Lorsque la femme se sépare de son androgyne et devient une individualité distincte, la même chose se répète. Le Père et le Fils (les deux Adams) s’éprennent, tous deux, de sa beauté ; puis viennent l’allégorie de la tentation et la chute. C’est le cas dans la Cabale, comme dans la théorie Ophite, dans laquelle Ophis et Ophiomorphos sont, tous deux, des émanations représentées sous l’emblème de serpents, celui-là représentant l’Eternité, la Sagesse et l’Esprit, (comme dans le culte de l’Aspic du Magisme Chaldéen, et la Doctrine-Sagesse des anciens temps), et celui-ci par l’Astuce, l’Envie et la Matière. L’esprit et la matière sont, tous deux, des serpents ; et Adam Kadmon devient l’Ophis qui se tente lui-même – homme et femme – de manger du fruit de « l’Arbre du Bien et du Mal », afin de leur enseigner les mystères de la sagesse spirituelle. La Lumière tente les Ténèbres, et les Ténèbres attirent la Lumière, car les Ténèbres sont la matière et « la Lumière Suprême ne luit pas dans ses Ténèbres ». Avec la connaissance vient la tentation de l’Ophiomorphos, et c’est lui qui a gain de cause. Le dualisme de toute religion existante est démontré par la chute. « J’ai reçu un homme du Seigneur », s’écrie Eve à la naissance du Dualisme, Caïn et Abel – le bien et le mal. « Et l’Adam connut Hua, sa femme (astu) et elle devint grosse et enfanta Kin, et dit קניתי איש את יהוה : Kanithi aish ath Yahveh. – J’ai gagné ou obtenu un mari, voire même Yahveh – Ish, Aish – – l’ « homme ». « Cum arbore peccati Deus creavit seculum. »
Comparons, maintenant, cette doctrine avec celle des gnostiques juifs, les Nazaréens, ainsi qu’avec d’autres philosophies.
L’ISH AMON, le pleroma, ou le cercle sans limites dans lequel toutes les formes sont renfermées, est la PENSEE de la puissance divine ; elle agit en SILENCE, et soudain la lumière est engendrée par les ténèbres ; c’est ce qu’on nomme la SECONDE vie : et celle-ci produit, ou génère la TROISIEME. Cette troisième lumière est « le PERE de toutes choses vivantes », de même que EUA est « la mère de tous les vivants ». Il est le Créateur qui appelle à la vie la matière inerte, au moyen de son esprit vivifiant et, par conséquent, il est surnommé l’ancien du monde. Abatur est le Père qui crée le premier Adam, lequel, à son tour, crée le second. Abatur ouvre une porte et marche vers les flots obscurs (le chaos) et s’y mire ; et les ténèbres reflètent Sa propre image… et voici ! Un FILS est né – le Logos ou Démiurge ; Fetahil, qui est le constructeur du monde matériel, est appelé à l’existence. D’après le dogme gnostique, celui-ci est le Metatron, l’Archange Gabriel(), ou le messager de vie ; ou, comme le prétend l’allégorie biblique, c’est l’Adam Kadmon androgyne, le FILS, lequel, avec l’esprit de son Père, produit l’OINT, ou Adam avant la chute.
Lorsque Svayambhu, « le Seigneur qui existe par lui-même », est poussé à se manifester, il est ainsi décrit dans les livres sacrés hindous :
« Ayant été poussé à produire divers êtres de sa propre substance divine, il manifesta premièrement les eaux qui développèrent en elles une semence productive.
