MYSTERES DE LA CABALE – Partie 6

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre V - MYSTERES DE LA CABALE

Partie 1Partie 2Partie 3Partie 4Partie 5
Partie 6Partie 7Partie 8Partie 9

King() donne quelques allusions – bien que trop insuffisantes pour enseigner quoi que ce soit d’utile, car elles se fondent sur les calculs de l’Eveque Newton (571c) – pour déchiffrer les mystères dans la valeur des lettres. Néanmoins, nous voyons que ce célèbre archéologue qui a consacré beaucoup de son temps et de sa peine à étudier les joyaux gnostiques, corrobore notre assertion. Il montre que la théorie tout entière vient des hindous, et il fait voir que la Durgâ, ou contrepartie féminine de chaque dieu asiatique, est ce que les cabalistes nomment la Vertu active (572) dans la hiérarchie céleste, terme que les Pères Chrétiens adoptèrent et répétèrent, sans s’en rendre bien compte, et dont la signification fut complètement dénaturée par la théologie ultérieure. Mais revenons à Mérou.

L’ensemble est entouré de Mahâ-Samudra ou grande mer – la lumière astrale et l’éther des cabalistes et des savants ; et à l’intérieur des cercles intérieurs, apparaît « la forme d’un homme ». C’est l’Achamoth des Nazaréens, l’unité double, ou l’homme androgyne ; l’incarnation divine, et la représentation parfaite de Seir-Anpin (la courte face), le fils de Arikh-Anpin (la longue face) (573c). Cette ressemblance est représentée aujourd’hui dans beaucoup de lamaseries par Gautama-Bouddha, le dernier des avatars incarnés. Plus bas encore, au-dessous du Mérou, se trouve la demeure du grand Nâga, appelé Raja Naga, le roi-serpent – le serpent de la Genèse, l’Ophis des Gnostiques – et la déesse de la terre, Bhumây Nari, ou Yami, qui accompagne le grand dragon, car c’est Eve « la mère de tous les vivants ». Plus bas encore se trouve la huitième sphère, les régions infernales. Les régions supérieures de Brahmâ sont entourées du soleil, de la lune et des planètes, les sept stellaires des Nazaréens, et tels qu’ils sont décrits dans le Codex.

« Les sept Dæmons-imposteurs, qui trompent les fils d’Adam. Le nom de l’un d’eux est Sol ; d’un autre Spiritus Venereus, Astro ; le troisième est Nebu, Mercure, un faux Messie ;… le nom du quatrième est Sin Luna ; le cinquième est Khiyun, Saturne ; le sixième, Bel Zeus ; le septième, Nerig Mars » (574c). Ensuite viennent « Sept vies procréées », sept bons Stellaires, « qui proviennent de Cabar Zio, et ce sont ces êtres lumineux qui brillent dans leur propre forme et splendeur qui se répand de là-haut… Le trône est dûment placé pour le Seigneur de la Splendeur, à la porte de la MAISON DE LA VIE, où il y a TROIS demeures (575) ».

Les demeures de la Trimurti, la trinité hindoue, sont placées sous la clé de voûte – le croissant d’or, dans la représentation du Mérou. « Sous ses pieds [du dieu d’Israël], c’était comme un ouvrage de saphir transparent » (Exode, XXIV, 10). Le ciel de Brahmâ est situé au-dessous du croissant, tout pavé de saphirs. Le paradis d’Indra resplendit de mille soleils ; celui de Siva (Saturne) est au Nord-Est ; son trône est fait de Lapis-Lazuli et le sol du ciel est en or bruni. « Lorsqu’il s’assied sur son trône il resplendit de flammes jusqu’aux lombes. » Pendant la foire, à Hardwar, où il est plus que jamais le Mahâdeva, le dieu suprême, on reconnaît un à un les attributs et les emblèmes consacrés au « Seigneur Dieu » judaïque, dans ceux de Siva. La pierre de Binlang (576), consacrée à cette divinité hindoue, est une pierre brute, comme celle de Bethel, consacrée par le patriarche Jacob, et qu’il éleva « comme un pilier » ; de même que celle-ci le Binlang est oint. Nous croyons inutile de rappeler que le linga, l’emblème consacré à Siva, dont les temples sont construits pour en représenter la forme, est identique quant à la forme, signification et objet, aux « piliers » élevés par les divers patriarches, pour signaler leur adoration du Seigneur Dieu. On pourrait, de fait, promener une de ces pierres patriarcales dans les processions de Siva à Calcutta, sans que son origine hébraïque soit suspectée. On représente parfois les quatre bras de Siva munis d’appendices en forme d’ailes ; il a trois yeux et un quatrième dans le croissant, qu’il a obtenu en barattant l’océan, de même que Pâncha Mukha Siva a quatre têtes.

