« Le rideau d’hier est baissé, celui de Demain se lève ; mais hier et demain, existent tous deux ».
CARLYLE (Sartor Resartus : Natural Supernaturalism)
« Ne nous est-il pas permis, alors, d’examiner l’authenticité [de la Bible] que, depuis le IIème siècle, on nous prône comme le critérium de la vérité scientifique ? Il faut qu’elle lance un défi « la critique humaine, si elle veut se maintenir dans une position aussi élevée ».
DRAPER (Conflict between Religion and Science)
« Un baiser de Nara sur les lèvres de Nari et toute la nature s’éveille ».
(VINA SNATI, Poète hindou)
Ne perdons pas de vue que l’Eglise chrétienne doit ses Évangiles canoniques actuels et par conséquent tout son dogmatisme religieux aux Sortes Sanctorum. Incapables de se mettre d’accord pour décider lequel des nombreux Évangiles existant à ce moment était le plus divinement inspiré, le Concile de Nicée résolut de laisser à l’intervention miraculeuse la décision de cette question embarrassante. Et, à vrai dire, ce Concile de Nicée fut en tout mystérieux. Il y avait mystère, en premier lieu, dans le nombre mystique de ses 318 évêques nombre auquel Barnabé (VIII, 11, 12, 13) donne tant d’importance ; ajoutez à cela qu’aucun des anciens écrivains n’est d’accord au sujet du lieu et du moment de la réunion, ni même au sujet de l’évêque qui la présida. Malgré les éloges de l’éloquent Constantin (639c), Sabinus, l’évêque d’Héraclée, affirme qu’à « l’exception de l’empereur Constantin et d’Eusebe Pamphilus, tous ces évêques n’étaient que des créatures simples et illettrées, qui n’y comprenaient rien du tout (640) ; ce qui équivaut à dire que c’étaient des imbéciles. C’est apparemment l’opinion de Pappus, qui nous raconte le tour de magie exécuté pour décider lesquels étaient les véritables évangiles. Dans son Synodicon de ce Concile, Pappus nous dit « qu’ayant mis pêle-mêle, tous les livres présentés aux choix du Concile sous la table de la communion dans l’Église, ils (les évêques) prièrent le Seigneur de faire monter sur la table les livres inspirés, tandis que les livres apocryphes resteraient dessous ; il en fut fait ainsi (641) ». Seulement on ne nous dit pas qui détint les clefs de la chambre du Concile pendant la nuit !
Sur l’autorité des témoins oculaires ecclésiastiques nous pouvons, par conséquent, affirmer que le Monde Chrétien doit sa « Parole de Dieu » à une méthode divinatoire, pour laquelle, par la suite, l’Eglise condamna de malheureuses victimes pour sorcellerie, enchantement, magie, vaticination, et les fit périr par milliers sur le bûcher ! Parlant du phénomène vraiment divin du choix des manuscrits, les Pères de l’Eglise affirmaient que Dieu, lui-même, préside au Sortes. Ainsi que nous l’avons déjà fait voir ailleurs, Augustin, lui-même, confesse avoir fait usage de ce genre de divination. Mais les opinions de même que les religions révélées, sont aptes à se modifier. Le livre qui pendant près de quinze cents ans fut imposé à la Chrétienté, dont chaque mot fut écrit sous la surveillance directe du Saint-Esprit ; ce livre dont il ne fallait retrancher ni une syllabe, ni une virgule, sans s’exposer au sacrilège, on le retraduit aujourd’hui, on le révise, on le corrige, et on en élague des versets, que dis-je, des chapitres tout entiers. Et cependant aussitôt que paraît la nouvelle édition, ses docteurs prétendent nous la faire accepter comme une nouvelle « Révélation » du XIXème siècle, au risque de passer pour des infidèles. Nous voyons, par conséquent, que pas plus à l’intérieur de ses parvis, qu’au dehors, l’Eglise infaillible ne mérite d’être prise en considération plus qu’il n’est raisonnablement convenable. Les ancêtres de notre clergé moderne s’autorisèrent pour les Sortes, du verset où il est dit : « On jette le sort dans le pan de la robe, mais toute décision vient de l’Eternel (642) » ; aujourd’hui leurs héritiers directs prétendent que « toute décision vient du Diable ». Ils commencent, probablement, à endosser inconsciemment, la doctrine du Bardesane syriaque que les actions de Dieu, de même que celles des hommes sont sujettes à la nécessité ?