La semence devint un germe, brillant comme l’or, resplendissant comme l’astre aux mille rayons ; et dans cet œuf il naquit lui-même, sous forme de BRAHMA, le grand Principe de toutes choses. »
(Manou, livre I, slokas 8 et 9)
Le Kneph égyptien, ou Chnuphis, la Sagesse Divine, représentée par un serpent, émet un neuf par la bouche, et de cet œuf sort Phtha. Dans ce cas, Phtha représente le germe universel, de même que Brahman, lequel est neutre (543) ; autrement [comme Brahmâ] il est simplement un des noms de la Divinité. Celui-là (Brahman) a servi de modèle pour les TROIS VIES des Nazaréens, et les « faces » cabalistiques, les PHARTZUPHIM qui, à leur tour, furent prises comme modèles par Irenee et ses partisans, pour édifier la Trinité chrétienne. L’œuf était la matière primitive qui constituait les matériaux pour l’édification de l’univers visible ; il renfermait, de même que le Plérome gnostique, la Shékinah cabalistique, l’homme et la femme, l’esprit et la vie, « dont la lumière renferme toutes les autres lumières », ou esprits de vie. Cette première manifestation était symbolisée par un serpent, lequel, au début, est la Sagesse divine, mais se souille lorsqu’il tombe dans la génération. Phtha est l’Homme céleste, l’Adam Kadmon égyptien, ou le Christ, qui, en union avec le Saint-Esprit féminin le ZOE, produit les cinq éléments, l’air, l’eau, le feu, la terre et l’éther ; celui-ci n’étant qu’une copie servile de l’Adi Bouddhique et ses cinq Dhyâni Bouddhas, ainsi que nous l’avons montré dans le chapitre précédent. Le Swayambhuva-Nara hindou émane hors de lui le principe-mère, renfermé dans sa propre essence divine – Nari, la Vierge immortelle – qui, lorsqu’elle est fécondée par son esprit, devient Tanmâtra, la mère des cinq éléments : l’air, l’eau, le feu, la terre et l’éther. C’est ainsi qu’on constate que toutes les cosmogonies procèdent de la cosmogonie hindoue.
Knorr von Rosenroth, en étudiant l’interprétation de la Cabale, maintient que, « dans son état primitif (de sagesse secrète) le Dieu Infini Lui-même doit être considéré comme le « Père » (de la nouvelle alliance). Mais l’Infini ayant fait pénétrer la Lumière par un canal dans « l’Adam primitif » ou le Messie, et cette lumière s’étant unie à ce dernier, on peut lui appliquer le nom de FILS. Et l’influence transmise par lui [le Fils] aux parties inférieures [de l’univers] peut être attribuée au personnage du Saint-Esprit (544) ». Sophia-Achamoth, la VIE semi-spirituelle, semi-matérielle, qui vivifie la matière inerte dans les profondeurs du chaos, est le Saint-Esprit des gnostiques, et le Spiritus (féminin) des Nazaréens. Celle-ci, ne l’oublions pas, est la sœur du Christos, l’émanation parfaite, et tous deux sont les enfants ou les émanations de Sophia, la fille purement spirituelle et intellectuelle de Bythos, l’Abîme. Car Sophia l’aînée est Shekinah, la Face de Dieu, « la Shekina de Dieu, qui est son image (545) ».
« Le Fils Zeus-Belus, ou Sol-Mithra, est l’image du Père, l’émanation de la Lumière Suprême« , dit Movers. « Il passait pour être le Créateur (546) ».
« Les philosophes prétendent que le premier air est l’anima mundi. Mais le vêtement (Shékinah) est plus élevé que le premier air, puisqu’il est en contact plus intime avec Aïn-Soph, le sans limite (547) ». Par conséquent Sophia est Shékinah et Sophia-Achamoth est l’anima mundi, la lumière astrale des cabalistes, qui renferme les germes spirituels et matériels de tout ce qui est. Car Sophia-Achamoth, de même qu’Eve, dont elle est le prototype, est « la mère de tous les vivants ».