Nous reconnaissons dans ce dieu, la description donnée, par Ezechiel dans son premier chapitre de la vision, dans laquelle il voit « une ressemblance humaine » dans les quatre créatures vivantes qui avaient « quatre faces, quatre ailes », une paire de « pieds droits… qui étincelaient comme de l’airain poli… et les quatre roues étaient remplies d’yeux tout autour ». C’est le trône de Siva que le prophète décrit en disant : « … il y avait quelque chose de semblable à une pierre de saphir en forme de trône… je vis encore comme la couleur de l’ambre [or], comme du feu qui rayonnait tout autour… depuis ses reins jusqu’en haut et depuis ses reins jusqu’en bas, je vis comme du feu. » (Ezechiel, 1, 27.) « Ses pieds étaient semblables à de l’airain ardent, comme s’il eût été embrasé dans une fournaise. » (Apocalypse, I, 15.) « Quant à la figure de leurs faces… la face du premier était une face de chérubin, la face du second, une face de lion, celle du troisième, une face de bœuf et celle du quatrième, une face d’aigle. » (Ezechiel, 1. 10. X, 14.) Nous retrouvons cette représentation quadruple dans les deux chérubins d’or à chaque extrémité de l’arche ; ces quatre faces symboliques ont, en outre, été adoptées par la suite, une par chacun des évangélistes, comme on peut s’en rendre compte par les représentations de Matthieu(), Marc(), Luc et saint Jean() (577c) placées comme entête de leurs Evangiles respectifs de la Vulgate Romaine et des Bibles Grecques.

Sanchoniaton nous dit que le grand dieu des Phéniciens, Taautus ayant fait l’image d’Ouranus, représenta aussi les attitudes des dieux Cronus et Dagon, et les caractères sacrés des éléments. « Il dessina aussi pour Cronus l’emblème de son pouvoir royal, ayant quatre yeux par-devant, et par derrière, deux de ceux-ci fermés comme pendant le sommeil ; et sur les épaules quatre ailes, deux déployées comme dans le vol, et deux en position de repos. Et le symbole était que Cronus pendant son sommeil veillait, et reposait tout en étant éveillé. De la même manière, en ce qui concerne les ailes qu’il volait en se reposant et pourtant se reposait en vol. »

L’identité de Saturne et de Siva est encore plus démontrée, si nous considérons l’emblème de celui-ci, le damaru qui est un sablier, afin de montrer le progrès du temps, représenté par ce dieu dans sa capacité de destructeur. Le taureau Nandi, le vehan de Siva, l’emblème le plus sacré de ce dieu, est reproduit dans le bœuf Apis des Egyptiens, et dans le taureau créé par Ormazd et tué par Ahriman. La religion de Zoroastre toute basée sur la « doctrine secrète », était pratiquée par le peuple d’Eritène ; c’était la religion des Perses lorsqu’ils subjuguèrent les Assyriens. De là, il est aisé de suivre la trace de l’introduction de cet emblème de VIE représentée par le Taureau dans chaque système religieux. Le collège des Mages l’adopta avec le changement de dynastie (578) ; Daniel est représenté comme Rabbi, chef des astrologues et des Mages babyloniens (579) ; par conséquent nous voyons réapparaître les taureaux assyriens et les attributs de Siva sous une forme à peine modifiée dans les chérubins des Juifs talmudistes, de la même manière que nous retrouvons le bœuf Apis et les sphinx, ou chérubins, sur l’Arche Mosaïque ; nous le retrouvons, de même, après plusieurs milliers d’années en compagnie de saint Luc, un des Evangélistes chrétiens.

Quiconque a habité l’Inde assez longtemps pour connaître, même superficiellement, les divinités indigènes, doit reconnaître la ressemblance entre Jéhovah et d’autres dieux en plus de Siva. Les Talmudistes ont toujours eu une grande vénération pour Siva, sous la forme de Saturne. Les cabalistes d’Alexandrie le tenaient en grande révérence comme l’inspirateur direct de la loi et des prophètes ; un des noms de Saturne était Israël, et nous ferons voir, par la suite, son identité jusqu’à un certain point avec Abram, identité à laquelle Movers (580c) et d’autres ont déjà fait allusion. Ne nous étonnons donc pas si Valentin, Basilide et les Gnostiques Ophites plaçaient la demeure de leur Ilda-Baoth, destructeur en même temps que créateur, dans la planète Saturne ; car c’était lui qui dictait la loi dans le désert et parlait par les prophètes. Si nous désirons de plus amples preuves, nous les trouvons dans la Bible canonique elle-même. Dans « Amos » le « Seigneur » répand les flots de sa colère sur le peuple d’Israël. Il refuse leurs holocaustes et n’écoute point leurs prières, mais il demande à Amos : « M’avez-vous fait des sacrifices et des offrandes pendant les quarante années du désert, maison d’Israël ? » Mais vous avez emporté la tente de votre roi Moloch, et Chiun vos idoles, l’étoile de votre Dieu. » (V. 25 – et non – 26.) Et qui sont Moloch et Chiun, sinon Ball, Saturne, Siva, et Chiun, Kivan, le même Saturne, dont les Israélites avaient façonné l’étoile ? Il n’y a pas à dire, toutes ces divinités sont les mêmes.

