Une Grande Âme fut retardée sur son chemin à travers les étendues sauvages de la vie transitoire lorsqu’elle vit une femme à genoux, les mains mollement croisées sur sa poitrine, les yeux levés vers les siens, les lèvres ouvertes dans un plaidoyer pour son pardon et la rémission de ses péchés. Tandis qu’elle écoutait ce plaidoyer et que ses yeux fouillaient les profondeurs de ceux qui imploraient les siens, elle vit le « démon de l’avidité » qui observait prudemment la scène qui se déroulait devant elle. Le mouvement de sa main partiellement levée dans un geste de bénédiction s’arrêta net et cette dernière retomba le long de son corps alors qu’elle écoutait les mots qui, sur les lèvres de la femme, suivirent le plaidoyer de pardon.
« Oh, toi ! divin Maître de sagesse, montre-moi par ton pouvoir divin, par un signe ou un symbole, comment je peux transformer l’or que je possède actuellement en beaucoup, beaucoup plus d’or, de sorte que je devienne vraiment riche. Alors, je donnerai sans ménager à la cause pour laquelle travaillent tes serviteurs plus pauvres. De fait, je vais même promettre de te bâtir une église ; j’entretiendrai tes serviteurs pour que le besoin des choses matérielles ne les embête plus dans leur service. J’ai des choses à faire avec la richesse que je possède actuellement, et si je fais ces choses pour toi, je dois en avoir beaucoup plus. »
Lentement, tristement, l’Homme de compassion baissa les yeux et fit demi-tour, désolé, en se disant : « Combien de temps Seigneur, combien de temps encore dois-je continuer de plaider pour et avec ceux-là – tes enfants et les miens – avant qu’ils tournent leurs yeux vers l’intérieur, vers le véritable champ de vision, pour y découvrir et tuer le démon de l’avidité » qui transparaît dans leurs yeux volontairement aveuglés, le démon qui provoque cette terrible démangeaison dans leurs paumes ? »
Il avait écouté ce même plaidoyer non pas seulement une fois, mais plusieurs fois, et ce discours était toujours suivi de la même promesse conditionnelle – la promesse utilisée comme appât pour tirer du coffre-fort des Dieux quelque chose qui n’avait pas été correctement mérité par le plaideur. Poussés par ce même « démon de l’avidité », l’un après l’autre, les enfants des hommes sont attirés vers le même tourbillon du mal, pour s’agenouiller juste au bord de ce dernier et invoquer leur Dieu d’enfreindre sa propre loi – la loi contre la convoitise – afin d’obtenir ce qu’ils n’ont pas mérité, ce contre quoi ils ne peuvent offrir d’équivalent juste, tout cela pour qu’ils puissent satisfaire un désir personnel ou posséder une chose qu’ils convoitent. Ceci, ils le font dans un effort puéril de tromper Dieu et leur propre âme quant à leurs intentions véritables, alors qu’un dixième de ce qu’ils possèdent déjà ou peuvent gagner par un travail honnête, s’il était placé sur l’autel du service dans un esprit de sacrifice de soi, pourrait amener la bénédiction divine tant sur le don que sur le donneur.
Si quoi que ce soit peut prouver à l’homme la nature du pouvoir qui le pousse à chercher par des méthodes occultes la richesse et l’or qu’il ne peut acquérir par son effort honnête, c’est bien le résultat de l’action du « démon de l’avidité », résultat qui devient manifeste sous forme d’agitation, de méfiance, de peur et de manque de charité.
Pas un seul des nombreux dons qu’un homme véritable tient pour précieux ne peut lui être accordé comme une récompense pour avoir cédé au pouvoir du « démon de l’avidité », quand cette influence s’empare de lui. La victime de l’avidité peut-elle acheter l’amour, le courage, la compassion ou l’endurance avec l’or qu’elle a acquis par des méthodes suggérées par la convoitise et l’avarice, aussi prête soit-elle à se départir d’une partie de cette richesse pour favoriser l’avancement d’une bonne œuvre ? Et si elle a été acquise ainsi, cette richesse lui donne-t-elle autre chose que l’envie, la haine et la méfiance envers les autres hommes de son espèce, et finalement l’anxiété, une mauvaise santé et le désespoir ? La capacité de jouir des plaisirs qu’il peut avoir connus avec ses compagnons au cours des premiers stades de sa quête le quitte bientôt. Il se révolte contre ce qu’il croit être la petitesse servile de ses compagnons du passé ; il perd l’amitié de ceux qui autrefois étaient ses vrais amis et qu’il s’est mis à soupçonner ; et il dérive vers un enfer qu’il a lui-même construit. Y a-t-il quoi que ce soit sur Terre qui vaille la peine de payer ce prix ?
HILARION - Temple 3 - Leçon 378


