UN SEUL SOLEIL
« Tout comme un seul soleil illumine le monde entier, de même l’Esprit Un illumine tous les humains.1 »
C’est un instinct naturel chez l’homme que d’adorer ou de s’incliner devant ce qu’il ne peut comprendre. Le créateur est toujours au-delà de la créature : l’esprit et la force au-delà de la forme et de l’instrument.
Dans le vent, la pluie, la tempête, la pestilence et tous les phénomènes de la nature qu’il ne peut comprendre, le sauvage voit l’œuvre des dieux ou des diables qu’il faut amadouer en les adorant et en leur offrant des sacrifices.
Les Grecs et d’autres races anciennes dotées d’imagination poétique et de l’intuition de l’âme personnifiaient chaque force dans la nature. Pour eux, lorsque le ciel était noir de nuages, rempli d’éclairs, et que le tonnerre grondait tandis que des torrents de pluie s’abattaient sur la terre, le dieu du ciel était en colère. Si la mer tranquille s’agitait et que les vagues écumantes s’élevaient aussi haut que des montagnes, le dieu de la mer était dans une rage furieuse. Lorsque le ciel brillait de toutes les couleurs du jour à venir, Aurora – déesse de l’aube – de ses doigts rosés écartait les voiles sombres de la nuit pour permettre à son frère le dieu Soleil d’entreprendre son brillant périple. Dans chaque arbre qui poussait, dans chaque ruisseau qui coulait, dans les rayons brillants du soleil et les rayons clairs de la lune, résidait et régnait une divinité – et l’univers entier vivait et respirait, peuplé de myriades de formes de grâce et de beauté.
La main froide et sans âme de la science moderne réduit les dieux et les déesses, les géants et les Titans des races anciennes au simple niveau de la fantaisie poétique. Les temples des dieux sont renversés. La personnification poétique de la lumière, de la chaleur, de l’électricité et du feu – de toutes les forces de service, d’amour et de beauté – sont enterrées dans la tombe du passé.
Le monde moderne s’incline devant la convoitise du veau d’or et ses attributs qui viennent avec : situation et pouvoir. La religion – la science de la vie – est une science perdue. La connaissance de Dieu est maintenant une simple croyance en Dieu.
L’humanité n’a pas encore évolué jusqu’au point où elle pourra concevoir une vérité universelle, sauf par une similitude de forme – c’est-à-dire de matière. Alors il a été nécessaire de formuler un Dieu personnel avec tous les attributs de l’infinité – l’impersonnalité. En d’autres mots, l’un des dieux ou l’une des forces des anciens a été investi des pouvoirs de tous les autres – et ceci reflète un concept véridique du Dieu « Un » de la chrétienté orthodoxe. Les modernes voient et adorent « la Flamme sans ses rayons » ; les anciens voyaient « les Rayons possiblement plus clairement que la Flamme centrale qui leur donnait naissance ». Les deux points de vue sont corrects.
Huxley2 a écrit qu’il était raisonnable de penser que sur l’échelle de la vie, il existe des êtres dépassant aussi largement l’homme que celui-ci dépasse le statut évolutif de la blatte orientale. Toutes les grandes religions et philosophies du monde ont enseigné cette vérité, et la sagesse ancienne la confirme pleinement. Jésus a dit, en fait : « Même ces pierres deviendront des dieux. » C’est littéralement vrai, car de la pierre à l’archange, la vie s’élève, degré par degré – et tout cela l’âme en évolution doit le contacter avant d’atteindre la perfection de la conscience divine ou de devenir « une » avec le « Père qui est aux Cieux ».
À chaque ère, il y a eu des gens qui, par le labeur de leur âme et leur travail désintéressé pour les autres, sur le chemin de la douleur et du sacrifice – d’acide et de sang –, ont sondé les profondeurs de l’enfer, se sont élevés aux sommets de l’Amour universel, et ont atteint une conscience de l’existence de Grandes Âmes – des Maîtres –, Sentinelles cosmiques placées aux frontières de la vie qui, à travers les âges, ont surveillé et guidé les destinées de l’homme et des mondes.