Il en est de même pour les nombreux Logoï, tandis que le Sosiosh Zoroastrien est modelé sur le dixième Avatar Brahmanique et le cinquième Bouddha des partisans de Gautama ; et nous voyons que celui-là après avoir été incorporé, corps et biens, dans le système cabalistique du Messie-Roi, reflété dans l’apôtre Gabriel des Nazaréens et l’Æbel-Zivo, le Légatus envoyé sur la terre par le Seigneur de Celsitude et de Lumière ; tous – Hindou et Persan, Bouddhiste et Juif, le Christos des Gnostiques et le Logos de Philon le Juif – tous sont confondus dans le « Verbe fait chair » du quatrième Evangile. Le Christianisme réunit tous ces systèmes raccommodés et arrangés à cette occasion. Prenons par exemple l‘Avesta, nous y trouvons le système double si notoire dans la doctrine chrétienne. La lutte entre Ahriman (581), les Ténèbres, et Ormazd, la Lumière, s’est perpétuée sans fin dans le monde depuis le commencement des temps. Lorsque le pire a lieu et qu’Ahriman semble avoir conquis le monde et corrompu l’humanité entière, alors apparaît le Sauveur des hommes, Sosiosh. Il vient sur un coursier blanc et suivi par une armée de bons génies, également montés sur des chevaux blancs (582). Et nous voyons cela, fidèlement reproduit dans l’Apocalypse : « Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait s’appelle fidèle et véritable… Les armées qui sont dans le ciel le suivaient sur des chevaux blancs. » (Apocalypse, XIX, II, 14.). Sosiosh, lui-même, n’est qu’une permutation ultérieure persane du Vichnou hindou. On voit encore aujourd’hui dans le temple de Rama l’image de ce Dieu, le représentant comme le Sauveur, le « Préservateur » (l’esprit préservant de Dieu). L’image le représente dans sa dixième incarnation – celle de l’Avatar Kalki qui est encore à venir – sous la forme d’un guerrier armé, monté sur un cheval blanc. Il brandit au-dessus de sa tête le glaive [de la] destruction, et tient un disque de l’autre main, fait d’anneaux enroulés les uns dans les autres, emblème de la révolution des cycles très longs (583), car Vichnou doit apparaître ainsi à la fin du Kaliyuga qui correspond à la fin du monde de nos Adventistes. « De sa bouche sortait une épée aiguë… sur sa tête étaient plusieurs diadèmes. » (Apocalypse, XIX, 12-15). On représente souvent Vichnou avec plusieurs couronnes superposées. « Et je vis un ange qui se tenait dans le soleil. » (id. 17). Le cheval blanc est le cheval du soleil (584). Sosiosh, le Sauveur Persan est également né d’une vierge, et à la fin des temps il doit revenir comme un Rédempteur pour sauver le monde, mais il sera précédé de deux prophètes qui annonceront sa venue (585). Voilà pourquoi les Juifs qui ont eu Moise et Elie, attendent maintenant la venue de leur messie. « Puis vient alors, la résurrection générale, quand les bons seront immédiatement transférés dans ce séjour bienheureux – la terre régénérée ; et Ahriman et ses anges (les démons) (586c), et les méchants seront purifiés en se plongeant dans un lac de métal fondu… Tous jouiront alors de la félicité éternelle, et guidés par Sosiosh, ils chanteront éternellement les louanges de l’Eternel (587). »

La description ci-dessus est une répétition parfaite de Vichnou dans son dixième avatar, car, alors, il précipitera les méchants dans les demeures infernales, où, après s’être purifiés, ils seront pardonnés – même les diables qui se révoltèrent contre Brahmâ, et qui furent précipités par Siva dans le gouffre sans fond, et les « bienheureux » iront séjourner avec les dieux au-dessus du mont Mérou (588).

Lire la suite … partie 7
image_pdfEnregistrerimage_printImprimer