MYSTERES DE LA CABALE – Partie 3

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre V - MYSTERES DE LA CABALE

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Dans les livres zoroastriens postérieurs, après que Darius eut restauré le culte d’Ormazd en y ajoutant le magisme plus pur de la Sagesse Secrète primitive – תומכח-נסתרה [Hokhmah-Nistharah], dont, il était lui-même un des hiérophantes, ainsi que nous le dit l’inscription, nous voyons reparaître le Zeru-ana, ou le temps illimité, représenté chez les Brahmanes par le chakra, ou le cercle, que nous voyons figurer sur le doigt levé des principales divinités. Nous ferons voir, plus loin, sa relation avec les nombres mystiques de Pythagore – le premier et le dernier – qui est un zéro (O), et avec le plus grand des Dieux-des-Mystères IAO. L’identité de ce seul symbole, dans toutes les anciennes religions, suffit pour prouver leur origine commune dans une Croyance primitive (523). Le terme « temps illimité », qui ne peut s’appliquer qu’à l’UNIQUE qui n’a ni commencement ni fin, est appelé par les Zoroastriens Zeruana-Akarene, parce qu’il a existé de tous temps. « Sa Gloire », disent-ils, est trop sublime, sa lumière est trop brillante pour que l’intelligence humaine ou que des yeux mortels puissent la saisir et la voir. Son émanation primitive est la lumière éternelle, laquelle, ayant été cachée jusqu’alors dans les ténèbres, fut appelée à se manifester, et c’est ainsi que fut formé Ormazd « le Roi de Vie ». Il est le premier-né du temps sans limites, mais de même que son antitype ou idée spirituelle préexistante, il a vécu dans les ténèbres primitives de toute éternité. Son Logos fut le créateur du monde purement intellectuel. Après un délai de trois grands cycles (524) il créa le monde matériel en six périodes. Les six Amshaspands, ou hommes spirituels primitifs, qu’Ormazd créa à sa propre image sont les médiateurs entre lui et ce monde. Mithras est une émanation du Logos et le chef des vingt-huit Yazatas, qui sont les anges tutélaires de la partie spirituelle de l’humanité, les âmes des hommes. Le nombre des Ferouers est infini. Ceux-ci sont les idées, ou plutôt les conceptions idéales des choses qui ont été conçues dans la pensée d’Ormazd, ou Ahuramazda avant qu’il ne voulût qu’elles prennent une forme concrète. Ce sont ce qu’Aristote nomme les « privations » des formes et des substances. La religion de Zarathustra, ainsi qu’il est toujours dénommé dans l’Avesta, est une de celles auxquelles les Juifs ont fait les plus larges emprunts. Dans un des Yashts, Ahuramazda, le Suprême, donne au voyant, comme un de ses noms sacrés, Ahmi, « Je suis » ; dans un autre il est, ahmi yat ahmi, « Je suis ce que je suis » ; ce que Jéhovah est censé avoir dit à Moise.

La Cosmogonie adoptée dans la Cabale rabbinique, avec un changement de termes, fut adoptée par le grand corps des Gnostiques, avec quelques théories additionnelles de Manès, le semi-Mage et semi-Platonicien. Les véritables doctrines de Basilide, de Valentin et de Marcion ne peuvent être correctement appréciées en lisant les ouvrages des Pères de l’Eglise entachés de parti-pris et de calomnies ; on les trouvera plutôt dans ce qui reste des ouvrages des sectaires de Bardesane, connus sous l’appellation de Nazaréens. Il est presque impossible, aujourd’hui que tous leurs livres et leurs manuscrits ont été détruits, de déterminer la part qui est due à chacune de ces sectes dans leurs opinions dissidentes. Mais il existe encore aujourd’hui certains hommes qui ont conservé des livres et des traditions directes des Ophites, bien qu’ils ne se soucient aucunement de les communiquer au monde en général. La vérité est restée cachée depuis plus de mille ans parmi les sectes ignorées du Mont Liban et de la Palestine. Et leur diagramme de la théorie Ophite diffère de la description donnée par Origene (525c), et par conséquent aussi du diagramme de Matter() (526c).

