MATERNITÉ

Il faut un Néron ou quelqu’un de son espèce, capable d’un sacrilège sauvage, de bestialité humaine, pour blesser volontairement ou assassiner la mère qui l’a porté – un homme absolument dépourvu de tout sentiment humain, un modèle d’ambition, de convoitise et d’avidité.

Pourtant, il y a des actes plus répréhensibles, car il existe un lien plus sacré que celui qui nous relie à notre mère terrestre.

Aussi grandes que soient les souffrances et l’angoisse de l’accouchement sur le plan physique, elles sont légères en comparaison de celles que « l’âme-mère » de l’homme arrivé à un certain point de son évolution peut endurer, car c’est elle qui prélève de la substance de son propre être pour lui donner naissance, afin de lui donner vie sur un plan plus élevé de son être que celui où il fonctionnait jusque là.

L’homme ne connaît pas plus l’heure de la naissance de son âme que l’enfant ne se rappelle de celle de sa propre naissance – dans les deux cas, seule la mère possède une vraie connaissance de cet événement. Sauf dans des cas très exceptionnels, il ne peut pas le savoir avant que son âme ait atteint le même degré de développement que celui auquel toutes les « âmes-mères » ont accédé. Dans beaucoup trop de cas, le démon du genre « Néron » qu’il porte en lui a assassiné la mère en s’acharnant cruellement sur elle, ou il l’a terrassée et lui a fait mordre la poussière par son ingratitude ou son aveuglement, ou parce qu’il a été mis au défi de le faire par une autre âme matricide qui, incapable de supporter seule le poids de son péché, a besoin de se trouver un compagnon.

Chaque femme qui est descendue dans les profondeurs de sa propre âme, qui en a ramené l’esprit de la maternité – l’esprit intuitif du service désintéressé et de la dévotion ainsi que les perles de la pensée profonde et de la sagesse – et qui en a aspergé l’homme est une mère d’âmes. Elle souffle sur le charbon vivant parmi la cendre de l’ignorance ou de la vie gaspillée de l’homme pour en faire sortir la flamme. Elle lui apporte du combustible pour garder cette flamme vivante jusqu’à ce que ce dernier ait acquis suffisamment de pouvoir ou encore retrouvé son droit de naissance premier, par un effort déterminé, ce qui lui permettra de s’approvisionner lui-même en ce combustible.

 Qu’en est-il de l’homme qui a une fois, spontanément ou intuitivement, reconnu cet instinct maternel en son âme pour ensuite l’attaquer ou permettre qu’il soit couvert de boue et de saleté ? Quoi penser de celui qui a pris les larmes de cette mère pour mouiller le manteau qu’il a jeté sur ses propres épaules afin que le feu de la colère et du mépris dans les yeux de son frère n’atteigne pas ses organes vitaux. L’histoire de ce glacial âge du fer sera noircie par de nombreux récits de ce genre. Jour après jour, un autre récit s’ajoute à la longue liste. Jour après jour, une « âme-mère » est répudiée, méprisée, vilipendée, et donnée en pâture aux bêtes sauvages du monde par « l’âme-enfant » que de malicieux incitateurs aux pensées mauvaises ont empoisonnée. Ceux qui cherchent une justification à leurs propres actes ne peuvent la trouver que de cette façon.

Le monde regarde et rit. Les démons de l’Hadès dansent de joie, mais la grande fraternité des âmes régénérées penchent la tête de honte, de honte pour ceux qui n’ont plus cette faculté rédemptrice.

HILARION - Temple 3 - Leçon 479
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