CRIMES CHRETIENS ET VERTUS PAIENNES – Partie 2

Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre II – CRIMES CHRETIENS ET VERTUS PAIENNES

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Au XVIème siècle, le curé de Bargota, du diocèse de Callahora, en Espagne, acquit une renommée universelle par ses pouvoirs magiques. On raconte que son exploit le plus surprenant était de se transporter dans un lointain pays, y prendre connaissance d’événements politiques et autres, et de revenir ensuite chez lui pour en prédire l’accomplissement dans son pays. Il avait un démon familier, qui le servit fidèlement pendant de longues années, raconte le Chronicle, mais le curé, pris d’ingratitude, le trompa. Son démon lui ayant révélé un complot contre la vie du Pape, en conséquence d’une intrigue galante de celui-ci avec une gentille dame, le curé se transporta à Rome (son double naturellement) et parvint ainsi à sauver la vie de Sa Sainteté. Peu après, il se repentit, confessa ses péchés au Pape galant, et reçu l’absolution. « À son retour il fut emprisonné pour la forme, par les inquisiteurs de Logrono, mais on l’acquitta et peu de temps après il fut remis en liberté (120). »

Fra Pietro, un moine dominicain du XIVème siècle – le magicien qui fit cadeau au célèbre Dr Eugenio Torralva, médecin attitré de l’amiral de Castille, d’un démon nommé Zéquiel – devint célèbre à la suite du procès de Torralva. La procédure et les circonstances de ce fameux procès sont relatées dans les manuscrits originaux préservés dans les Archives de l’Inquisition. Le cardinal de Volterra et celui de Santa-Cruz virent tous deux le démon Zéquiel et conversèrent avec lui ; il prouva avoir été, pendant toute la vie de Torralva, un esprit élémental, pur et bon, accomplissant toutes sortes d’actes charitables, et qui était resté fidèle au médecin jusqu’à la dernière heure de sa vie. L’Inquisition elle-même acquitta Torralva de ce chef ; et bien que Cervantes le rendît immortel par sa satire, ni Torralva ni le moine Pietro ne sont des héros fictifs, mais bien des personnages historiques, ce dont font foi les documents ecclésiastiques tant à Rome qu’à Cuença où le procès du médecin fut jugé en janvier 1530 (121).

Le livre du Dr W. G. Soldan, de Stuttgart, est devenu aussi célèbre en Allemagne que le livre de Bodin sur la Demonomania en France. Il représente le traité allemand le plus complet sur la sorcellerie du XVIème siècle. Quiconque s’intéresse à connaître le mécanisme secret sur lequel se basent ces milliers de meurtres légaux, commis par les prêtres qui avaient la prétention de croire au Diable, et réussirent à y faire croire les autres, peut en lire la divulgation dans l’ouvrage sus-mentionné (122). La véritable origine des accusations journalières et des condamnations à mort pour le délit de sorcellerie est fort habilement ramenée à des inimitiés personnelles et politiques, et surtout à la haine des catholiques contre les protestants. L’œuvre astucieuse des Jésuites se reconnaît à chaque page de ces sanglantes tragédies ; et ce fut à Bamberg et à Würzburg, où ces dignes fils de Loyola étaient à ce moment tout puissants, que les cas de sorcellerie furent les plus nombreux. Dans les pages suivantes, nous donnons une liste curieuse de quelques-unes de ces victimes, parmi lesquelles figurent de nombreux enfants entre sept et huit ans, et beaucoup de protestants. « Parmi la quantité de personnes qui périrent en Allemagne sur le bûcher, pendant la première moitié du XVIIème siècle sous l’accusation de sorcellerie, le seul crime de beaucoup d’entre eux, nous dit T. Wright, fut leur attachement à la religion de Luther, … et les petits princes ne dédaignèrent pas de saisir cette occasion pour remplir leurs coffres… les personnes les plus persécutées ayant été celles dont les propriétés étaient le plus considérables… Tant à Bamberg qu’à Wûrzburg, l’évêque était un prince souverain, maître de ses domaines. Le prince-évêque, Jean Georges II, qui régnait à Bamberg… après plusieurs essais infructueux pour déraciner la foi luthérienne… distingua son règne par une série de sanglants procès de sorcières, qui sont une honte pour l’histoire de cette ville… On peut se faire une idée des procédés de son digne agent (123), d’après le récit des historiens les plus autorisés… qu’entre 1625 et 1630, non moins de 900 procès furent jugés dans les deux tribunaux de Bamberg et de Zeil : une brochure, publiée par l’autorité de Bamberg en 1659, fixe à 600 le nombre des personnes que l’évêque Jean Georges fit brûler pour sorcellerie (124) ».

Nous regrettons que la place ne nous permette pas de donner ici la liste complète des sorcières qui périrent sur le bûcher ; nous publierons néanmoins quelques extraits de l’œuvre originale, parue dans la Bibliotheca Magica de Hauber (125c). Un coup d’œil jeté sur cet effrayant catalogue de meurtres commis au nom du Christ, nous suffit pour constater que de 162 personnes condamnées au bûcher dans cette cité hospitalière, plus de la moitié sont qualifiées d’étrangers (c’est-à-dire de protestants) ; dans l’autre moitié nous trouvons trente-quatre enfants, dont le plus âgé avait quatorze ans, et le plus jeune, un enfant en bas âge du Dr Schütz. Afin d’abréger le catalogue, nous ne donnerons que les plus saillantes des vingt-neuf exécutions par le feu (126).

DANS LA PREMIÈRE EXÉCUTION, QUATRE PERSONNES.
La femme de Liebler.
La veuve du vieil Ancker.
La femme de Gutbrodt.
La femme de Hoecker.

