public. Mais l’information que je puis vous donner en tout honneur, est à votre service, pour en faire l’usage qu’il vous conviendra.

La probation fut fixée, en ce qui me concerne, et par dispensation spéciale, à un mois, et pendant tout ce temps je fus accompagné par un prêtre, qui ne me quitta pas plus que mon ombre, me servant de cuisinier, de guide, d’interprète et de domestique, afin de pouvoir certifier du fait que je m’étais strictement conformé aux règles de diète, d’ablutions et autres choses. Il était aussi mon instructeur dans le texte du rituel, qu’il me récitait de temps en temps pour la pratique, en dialogue ou en chant, suivant le cas. Lorsque nous étions le jeudi à proximité d’un village de Druses, nous assistions aux « réunions ouvertes » où les hommes et les femmes se réunissaient pour s’instruire et adorer, et exposer au monde en général leurs pratiques religieuses. Je n’ai jamais assisté, avant mon initiation, à une réunion « fermée » du vendredi, et je ne crois pas qu’aucun homme ou femme y ait jamais assisté sauf par l’entremise d’un prêtre complaisant, et cela même est peu probable, car un prêtre parjure y risque la vie. Ceux qui se plaisent à mystifier un « Franc » trop crédule, le bernent avec une initiation simulée, surtout si on a raison de croire qu’il est en rapport avec les missionnaires de Beyrouth ou d’autre part.

Les initiés comprennent des hommes et des femmes, et la cérémonie est d’un ordre si particulier que les deux sexes sont requis pour assister au rituel et au « travail ». L’ameublement de la maison de prière et de la « chambre des visions » est fort simple, et sauf en ce qui a rapport aux commodités pourrait se borner à un simple bout de tapis. Dans le « Hall Gris » (cet endroit n’est jamais nommé ; il est souterrain et non loin de Bayt-ed-Deen) il y a de riches décors, et de précieuses pièces d’ameublement anciennes, l’œuvre d’orfèvres, arabes d’il y a cinq ou six siècles, signées et datées. Le jour de l’initiation est un jour de jeûne absolu depuis le lever au coucher du soleil en hiver, ou à six heures en été, et du commencement à la fin la cérémonie est une série d’épreuves et de tentations calculées pour éprouver l’endurance du candidat soumis à un effort physique et mental continu. Sauf les jeunes candidats (hommes ou femmes) il est rare qu’on réunisse à gagner tous les prix, car la nature prend quelquefois le dessus, malgré la volonté la plus ferme, et les néophytes échouent en voulant subir quelques-unes des épreuves. Dans ce cas la probation est prolongée d’une année, au bout de laquelle on se présente de nouveau aux épreuves.

Parmi les épreuves pour le contrôle de soi-même du néophyte, il y a les suivantes : de belles pièces de viande rôtie, des soupes savoureuses, du pilaf et d’autres mets appétissants, des sorbets, du café, du vin et de l’eau, sont placés comme par hasard, sur son chemin, et on le laisse quelque temps seul en présence de ces friandises. Pour celui qui a faim et qui se sent défaillir, la tentation est grande. Mais une épreuve plus dure encore est lorsque les sept prêtresses se retirent, sauf une seule, la plus jeune et la plus jolie, et que la porte est fermée et verrouillée du dehors, après avoir averti le candidat qu’on le laisserait à ses méditations pendant une demi-heure. Fatigué de la longue et interminable cérémonie, affaibli par la faim, torturé par la soif, la douce réaction venant à la suite d’un effort considérable pour dompter sa nature animale, cet instant de repos et de tentation constitue un péril immense. La charmante jeune vestale, s’approche de lui timidement, et avec des œillades qui prêtent un double attrait magnétique à ses paroles, le supplie, à voix basse, de la « bénir ». Malheur à lui s’il cède ! Cent paires d’yeux le contemplent par des trous invisibles et le moment opportun et l’apparence du secret n’existent que dans l’esprit du néophyte ignorant et confiant.