La gloire, la majesté et le pouvoir ineffables de l’une de ces Âmes-Maîtres transcendent le pouvoir de les décrire par la parole. Pour l’homme ordinaire, un Maître pourrait sembler être Dieu lui-même, et être digne de la plus ardente adoration de l’âme. Toutefois, ils écartent toute adoration d’eux-mêmes et cherchent à mener le néophyte à la réalisation et à l’union avec le Grand Maître du Tout – le Christos, le Fils ou la manifestation du VERBE de Vie – dont la nature, par le roulement des mondes et le chant universel des choses en croissance, a épelé l’existence depuis le début des temps.
L’univers est imprégné de Dieu dans sa forme invisible. C’est la connaissance royale et le mystère royal – le mystère de la Forme divine incluse dans toutes les formes –, le mystère de Dieu en tant que personnalité et impersonnalité, être et non-être, musique – harmonie – et instrument.
On ne peut pas faire la preuve de l’infini par le fini – par la raison –, pas plus qu’on ne peut expliquer à l’ombre ce qu’est la lumière du soleil. Pour l’âme éveillée, Dieu est un être vivant – et il n’est pas moins glorieux parce qu’il se voile pour les sens extérieurs dans la Forme universelle – dans les robes de la matière. Est-ce que la flamme de son Feu d’Amour ne traverse pas le voile sous la forme de soleils pour éclairer et nourrir les mondes ? Ses mélodies de lumière ne circulent-elles pas à travers les étoiles ? Ne traduisent-elles pas pour les yeux l’hymne de la vie et de l’amour ? Ne chantent-elles pas pour l’âme le poème christique du sacrifice et de la gloire infinie ? Dieu travaille – et la nature avec des symphonies de sons que jamais oreilles n’ont entendues donne une forme à la vie. Il ressent – et le mouvement rythmique remplit les sphères, et les nuances de douceur riches du mystère de la compassion et du sacrifice de soi agitent le cœur des hommes. Seuls ceux dont l’âme n’est pas encore née peuvent dire que Dieu n’est pas.
Son, couleur, forme, lumière et nombre ; aspiration, miséricorde, foi, charité et amour – tous sont des chemins vers « Celui que nous adorons tous ». Au moyen de ces forces et de ces qualités, les Maîtres sont capables de montrer où est le Sentier de Lumière à travers l’âme ; de rendre plus compréhensibles la connaissance royale et le mystère royal. En tant que Frères Aînés, nous leur devons amour, fidélité, révérence et gratitude. Mais à « l’Esprit Un » qui soutient « ce monde et tous les autres mondes », nous devons l’adoration pleine et entière du cœur.
1 – N.D.É. La Bhagavad Gîtâ.
2 – N.D.É. Aldous Leonard Huxley (1894-1963) est un écrivain britannique ayant émigré aux États-Unis. Il vient d’une famille qui a vu naître de nombreux scientifiques de renom. Même s’il est plus connu comme romancier et essayiste, il a aussi écrit quelques nouvelles, de la poésie, des récits de voyage et des scénarios de film. Dans ses romans et ses essais, Huxley se pose en observateur critique des usages, des normes sociales et des idéaux, et se préoccupe des applications potentiellement nuisibles à l’humanité du progrès scientifique. Alors que ses premières œuvres étaient dominées par la défense d’un certain humanisme, il s’intéresse de plus en plus aux questions spirituelles, et particulièrement à la parapsychologie et à la philosophie mystique, un sujet sur lequel il a beaucoup écrit. Dans certains milieux, Huxley était considéré à la fin de sa vie comme l’un des phares de la pensée contemporaine.
HILARION - Temple 3 - Leçon 544