La trinité chrétienne a été édifiée en partie sur le modèle de la trinité cabalistique ! « L’ANCIEN, dont le nom soit sanctifié, a trois têtes qui n’en font qu’une seule (527) ». Tria capita exculpta sunt, unum intra alterum et alterum supra alterum. La première tête est la Sagesse Occulte (Sapientia abscondita). Sous cette tête se trouve l’ANCIEN [la Monade de Pythagore] le mystère le plus secret ; c’est une tête qui n’en est pas une [caput quod non est caput] ; nul ne peut savoir ce qu’il y a dans cette tête. Aucune intelligence n’est capable de comprendre cette Sagesse (528), ce Senior Sanctissimus est entouré des trois têtes. Il est la LUMIERE éternelle de cette sagesse ; et la sagesse est la source de laquelle toutes les manifestations ont pris naissance. Ces trois têtes, renfermées dans une TETE [qui n’en est pas une] ; et ces trois sont inclinées sur [adombrent] la FACE-COURTE [le Fils] et par elles toutes choses resplendissent de lumière (529) ». « Aïn-Soph émet un rayon de El ou Al [le plus haut Dieu de la Trinité] et la lumière suit le rayon et entre, et, en passant il sort par Adam Primus [Kadmon] qui demeure caché jusqu’à ce que le plan des dispositions [statum dispositionis] soit achevé ; il passe au travers de lui depuis la tête, jusqu’aux pieds ; et dans lui [dans l’Adam caché] est la forme d’UN HOMME (530) ».

« Quiconque voudrait se faire une idée de l’Unité sacrée qu’il contemple une flamme qui surgit d’un charbon ardent ou d’une lampe allumée. Il verra, en premier lieu, une lumière double – une blanche et éclatante et l’autre noire ou bleue ; la lumière blanche est au-dessus, et s’élève en une flamme droite, tandis que la lumière bleue, ou lumière obscure, reste au-dessous et paraît former le siège de la première, et, cependant toutes les deux sont si étroitement liées qu’elles ne font qu’une seule flamme. Toutefois, le siège constitué par la lumière bleue, ou obscure, est encore réuni avec la matière combustible qui est au-dessous d’elle. La lumière blanche ne change jamais de couleur, elle est toujours blanche ; mais on observe plusieurs teintes dans la lumière inférieure, tandis que la lumière inférieure prend deux directions ; par en haut elle est en contact avec la lumière blanche, et par en bas elle l’est avec la matière en combustion. Or, celle-ci se consume constamment, et monte sans cesse vers la lumière supérieure, et de cette manière tout se transforme en une seule unité (531). »

Telles étaient les anciennes notions de la Trinité dans l’Unité, en tant qu’abstraction. L’homme qui est le microcosme du macrocosme, ou de l’homme archétype céleste, l’Adam Kadmon, est, à son tour, une trinité, car il est : corps, âme et esprit.

« Tout ce qui a été créé par « l’Ancien des Anciens » ne peut vivre et exister que par un mâle et une femelle », dit le Zohar (532). Seul, Celui auquel nul ne peut dire, « Tu », car il est l’Esprit de la TETE BLANCHE, dans laquelle sont réunies les « TROIS TETES, n’est pas créé. Du feu subtil, sur un des côtés de la Tête Blanche, et de « l’air subtil » sur l’autre côté, émane Shekinah, son voile, (le Saint-Esprit féminisé). « Cet air », dit Idra Rabba « est le plus occulte [occultissimus] attribut de l’Ancien des Jours (533). Le plus Ancien des Plus Anciens est le Caché des Cachés (534). Il est toutes choses, et Il est Lui-même caché de toutes parts (535). Le cranium de la TETE BLANCHE n’a pas de commencement, mais sa fin a une réflexion brillante et une rondeur qui est notre univers (536). »

« Ils considèrent, dit Kleuker, le premier-né comme mari et femme, en ce que sa lumière contient en elle-même toutes les autres, et que son Esprit de vie, ou souffle de vie, contient en lui-même tous les autres esprits de vie (537) ». La Shekinah cabalistique correspond à la Sophia Ophite. Pour parler correctement, l’Adam Kadmon est le Bythos ; mais, dans cette théorie des émanations, où tout est calculé pour jeter la perplexité et de mettre un obstacle à toute question, il est la Source de la Lumière, le premier « homme primitif », et, en même temps Ennoïa, la Pensée de Bythos, la Profondeur, car il est Pymandre.

