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Suprême Joyau de Sagesse – versets 361 à 390

  1. Par sa dévotion exclusive, l’homme voué à sat (le réel) devient sat. Il en est pour lui comme pour l’insecte qui pensant constamment au bourdon devient lui-même bourdon (54).
  2. L’insecte perdant intérêt à toute autre action, méditant sur le bourdon, se transforme en bourdon. De même le yogi qui médite sur Paramatma (le Logos) devient Paramatma par sa dévotion à lui.
  3. L’extrêmement subtil Paramatma (le Logos) ne peut être perçu par la vision grossière. Il est connu de l’homme qui en est digne par la pureté de buddhi, grâce à ses facultés spirituelles suprêmement subtiles, lorsqu’il est en samadhi.
  4. Comme l’or purifié par le feu, se dépouillant de ses scories, retrouve sa qualité essentielle, ainsi le Manas abandonnant satva, rajas et tamas, atteint la Réalité Suprême par la méditation.
  5. Quand le Manas mûri par une discipline incessante de cette nature est plongé en Brahm, alors samadhi, dépouillé de tout vikalpa (les différences, telles que celles entre le sujet et l’objet) devient, de lui-même, la source de la félicité non différenciée.
  6. De ce samadhi résulte la destruction du lien de vasana (désir), et l’extinction de tout karma (action). Alors toujours et de toute manière, à l’intérieur et à l’extérieur existe une manifestation spontanée de Svarupa (Logos).
  7. Sache que la méditation est cent fois supérieure à l’audition attentive, l’assimilation cent fois supérieure à la méditation, et que Nirvikalpa Samadhi est infiniment supérieur à l’assimilation.
  8. C’est vraiment par Nirvikalpa Samadhi que l’essentielle réalité appelée Brahm est clairement réalisée, et non par d’autres moyen, car la réalité qui est unique s’associe à d’autres conceptions par l’inconstance des activités de Manas.
  9. C’est pourquoi les organes des sens pacifiés, dans une tranquillité d’esprit ininterrompue, livre-toi à la méditation sur le Logos, et par la perception de l’unique réalité, détruis l’obscurité causée par avidya sans naissance.
  10. La première porte de yoga est le contrôle de la parole, puis vient le refus d’accepter une chose quelconque et de qui que ce soit, le renoncement à tout espoir personnel, l’absence de désir, et la dévotion ininterrompue à l’unique réalité.
  11. La dévotion ininterrompue à l’unique réalité est la cause de la cessation des jouissances sensuelles, dama est cause de la tranquillité du soi pensant, et par sama l’égotisme est dissous. C’est ainsi que se poursuit, pour le yogi, la jouissance perpétuelle de la félicité de Brahm. En conséquence la cessation de l’activité du soi pensant doit être acquise avec effort par l’ascète.
  12. Contrôle la parole par ton soi, et ton soi par buddhi (l’intellect) ; contrôle le buddhi par le voyant de buddhi (la lumière divine) ; plonge cela en Nirvikalpa purmatma (le Logos en qui nulle distinction n’existe entre l’ego et le non-ego), obtiens ainsi le suprême repos.
  13. Le yogi revêt les caractéristiques des upadhis, c’est-à-dire du corps, du principe vital, des sens, de l’intellect, etc., dans lesquels il fonctionne au moment donné.
  14. Il a été observé que lorsque cesse l’activité de ces fonctions et upadhis, il survient chez le Muni cette allégresse parfaite que causent l’abstention des plaisirs des sens et la réalisation de l’éternelle félicité.
  15. La renonciation intérieure et extérieure ne convient qu’à celui qui a vaincu la passion. C’est ainsi que l’homme devenu impassible par son aspiration vers la libération abandonne tout attachement, aussi bien pour ce qui est intérieur qu’extérieur.
  16. L’attachement extérieur s’adresse aux objets des sens, l’attachement intérieur est celui qui a pour objet l’égotisme ou autre. Seul est capable d’un tel renoncement l’homme sans passion qui est dévoué à Brahm.