Leur doctrine n’a rien d’infidèle, ou d’idolâtre ; elle ne contient non plus aucun trait mauvais. Ils possèdent des reliques de ce qui fut, autrefois, la forme sublime du culte de la nature, qui à la suite de despotisme s’est contracté en un ordre secret, caché à la lumière du jour et exposé seulement à la flamme fumeuse de quelques lampes, qui brûlent dans une caverne humide, ou une chapelle souterraine. Les principaux dogmes de leur religion se réduisent à sept articles, qui sont les suivants, condensés en termes généraux :

L’Unité de Dieu, ou l’unité infinie de la Divinité.

L’excellence essentielle de la Vérité.

La loi de la tolérance pour les opinions de tous les hommes aussi bien que des femmes.

Le respect pour le caractère et la conduite de tous, hommes et femmes.

La soumission absolue aux décrets de Dieu.

La chasteté du corps, de l’âme et de l’esprit.

Aide mutuelle en toute occasion.

Ces dogmes ne sont ni imprimés ni écrits. Il en existe d’autres imprimés ou écrits pour égarer les importuns, mais nous n’avons rien à faire avec ceux-ci.

Le principal résultat de l’initiation paraît être une sorte d’illusion mentale ou de somnambulisme, état dans lequel le néophyte voit, ou croit voir, les images de personnes qu’il sait être absentes et dans certains cas éloignées de milliers de milles. Je crus voir (ou peut-être n’était-ce que l’effet de l’imagination) des amis et des parents que je savais être à ce moment dans l’Etat de New-York, tandis que j’étais sur le Mont Liban. Il m’est impossible de dire comment ces résultats furent obtenus. « Ils apparaissaient » dans une chambre obscure, tandis que le « guide » parlait, l’assistance chantant dans la « chambre » contiguë et à peu près à la tombée de la nuit, lorsque j’étais exténué de jeûner, de marcher, de parler, de chanter, de me vêtir et de me déshabiller, ayant vu beaucoup de personnes dans diverses conditions de vêtements et de nudité ; la grande tension d’esprit pour résister à certaines manifestations physiques résultant d’appétits qui surmontent la volonté ; l’attention soutenue pour se rendre compte des visions qui passent, afin de les graver dans la mémoire ; il est donc fort possible que j’aie été incapable de juger un phénomène nouveau et merveilleux pour moi, et par-dessus tout ces apparitions magiques qui ont toujours éveillé chez moi le soupçon et la méfiance. Je connais l’usage des lanternes magiques et d’autres appareils, et je pris soin d’examiner la chambre où les visions m’apparurent le même soir, le jour après, et plusieurs fois par la suite, et je puis certifier qu’en ce qui me concerne, il n’a été fait usage d’aucun truc ou machinerie quelconque, à part la voix du « guide et instructeur ». En plusieurs occasions, dans la suite, lorsque je me trouvai à une grande distance de la « chambre », les mêmes visions se reproduisirent, comme par exemple à l’Hôtel Hornstein à Jérusalem. La belle-fille d’un négociant juif bien connu à Jérusalem, est une sœur initiée, et peut produire à volonté des visions pour ceux qui consentent à vivre selon des règles strictement en accord avec celles de l’Ordre pendant quelques semaines, plus ou moins suivant leur nature grossière ou raffinée.

Je n’hésite pas à affirmer que l’initiation est si spéciale qu’on n’en pourrait pas donner la description dans les livres, pour instruire celui qui n’a pas passé par le travail de la « chambre ». Il serait encore plus difficile d’en donner un exposé que de celle des Franc-maçons. Leurs véritables secrets sont joués et non parlés, et demandent l’assistance de plusieurs personnes initiées pour parfaire le travail.