Ce fut sans doute aussi, la nécessité qui fit que la populace des chrétiens disposa si sommairement des Néo-platoniciens. On avait oublié, à cette époque, si jamais elles avaient été connues sinon par quelques rares philosophes, les doctrines des naturalistes hindous et des Pyrrhonistes antédiluviens ; et Darwin, et ses découvertes modernes, n’avaient même pas été mentionnés dans les prophéties. Dans ce cas la loi de survivance, des plus aptes s’est trouvée renversée ; les Néo-Platoniciens étaient voués à la destruction, du moment où ils se mirent ouvertement du côté d’Aristote.
Au début du IVème siècle, la foule s’amassait devant la porte de l’académie où la savante et malheureuse Hypatie exposait les doctrines des divins Platon et Plotin, empêchant, par cela, les progrès du prosélytisme chrétien. Elle dissipait avec trop de succès les voiles qui obscurcissaient, les « mystères » religieux inventés par les Pères, pour que ceux-ci ne la considérassent pas comme dangereuse. Cela seul eût été suffisant pour la mettre en danger, elle et ses partisans. Ce furent précisément les enseignements de ce philosophe païen, auquel les Chrétiens avaient fait de larges emprunts, pour donner le fini à leur doctrine, autrement incompréhensible, qui avaient décidé beaucoup à se joindre à la nouvelle religion ; et la lumière platonicienne venait éclairer la pieuse marqueterie d’une lumière si embarrassante, qu’elle faisait voir à tous la source d’où provenaient les fameuses doctrines « révélées ». Mais le péril était plus grand encore. Hypatie avait étudié sous la direction de P_lutarque, le chef de l’école Athénienne, et là, elle apprit tous les secrets de la théurgie. Tant qu’elle vécut pour instruire les masses, aucun miracle divin ne se produisit devant celle qui aurait divulgué les causes naturelles qui en permettaient l’exécution. Son sort fut décidé par Cyrille (643c), dont elle éclipsait l’éloquence, et dont l’autorité, basée sur des superstitions mesquines, devait s’incliner devant celle d’Hypatie qui était édifiée sur le roc immuable de la loi naturelle. Nous pouvons nous étonner que Cave(), l’auteur des Lives of the Fathers, trouve incroyable que Cyrille ait pu sanctionner le meurtre d’Hypatie, étant donné son « caractère général ». Un saint, capable de vendre la vaisselle d’or et d’argent de son église, et de mentir comme il le fit, pendant son procès, après avoir dépensé l’argent, prête le flanc à tout soupçon (644). En outre, dans le cas présent, l’Eglise avait à lutter pour la vie, sans parler de sa suprématie future. Seuls, les savants et érudits païens tant détestés et les non moins érudits gnostiques, tenaient dans leurs doctrines les fils, jusqu’alors cachés, de tous ces pantins théologiques. Une fois le rideau levé, la relation entre l’ancienne religion païenne et la nouvelle religion chrétienne était dévoilée ; et alors, qu’adviendrait-il des mystères qu’il était péché et blasphème de chercher à pénétrer ? Avec la coïncidence des allégories astronomiques de divers mythes païens, et des dates adoptées par le Christianisme pour la nativité, la crucifixion et la résurrection ; avec l’identité des rites et des cérémonies, quel eût été le sort de la nouvelle religion, si l’Eglise, sous prétexte de servir le Christ, ne s’était pas débarrassée des philosophes trop bien informés ? Si le coup d’état avait échoué alors, il est difficile de dire ce qu’eût été la religion prévalente dans le siècle actuel. Mais il est fort probable que l’état des choses qui firent du moyen âge une époque de ténèbres intellectuelles, qui rabaissa les nations occidentales, et mit l’Europe, d’alors, presque au niveau des sauvages de Papouasie, n’aurait pu avoir lieu.
