LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME – Partie 2

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre VI - LES DOCTRINES ÉSOTERIQUES DU BOUDDHISME PARODIÉES DANS LE CHRISTIANISME

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Dans son sens mystique en tant qu’emblème, la croix égyptienne doit son origine, à la réalisation par la philosophie primitive, d’un dualisme androgyne de toute manifestation de la nature, procédant de l’idéal abstrait d’une divinité également androgyne, tandis que l’emblème chrétien n’est qu’un effet du hasard. Si la loi mosaïque avait prévalu, Jésus aurait dû être lapidé (650). Le crucifix était un instrument de torture et aussi commun chez les Romains qu’il était ignoré des nations sémitiques. On l’appelait le « Bois d’infamie ». Ce ne fut que par la suite que les Chrétiens l’adoptèrent comme leur symbole ; mais, pendant les deux premières décennies, les apôtres l’avaient en horreur (651). Ce n’est certes pas la croix Chrétienne que saint Jean() avait en vue lorsqu’il parle du « Signe du Dieu Vivant » mais bien le Tau mystique, le Tetragrammaton, ou nom puissant, qui est représenté sur les plus anciens talismans cabalistiques par les quatre lettres hébraïques qui composent le Mot Sacré.

La célèbre Lady Ellenborough, connue des Arabes de Damas et dans le désert, après son dernier mariage, sous le nom de Hanourn Med jouyé, avait en sa possession, un talisman qui lui avait été offert par un Druze du Mont Liban.

On le reconnaissait à certain signe sur l’angle gauche, comme appartenant à cette classe de joyaux qu’en Palestine on nomme une amulette Messianique, du IIème ou IIIème siècle avant Jésus-Christ. C’est une pierre verte, de forme pentagonale ; dans le bas est gravé un poisson ; un peu plus haut, le sceau de Salomon (652c) ; et plus haut encore, les quatre lettres chaldéennes – Iod, He Vau, He, I A H O, qui ensemble forment le nom de la Divinité. Celles-ci sont disposées d’une manière peu usuelle, allant de bas en haut, dans l’ordre renversé, formant ainsi le Tau égyptien. Autour de celles-ci court une légende, que nous ne sommes pas autorisés à publier, le joyau n’étant pas notre propriété. Le Tau dans son sens mystique, de même que la crux ansata (la croix ansée) est l’Arbre de Vie.

On sait que les plus anciens emblèmes chrétiens – avant qu’on ait cherché à représenter l’apparence corporelle de Jésus – furent, l’Agneau, le Bon Berger et le Poisson. L’origine de ce dernier emblème, qui a si fort embarrassé les archéologues, devient ainsi compréhensible. Tout le secret réside dans le fait, dont on peut aisément se rendre compte, que tandis que dans la Cabale le Messie-Roi est appelé « l’Interprète », ou Révélateur du mystère, et qu’on y montre qu’il est la Cinquième émanation, dans le Talmud – pour des raisons que nous allons maintenant expliquer – le Messie est souvent désigné sous le nom de « DAG », le Poisson. C’est un héritage des Chaldéens, et a rapport – ainsi que le nom l’indique clairement – au Dagon babylonien, ou homme-poisson qui fut l’instructeur et l’interprète du peuple, auquel il apparut. Abarbanel donne l’explication du nom en disant que le signe de sa venue (celle du Messie) « est la conjonction de Saturne et de Jupiter dans le signe des Poissons (653) ». Par conséquent, du moment que les Chrétiens voulaient à tout prix identifier leur Christos avec le Messie de l’Ancien Testament, ils l’adoptèrent volontiers, au point d’oublier que sa véritable origine datait d’une époque bien antérieure au Dagon babylonien. Pour nous faire une idée jusqu’à quel point les Chrétiens primitifs confondaient l’idéal de Jésus avec n’importe quelle doctrine imaginable, cabalistique ou païenne, nous n’avons qu’à consulter le langage de Clement d’Alexandrie à ses frères en religion.

Lors de la discussion sur le choix d’un symbole approprié pour leur rappeler Jésus, Clement leur tint le langage suivant : « Gravez sur le joyau de votre anneau soit une colombe, soit un navire poussé par le vent [l’Argha] ou un poisson. » Le révérend Père, en écrivant cette phrase, était-il obsédé du souvenir de Josue, fils de Nun, (nommé Jésus, dans les versions Grecques et Slavones) ou bien avait-il oublié la véritable interprétation de ces symboles païens ? Josue, le fils de Nun ou Nave (Navis) pouvait parfaitement adopter comme symbole l’image d’un navire, voire même d’un poisson, car Josue veut dire Jésus, fils du dieu-poisson ; mais c’était par trop risqué de confondre les emblèmes de Vénus, d’Astarté et de toutes les déesses hindoues – l’arche, la colombe et le poisson – avec la naissance « immaculée » de leur dieu ! On pourrait croire que dans les premiers temps du Christianisme, on ne faisait que peu de différence entre le Christ, Bacchus, Apollon et le Krishna hindou, l’incarnation de Vichnou, avec le premier avatar duquel le symbole du poisson fut en premier lieu associé.

