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Suprême Joyau de Sagesse – versets 241 à 270

  1. Quand toutes les diversités créées par maya (illusion) ont été rejetées, il reste quelque chose, illuminé en soi, qui est éternel, stable, sans souillure, immesurable, sans forme, non manifesté, sans nom, indestructible.
  2. Le sage connaît cela, comme étant la vérité suprême, conscience absolue, infini et immuable, en quoi sont unis, le connaisseur, le connu et la connaissance.
  3. Ahammahas (le vrai soi, ou le Logos vêtu de sa propre lumière) est une manifestation de l’omniprésent Parabrahm, qui ne peut jamais être saisi ni perdu, qui est inconcevable par l’intelligence et inexprimable par la parole, sans commencement ni fin.
  4. Brahm et atma qui respectivement sont désignés par les termes « cela » et « toi », sont reconnus comme identiques, lorsqu’ils sont examinés à la lumière des enseignements Védiques, tels tatwamasi (41).
  5. Leur identité ainsi indiquée et affirmée, ne peut être prouvée, puisque leurs attributs s’excluent mutuellement (quand la lumière du Logos se manifeste dans les upadhis comme jiva ou ego), non plus qu’on ne saurait prouver celle du soleil et de la luciole, du roi et de l’esclave, du puits et de l’océan, de l’atome et du mont Mérou.
  6. La distinction est créée par des conditions (upadhis), qui sont en elles-mêmes irréelles. Écoute : cette Maya (Mulaprakriti) du Logos (Ishwara) est la cause de Mahat (la première différenciation de Mulaprakriti), et les cinq enveloppes sont les effets de jiva (ego).
  7. Quand ces deux upadhis – ceux de Para (le Logos), et de jiva – sont complètement rejetés, il n’y a plus ni Para ni jiva. Le roi a son royaume et le guerrier ses armes ; quand ces attributs sont supprimés il n’y a plus ni roi, ni guerrier.
  8. C’est pourquoi le sruti (Vedas) dit que les conditions créées par illusion en Brahm sont éliminées par la connaissance ; alors jiva et atma disparaissent.
  9. Ayant, par conclusion logique, rejeté comme irréelle toute conception de ce qui est visible et imaginé par l’intellect, comme celle qui fait prendre une corde pour un serpent, ou comme les choses vues en rêve, l’identité de atma avec Brahm est réalisée.
  10. L’existence de ces attributs ayant été reconnue, leur identité est établie comme l’est celle d’une figure de rhétorique, où le sens originel est remplacé par un sens additionnel. Mais pour que l’identité soit réalisée, il ne doit être perdu de vue ni la signification littérale, ni la signification figurée ; ainsi le logos et Parabrahm doivent être unis pour que leur identité soit reconnue. (L’harmonie doit être cherchée dans l’analogie des contraires).
  11. « Ce Devadatta est moi-même » – ici l’identité des termes est indiquée par la suppression de leurs attributs contraires. De même dans l’expression, « tu es cela » les attributs contraires étant supprimés dans les deux termes, l’identité est établie.
  12. Le sage connaît la parfaite identité d’atma et de parabrahm. Dans des centaines de grands aphorismes, l’identité de Brahm et atma est proclamée.

253-254. Renonce à la fausse conception que tu as formée, et par ton intellect purifié, comprends que toi (atma) tu es ce Brahm subtil, soi-existant, qui est parfaite connaissance, indéfinissable comme l’éther.

  1. De même que le vase fait d’argile doit être considéré comme étant argile, Sadatma (l’ego) émané de Sat (Parabrahm) doit être regardé comme sat, et toute chose est sat, et il n’est rien qui ne soit sat ; c’est, pourquoi tu es « cela », – paix absolue, sans tache, grand, – Brahm sans second.
  2. De même qu’en rêve, le lieu, le temps, les objets, et les concepts sont irréels, ainsi ce monde en sa totalité, créé par l’ignorance, est irréel, comme le sont aussi ce corps, ces sens, les airs vitaux, l’égotisme, etc. C’est pourquoi, comprends que tu es « cela », – paix absolue, sans tache, grand, – Brahm sans second.
  3. Comprends que tu es « cela » – Brahm qui est bien au-dessus de toute caste, sagesse mondaine, famille et partis, qui est sans nom, sans forme, sans qualités et sans défauts, au-delà du temps, de l’espace, et de l’atteinte de la conscience.
  4. Comprends que tu es « cela » – Brahm qui est suprême, au-delà de toute parole, mais qui peut être connu par l’œil de pure sagesse. Brahm qui est conscience pure et absolue, éternelle substance.
  5. Comprends que tu es « cela » – Brahm qui ne peut être atteint par les six infirmités humaines (42), et qui devient réel dans le cœur des yogis (43) ; qui ne peut être perçu par l’intellect ou mental.
  6. Comprends que tu es « cela » – Brahm, sur qui repose le monde créé par ignorance, Brahm qui subsiste par lui-même, différent de la vérité relative comme de la non-vérité, indivisible au-dessus de toute représentation mentale.
  7. Comprends que tu es « cela » – Brahm sans naissance, sans croissance, changement ni perte de substance, qui ne subit ni la maladie ni la mort ; indestructible, cause de l’évolution de l’univers, de sa conservation et de sa destruction.
  8. Comprends que tu es « cela » – Brahm en qui toutes différences prennent fin, dont la nature est immuable comme un océan sans vagues, éternellement indivis et inconditionné.
  9. Comprends que tu es « cela » – Brahm, l’unique réalité, cause de la Multiplicité, cause qui élimine toutes les autres causes, différent de la loi de cause et d’effet.
  10. Comprends que tu es « cela » – Brahm, qui n’est pas modifiable, très grand, indestructible, le suprême, différent de tous les éléments périssables et du logos impérissable, éternel, félicité indestructible, et pureté inaltérable.
  11. Comprends que tu es « cela » – Brahm, cette réalité qui se manifeste comme diversité, par l’illusion des noms, des formes, des qualités et des changements, mais qui cependant est à jamais invariable, comme l’or sous la forme diverse des ornements.
  12. Comprends que tu es « cela » – Brahm, qui seul brille, qui est ; qui est l’unique essence, au-delà du logos, pénétrant toute chose, uniforme ; vérité, conscience, félicité ; sans fin, indestructible.
  13. Par conclusion logique et par intuition, comme l’on comprend la signification d’une sentence, prends conscience de ton identité avec Brahm ; la certitude de cette vérité s’établira, sans te laisser de doute, comme s’établit celle de l’eau contenue dans la paume de la main.
  14. Ayant reconnu la vérité suprême qui est connaissance parfaite, fixé invariablement en atma, comme un roi dans la bataille se repose sur son armée, immerge cet univers objectif en Brahm.
  15. Brahm, la vérité, l’unique, le suprême, différent de la vérité relative, comme de la non-vérité, demeure dans le centre (44) de sagesse ; celui qui demeure dans ce centre ne revient plus à l’existence.
  16. Alors même que la substance (ou la vérité) est intellectuellement atteinte, le désir qui est sans commencement, et qui s’exprime par ces mots : « c’est moi qui agis et qui jouis, » reste fort et constant ; il est la cause de l’existence conditionnée. Ce désir peut être détruit par un grand effort, grâce à la connaissance du Logos. Les sages sur la terre appellent la délivrance du désir, émancipation (littéralement, le faire disparaître en l’amincissant, le désir étant comparé à une corde).

Versets suivants: 271 à 300

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji