« Apprends à tout connaître, mais demeure, toi-même, ignoré. »
Maxime Gnostique.
« Il existe un Dieu suprême au-dessus de tous les dieux, plus divin que les mortels,
Dont la forme n’est pas celle des hommes, encore moins sa nature ;
Mais les frivoles mortels s’imaginent que les dieux sont engendrés comme eux,
Avec des sensations, une voix et des membres corporels humains. »XENOPHANE : Clem. Al. Strom, V. 14, § 110.
« TYCHIADES. – Peux-tu me donner la raison, Philoclès, pourquoi la plupart des hommes sont enclins à mentir, et qu’ils aiment non seulement raconter des fictions en parlant d’eux-mêmes, mais prêtent une sérieuse attention aux autres qui le font ?
« PHILOCLES. – Les raisons sont nombreuses, Tychiadês, qui obligent les uns à mentir, parce qu’ils voient qu’ils peuvent en tirer profit. »LUCIEN, Philopseudès.
« LE SPARTIATE. – Est-ce à toi, ou à Dieu que je dois me confesser ?
« LE PRETRE. – C’est à Dieu.
« LE SPARTIATE. – Alors, homme retire-toi ! »PLUTARQUE, Notables dictons Lacédémoniens.
Fixons notre attention, maintenant, sur quelques-uns des plus importants Mystères de la Cabale, et étudions leurs rapports avec les mythes philosophiques des diverses nations.
Dans la plus ancienne Cabale orientale, la Divinité est représentée par trois circonférences dans une, voilée par une exhalation chaotique ou de la fumée. Dans la préface du Zohar, les trois cercles primordiaux sont transformés en TROIS TETES, au-dessus desquelles est représentée une exhalation ou un nuage de fumée, ni blanc ni noir, mais incolore et circonscrit dans un cercle. C’est l’Essence inconnue (498). L’origine de l’image juive se trouve peut-être dans le Pimandre d’Hermès, le Logos égyptien, qui apparaît dans un nuage humide, duquel s’échappe une colonne de fumée (499). Dans le Zohar, le Dieu suprême est, ainsi que nous l’avons fait voir dans le chapitre précédent, et comme c’est le cas pour les philosophies hindoue et bouddhique, une pure abstraction dont ces philosophies nient l’existence objective. Il est Hockma, la « SAGESSE SUPREME, qui ne peut être comprise par l’intelligence » et qui se trouve à l’intérieur et à l’extérieur du CRANE de la LONGUE FACE (500) (Sephira) la plus élevée des trois « Têtes ». C’est « le Aïn Soph illimité et infini » le Néant (Nulle-Chose).
« Les « trois Têtes » superposées ont évidemment été copiées sur les trois triangles mystiques des hindous qui, eux aussi, sont superposés. « La « tête » supérieure contient la Trinité en Chaos, de laquelle jaillit la trinité manifestée. Aïn Soph, l’à-jamais non révélé, qui est illimité et inconditionné, ne peut pas créer, et par conséquent ce serait une grande erreur, à notre avis, de lui attribuer une « pensée créatrice » ainsi que le font généralement les interprètes.
Dans toute cosmogonie, cette Essence suprême est passive ; si elle est illimitée, infinie et inconditionnée, elle ne peut avoir ni pensée, ni idée. Elle n’agit pas suivant le résultat de la volition, mais par obéissance à sa nature propre, et en vertu de la fatalité de la loi dont elle est elle-même l’incorporation. Ainsi, pour les cabalistes hébreux, Aïn-Soph est non-existant ןיא, car il est incompréhensible pour notre intelligence limitée, et ne peut, par conséquent, exister pour notre mental. Sa première émanation fut Sephira, la couronne רתכ.
Lorsque le moment fut venu pour une période active, une expansion de cette essence Divine se produisit alors du dedans au dehors, obéissant à la loi éternelle et immuable ; et ce fut de cette lumière éternelle et infinie (qui, pour nous, est les ténèbres) qu’émana une substance spirituelle (501). Ce fut la Première Sephira, qui contenait en elle-même les autres neuf תוריפס Séphiroth, ou intelligences. Dans leur totalité et leur unité, elles représentent l’Homme Archétype, l’Adam Kadmon, le πρωτόγονος, lequel est encore double ou bisexuel dans son individualité ou son unité, le Didymos grec, car il est le prototype de l’humanité entière. C’est ainsi que nous obtenons trois trinités, contenues chacune dans une « tête ».
Dans la première « tête », ou face, (la Trimurti hindoue, à trois faces) nous trouvons Séphira (la couronne), le premier androgyne, au sommet du triangle supérieur, émanant Hokhmah, ou la Sagesse, un pouvoir masculin et actif – nommé également Iah, הי – et Binah, הניב , ou l’Intelligence, un pouvoir féminin et passif, représenté aussi par le nom de Jéhovah הוהי . Ces trois constituent la première trinité ou « face » des Sephiroth.
Cette triade a émané Hesed, דסה , ou Pitié, pouvoir actif masculin appelé aussi El, dont a émané Geburah, הרובג , ou Justice, appelé aussi Eloha, pouvoir passif féminin ; de l’union de ces deux derniers fut produit Tiphereth, ראפת Beauté, Clémence, le Soleil Spirituel connu sous le nom divin Elohim ; et la seconde triade, « face » ou « tête » fut formée.
