L’observation de l’action des principes modernes de gestion des affaires peut nous fournir d’innombrables enseignements. Un cycle passé de combat au corps à corps entre hommes et nations pour la possession du prestige, du pouvoir et de la fortune tire à sa fin. Un autre cycle de cette même lutte à l’échelle mondiale, au cours duquel les cerveaux constitueront les armes offensives et défensives, est commencé et se renforce rapidement. Tous les cycles se chevauchent plus ou moins.
Ce n’est plus dans une arène remplie de combattants que le « brave chevalier » peut faire étalage de sa bravoure et recevoir sa récompense. La scène de carnage sanglant se déplace, et les grandes batailles sont maintenant livrées dans les bureaux des gratte-ciels de pierre. Dans ces antichambres luxueuses du véritable champ de bataille – qui est le monde entier – on établit des stratégies complexes, dont les résultats s’étendent à la Terre entière, laissant derrière eux amertume, désespoir, suicide et meurtre, et envoient des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants dans les rues pour quêter ou pire. En même temps, on voit apparaître un groupe d’hommes hyperactifs, des optimistes qui ne cessent de vanter les progrès rapides de la civilisation. Des géants de la finance, comme on les appelle souvent, des hommes qui exploitent sans vergogne le moindre avantage sur leurs pauvres victimes et qui manipulent habilement les droits et privilèges des gens à leurs propres fins, alors que ces derniers tremblent et s’inclinent devant leurs idoles temporaires. Ils trembleront ainsi jusqu’à ce qu’ils trouvent dans l’armure de l’idole une faille assez grande pour y glisser la main, qu’ils utiliseront pour essayer fébrilement de saisir la fortune accumulée. S’ils ne réussissent pas, la jalousie et le désespoir les amènent à descendre leurs idoles de leur piédestal, à les fouler aux pieds et à couvrir d’opprobres leur nom même. Autrefois, les flatteurs abattaient les idoles qu’ils avaient faites et adorées comme des esclaves, jusqu’à ce qu’arrive le moment où les lois qui gouvernent la vie pèsent trop lourdement sur eux et que l’incapacité de leurs idoles à leur éviter un désastre et une punition bien méritée devienne trop apparente. Aussi longtemps que les esclaves étaient soutenus par l’espoir d’une réponse satisfaisante à leurs supplications, les idoles étaient en sécurité. Lorsque les idoles ont semblé incapables de satisfaire leurs demandes de plus en plus importantes, tout ce qu’ils avaient reçu jusque là, soi-disant de la même source, a été oublié. Dans une rage frénétique, les hommes se sont jetés sur la chose en quoi ils avaient placé leur confiance, et l’ont mise en pièces.
Il importe peu qu’il s’agisse d’une idole, d’un roi, d’un gouvernement ou d’un individu. Dans sa rage, la nature humaine inférieure, égoïste, ingrate, traîtresse, répète la même ancienne tragédie encore et encore dans tous les âges. Celui qui perçoit l’ombre des crises qui viennent, et se place au centre d’une foule en colère, pour avertir, supplier, faire la leçon, subira inévitablement le même sort qu’ont subi tous les aspirants Sauveurs de l’humanité depuis que l’humanité existe. Mais même si tout ce que j’ai dit peut sembler totalement pessimiste aux yeux des profanes, c’est loin de cela en réalité, parce que le fait que la scène de l’action soit passée d’un plan inférieur ou physique à un plan supérieur ou mental constitue le seul élément positif de toute cette misérable situation. Tant que l’humanité ne pourra pas percevoir l’horreur, la brutalité du conflit physique, elle ne pourra pas – ou ne voudra pas – abandonner la gratification de son désir sensuel pour la domination physique et les avantages matériels qu’elle procure. Tant que l’être humain n’aura pas pleinement compris les effets ultimes du massacre encore plus meurtrier, même s’il n’est pas sanglant, qui a lieu aujourd’hui sous le masque des affaires, et le fait que ses instruments de torture sont dix fois plus dangereux, les ruines qui suivent leur utilisation dix fois plus étendues, et le péché qu’il constitue beaucoup plus important puisque l’énergie mentale est d’un niveau supérieur à la force brutale, il ne peut même pas soupçonner la gravité de la situation où il se trouve. Tant qu’il n’aura pas compris, il ne fera aucun effort pour changer la situation. Ère après ère, le Cœur de Compassion Infinie a envoyé à l’humanité de grands cœurs qui avaient conquis leur couronne d’immortalité. Ils ont été mis en pièces et renvoyés à la source de l’être, comme un présent peut être jeté à celui qui l’avait donné, après avoir été souillé de la saleté dont étaient couvertes les mains qui l’ont profané. Tout ceci est imputable à l’aveuglement, à l’égoïsme de ceux dont la vue est voilée par le nuage rouge de passion qui flotte devant leurs yeux. Et pourtant, la lutte vient tout juste de commencer.
Il n’y a rien d’étonnant à ce que la pauvre, la faible chair humaine tremble à la pensée de l’ostracisme, du mépris, du gourdin et de la potence qui l’attendent si elle marche dans les traces de ceux qui ont pris position pour la vertu. Mais le plus pitoyable de tous les lâches de la race humaine actuelle est l’homme ou la femme qui ne cesse de parler de fraternité, d’amour divin, de loi divine, mais qui a revêtu le vêtement du loup et l’a caché sous la tunique de la vertu dans le but de s’attaquer à ses frères plus faibles ; qui n’a même pas le courage de ses convictions ; qui peut rester à l’écart et voir ses collègues de travail se faire cracher dessus, bousculer, mettre en pièces par les forces de rébellion internes autant qu’externes, sans lever le doigt pour les aider ou les secourir, et qui ajoute sa voix et ses bras à ceux des ennemis afin de détruire ses frères. Et le plus étrange dans toute cette situation étrange et anormale, est qu’il demeure incapable de comprendre tout ce qu’il attire sur lui-même et sur ceux qu’il aime ; qu’il est incapable de comprendre la nature du vêtement qu’il a revêtu ; ou s’il le comprend, il refuse de l’admettre, ou de se l’admettre à lui-même, de sorte qu’il continue à s’enfoncer dans un bourbier de traîtrise et d’hostilité, tout en sachant qu’il est un élément d’une Vie Unique, et qu’il ne peut pas frapper son frère sans que le coup ne le frappe lui-même.
Mais l’âme pure accordera sa pitié et son amour même à de pareilles gens, parce qu’elle sait que rien ne peut se perdre dans le cœur universel des choses et des créatures ; que tôt ou tard, cette âme reviendra à la demeure d’où elle est partie ; elle reviendra peut-être comme un oiseau qui s’est précipité sur des pierres jusqu’à ce que ses ailes soient brisées et ses forces épuisées, et qui gît sur le sol, sans défense, sans vie, une proie facile pour les bêtes sauvages, le jouet des vents du ciel ; mais elle reviendra certainement, parce qu’il n’y a dans l’univers de Dieu aucun endroit où une partie de Dieu puisse se perdre éternellement.
La douleur physique et la torture mentale réduisent à l’impuissance même les plus braves. Aussi longtemps que l’égoïsme existera, la douleur doit exister pour faire son travail de perfectionnement. Si on pouvait bannir l’égoïsme, la cause et les enchaînements de douleur disparaîtraient, parce que l’égoïsme tire sa vie et sa nourriture de la gratification des désirs.