Dans la Bhagavad-Gita, ainsi que dans d’autres ouvrages, on nous montre le dieu Vichnou prenant la forme d’un poisson à tête humaine, pour retrouver les Védas, qui avaient été perdus dans le déluge. Ayant aidé Vaivasvata à échapper, lui et sa famille, dans l’arche, Vichnou pris de pitié pour la faible et ignorante humanité, resta pendant quelque temps avec eux. Ce fut ce dieu qui leur enseigna à bâtir des maisons, à cultiver la terre, et rendre grâce à la Divinité inconnue qu’il représentait, en construisant des temples et en instituant un culte régulier ; et comme il demeura tout le temps parmi eux moitié poisson, moitié homme, chaque soir au coucher du soleil il rentrait dans l’Océan, où il passait la nuit.

« Ce fut lui », dit le livre sacré, « qui enseigna aux hommes, après le déluge, tout ce dont ils ont besoin pour leur félicité ».

« Un jour, il plongea dans l’eau, et ne revint plus, car la terre s’était couverte de nouveau de végétation, de fruits et de troupeaux. »

« Mais il avait enseigné aux Brahmanes le secret de toutes choses. »

(Hari-Pourana VIII, 24)

Jusque-là nous voyons dans ce qui précède le double du récit donné par le Babylonien Berose au sujet de Oannès, l’homme-poisson, qui n’est autre que Vichnou, à moins que nous n’admettions que ce fut la Chaldée qui civilisa l’Inde.

Nous le répétons, nous ne voulons rien affirmer sur notre propre autorité. Nous ferons donc un emprunt à Jacolliot, lequel, bien que critiqué et contredit sur d’autres points, et tout peu digne de foi qu’il soit en matière de chronologie (quoi qu’il soit plus près de la vérité à cet égard que ces savants qui prétendent que tous les livres hindous sont postérieurs au Concile de Nicée) n’en a pas moins la réputation d’un bon sanscrististe. Voici ce qu’il dit en analysant le mot Oan, ou Oannes : que O en sanscrit, est une interjection pour exprimer une invocation, comme dans O, Svayambhu ! O, Dieu ! etc. ; et Ana est une racine signifiant, en sanscrit, un esprit, un être ; et, à notre avis, ce que les Grecs voulaient dire par leur mot Daemon, un demi-dieu.

« Quelle antiquité extraordinaire », écrit-il, « cette fable de Vichnou déguisé en poisson, ne prête-t-elle pas aux livres sacrés des Hindous ; et cela surtout devant le fait que les Védas et le Manou, accusent une existence de plus de vingt-cinq mille ans, ainsi que le démontrent les documents les plus authentiques. Peu de peuples, dit le savant Halhed, possèdent des annales aussi authentiques et aussi sérieuse que les Hindous (654) ».

Peut-être pourrait-on jeter encore une vive lumière sur la question embarrassante du symbole du poisson, en rappelant au lecteur que, suivant la Genèse, le premier être vivant, le premier type de vie animale qui fut créé, fut le poisson. « Et Dieu (Elohim) dit : « Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants… et Dieu créa les grands poissons… ainsi il y eut un soir et il y eut un matin ; ce fut le cinquième jour (655). » Jonas est englouti par une baleine, et rejeté trois jours après. Les Chrétiens considèrent cela comme une prophétie des trois jours de sépulture de Jésus, avant sa résurrection – bien que le récit de ces trois jours soit aussi imaginaire que tout le reste, et adopté pour cadrer avec la menace de détruire le temple et de le rebâtir en trois jours. Entre sa sépulture et la prétendue résurrection il ne s’écoula, qu’un seul jour – le sabbat juif – puisqu’il fut enterré le vendredi soir et qu’il ressuscita le dimanche à l’aube. Quoi qu’il en soit, si toute autre circonstance doit être considérée comme une prophétie, l’histoire de Jonas ne peut certainement pas compter dans le nombre.

