THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES – partie 6
Y aurait-il impertinence à insinuer que peut-être nos savants modernes ont tourné dans ce qu’on appelle un cercle vicieux ? Alourdis par le fardeau de leur matérialisme, par l’incapacité des sciences qu’ils disent « exactes » à leur prouver l’existence d’un univers spirituel plus peuplé, plus habité encore que notre univers visible, ils sont condamnés à se traîner perpétuellement dans ce cercle, dépourvus de la volonté de franchir sa circonférence enchantée plutôt qu’incapables de pénétrer au-delà pour une exploration complète. Seuls, les préjugés leur défendent un compromis avec des faits bien établis et de chercher à s’allier à des magnétiseurs experts comme Du Potet et Regazzoni.
« Que produit la mort ? » demandait Socrate à Cebes. « La vie », fut la réponse (217) … . L’âme, puisqu’elle est immortelle, peut-elle ne pas être impérissable (218) ? « La semence ne peut se développer que si elle est en partie consommée », dit le professeur Lecomte ; « pour être vivifiée, il faut qu’elle meure », dit saint Paul.
Une fleur éclot, se fane et meurt. Elle laisse, derrière elle, un parfum qui embaume l’air, longtemps après que ses pétales délicats ne sont plus qu’un peu de poussière. Nos sens matériels peuvent ne pas le percevoir depuis longtemps et, néanmoins, il subsiste. Qu’une note vibre sur un instrument et le son le plus faible produit un écho éternel. Une perturbation se produit dans les vagues invisibles de l’océan sans bornes de l’espace, et les vibrations ne s’éteignent plus ; elles passent du monde de la matière dans le monde immatériel où elles vivront éternellement. Et l’on veut nous faire croire que l’homme, l’entité vivante, pensante, raisonnable, la divinité incarnée, chef-d’œuvre de notre nature, ne serait plus dès qu’il a dépouillé son enveloppe ! Le principe de continuité qui existe même dans ce qu’on nomme la matière inorganique, dans un atome flottant, serait refusée à l’esprit dont les attributs sont la conscience, la mémoire, le mental et l’AMOUR ? C’est vraiment absurde. Plus nous pensons, plus nous apprenons, moins nous comprenons l’athéisme du savant. Nous comprendrions aisément qu’un homme ignorant des lois de la nature, ne connaissant rien de la chimie ni de la physique, pût être fatalement entraîné au matérialisme par son ignorance même, son incapacité de comprendre la philosophie des sciences exactes, de tirer une induction quelconque, par analogie, du visible à l’invisible. Un métaphysicien né, un rêveur ignorant, peut se réveiller soudain et se dire : « Je l’ai rêvé ; je n’ai point de preuve palpable de ce que j’ai imaginé : c’est une illusion », etc… Mais, pour un homme de science, au courant de tout ce qui caractérise l’énergie universelle, soutenir que la vie est purement un phénomène de matière, une espèce d’énergie, c’est tout simplement confesser qu’il est incapable d’analyser et de comprendre convenablement l’alpha et l’oméga, même de cette matière.
Le scepticisme sincère au sujet de l’immortalité de l’âme humaine est une maladie, une malformation du cerveau physique ; cela a existé de tout temps. De même que certains enfants naissent coiffés, de même certains hommes, jusqu’à leur dernière heure, sont incapables de rejeter cette espèce de coiffe qui, évidemment, enveloppe chez eux les organes de la spiritualité. Mais c’est un tout autre sentiment qui leur fait repousser la possibilité des phénomènes spirituels et magiques. Le véritable nom de ce sentiment, c’est la vanité. « Nous ne pouvons ni le produire ni l’expliquer, donc ce phénomène n’existe pas et n’a jamais existé« . Tel est l’argument irréfutable de nos philosophes actuels. Il y a une trentaine d’années, E. Salverte surprit le monde des gens « crédules » par son ouvrage, La Philosophie de la Magie. Ce livre prétendait dévoiler tous les miracles de la Bible aussi bien que ceux des sanctuaires Païens. On peut le résumer ainsi : Longs siècles d’observation ; grande connaissance (pour des temps d’ignorance), des sciences naturelles et de la philosophie ; imposture ; tours de passe-passe ; illusions d’optique ; fantasmagorie ; exagération. Comme conclusion logique : thaumaturges, prophètes, magiciens des coquins, des chenapans ; le reste du monde, des imbéciles.
Parmi bien d’autres preuves concluantes, on verra que l’auteur offre celle-ci : « Les disciples enthousiastes de Jamblique affirmaient que, lorsqu’il priait, il s’élevait à dix coudées au-dessus du sol et, dupes de la même métaphore, bien que Chrétiens, certains ont eu la simplicité d’attribuer des miracles analogues à sainte Claire et à saint Francois d Assise (219) ».