Dans vos heures de faiblesse et de douleur physique, vos pensées s’élèvent naturellement vers votre Être Supérieur – vers Dieu, ou vers un Maître ou un Sauveur vers qui vous étiez tourné auparavant. Vous sentez votre faiblesse et vous cherchez à tâtons avec les mains de votre âme, espérant toucher dans les ténèbres une main dont vous recevrez le courage, l’énergie magnétique qui vous tirera de cette vallée obscure et vous placera debout sur le rude sentier de la vie. Lorsque le désastre vous frappe et que vous perdez votre fortune à cause de la traîtrise de quelqu’un d’autre ou à cause de votre propre manque de sagesse, vous tombez dans un état de faiblesse semblable, et vous vous tournez encore vers le grand silence pour y recevoir de l’aide. Vous cachez à votre entourage cet appel à l’aide, cette faiblesse apparente. Comme vous avez été sincère et sérieux, vous recevez une réponse à votre supplique, comme vous en recevrez toujours, si vous faites correctement votre demande. Mais hélas, tout finit avec la réponse divine. Le retour de la santé, des affaires ou des obligations sociales vous distraient, les vœux que vous avez faits demeurent non réalisés, et souvent oubliés. La lumière qui a un jour empli votre âme s’éteint, parce que vous avez tiré les rideaux de la fenêtre de votre âme qui laissait entrer cette lumière. Votre sympathie pour ceux qui souffrent maintenant comme vous avez souffert alors est anéantie dans votre combat pour les choses matérielles ; votre cœur s’endurcit ; en d’autres mots, votre âme meurt de faim parce que vous avez négligé de lui fournir le seul aliment qui peut la nourrir, l’aliment qui ne peut être obtenu que d’une seule façon – en obéissant à la loi irrévocable de l’offre et de la demande. Votre épouse ou votre mari, vos enfants et vos amis tombent malades, souffrent et peut-être meurent, ou vous subissez d’autres pertes, des pertes à la mesure exacte de la perte que le cœur que l’Être Universel a subi à cause de votre lâcheté, de votre ingratitude, de votre refus de continuer à faire les demandes d’ordre spirituel qui permettraient au Père-Mère divin de vous fournir la nourriture dont votre âme a besoin pour se développer.
Même d’un point de vue superficiel, il semble incompréhensible qu’un opérateur moyen, intelligent, habile, qui a réussi dans le monde des affaires ou dans la société, ne se préoccupe pas de continuer à appliquer les lois qui lui ont assuré jusque là le succès dans le domaine matériel, à la vie de l’âme, la vie spirituelle. En effet, ces succès représentent clairement tout ce qui est important pour lui, parce qu’il pourrait ainsi satisfaire des désirs qui touchent plus immédiatement les véritables organes de perception de l’âme. Ce n’est pas uniquement pour son confort et son aise physique qu’il passe sa vie dans la lutte ; c’est aussi pour avoir la possibilité de remplir sa vie de belles choses, de former et de satisfaire son esprit – car le désir est situé principalement dans l’esprit. Pourtant, d’une façon générale, les hommes de ce genre négligent complètement le fonctionnement supérieur de ces lois ou n’essaient même pas de le comprendre. Il sait que s’il veut vaincre dans le combat de la vie, il doit être capable de répondre à une demande du marché, ou de créer cette demande. Il sait qu’il doit susciter cette demande pour lui-même ou pour ses produits, et qu’il en recevra une vague de gratitude sous forme monétaire. Il sait qu’il doit répéter l’effort, répondre à la demande ou la créer encore et encore, qu’il ne suffit pas de le faire une fois et s’arrêter ensuite. Pourtant, avec toute sa connaissance de l’action de ces lois universelles, il lui arrive rarement de penser qu’en faisant le même effort soutenu, en tirant avantage de l’action des mêmes lois, avec une dépense d’un centième de la même énergie, il pourrait en obtenir infiniment plus de satisfaction, nourrir et entretenir son esprit et son âme, et atteindre ainsi un niveau de développement inaccessible par son travail dans un domaine inférieur. Son incapacité de percevoir ces occasions perdues est imputable au fait qu’il ne suit pas la séquence logique de l’action de ces lois au-delà du point où ses yeux physiques peuvent percevoir des résultats matériels. Il vous regarderait avec mépris si vous osiez lui dire que les lois positives et négatives qui gouvernent l’électricité se trouveraient suspendues s’il allumait une lampe à arc donnée, ou que les lois qui gouvernent le son cesseraient d’agir s’il jouait une note particulière. Il sait que toutes les lois continuent à agir exactement de la même façon dans tout l’univers visible, dans les mêmes circonstances. Il est lui-même l’arbitre de ces circonstances dans la mesure où ces lois le touchent personnellement. En conséquence, s’il pouvait seulement pousser son raisonnement jusqu’au bout, il pourrait difficilement éviter de comprendre à quel point il est peu raisonnable de même songer à prendre toute autre direction que celle qui lui a apporté son succès matériel.
HILARION - Temple 1 - Leçon 47


