Sur la base de l’expérience acquise à me battre dans des conditions semblables à celles auxquelles vous faites face dans cet âge sombre, je viens vous parler et vous conjurer d’écouter, de comprendre et d’accepter, non pas ce que je pourrais ordonner, mais ce que, en conjonction avec votre être intérieur, je murmure à votre oreille en un amour inexprimable et rempli de nostalgie.
Pour certains, le mot « fraternité » est devenu un négatif, un terme de ridicule que l’on utilise pour plaisanter. Cela montre à quel point l’homme est incapable de discerner la vérité fondamentale exprimée par le mot dans toute sa pureté et sa sainteté.
Comme une perle, qui conserve sa valeur même quand on la laisse tomber dans la boue et la saleté, et qui ne requiert qu’un nettoyage pour faire ressortir son beau lustre spirituel, ainsi le mot « fraternité » pourrait de nouveau répandre la lumière de sa splendeur dans un monde déchiré par les conflits, la dissension et toutes choses non fraternelles. Toi, mon enfant (qui que tu sois), tu dois faire ta part dans cette grande œuvre.
Le mot « fraternité » signifie littéralement tout ce qui est suggéré par les mots « faites à autrui ce que vous voudriez qu’on vous fasse ». Cela est indéniable, et aucun d’entre vous n’est incapable de suivre cette loi. Car c’est une loi universelle, et quiconque la viole s’attire l’action karmique de la loi. En outre, c’est la loi sur laquelle reposent toutes les possibilités d’évolution. En effet, si vous ne pouvez pas donner à votre frère ou à votre sœur l’amour, le mot d’encouragement, la main secourable ou l’aide que vous aimeriez recevoir vous-même, comment pouvez-vous donner au grand Maître, envers qui vous vous êtes engagé, et qui est un avec votre frère et votre sœur comme il l’est avec vous, l’amour généreux qui seul peut vous garder sur le sentier que vous avez choisi ? On imagine souvent, à tort, que c’est une question de sentiment. C’est plutôt, comme je l’ai laissé entendre, la loi sur laquelle votre vie sur Terre et votre vie future reposent. Tout le mal jamais manifesté sur la Terre peut être attribué à la violation de cette loi ; et les étoiles prédisent de nouveau que de grands continents seront bouleversés parce que l’homme ne la respecte pas.
Ouvrez les yeux, mes enfants, et voyez à quel point l’inhumanité de l’homme, son manque de fraternité, charge de chaînes, asservit et sacrifie à ses désirs et à ses passions égoïstes ses frères, ces autres fragments de divinité qui luttent à ses côtés et sur la même triste route, à portée de voix, sous les avant-toits du palais qui l’abrite.
Pendant qu’un membre de la soi-disant haute classe se prépare à ruiner la vie de la fille d’un pauvre mécanicien, un autre homme du même milieu donne des repas fins dans un club privé où sa femme ou ses filles peuvent obtenir sans peine les liqueurs et les vins qui les mèneront tout aussi sûrement à leur ruine, ou rencontre, dans la plus totale sécurité, d’autres hommes qui ont le même but que lui : la ruine de la fille du pauvre mécanicien.
De grands grossistes en boissons alcooliques stockent barils après barils de ces poisons qui causeront la ruine des faibles de toutes les classes de leur pays et d’autres pays où ces boissons étaient jusqu’alors inconnues. On ne tarde pas ensuite à entendre raconter de tristes histoires de meurtres et de vols, peut-être commis par les fils uniques de ces mêmes commerçants.
Si on ne peut, pour l’instant, n’en appeler qu’aux instincts égoïstes de l’homme en ce qui concerne cette grande loi de fraternité, il est bien sûr mieux d’agir ainsi que de le laisser dans l’ignorance de la rétribution karmique qui doit suivre. Il faut cependant reconnaître qu’il s’agit là d’une incompréhension et d’un camouflage de cette grande loi bienfaisante du karma.
Pour beaucoup, le karma est devenu une simple « divinité » de la vengeance, qui les tient dans une poigne cruelle dont ils ne peuvent s’échapper, au lieu du juste et tendre amour paternel qu’il est en réalité. Si ce n’était de la violation de cette loi de notre fraternité éternelle, nous n’aurions aucune raison d’avoir peur. Toute parole charitable, toute action aimante envers un frère est récompensée au décuple. Sur le plan de l’Être véritable, le bien seul est tout-puissant ; le mal sombre dans l’insignifiance.
La plupart d’entre nous sommes si fatigués de notre lutte contre l’obscurité du plan physique que nous préférerions nous tenir un instant là où la brillante lumière du Bien éternel pourrait verser sur nous ses sept rayons au terme d’une vie normale. Ainsi la force, la puissance et la persistance nous accompagneraient lorsque nous entrerions à nouveau dans la sphère obscure que nous appelons notre monde.
Mes enfants, rejetez le joug qui a si longtemps écrasé vos épaules, redressez-vous et dites avec ceux qui vous aiment : je suis le « gardien de mon frère ». Les torts de mon frère sont mes torts, les fardeaux de ma sœur sont mes fardeaux. Quelle importance si vos mots ne trouvent pas d’écho dans les cœurs de ceux qui vous entourent ?
HILARION - Temple 1 - Leçon 8