Ces dernières Sephiroth émanant, à leur tour, le pouvoir masculin Netzah, הצנ , Fermeté ou Jehovah Sabaoth qui a émis le pouvoir passif féminin Hod, דוה Splendeur, ou Elohim Sabaoth ; ces deux ont produit Yesod, דוסי , Fondation, qui est le puissant vivant, El Hay, donnant ainsi naissance à la troisième trinité ou « tête ».
La dixième Séphira est plutôt une duade, et on la représente sur les diagrammes par le cercle inférieur. C’est Malkuth ou le Royaume, תוכלמ et Shekinah הניכש , qu’on appelle aussi Adonai et Cherabim parmi les armées angéliques.
La première « Tête » est appelée le Monde Intellectuel ; la seconde « Tête » est le Monde Sensible, ou des Perceptions, et la troisième est le Monde Matériel ou Physique.
« Avant d’avoir donné une forme à l’univers, dit la Cabale, avant d’avoir produit une forme quelconque, Il était seul, sans forme ni ressemblance avec quoi que ce soit. Qui donc pourrait le comprendre, tel qu’il était avant la création, puisqu’il n’avait pas de forme ? Il est, par conséquent, défendu de le représenter par une forme quelconque, par une similitude, voire même par son nom sacré, par une seule lettre, ou par un seul point (502). L’Ancien des Anciens, l’Inconnu de l’Inconnu, a une forme, et cependant n’en a aucune. Il a une forme par laquelle l’univers est conservé, et cependant il n’a aucune forme, parce qu’il est impossible de le concevoir et cependant il n’a aucune forme [en Séphira, sa première émanation] il fit émaner de lui neuf lumières resplendissantes (503). »
Et maintenant occupons-nous de la Cosmogonie ésotérique hindoue, et de la définition de « Celui qui est et cependant n’est pas ».
« De celui qui est (504), de ce Principe immortel qui existe dans notre esprit, mais que nos sens ne peuvent percevoir est né Purusha, le mâle-femelle divin, qui devint Narayana, ou l’esprit Divin qui se meut sur les eaux (505). »
Svayambhu, l’essence inconnue des Brahmanes, est identique à Aïn Soph, l’essence inconnue des Cabalistes. Comme pour ceux-ci, le nom ineffable ne devait pas être prononcé par les Hindous, sous peine de mort. Dans la trinité primitive hindoue, qu’on a tout lieu de considérer comme pré-Védique, le germe qui féconde le principe-maternel, l’œuf du monde, ou la matrice universelle, est appelé Nara, l’Esprit, ou le Saint-Esprit, qui émane de l’essence primordiale. Ainsi que Séphira, c’est la plus ancienne émanation, appelée le point primordial et la Tête Blanche, car c’est le point lumineux divin qui apparaît dans les ténèbres insondables et illimitées. Dans Manou, c’est « NARA », ou l’Esprit de Dieu, qui se meut sur Ayana [le Chaos, ou le lieu du mouvement] et est appelé NARAYANA, ou celui qui se meut sur les eaux (506) ».
Nous lisons dans l’égyptien Hermès : « Au commencement du temps il n’existait que le chaos. » Mais lorsque le « Verbum », sortant du néant comme une « fumée incolore », fit son apparition, alors « ce Verbum se mit à se mouvoir sur le principe humide (507) ». Et nous lisons dans la Genèse [I, 2.] « il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme [chaos] et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux ». Dans la Cabale, l’émanation du principe primordial, passif (Sephira), en se séparant en deux parties, active et passive, émet Chochma-Sagesse, et Binah-Jéhovah, et s’unissant avec ces deux acolytes, qui viennent compléter la trinité, elle devient le Créateur de l’Univers abstrait ; le monde physique est la production de puissances ultérieures et encore plus matérielles (508a) (508b). Dans la Cosmogonie hindoue, Svayambhu produit Nara et Nari, son émanation bisexuelle, et les séparant en deux moitiés, mâle et femelle, celles-ci fécondent l’œuf mondial, dans lequel se développe Brahmâ, ou plutôt Viraj, le Créateur. « Le point de départ de la mythologie Egyptienne, dit Champollion, est une trinité… savoir Kneph, Neith et Phtah ; et Ammon, le mâle, le père ; Muth, femelle, la mère ; et Khonsu, le fils. »
Les dix Séphiroth sont des copies des dix Prâdjapatis créés par Viraj, et appelés les « Seigneurs de tous les êtres », qui correspondent aux Patriarches bibliques.
Justin martyr explique quelques-unes des « hérésies » de l’époque, mais d’une façon peu satisfaisante. Il montre, néanmoins, la parfaite identité de toutes les religions mondiales à leur point de départ. Le premier début commence invariablement par la divinité passive et inconnue, qui émane un certain pouvoir (ou vertu) actif, « rationnel », qui est appelé quelquefois la SAGESSE, d’autres fois le FILS, et très souvent aussi Dieu, Ange, Seigneur et LOGOS (509). Ce dernier nom est quelquefois attribué à la première émanation ; mais, dans plusieurs systèmes, il procède du premier rayon double ou androgyne, émané au début par l’invisible. Philon le Juif décrit cette sagesse comme mâle et femelle (510). Mais, bien que sa première manifestation ait eu un commencement, car elle procède de Olam (511), (Aiôn, le temps) le plus élevé des Æons, lorsqu’elle émana des Pères elle demeurait en lui avant toutes les créations, car elle fait partie de lui (512). C’est pourquoi Philon le juif appelle Adam Kadmon « le Mental » (l’Ennoïa de Bythos dans le système gnostique). « Que le mental porte le nom d’Adam (513c) ».
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