Il y a trois trinités dans la théorie des Nazaréens, de même que dans la philosophie hindoue, aussi bien de la période ante-Védique et Védique primitive. Alors que nous constatons comment les quelques traducteurs de la Cabale, du Codex Nazaréen et d’autres œuvres abstraites, pataugent lamentablement dans un panthéon interminable de noms, incapables de se mettre d’accord pour constituer un système qui permette leur classification, car une hypothèse contredit et renverse l’autre, nous ne pouvons que nous étonner de tant de peine, qui pourrait être si facilement évitée. Mais même aujourd’hui, que la traduction et jusqu’à la lecture du sanscrit est devenu si facile, comme point de comparaison, ils ne s’imagineraient jamais qu’il fut possible que toutes les philosophies, soit Sémitique, Chamitique, ou Touranienne, comme on l’appelle, pourraient avoir leur clé dans les ouvrages sacrés des hindous. Et cependant les faits existent et les faits ne sont pas aisément écartés. Ainsi, tandis que nous voyons que la Trimurti hindoue est manifestée d’une manière triple comme :
| Nara (ou ParaPourouha), | Agni, | Brahma, | le Père, |
| Nâri (Mahâmâyâ), | Vayou, | Vishnou, | la Mère, |
| Viraj (Brahmâ), | Surya, | Siva, | le Fils. |
et que la Trinité égyptienne se présente comme suit :
| Kneph (ou Amen), | Osiris, | Râ (Horus), | le Père, |
| Maut (ou Mut), | Isis, | Isis, | la Mère, |
| Khonsu, | Horus, | Malouli, | le Fils (548). |
nous trouvons que la théorie des Nazaréens est la suivante :
| Ferho (Ish-Amon), | Mano, | Abatur, | le Père, |
| Chaos (l’eau obscure), | Spiritus (féminine), | Netubto, | la Mère, |
| Fetahil, | Lehdoïo, | Seigneur Jourdain, | le Fils. |
La première est la trinité occulte ou non manifestée, une simple abstraction. L’autre, la trinité active, ou révélée dans les résultats de la création, qui procède de la première, son prototype spirituel. La troisième est l’image mutilée des deux autres, cristallisée sous forme de dogmes humains, variant suivant l’exubérance de l’imagination matérialiste de chaque nation.
Le Suprême Seigneur de splendeur et de lumière, lumineux et resplendissant, avant qui aucun autre n’existait, est appelé Corona (la couronne) ; Seigneur Ferho, la vie non révélée qui existait dans celui-là de toute éternité ; et le Seigneur Jourdain – l’esprit, l’eau vivifiante de la grâce (549). Il est celui par lequel, seul, nous sommes sauvés ; et c’est ainsi qu’il correspond à la Shékinah, le vêtement spirituel de Aïn-Soph, ou le Saint-Esprit. Ces trois constituent la Trinité in abscondito. La seconde trinité est composée des trois vies. La première est la représentation du Seigneur Ferho, duquel il a procédé ; et le second Ferho est le roi de Lumière – MANO (Rex Lucis). Il est la lumière et la vie céleste, et il est plus âgé que l’Architecte du ciel et de la terre (550). La seconde vie est Ish Amon (le Plerome) le vase d’élection, qui renferme la pensée visible du Iordanus Maximus – le type (ou sa réflexion intelligible), le prototype de l’eau vivifiante, qui est le « Jourdain spirituel (551) ». La troisième vie, qui est le produit des deux autres, est ABATUR (de Ab le Progéniteur, le Père). Celui-ci est le mystérieux et décrépit « Ancien des Anciens », « l’Ancien Senem sui obtegentem et grandoevum mundi ». Cette dernière troisième Vie, est le Père du Démiurge Fétahil, le créateur du monde, que les Ophites nomment Ilda-Baoth (552c), bien que Fétahil soit le Fils unique, la réflexion du Père Abatur, qui l’engendre en se mirant dans « l’eau obscure (553) » ; mais le Seigneur Mano, « le Seigneur Sublime, le Seigneur de tous les génies », est plus élevé que le Père, dans ce Codex cabalistique – l’un étant purement spirituel et l’autre matériel. C’est ainsi, par exemple, que tandis que le « Fils Unique » d’Abatur est le génie Fétahil, le Créateur du Monde physique, le Seigneur Mano, le « Seigneur de Celsitude », qui est le fils de Celui qui est « le Père de tous ceux qui prêchent l’Evangile » enfante aussi un « fils unique », le Seigneur Lehdaïo, un « Seigneur juste ». Il est le Christos, l’Oint qui répand la « grâce » du Jourdain Invisible, l’Esprit de la Couronne Suprême.
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