Les Gnostiques, de même que les Nazaréens, faisant une allégorie de la personnification, disaient que les Premier et Second hommes aimèrent la beauté de Sophia (Sephira) la première femme, et ainsi, le Père et le Fils fécondèrent la « Femme » céleste et des ténèbres primordiales ils procréèrent la lumière visible (Séphira est la Lumière Invisible ou Spirituelle), « qu’ils nommèrent le CHRISTUS OINT, ou le Roi Messie (538) ». Ce Christus est l’Adam d’Argile avant la chute, adombré par l’esprit d’Adonaï, son père, et de Shékinah Adonaï, sa mère ; car l’Adam Primus est Adon, Adonaï, ou Adonis. L’existence primordiale se manifeste par sa Sagesse, et donne naissance au LOGOS Intelligible (toute la création visible) Cette Sagesse était vénérée par les Ophites sous la forme d’un serpent. Autant que nous puissions en juger, la première et la seconde vie sont les deux Adams, ou le premier et le second homme. Le premier contient Eva, ou l’Eve spirituelle non encore née, et celle-ci est contenue dans l’Adam Primus, car elle fait partie de lui, puisqu’il est androgyne. L’Eve d’argile qu’on désignera dans la Genèse par « la Mère de tous les vivants » est contenue dans le Second Adam. Or, dès sa première manifestation, le SEIGNEUR MANO, la Sagesse Inintelligible, disparaît de la scène ; elle ne se manifestera que sous la forme de Shékinah, la GRACE ; car la CORONA est « la Lumière la plus cachée de toutes les Lumières » et, par conséquent, elle est la substance même des ténèbres (539).

Shekinah, dans la Cabale, est la neuvième émanation de Séphira, qui renferme en elle-même la totalité des dix Séphiroth. Elle appartient à la troisième triade, et elle est conçue en même temps que Malkuth, ou le « Royaume », dont elle est la contrepartie féminine. D’autre part, elle est considérée comme plus élevée qu’aucunes d’elles ; car elle est la « Gloire Divine », le « voile »ou le « vêtement » de Aïn-soph. Partout où elle est mentionnée dans le Targum, les Juifs disent qu’elle est la gloire de Jéhovah, qui demeurait dans le tabernacle, se manifestant sous la forme d’une nuée visible : la « Gloire » planait au-dessus du Siège de Grâce dans le Sanctum Sanctorum.

Dans le système des Nazaréens ou de Bardesane, qu’on pourrait appeler la Cabale dans la Cabale, l’Ancien des Jours – Antiquus Altus, qui est le Père du Démiurge de l’Univers, est surnommé la Troisième Vie, ou Abatur ; et il est le Père de Fetahil, Architecte de l’Univers visible, qu’il appelle à l’existence par le pouvoir de ses Génies, sur l’ordre du « Suprême » ; Abatur correspondant au « Père » de Jésus dans la théologie chrétienne postérieure. Ces deux Vies supérieures sont donc la couronne dans laquelle réside le plus grand Ferho. « Avant qu’une créature quelconque ne soit venue à l’existence, le Seigneur Ferho existait déjà (540) ». Celui-ci est la Première Vie, sans formes et invisible, dans laquelle existe l’Esprit de VIE vivant, la MISERICORDE Suprême. Les deux ne font qu’UN, de toute éternité, car ce sont la Lumière et la CAUSE de la Lumière. Ils correspondent par conséquent, à la Sagesse cachée cabalistique, et à la Shékinah cachée, le Saint-Esprit. « Cette lumière, qui se manifeste, est le vêtement du Caché Céleste dit l’Idrah Zutah. Et « l’homme céleste » est l’Adam supérieur. « Nul ne connaît ses voies, sauf Macroprosopus » (La longue face) – le dieu supérieur actif (541c). « Je ne serai pas lu, comme je suis écrit ; dans ce monde, mon nom sera écrit Jéhovah et lu Adonaï (542) » disent les rabbins avec parfaite raison. Adonaï est l’Adam Kadmon ; il est à la fois le PERE et la MERE. Par cette double médiation, l’Esprit de « l’Ancien des Anciens » descend sur le Microprosopus (la courte face) ou l’Adam de l’Eden. Et le « Seigneur Dieu lui souffla dans les narines le souffle de vie ».

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