Blavatsky – Isis Dévoilée – Volume 2 – Chapitre I – L'EGLISE OU EST-ELLE ?
Poursuivant dans leur ordre l’étude des dogmes chrétiens, si nous concentrons notre attention sur celui qui provoqua les luttes les plus acharnées, jusqu’au moment de son acceptation, nous voulons parler du dogme de la Trinité, que voyons-nous ? Nous le rencontrons, ainsi que nous l’avons déjà dit au Nord-Est de l’Indus ; suivant sa trace en Asie Mineure et en Europe, nous le reconnaissons chez tous les peuples qui possédaient un semblant de religion établie. Il était enseigné dans les plus anciennes écoles Chaldéennes, égyptiennes et mithraïtiques. Le dieu solaire chaldéen, Mithra, était « triple » et la notion trinitaire des chaldéens était une doctrine des Akkadiens, qui, de leur côté appartenaient à une race qui fut la première à concevoir une trinité métaphysique. Suivant Rawlinson, les Chaldéens étaient une tribu des Akkadiens, qui, depuis des temps immémorables, vivaient à Babylone. Suivant d’autres, ils étaient des Touraniens et transmirent aux Babyloniens les premières notions de religion. Mais alors, qui étaient ces Akkadiens ? Les savants qui leur donnent une origine touranienne, leur attribuent l’invention des caractères cunéiformes ; d’autres leur donnent le nom de Sumériens ; d’autres, encore, veulent que leur langage, dont aucune trace n’est restée, et cela pour d’excellentes raisons, ait été le Kasdéen, le Chaldaique, le Proto-Chaldéen, le Kasdo-Scythique et ainsi de suite. La seule tradition à laquelle on puisse ajouter foi, est celle que ces Akkadiens instruisirent les Babyloniens dans les Mystères, en leur enseignant le langage sacerdotal ou langage des Mystères. Ces Akkadiens n’étaient, alors, qu’une tribu de Brahmanes hindous appelés aujourd’hui Aryens, dont le langage vernaculaire était le sanscrit (80c) des Védas ; et le langage sacré ou des Mystères, est celui dont, de nos jours, se servent les fakirs hindous et les brahmanes initiés dans leurs évocations magiques (81c). Ce langage a été employé depuis un temps immémorial, et l’est encore par les initiés de tous les pays, et les Lamas Tibétains prétendent que c’est dans cette langue qu’apparaissent les caractères mystérieux, sur les feuilles et l’écorce du Koumboum sacré.
Jacolliot qui fit tant d’efforts pour pénétrer les mystères de l’initiation Brahmanique, en traduisant et en commentant l’Agrouchada-Parikshai, fait la confession suivante :
« On prétend aussi, sans que nous ayons pu vérifier la chose, que les évocations magiques étaient prononcées dans un langage particulier, et qu’il était défendu, sous peine de mort, de les traduire en langage vulgaire. Les rares expressions que nous avons pu saisir, comme – L’rhom, h’hom, sh’hrum, sho’rhim, sont, en effet fort curieuses, et ne paraissent appartenir à aucun langage connu (82) ».
Ceux qui ont vu un fakir, ou un lama récitant ses mantras et ses conjurations savent que lorsqu’il prépare un phénomène, il ne prononce jamais les mots d’une façon audible. Ses lèvres remuent, et personne ne peut entendre prononcer la terrible formule, sinon dans l’intérieur des temples et seulement à voix basse. Voilà quel était ce langage baptisé aujourd’hui par les savants suivant leurs penchants imaginatifs et philologiques, du nom de Kasdéo-Sémite, Scythique, Proto-Chaldéen et ainsi de suite.
Il est rare que deux philologues sanscristes même des plus érudits soient d’accord sur l’interprétation des mots védiques. Qu’un auteur publie un essai, une conférence, un traité, une traduction, un dictionnaire, et tous les autres commencent à se quereller entre eux et avec lui, en lui reprochant ses péchés d’omission et de commission. Le Professeur Whitney, le plus célèbre orientaliste américain, dit que les notes du Professeur Muller sur le Rig Véda Sâmhitâ « sont loin de faire preuve d’un jugement sain et profond, de cette modération et cette économie qui devraient être les qualités les plus précieuses d’un exégète (83) ». Le Professeur Muller répond avec aigreur à son critique que « non seulement la satisfaction, qui est la récompense inhérente de toute œuvre loyale, est empoisonnée, mais l’égoïsme, la méchanceté, voire même l’inexactitude prennent le dessus, et arrêtent ainsi la saine croissance de la science ». Il n’est pas d’accord, « dans beaucoup de cas, avec les explications de mots Védiques, mises en avant par le professeur R. Roth » dans son Dictionnaire Sanscrit, et le professeur Whitney leur lave la tête à tous les deux, en disant qu’il y a sans contredit des mots et des expressions entières, « pour lesquels tous les deux auront à accepter une correction, par la suite ».
Dans le premier volume de ses Chips, le professeur Muller stigmatise tous les Védas, à l’exception du Rig, l’Atharva Véda inclus, en les qualifiant de « bavardage théologique », tandis que le professeur Whitney considère ce dernier comme de la plus précieuse et la plus compréhensive des quatre collections après le Rig (84) ». Mais revenons au cas de Jacolliot. Le professeur Whitney le taxe « d’ignorant et de menteur », mais comme nous l’avons déjà fait remarquer plus haut, cette appréciation est assez générale. Toutefois, lorsque parut La Bible dans l’Inde, la Société Académique de Saint-Quentin pria Textor de Ravisi, indianiste érudit, gouverneur pendant dix années de Karikal, dans l’Inde, de faire un rapport sur sa valeur. C’était un fervent catholique, et violemment opposé aux conclusions de Jacolliot quand celles-ci portaient atteinte aux révélations mosaïques et catholiques ; mais il fut obligé d’avouer : « écrit en toute bonne foi, dans un style facile, vigoureux et passionné, d’une argumentation aisée et variée, l’ouvrage de M. Jacolliot était d’un intérêt absorbant… un ouvrage savant traitant de faits connus, avec des arguments familiers (85) ».
Bref, que Jacolliot bénéficie du doute, quand des autorités aussi imposantes font de leur mieux pour se faire passer les uns les autres pour des incompétents et des littérateurs besogneux. Nous sommes parfaitement d’accord avec le professeur Whitney que le dicton [pour les critiques Européens ?] il est plus facile de démolir que d’édifier n’a jamais été plus vrai que dans tout ce qui touche à l’archéologie et à l’histoire de l’Inde (86) ».
Babylone était située sur la route du grand courant de la première émigration hindoue, et les Babyloniens furent un des premiers peuples à en bénéficier (87c). Ces Khaldi étaient des adorateurs du Dieu Lunaire, Deus Lunus, d’où nous pouvons conclure que les Akkadiens – si tel était leur nom – appartenaient à la race des Rois de la Lune, que la tradition nous montre comme ayant régné à Prayâga, aujourd’hui Allâhâbâd. Pour eux la trinité de Deus Lunus se manifeste dans les trois phases de la lune, complétant le quaternaire avec la quatrième, et représentant la mort du Dieu Lunaire par son décours et sa disparition finale. Cette mort, pour eux, était allégorique, et ils l’attribuaient au triomphe du génie du mal sur la divinité qui donnait la lumière ; c’est ainsi que les nations subséquentes allégorisaient la mort de leurs Dieux-Solaires, Osiris et Apollon, aux mains de Typhon et du grand Dragon Python, lorsque le soleil entrait dans le solstice d’Hiver. Babel, Arach et Akkad, sont des noms du Soleil. Les Oracles Chaldéens sont prolixes et explicites au sujet de la Triade Divine (88). « Une triade de Divinités reluit sur le monde tout entier, dont une Monade est le chef », admet le Révérend Dr Maurice.
« Car toutes choses sont gouvernées depuis le sein de cette Triade » dit un oracle chaldéen. Les Phos, Pur et Phlox de Sanchoniathon, sont la Lumière, le Feu et la Flamme, trois manifestations du Soleil qui est un. Bel-Saturne, Jupiter-Bel et Bel ou Baal-Chom constituaient la trinité chaldéenne (89) ; « Le Bel babylonien était considéré sous le triple aspect de Belitan, Zeus-Belus (le médiateur) et Baal-Chom, qui est lui-même l’Apollon Chomoeus. Celui-ci était le Triple aspect du « Très Haut (90) » qui, suivant Berose, est : soit El [Hébreu] Bel, Belitan, Mithra, soit Zervana et porte le nom de πχτήρ, « Le Père (91) ». Les Brahmâ, Vichnou et Shiva (92), qui correspondent à la Puissance, la Sagesse et la Justice, qui de leur côté, répondent à l’Esprit, la Matière, le Temps, ainsi qu’au Passé, Présent et Futur, se trouvent dans le temple de Gharapouri ; des milliers de Brahmanes dogmatiques adorent ces attributs de la Divinité Védique, tandis que les austères moines et nonnes du Tibet bouddhique ne reconnaissent que la trinité sacrée des trois vertus cardinales : Pauvreté, chasteté et obéissance, professées par les chrétiens, mais pratiquées par les Bouddhistes et quelques rares hindous. »
La Divinité triple des Perses est aussi composée de trois personnes : Ormazd, Mithra et Ahriman. « C’est ce principe », dit Porphyre (93c), dont l’auteur du Chaldaic Summary parle en disant : Ils croient qu’il existe un principe unique de toutes choses et ils déclarent qu’il est un et bon. L’idole chinoise Sampao est constituée de trois personnes égales sous tous les rapports (94) ; et les Péruviens « considéraient que leurs Tanga-Tanga était un en trois et trois en un », nous dit Faber (95c). Les Egyptiens avaient leur Emepht, Eikton et Ptah ! et le triple dieu assis sur le Lotus est visible au musée de Saint-Pétersbourg, sur une médaille provenant des Tartares du Nord.
De tous les dogmes de l’Eglise, ce dernier est celui qui a eu le plus à souffrir dernièrement, à la suite des attaques des Orientalistes. La réputation de chacun des trois personnages de la divinité anthropomorphe, prise au point de vue de la révélation aux Chrétiens, par la volonté Divine, a été sérieusement compromise à la suite de l’enquête faite sur son origine et ses antécédents. Les Orientalistes ont publié plus de choses au sujet de la ressemblance entre le Brahmanisme, le Bouddhisme et le Christianisme qu’il n’a été agréable au Vatican. L’affirmation de Draper, que « le Paganisme a été modifié par le Christianisme, et le Christianisme par le Paganisme (96) »… se vérifie chaque jour. « L’Olympe a été restauré, mais les divinités ont pris d’autres noms », nous dit Draper en parlant de la période de Constantin. « Les provinces les plus puissantes insistèrent pour qu’on adoptât leurs conceptions consacrées par le temps. On établit des notions de la trinité d’accord avec les anciennes traditions égyptiennes. On restaura non seulement l’adoration d’Isis sous un autre nom, mais on rétablit son image elle-même, debout sur le croissant. L’effigie bien connue de cette déesse, tenant son enfant Horus dans les bras, s’est perpétuée jusqu’à nos jours, dans les ravissantes créations artistiques de la Madone et son enfant.
On attribue cependant une origine plus ancienne à la Vierge « Mère de Dieu » Reine du Ciel, que celle des Egyptiens et des Chaldéens. Bien qu’Isis fut aussi, de droit, Reine du Ciel, et qu’on la représente généralement tenant en sa main une Croix Ansée, composée de la croix mondiale et du Stauros des Gnostiques, elle est beaucoup moins ancienne que la vierge céleste Neith. Champollion le jeune découvrit dans un des tombeaux des Pharaons, Rhamsès, dans la vallée de Biban-el-Molouk, à Thèbes, une peinture, qui, à son avis, est la plus ancienne qui ait jamais été découverte. Elle représente le ciel, symbolisé par une forme de femme parée d’étoiles. La naissance du Soleil est représentée par un petit enfant, sortant du sein de sa « Divine Mère (97) ».
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