CHAPITRE 1 – LA RECHERCHE DU PLAISIR – Section 7

Quel est le remède à cette misère et à ces efforts gâchés ? En existe-t-il un ? Sans aucun doute, la vie elle-même possède une logique, et une loi qui rend l’existence possible ; autrement le chaos et la folie seraient les seuls états pouvant être atteints.

Quand un homme absorbe sa première coupe de plaisir, son âme est remplie de cette joie inexprimable qui accompagne une sensation première et neuve. La goutte de poison qu’il met dans sa seconde coupe – et qui, s’il persiste dans sa folie, devra être doublée et triplée, jusqu’à ce qu’à la fin la coupe entière ne soit plus que poison – est le désir ignorant de répéter et d’intensifier le plaisir ; et cela signifie évidemment la mort, selon toute analogie. L’enfant devient homme ; il ne peut conserver son état d’enfance et répéter, intensifier les plaisirs de l’enfance, sinon en payant le prix inévitable et devenant idiot. La plante plonge ses racines dans le sol et développe son feuillage en hauteur ; puis elle fleurit et donne des fruits. La plante qui ne produit que des racines ou des feuilles, persistant indéfiniment dans son développement, est considérée par le jardinier comme une chose qui est inutile et doit être rejetée.

L’homme qui choisit la voie de l’effort et se refuse à accepter que le sommeil de l’indolence engourdisse son âme trouve à ses plaisirs une joie nouvelle et plus raffinée chaque fois qu’il les goute – un je ne sais quoi de subtil et d’insaisissable qui les éloigne de plus en plus de l’état où la simple sensualité est tout ; cette essence subtile est l’élixir de vie qui rend l’homme immortel. Celui qui le goute et qui refuse de boire, à moins que cet élixir ne se trouve dans la coupe, voit la vie grandir et le monde s’accroitre devant ses yeux ardents. Il reconnait l’âme dans la femme qu’il aime et la passion devient la paix ; il voit dans sa propre pensée les qualités subtiles de la vérité spirituelle qui se tient au-delà de l’activité de notre mécanique mentale ; alors, au lieu d’entrer dans la ronde sans fin des intellectualismes, il se repose sur les larges ailes de l’aigle de l’intuition, et prend son essor dans l’air éthéré où les grands poètes ont trouvé leur inspiration ; il découvre, dans son propre pouvoir de sensation, de plaisir dans l’air frais et le soleil, dans la nourriture et le vin, dans le mouvement et le repos, les possibilités de l’homme subtil, cette chose qui ne meurt pas quand meurt le corps, ou le cerveau. Dans les plaisirs de l’art, de la musique, de la lumière, de la beauté – à l’intérieur des formes que les hommes répètent jusqu’à ce qu’ils ne retrouvent plus que les formes – il découvre, lui, la gloire des Portes d’Or – et il les traverse pour trouver au-delà la vie nouvelle qui enivre et fortifie, comme l’air vif des montagnes grise et fortifie par sa vigueur même. Mais s’il a versé, goutte à goutte dans sa coupe, de plus en plus d’élixir de vie, il est assez fort pour respirer cet air intense et pour en vivre. Alors, qu’il meure ou qu’il vive dans la forme physique, il poursuit également sa route et découvre des joies nouvelles et plus raffinées, des expériences plus parfaites et satisfaisantes, à chaque souffle qu’il inspire et expire.

Par les Portes d’Or – Prologue
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 1 – LA RECHERCHE DU PLAISIR – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 2 – LE MYSTÈRE DU SEUIL – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 3 – L’EFFORT INITIAL – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 4 – LA SIGNIFICATION DE LA DOULEUR – Section 1
Par les Portes d’Or – CHAPITRE 5 – LE SECRET DE LA FORCE – Section 1
Par les Portes d’Or – ÉPILOGUE
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