  17. Ô toi, homme à l’intelligence éveillée ! sache que le renoncement et la connaissance spirituelle sont les deux ailes de l’ego incarné. Ces deux ailes seules, et rien autre, peuvent l’élever jusqu’au sommet de la plante où se cueille le nectar appelé libération.
  18. Samadhi appartient à celui qui est possesseur d’une extrême impassibilité ; en samadhi celui-là atteint une perception spirituelle que rien ne peut troubler. Pour lui qui perçoit la réalité essentielle il y a libération, et à l’atma libéré appartient la réalisation de l’éternelle félicité.
  19. Pour celui qui est maître de soi, il n’est pas de producteur de bonheur plus sûr que le détachement. Si son état s’accompagne d’une claire perception spirituelle, il entre en jouissance de l’empire du soi ; c’est ainsi qu’il trouve le portail qui conduit perpétuellement vers cette vierge qui a nom libération. Aussi, toi qui n’a pas encore atteint cet état, dois-tu te détacher de toute chose, chercher sans cesse la connaissance de ton propre soi, afin de parvenir à la libération.
  20. Retranche de ta vie tout désir pour les objets des sens, qui, semblables ou poison, sont des agents mortels. Ayant supprimé l’attachement égoïste pour la caste, la famille, les ordres religieux, renonce à tout acte qui procède du désir personnel. Abandonne la notion du soi se rapportant à l’irréalité, tels que le corps, et autres, et obtiens ainsi la connaissance du soi. En vérité, tu es le voyant, le pur, la manifestation du suprême Brahm, sans second.
  21. Le Manas fermement dirigé vers le but qui est Brahm, les organes externes ramenés à leur propre place, le corps immobile, indifférent à son état ou condition, l’unité d’atma et de Brahm réalisée par leur absorption l’un dans l’autre, et le repos dans l’indestructible, apportent toujours et avec abondance, l’essence de la félicité Brahmique en toi-même. A quoi servirait tout le reste qui ne contient pas le bonheur ?
  22. Renonçant à toutes pensées non relatives à l’esprit, pensées qui souillent l’intelligence et qui engendrent la souffrance, pense à atma, qui est félicité et d’où provient la libération.
  23. Cet atma est lumineux par lui-même, il est le spectateur de tous les objets et se manifeste sans cesse dans le Vignanamaya Kosha. De cela qui diffère de asat (l’irréel), fais ton but en demeurant en lui.
  24. Prononçant son nom, réalise-le clairement comme la forme essentielle du soi, l’être indivisible, qui ne dépend que de lui-même.
  25. Réalise-le pleinement comme le soi et rejetant l’idée que le soi est l’égotisme ou autres ; reste cependant en ces choses, tout en ne leur donnant d’autre regard que celui qu’on accorde aux débris d’un vase de terre brisé (55).
  26. Ayant dirigé l’antakharana purifié, (l’intellect) vers le réel soi qui est le témoin et la connaissance absolue, l’entraînant lentement et par degré jusqu’à la stabilité, réalise la Purnatma.
  27. Considère l’indestructible et tout pénétrant atma comme libéré de tous les upadhis – corps, sens, vitalité, intelligence, égotisme et autres, – produits de l’ignorance, de même que l’est maha akasha (le grand espace).
  28. Comme l’espace est un et non plusieurs, quand il est dégagé des centaines d’upadhis, tels que les petits et grands pots de terre contenant du riz et autres grains, ainsi le Très-Pur, le Suprême, délivré de l’égotisme et autres, est un.
  29. De Brahm jusqu’à la borne de pierre, tout upadhi est simplement illusoire. C’est pourquoi, réalise l’omniprésent atma comme un, et toujours le même.
  30. Lorsque la perception est juste, tout ce que, par erreur, l’on avait cru différent du réel, apparaît comme ce réel lui-même. Quand l’erreur disparaît, ce que l’on prenait pour un serpent est reconnu comme étant une corde, il en est de même en ce qui concerne l’univers qui est en réalité l’atma.

Versets suivants: 391 à 420

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji