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THÉORIES CONCERNANT LES PHÉNOMÈNES PSYCHIQUES – partie 1

« Je choisis le plus noble trait du caractère d’Emerson en citant cette exclamation qui lui échappa, quoiqu’il eût subi divers mécomptes : « Je convoite la Vérité. La satisfaction du véritable héroïsme illumine le cœur de celui qui est réellement qualifié pour parler ainsi. »

Tyndall.

* * *

« Un témoignage est suffisant lorsqu’il repose :

1° Sur un grand nombre de témoins très conscients s’accordant pour dire qu’ils ont bien vu ;

2° Qui sont sains, de corps et d’esprit ;

3° Qui sont impartiaux et désintéressés ;

4° Qui sont unanimement d’accord ;

5° Qui certifient solennellement le fait. »

VOLTAIRE. Dictionnaire Philosophique.

 

Le Comte Agénor de Gasparin est un Protestant convaincu. Sa lutte contre des Mousseaux, de Mirville et autres fanatiques, qui attribuent tous les phénomènes spirites à Satan, fut longue et rude. Deux volumes de quinze cents pages et plus en sont résultés, prouvant les effets, niant la cause et s’épuisant en efforts surhumains pour inventer toutes les explications possibles susceptibles d’être suggérées, à l’exclusion de la seule vraie.

Le blâme sévère infligé par M. de Gasparin au Journal des Débats a été lu dans toute l’Europe civilisée (185). L’auteur avait commencé par décrire minutieusement les nombreuses manifestations dont il fut le témoin. Les Débats eurent l’impertinence de demander aux autorités françaises l’internement aux Incurables de quiconque persisterait à croire de telles folies, après avoir lu la belle analyse des « hallucinations spirites » publiée par Faraday. « Prenez garde, écrivit en réponse M. de Gasparin, les représentants des sciences exactes sont en train de devenir… les Inquisiteurs de notre époque. Les faits sont plus forts que les Académies. Rejetés, niés, raillés, ils n’en sont pas moins les faits et ils existent quand même (186).

Les affirmations suivantes de phénomènes physiques dont il fut lui-même le témoin ainsi que le professeur Thury se trouvent dans l’œuvre volumineuse de M. de Gasparin.

« Les expérimentateurs ont vu parfois les pieds de la table, collés en quelque sorte au parquet, ne s’en détacher à aucun prix, malgré l’excitation des personnes qui forment la chaîne. Puis, ils ont vu d’autres fois ces tables accomplir des soulèvements francs, énergiques… Ils ont entendu de leurs oreilles les grands coups et les petits coups, les premiers qui menacent de briser la table, les seconds que l’on a peine à saisir au passage… Quant aux soulèvements sans contact, nous avons trouvé un procédé qui en rend le succès plus facile. Ceci n’a pas été un résultat isolé. Nous l’avons reproduit trente fois environ (187) … Un jour la table tournera et lèvera les pieds, chargée qu’elle sera d’un homme qui pèse 87 kilogrammes ; un autre jour elle demeurera immobile, quoique la personne qui y est montée n’en pèse que 60… Un jour, nous lui avons ordonné de se renverser entièrement et elle est tombée les pieds en l’air, bien que nos doigts s’en fussent toujours tenus séparés et l’eussent précédée à la distance convenue (188) … « Il est certain, remarque de Mirville, qu’un homme blasé sur de tels phénomènes ne pouvait accepter la belle analyse du physicien anglais (189) ».

Depuis 1850, des Mousseaux et de Mirville, catholiques romains intransigeants, ont publié bien des volumes dont les titres sont adroitement choisis pour attirer l’attention publique. Ils trahissent de la part de leurs auteurs une très sérieuse inquiétude que, d’ailleurs, ils ne prennent pas la peine de cacher. S’il eût été possible de considérer les phénomènes comme inauthentiques, l’Eglise de Rome ne se serait pas tant mise en frais pour les combattre.

Les deux partis étant d’accord sur les faits, laissant les sceptiques hors de cause, le public ne pouvait se partager qu’en deux camps : ceux qui croient à l’action directe du diable et ceux qui croient aux esprits désincarnés ou autres. Le fait que la théologie redoutait les révélations susceptibles de se produire par cette entremise mystérieuse bien davantage que tous les menaçants « conflits » avec la Science et les dénégations catégoriques de celle-ci aurait dû suffire pour ouvrir les yeux des plus sceptiques. L’Eglise de Rome n’a jamais été ni crédule ni lâche : le Machiavélisme qui caractérise sa politique en fait foi largement. D’ailleurs, elle ne s’est jamais inquiétée beaucoup au sujet des adroits prestidigitateurs qu’elle savait être tout bonnement des adeptes ès-jonglerie. Robert-Houdin, Louis Comte, Hamilton (2) et Bosco ont pu dormir tranquilles dans leurs lits alors qu’elle a persécuté des hommes tels que Paracelse, Cagliostro et Mesmer, les philosophes et mystiques Hermétiques, et qu’elle a efficacement fait cesser toute manifestation vraie, de nature occulte, en tuant les médiums.

Ceux qui ne peuvent croire ni à un diable personnel ni aux dogmes de l’Eglise doivent, néanmoins, accorder au clergé assez de perspicacité pour ne pas compromettre sa réputation d’infaillibilité en s’en prenant à des manifestations qui, si elles sont frauduleuses, ne peuvent manquer d’être démasquées un jour.

Mais le meilleur témoignage de la réalité de cette force a été fourni par Robert-Houdin lui-même. Ce roi des prestidigitateurs, appelé comme expert par l’Académie pour être témoin de pouvoirs merveilleux de clairvoyance et erreurs occasionnelles d’une table, déclara : « Nous autres faiseurs de tours, nous ne commettons jamais d’erreurs et ma seconde vue ne m’a jamais trompé. »

Le savant astronome Babinet ne fut pas plus heureux quand il choisit, comme expert, Louis Comte, le célèbre ventriloque, pour témoigner contre les voix directes et les coups frappés. Louis Comte, s’il faut en croire les témoins, éclata de rire au nez de Babinet à la seule suggestion que les coups provenaient d’une ventriloquie inconsciente. Cette théorie, sœur jumelle de la cérébration inconsciente, fit rougir les académiciens les plus sceptiques. En effet, son absurdité était par trop évidente.

« Le problème du surnaturel, dit de Gasparin, tel qu’il fut présenté au moyen âge et tel qu’il se pose aujourd’hui, n’est point au nombre de ceux qu’il est permis de dédaigner. Ni son étendue, ni sa grandeur n’échappent à personne. En lui, tout est profondément sérieux, tant le mal que le remède, la recrudescence de la superstition et le fait physique qui doit finalement l’emporter sur elle (190). »

Plus loin, il formule une opinion décisive. Il y est arrivé, vaincu par diverses manifestations : « Le nombre des faits qui réclament leur place au grand jour de la vérité a tellement augmenté, depuis quelque temps, que l’une des deux conséquences suivantes est désormais inévitable : ou le domaine des sciences naturelles doit accepter de s’élargir, ou le domaine du surnaturel s’étendra tellement qu’il n’aura plus de limites (191). »

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