DANS LA SECONDE EXÉCUTION, QUATRE PERSONNES.
La femme âgée de Beutler.
Deux femmes étrangères (noms inconnus).

DANS LA TROISIÈME EXÉCUTION, CINQ PERSONNES.
Tungersleber, un ménétrier.
Les femmes de quatre citoyens.

DANS LA QUATRIÈME EXÉCUTION, CINQ PERSONNES.
Un homme étranger.

DANS LA CINQUIÈME EXÉCUTION, NEUF PERSONNES.
Lutz, un grand boutiquier.
La femme de Baunach, sénateur.

DANS LA SIXIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
La femme du gros tailleur.
Un homme étranger.
Une femme étrangère.

DANS LA SEPTIÈME EXÉCUTION, SEPT PERSONNES.
Une jeune fille étrangère, âgée de douze ans.
Un homme étranger, une femme étrangère.
Un bailli étranger (Schultheiss).
Trois femmes étrangères.

DANS LA HUITIÈME EXÉCUTION, SEPT PERSONNES.
Baunach, sénateur, le citoyen le plus gras de Würzburg.
Un homme étranger.
Deux femmes étrangères.

DANS LA NEUVIÈME EXÉCUTION, CINQ PERSONNES.
Un hommes étranger.
Une femme et sa fille.

DANS LA DIXIÈME EXÉCUTION, TROIS PERSONNES.
Steinacher, un homme très riche.
Un homme étranger, une femme étrangère.

DANS LA ONZIÈME EXÉCUTION, QUATRE PERSONNES.
Deux hommes et deux femmes.
DANS LA DOUZIÈME EXÉCUTION, DEUX PERSONNES.
Deux femmes étrangères.

DANS LA TREIZIÈME EXÉCUTION, QUATRE PERSONNES.
Une petite fille de neuf ou dix ans.
Une plus jeune, sa sœur.

DANS LA QUATORZIÈME EXÉCUTION, DEUX PERSONNES.
La mère des deux petites filles ci-dessus mentionnées.
Une jeune fille de vingt-quatre ans.

DANS LA QUINZIÈME EXÉCUTION, DEUX PERSONNES.
Un garçon de douze ans, de l’école primaire.
Une femme.

DANS LA SEIZIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
Un jeune garçon de dix ans.

DANS LA DIX-SEPTIÈME EXÉCUTION, QUATRE PERSONNES.
Un jeune garçon, de onze ans.
Une mère et sa fille.

DANS LA DIX-HUITIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
Deux garçons de douze ans.
La fille du Dr Junge.
Une jeune fille de quinze ans.
Une femme étrangère..

DANS LA DIX-NEUVIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
Un garçon de dix ans.
Un autre garçon de douze ans.

DANS LA VINGTIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
La fille de Goebel, la plus jolie fille de Würzburg.
Deux garçons âgés, chacun de douze ans.
La fillette de Stepper.

DANS LA VINGT ET UNIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
Un garçon de quatorze ans.
Le petit garçon du sénateur Stolzenberger.
Deux élèves.

DANS LA VINGT-DEUXIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
Stürman, un riche tonnelier.
Un garçon étranger.

DANS LA VINGT-TROISIÈME EXÉCUTION, NEUF PERSONNES.
Le fils de David Croten, âgé de neuf ans.
Les deux fils du cuisinier du prince, un de quatorze et l’autre de dix ans.

DANS LA VINGT-QUATRIÈME EXÉCUTION, SEPT PERSONNES.
Deux garçons de l’hôpital.
Un riche tonnelier.

DANS LA VINGT-CINQUIÈME EXÉCUTION, SIX PERSONNES.
Un enfant étranger.

DANS LA VINGT-SIXIÈME EXÉCUTION, SEPT PERSONNES.
Weydenbusch, sénateur.
La fillette de Valkenberger.
Le petit garçon du bailli du Conseil de Ville.

DANS LA VINGT-SEPTIÈME EXÉCUTION, SEPT PERSONNES.
Un garçon étranger.
Une femme étrangère.
Un autre garçon.

DANS LA VINGT-HUITIÈME EXÉCUTION, SEPT PERSONNES.
La petite fille en bas âge du Dr Schütz.
Une jeune fille aveugle.

DANS LA VINGT-NEUVIÈME EXÉCUTION, SEPT PERSONNES.
La grosse dame noble (Edelfrau).
Un docteur en théologie.

Récapitulation TOTAL
Hommes et femmes « étrangers » c’est-à-dire Protestants 28
Citoyens, toutes apparemment, des personnes AISÉES 100
Garçons, filles et petits enfants 34
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En dix-neuf mois 162 personnes

« Il y avait, dit Wright, parmi les sorcières de petites filles de sept à dix ans, dont vingt-sept furent condamnées et brûlées », à quelques autres Brænde ou exécutions par le feu. « Le nombre d’accusés amenés pour être jugés pendant ces horribles procès était si grand, et ils étaient traités avec si peu d’égards, qu’on ne prenait pas même leurs noms, et qu’ils étaient simplement classés n°1, n°2, n°3, et ainsi de suite (127). Les jésuites les confessaient en particulier. »

Quelle place devraient occuper les paroles de mansuétude suivantes dans une théologie qui exige de tels holocaustes comme ceux dont nous venons de parler, pour apaiser les appétits de ses prêtres ? « Laissez venir à moi les petits enfants et ne les en empêchez point, car le royaume des cieux est à eux. » « De même que c’est la volonté de votre Père… qu’il ne se perde pas un seul de ces petits. » « Mais si quelqu’un devrait être une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui suspendit au cou une grosse meule et qu’on le précipitât au plus profond de la mer (128). »

Nous faisons des vœux pour que les paroles ci-dessus n’aient pas été une vaine menace pour ces brûleurs de petits enfants.

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