Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes – Partie 5

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VII - Hérésies chrétiennes primitives et sociétés secrètes

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« Une fraternité occulte qui date des temps les plus reculés, ayant une hiérarchie d’officiers, de signes secrets et de mots de passe, ainsi qu’une curieuse méthode d’instruction dans les sciences, la religion et la philosophie… Si nous devons en croire ceux qui aujourd’hui, professent en faire partie, la pierre philosophale, l’élixir de vie, l’art de se rendre invisible, et le pouvoir de communiquer directement avec la vie au-delà de la tombe, feraient partie de l’héritage en leur possession. L’auteur n’a rencontré que trois personnes qui affirment l’existence actuelle de ce groupe de philosophes religieux, et qui donnèrent à entendre qu’ils faisaient réellement partie de ce corps. Il n’y a pas de raison pour douter de la bonne foi de ces personnes, inconnues les unes des autres, de situation modeste, de vies sans tache, de manières austères et de coutumes presque ascétiques. Tous avaient l’air d’avoir de quarante à quarante-cinq ans, et évidemment possédaient une érudition… considérable… leurs connaissances des langues étrangères ne faisaient aucun doute… Ils ne séjournaient jamais longtemps dans un pays, mais partaient sans se faire remarquer (789) ».

Une autre de ces sous-fraternités, est la secte des Pitris dans l’Inde. Connue par son nom, maintenant que Jacolliot l’a mise en évidence, elle est encore plus secrète, peut-être, que la confrérie que Mackenzie nomme les « Frères Hermétiques ». Ce que Jacolliot put savoir à son sujet, il le tira de fragments de manuscrits qui lui furent donnés par les Brahmanes, lesquels, sans doute, avaient leurs raisons pour cela. La Agrouchada Parikshai donne certains détails au sujet de cette association, telle qu’elle existait jadis, et tout en expliquant les rites mystiques et les incantations, elle ne révèle rien du tout, de sorte que le mystique L’Om, L’Rhum, Sh’hrum, et le Sho-rim Ramaya Namaha, demeurent pour l’auteur embarrassé une énigme aussi impénétrable que jamais. Toutefois il faut lui rendre justice, qu’il admet le fait, et n’entre pas dans de vaines spéculations à son sujet (790).

Que celui qui voudrait s’assurer qu’il existe aujourd’hui une religion qui, pendant des siècles, a déjoué l’impudente curiosité des missionnaires, et les persévérantes recherches de la science, viole, s’il le peut, la retraite des Druses de Syrie. Il trouvera qu’ils comptent environ 80.000 guerriers, répartis depuis les plaines à l’est de Damas jusqu’à la côte occidentale. Ils ne cherchent pas à faire de prosélytes, ils fuient la notoriété, demeurent en bons termes – tant que faire se peut – aussi bien avec les Chrétiens qu’avec les Musulmans ; ils respectent la religion de toute autre secte ou peuple, mais ne divulguent jamais leurs propres secrets. C’est en vain que les missionnaires les taxent d’infidèles, d’idolâtres, de brigands et de voleurs. Ni la menace, ni la subordination, ni une considération quelconque ne décidera un Druse à se convertir au Christianisme dogmatique ; nous avons oui dire de deux qui avaient été convertis au Christianisme dans l’espace de cinquante ans, et tous deux ont terminé leur carrière en prison pour ivrognerie et vol. Ils ont prouvé être de « vrais Druses » (791c) dit un de leurs chefs en parlant d’eux. Le cas ne s’est jamais présenté, qu’un Druse initié se soit converti au Christianisme. Quant aux non-initiés, on ne leur permet même jamais de voir les écritures sacrées, et nul parmi eux n’a la moindre idée où on les garde. Certains missionnaires en Syrie se vantent d’en posséder quelques copies. Les ouvrages qui sont, disent-ils, l’exposition exacte de ces livres secrets (tels que la traduction par Petis de la Croix, en 1701, d’ouvrages présentés par Nasr-Allah au roi de France) ne sont qu’une compilation de « secrets » plus ou moins connus de tous les habitants des chaînes méridionales du Liban et de l’Anti-Liban. C’est l’œuvre d’un Derviche apostat, qui fut chassé de la secte Hanafi pour conduite répréhensible – il s’était approprié l’argent de veuves et d’orphelins. L’Exposé de la Religion des Druses, en deux volumes, par Sylvestre de Sacy (1838) est encore un tissu d’hypothèses. Une copie de cet ouvrage était placée en 1870, dans l’embrasure de la fenêtre d’une de leurs principales Khalwehs, ou lieu de réunions religieuses. À la question impertinente d’un voyageur anglais, au sujet de leurs rites, l’Okhal (792c), un vénérable vieillard, qui parlait l’anglais aussi bien que le français, ouvrit le volume de De Sacy et le présentant à son interlocuteur il lui dit avec un bienveillant sourire : « Lisez ce livre instructif et véridique ; je ne pourrais vous expliquer mieux qu’il ne le fait ni plus correctement, les secrets de Dieu et de notre bienheureux Hamsa. » Le voyageur se le tint pour dit.

Mackenzie dit qu’ils s’établirent dans le Liban vers le Xème siècle, et « qu’ils semblent être un mélange de Kurdes, d’Arabes Marid et d’autres tribus à demi civilisées. Leur religion est un composé de Judaïsme, de Christianisme et de Mahométanisme. Ils ont un ordre régulier de prêtres et une espèce de hiérarchie… ils ont aussi un système régulier de mots de passe et de signes… Ils font un stage de probation de douze mois avant l’initiation, à laquelle les deux sexes sont admis (793) ».

Nous ne citons le passage ci-dessus que pour faire voir le peu que des personnes, même aussi dignes de foi que M. Mackenzie, savent au sujet de ces mystiques.

Mosheim qui en sait autant, ou plutôt aussi peu, que tous les autres, a le mérite d’admettre avec candeur que « leur religion est particulière à eux seuls et qu’elle est entourée de quelque mystère (794) » Nous n’en doutons pas !

Il est tout naturel que leur religion montre des traces de Magisme et de Gnosticisme, car c’est la philosophie ésotérique Ophite qui en constitue la base. Mais le dogme caractéristique des Druses est l’unité absolue de Dieu. Il est l’essence de la vie, et bien qu’incompréhensible et invisible, on peut le connaître lorsqu’il se manifeste occasionnellement sous la forme humaine (795c). De même que les Hindous, ils croient qu’il s’est incarné plus d’une fois sur cette terre. Hamsa fut le précurseur de la dernière manifestation (le dixième avatar) (796c) et non l’héritier de Hakem, qui est encore à venir. Hamsa était la personnification de la « Sagesse Universelle ». Dans ses ouvrages Boha-eddin l’appelle le Messie. Le nombre entier de ses disciples, ou ceux qui aux différentes époques mondiales ont enseigné la sagesse aux hommes, et que ceux-ci ont invariablement oubliée et rejetée au cours du temps, est de cent soixante-quatre (164 le s, d, k cabalistique). Par conséquent leurs stages ou degrés de promotion après l’initiation, sont au nombre de cinq ; les trois premiers degrés sont représentés par « les trois pieds du candélabre du Sanctuaire intérieur, qui supporte la lumière des cinq éléments » ; les deux derniers les plus importants et terrifiants dans leur grandeur solennelle, appartiennent aux ordres les plus élevés ; et les cinq degrés, ensemble, représentent l’emblème des cinq Eléments mystiques déjà énumérés. Les « trois pieds sont la sainte Application, l’Ouverture et le Fantôme« , dit un de leurs livres, l’âme interne et externe de l’homme, et son corps, un fantôme, une ombre transitoire. Le corps, ou la matière est aussi appelé le « Rival », car « il est le ministre du péché, le Diable créant constamment des dissensions entre l’Intelligence Céleste [l’Esprit] et l’âme, qu’il tente sans cesse. » Leurs notions sur la transmigration sont Pythagoriciennes et cabalistiques. L’esprit, ou Al-Tamîmi (l’âme divine) était en Elie et saint Jean-Baptiste ; et l’âme de Jésus était celle de Hamsa ; c’est-à-dire qu’elle était de la même pureté et sainteté. Jusqu’à leur résurrection, par laquelle ils comprennent le jour où les corps spirituels des hommes seront absorbés dans l’essence de Dieu et dans son être (le Nirvana des Hindous), les âmes des hommes conservent leur forme astrale, sauf quelques élus qui, dès le moment de la séparation de leur corps commencent leur existence comme esprits purs. Ils divisent la vie de l’homme en âme, corps et intelligence ou mental. C’est ce dernier qui transmet et communique à l’âme l’étincelle divine de son H’amsa (Christos).

Ils ont sept grands commandements qui sont enseignés également à tous les non-initiés ; et cependant, même ces articles de foi bien connus ont été si bien brouillés dans les ouvrages d’auteurs extérieurs que dans une des meilleures Encyclopédies américaines (celle de Appleton) ils ont été dénaturés ainsi qu’on peut voir dans le tableau ci-après ; nous mettons en regard l’une de l’autre la version véritable et la version dénaturée :

VERSION CORRECTE DES COMMANDEMENTS TELS QU’ILS SONT ENSEIGNES ORALEMENT PAR LES INSTRUCTEURS (797c)

VERSION DENATUREE RAPPORTEE PAR LES MISSIONNAIRES CHRETIENS ET PUBLIEE DANS LES PRETENDUS EXPOSES (798c)

I. L’Unité de Dieu, ou l’unité infinie de la Divinité. I (II) « La Vérité en paroles » ce qui équivaut dans la pratique, à la vérité seulement pour la religion et les initiés ; il est permis d’agir et de mentir aux hommes d’autres croyances (799c).
II. L’excellence essentielle de la Vérité. II (VII) « Aide mutuelle, vigilance et protection ».
III. Tolérance ; le droit donné à tout homme ou femme d’exprimer librement son opinion sur les choses religieuses, et de les soumettre à la raison. III (?) « Renoncer à toute autre religion » (800c).
IV. Le respect pour tout homme ou femme d’après leur caractère et leur conduite. IV (?) « Se tenir à l’écart des infidèles de toute espèce, non pas extérieurement, mais seulement dans le cœur » (801c).
V. Soumission complète aux décrets de Dieu. V (I) « Reconnaître l’unité éternelle de Dieu ».
VI. Chasteté du corps, du mental et de l’âme. VI (V) « Être satisfaits des actes de Dieu ».
VII. Aide mutuelle dans toutes les conditions. VII (V) « Résignation à la volonté de Dieu ».

Ainsi qu’on peut le constater le seul exposé, ci-dessus, est celui d’une grande ignorance, sinon de malice de la part d’auteurs qui, comme Sylvestre de Sacy, ont entrepris de faire connaître au monde des choses dont ils ne connaissent pas le premier mot.

« La Chasteté, l’Honnêteté, l’Humilité et la Pitié », sont, par conséquent, les quatre vertus théologales de tous les Druses, outre plusieurs autres qu’on n’exige que des seuls initiés : « le meurtre, le vol, la cruauté, la cupidité et la médisance » sont les cinq péchés, auxquels viennent s’ajouter plusieurs autres dans les tablettes sacrées, mais que nous devons nous abstenir d’énumérer. La moralité des Druses est stricte et intraitable. Rien ne pourrait détourner un de ces Unitariens du Liban de ce qu’on lui a enseigné comme son devoir. Le rituel de leur culte étant inconnu des étrangers, leurs soi-disant historiens ont nié jusqu’à présent qu’ils en eussent un. Leurs « Réunions du Jeudi » sont ouvertes à tous, mais aucun intrus n’a jamais participé aux rites de l’initiation qui ont lieu de temps en temps les vendredis, dans le plus grand secret. On y admet les femmes aussi bien que les hommes, et elles jouent un rôle important à l’initiation des hommes. La probation est longue et sévère, à moins de quelque exception extraordinaire. Une fois, dans une certaine période de temps, a lieu une cérémonie solennelle, pendant laquelle tous les anciens et les initiés des deux degrés les plus élevés, partent en pèlerinage de plusieurs jours, pour un endroit dans la montagne. Ils se rencontrent dans l’abri d’un monastère qu’on dit avoir été bâti dans les premiers temps de l’ère chrétienne. On ne voit à l’extérieur que les anciennes ruines d’un édifice, jadis imposant, utilisé, suivant la légende, par les sectes Gnostiques comme un lieu de culte pendant les persécutions religieuses. Les ruines au-dessus de terre ne sont toutefois qu’un prétexte ; car la chapelle, les halles et les cellules couvrent une surface considérablement plus étendue que l’édifice supérieur ; la richesse de l’ornementation, la beauté des anciennes sculptures et les vases d’or et d’argent dans cette retraite sacrée, donnent l’illusion « d’un rêve de gloire », suivant l’expression d’un initié. De même que les lamaseries de la Mongolie et du Tibet sont visitées aux grandes occasions par l’ombre sainte du « Seigneur Bouddha », de même ici, pendant la cérémonie apparaît la forme radieuse et éthérée de Hamsa, le Bienheureux, qui instruit les fidèles. Les exploits les plus extraordinaires de ce qu’on pourrait nommer magie ont lieu pendant les quelques nuits que dure la réunion ; et un des plus grands mystères – fidèle copie du passé – s’accomplit dans le sein discret de notre mère la terre ; pas un écho, pas un murmure, pas un rayon de lumière ne trahissent au dehors le grandiose secret des initiés.

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