Je ne crois pas nécessaire de dire combien certaines notions de ce peuple perpétuent les croyances des anciens Grecs, comme par exemple la notion qu’un homme a deux âmes, et beaucoup d’autres – car vous avez probablement été familiarisée avec elle dans votre passage à travers la chambre « supérieure » et la « chambre inférieure ». Si je fais erreur en vous croyant une initiée veuillez m’excuser. Je sais que des amis intimes cachent les uns aux autres le « secret sacré » ; et que même le mari et la femme peuvent vivre – ainsi que j’ai été informé c’était le cas dans une famille à Dayr-el-Kamar – pendant vingt ans côte à côte, en ignorant cependant l’initiation l’un de l’autre. Vous avez, sans aucun doute, vos bonnes raisons pour garder le secret.

Votre dévoué,

A.-L. RAWSON.

Avant de clore le sujet nous pourrions ajouter que si un étranger demande à être admis à une des réunions du jeudi, on ne le lui refuse jamais. Seulement si c’est un chrétien, l’Okhal ouvrira une Bible et en lira un passage ; si c’est un Musulman, il lira quelques chapitres du Koran et la cérémonie se terminera ainsi. Ils attendront que l’étranger se soit éloigné, puis, après avoir fermé les portes de leur couvent, ils accompliront leurs rites propres et leurs cérémonies, pour lesquelles ils descendent dans leurs sanctuaires souterrains (802). « Les Druses, encore plus que les Juifs, demeurent une nation particulière », dit le colonel Churchill, un des seuls auteurs de bonne foi et strictement impartial. « Ils se marient entre eux ; ils ne se convertissent que fort rarement ; ils tiennent fermement à leurs anciennes traditions, et ils déjouent tous les efforts pour approfondir leurs secrets… Le mauvais renom du caliphe qu’ils prétendent être leur fondateur, est bien compensé par la pureté des vies de ceux qu’ils honorent comme des saints et par l’héroïsme de leurs chefs féodaux. »

Malgré cela on est autorisé à dire que de toutes les sociétés secrètes, celle des Druses est la moins ésotérique. Il y en a d’autres, beaucoup plus puissantes et plus savantes, dont, en Europe, on ne soupçonne même pas l’existence. Il y a beaucoup de Branches faisant partie de la « Loge Mère », qui mélangées à d’autres communautés, pourraient être classées comme des sectes dans d’autres sectes. Une de celles-ci est la secte connue généralement sous le nom des Langhana-Sastra. Elle compte plusieurs milliers d’adeptes, disséminés en petits groupements dans le sud du Dekkan, en Inde. Suivant la superstition populaire, on craint cette secte à cause de sa grande réputation de magie et de sorcellerie. Les Brahmanes accusent ses membres d’athéisme et de sacrilège, car aucun d’eux ne consent à reconnaître l’autorité des Védas ou de Manou, sauf en ce qui concerne les versions en leur possession, auxquelles ils se conforment, et qu’ils prétendent être les seuls textes originaux ; les Langhana-Sastra n’ont ni temples ni prêtres, mais deux fois par mois, chaque membre de la communauté est tenu de s’absenter de chez lui pendant trois jours. La rumeur populaire, qui a pris naissance chez leurs femmes, veut que ces absences soient dues à un pèlerinage à leurs lieux de réunions bi-mensuelles. Ils se tiennent alors dans leurs bungalows qui ressemblent à des forteresses, entourés qu’ils sont de murailles hautes et épaisses, situés dans quelque endroit retiré dans les montagnes, ignoré et inaccessible pour les autres sectes, et cachés aux regards par la luxuriante végétation de l’Inde. Ces murailles, à leur tour, sont entourées d’arbres sacrés nommés ashvalha, et en Tamil arasha maram. Ce sont les « bosquets sacrés » origine de ceux de l’Egypte et la Grèce, dont les initiés bâtissaient leurs temples dans les « bosquets » analogues, « inaccessibles aux profanes (803). »

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