Des centaines de voyageurs racontent avoir vu des fakirs produire les mêmes phénomènes et on les a tous tenus pour des menteurs ou des hallucinés. Mais c’est hier seulement qu’un savant bien connu a vu et constaté le même phénomène dans des conditions permettant le contrôle ; déclaré authentique par M. Crookes, il est impossible de l’attribuer à une illusion ou à un truc. Il s’est souvent ainsi produit auparavant et a été attesté par de nombreux témoins, quoiqu’invariablement, maintenant, on ne croit pas ces derniers.
Paix à tes cendres scientifiques, ô crédule Eusèbe Salverte ! Qui sait ? Avant la fin du présent siècle, la sagesse populaire aura peut-être fabriqué un nouveau proverbe : « Aussi incroyablement crédule qu’un savant ! »
Pourquoi semblerait-il tellement impossible que l’être spirituel, une fois séparé de son corps, puisse avoir la faculté d’animer quelque forme fugitive créée par cette force magique « ecténique », « psychique », ou « éthérée », avec le concours des esprits élémentaux mettant à sa disposition la matière sublimée de leur propre corps ? Toute la difficulté consiste à comprendre que l’espace qui nous environne n’est pas le vide mais bien un réservoir, rempli jusqu’aux bords, des modèles de tout ce qui a été, est et sera, et d’êtres appartenant à des races sans nombre qui diffèrent de la nôtre. Des faits en apparence surnaturels (en ce sens qu’ils jurent d’une façon flagrante avec les lois naturelles de la gravitation, comme dans le cas de lévitation mentionné plus haut) sont reconnus par beaucoup de savants. Quiconque n’a pas craint d’examiner sérieusement la question a été obligé d’admettre leur existence. Mais, dans leurs efforts inutiles pour expliquer ces phénomènes par des théories fondées sur les lois de forces déjà connues, plusieurs, parmi les représentants les plus qualifiés de la science, se sont engagés dans d’inextricables difficultés.
Dans son Résumé, de Mirville reproduit l’argumentation de ces adversaires du Spiritisme ; elle consiste en cinq paradoxes qu’il appelle des distractions.
Première distraction. – Celle de Faraday qui explique les phénomènes de la table qui vous pousse comme « conséquence de la résistance qui la pousse en arrière. »
Seconde distraction. – Celle de Babinet expliquant toutes les communications (par les coups frappés). Elles sont produites « de bonne foi, dit-il, et très consciencieusement par la ventriloquie« , dont l’emploi implique nécessairement la mauvaise foi.
Troisième distraction. – Celle du Dr Chevreuil expliquant la faculté du mouvement imprimé aux meubles, sans contact, par l’acquisition préalable de cette faculté.
Quatrième distraction. – Celle de l’Institut de France et de ses membres. Ils consentent à admettre les miracles à condition qu’ils ne soient en contradiction avec aucune des lois naturelles qui leur sont connues.
Cinquième distraction. – Celle de M. de Gasparin. Il offre comme un phénomène très simple et tout à fait élémentaire ce que tout le monde rejette, précisément parce que personne n’a jamais rien vu qui lui ressemble (220).
Tandis que des savants bien connus donnent libre cours à ces théories fantastiques, quelques neurologues moins connus trouvent une explication des phénomènes occultes de tout genre dans l’émission anormale d’effluves résultant de l’épilepsie (221). Un autre traiterait volontiers les médiums (et les poètes, aussi, probablement) par Passa foetida et l’ammoniaque (222) : Il veut que tous ceux qui croient aux manifestations spirites soient des fous et des hallucinés mystiques.
Nous recommandons à ce conférencier, pathologue par état, le petit conseil sensé du Nouveau Testament : « Médecin, guéris-toi, toi-même ». Certes, il est impossible qu’un homme sain d’esprit ose aussi cavalièrement taxer de folie quatre cent quarante-six millions d’hommes disséminés dans diverses parties du globe, croyant tous à des rapports entre des esprits et nous !
En présence de tels faits, nous sommes bien forcés d’être étonnés par l’outrecuidante présomption de ces hommes qui voudraient, en raison de leurs connaissances, être considérés comme les grands prêtres de la science et classer des phénomènes dont ils ne savent rien. Des millions de leurs concitoyens, hommes ou femmes, fussent-ils dans l’erreur, devraient, évidemment, avoir droit à autant d’attention, au moins, que des doryphores ou des sauterelles ! Mais que voyons-nous ? Le Congrès des Etats-Unis, à la requête de la Société Américaine pour l’Avancement des Sciences, rédige des statuts pour l’organisation de Commissions Nationales des Insectes. Des chimistes passent leur temps à faire bouillir des grenouilles et des punaises, des géologues occupent leurs loisirs à des mesures ostéologiques des ganoïdes cuirassés et à discuter le système odontologique des diverses espèces de dinichtys ; les entomologistes poussent l’enthousiasme jusqu’à manger des sauterelles bouillies, frites et en potage (223). En attendant, des millions d’Américains s’égarent dans un labyrinthe « de grossières illusions », selon l’opinion de quelques-uns de ces très savants encyclopédistes, ou bien meurent physiquement de « désordres nerveux », apportés ou révélés par la diathèse médiumnique.
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