Les craintes des Chrétiens n’étaient que trop bien fondées, et leurs pieux zèle et leur vision prophétique furent récompensés dès le début. À la démolition du Sérapéum, après que la sanglante lutte entre la populace chrétienne et les partisans païens, eut pris fin à la suite de l’intervention de l’empereur, on découvrit une croix latine de parfaite forme chrétienne, gravée sur les dalles de granit du sanctuaire. Ce fut, sans contredit, une heureuse découverte ; et les moines ne manquèrent pas d’affirmer que la croix avait été révérée par les païens dans un « esprit de prophétie ». Du moins, Sozomen, mentionne le fait, d’un air triomphant (645). Mais l’archéologie et le symbolisme, ces deux ennemis infatigables et implacables des mensonges du clergé, ont découvert dans les hiéroglyphes qui entouraient le dessin, l’interprétation, du moins partielle, de sa signification.
D’après King(), et d’autres numismates et archéologues, la croix fut placée là, comme le symbole de la vie éternelle. Un Tau semblable, ou croix égyptienne, s’employait dans les Mystères Bachiques et Eleusiniens. On le plaçait sur la poitrine de l’initié, comme symbole de la double puissance générative, après sa « nouvelle naissance », et après que les Mystæ étaient revenus de leur baptême dans la mer. C’était le signe mystique que sa naissance spirituelle avait régénéré et réuni son âme astrale avec son esprit divin, et qu’il était prêt à s’élever, en esprit, au séjour bienheureux de la lumière et de la gloire – les Eleusinia. Le Tau était, en même temps qu’un emblème religieux, un talisman magique. II fut adopté par les Chrétiens à la suite des gnostiques et des cabalistes, qui s’en servaient couramment, ainsi qu’en témoignent leurs bijoux, et qui, eux-mêmes, tenaient le Tau (ou croix ansée) des Egyptiens et la croix latine, des missionnaires bouddhistes qui l’avaient apportée de l’Inde, deux ou trois siècles avant Jésus-Christ, et où on la retrouve encore de nos jours. Les Assyriens, les Egyptiens, les anciens Américains, les Hindous, et les Romains, tous la possédaient sous des formes diverses avec de légères variantes ; jusqu’à une époque fort avancée du moyen âge, elle était considérée comme un charme puissant contre l’épilepsie et la possession démoniaque ; et le « signe du Dieu vivant » apporté dans la vision de saint Jean(), par l’ange venant de l’est « pour mettre le sceau de notre Dieu sur le front de ses serviteurs », n’est autre que le même Tau mystique, la croix égyptienne. Sur le vitrail de Saint-Denis en France, cet ange est représenté marquant de ce signe le front des élus, la légende dit : SIGNUM TAY. King(), l’auteur des Gnostics nous rappelle que « ce signe est généralement porté par saint Antoine, un reclus égyptien (646) ». La véritable signification du Tau nous est donnée par le saint Jean Chrétien, le Hermès égyptien et les Brahmanes hindous. Il n’est que trop évident que pour l’apôtre, du moins, il signifiait le « Nom Ineffable », puisqu’il appelle ce « signe du Dieu Vivant » quelques chapitres plus loin (647) « le nom du Père écrit sur leurs fronts.«
Le Brahmâtma, le chef des initiés hindous avait deux clés en forme de croix représentées sur sa coiffure, symbolisant le mystère révélé de la vie et de la mort ; et dans quelques pagodes bouddhiques de Tartarie et de Mongolie, l’entrée d’une chambre dans le temple, contenant généralement l’escalier qui conduit à la dagoba (648) intérieure et les portiques de quelques Prachida (649), sont ornées d’une croix formée de deux poissons, qu’on retrouve encore sur quelques zodiaques bouddhiques. Nous ne serions nullement étonnés de savoir que l’emblème sacré sur les tombeaux des Catacombes à Rome, le « Vesica Piscis », soit dérivé de ce même signe du zodiaque bouddhique. II est facile de se faire une idée combien cette figure géométrique était répandue dans les symboles mondiaux, par le fait qu’une tradition Maçonnique dit que le temple de Salomon() fut bâti sur trois fondations, formant le « Triple Tau », ou trois croix.
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