« Le Grand Poisson » c’est Cetus, la forme latine de Kêtos Κητω et Kêtos est Dabon, Poseïdon, dont le féminin est Kêton Atar-gatis – la déesse Syrienne et la Vénus d’Askalon. Le buste de Der-Kétos ou Astarté était généralement représenté sur la proue des navires (656). Jonas, (le Yonah des Hébreux ou colombe consacrée à Vénus) s’enfuit à Jaffa, où l’on adorait le dieu Dagon, l’homme-poisson ; il n’ose pas aller à Ninive, où l’on adorait la colombe. Voilà pourquoi, certains commentateurs croient que lorsque Jonas fut jeté par-dessus bord et englouti par une baleine, nous devons comprendre qu’il a été recueilli par un de ces navires sur la proue desquels était le buste de Kêtos. Mais les cabalistes ont une autre légende, que voici : ils prétendent que Jonas était un prêtre évadé du temple de la déesse où on adorait la colombe ; il voulait abolir l’idolâtrie et instituer le culte monothéiste. Que, fait prisonnier près de Jaffa, il fut enfermé par les partisans de Dagon dans une des cellules du temple, et que c’est la curieuse forme de cette cellule qui donna lieu à l’allégorie. Dans la collection de Mosé de Garcia, cabaliste portugais, il existe une gravure représentant l’intérieur du temple de Dagon. Au milieu s’élève une immense idole, dont la partie supérieure a la forme humaine et l’inférieure celle d’un poisson. Entre le ventre et la queue il y a une ouverture qui se ferme comme la porte d’une armoire. On y enfermait les coupables accusés de méfaits contre la divinité locale, jusqu’à ce qu’on eût statué sur leur sort. Cette gravure avait été copiée d’une ancienne tablette couverte de dessins et d’inscriptions en anciens caractères phéniciens, et donnant la description de cette oubliette vénitienne des temps bibliques. La tablette, elle-même, avait été trouvée dans une fouille faite à quelques milles de Jaffa. Etant donné la tendance des nations orientales pour les jeux de mots et les allégories, n’est-il pas possible que la « baleine » qui avala Jonas n’ait été autre chose qu’une cellule dans le ventre de Dagon ?

Il est à remarquer que cette double appellation de « Messie » et « Dag » (le poisson) des Talmudistes, concorde fort bien avec le Vichnou hindou, l’Esprit « Préservateur » et la seconde personne de la trinité brahmanique. Cette divinité, s’étant déjà manifestée, est encore maintenant considérée comme le Sauveur futur de l’humanité ; elle est le Rédempteur choisi, qui apparaîtra dans sa dixième incarnation ou avatar, comme le Messie des Juifs, afin de conduire les bienheureux et les rendre aux Védas primitifs. Dans son premier Avatar, on prétend que Vichnou apparut à l’humanité sous la forme d’un poisson. Dans le temple de Râma, il y a une représentation de ce Dieu qui répond parfaitement à celle de Dagon telle que Berose nous le décrit. Il a corps d’homme émergeant de la bouche d’un poisson, et il tient à la main le Véda perdu. De plus, Vichnou est le dieu de l’eau, dans un sens, le Logos du Parabrahman, car comme les trois personnes de la divinité manifestée changent constamment leurs attributs les uns avec les autres, nous le voyons, dans le même temple, représenté couché sur le serpent à sept têtes, Ananta (l’éternité) et se mouvant, comme l’Esprit de Dieu sur la face des eaux originelles.

Vichnou est, évidemment, l’Adam Kadmon des cabalistes, car Adam est le Logos, ou premier Oint, de même que le second Adam est le Messie-Roi.

Lakshmî, la contrepartie passive ou féminine de Vichnou, le créateur et le préservateur, est aussi appelée Adi Mâyâ. Elle est la « Mère du Monde », Dévamatri, la Vénus Aphrodite des Grecs, ainsi qu’Isis et Eve. Tandis que Vénus naît de l’écume de la mer, Lakshmi sort de l’eau lorsqu’on baratte la mer ; une fois née, elle est si belle que tous les dieux en tombent amoureux. Les Juifs qui empruntèrent leurs types partout où ils les trouvaient, façonnèrent leur première femme sur le modèle de Lakshmi. Il est curieux de noter que Viracocha, l’Etre Suprême du Pérou, signifie littéralement, « écume de mer ».

Eugène Burnouf, la grande autorité de l’école française, donne son opinion dans le même ordre d’idées : « Nous apprendrons un jour, dit-il, que toutes les anciennes traditions défigurées par l’émigration et la légende, appartiennent à l’histoire de l’Inde ». C’est là l’opinion de Colebrooke, Imnan, King(), Jacolliot, et beaucoup d’autres orientalistes.

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