- Les propriétés du pur satva sont la pureté, la perception d’atma en soi-même, la suprême tranquillité, un sens de contentement, la gaîté, la concentration de l’esprit sur le soi, donnant un avant-goût de l’éternelle félicité.
- Le non-manifesté (avyaktam), dont ces trois qualités sont l’indice, est la cause du Karana sarira (corps causal) de l’ego. Il s’exprime dans le sommeil sans rêve, en qui les fonctions de tous les organes et de Buddhi sont à l’état latent.
- Le sommeil sans rêve est cet état dans lequel toute conscience est au repos, et où l’intelligence (buddhi) reste à l’état latent ; on dit que dans cet état, il n’y a pas de connaissance.
- Le corps, les organes, la vitalité, l’intellect (manas), l’ego, etc., toutes différentiations, les objets des sens, la jouissance, etc. ; akasa et les autres éléments composant cet univers sans fin, y compris l’avyaktarn (non-manifesté), sont le non-esprit.
- Maya, toutes les fonctions de Maya – depuis Mahat (15) jusqu’au corps, connais-les comme étant asat (prakriti ou objectivité irréelle) semblables au mirage du désert, – car elles sont le non-ego.
- Je te dirai maintenant la forme essentielle (svarupa) de l’esprit suprême (PARAMATMA) ; la connaissant, l’homme libéré de l’esclavage atteint la réalité de l’être.
- Un éternel quelque chose, sur lequel repose la conviction concernant l’ego, existe par soi-même, différent des cinq enveloppes, spectateur des trois conditions.
- Celui qui dans la veille, le rêve et le sommeil sans rêve connaît l’intelligence et ses fonctions, lesquelles sont le bien et l’absence du bien, – celui-là c’est l’ego.
- Celui qui par lui-même connaît toute chose, et qui n’est connu par aucun, qui vitalise buddhi et les autres principes et qui n’est pas vitalisé par eux, – celui-là c’est atma.
- L’atma est ce par quoi l’univers est pénétré et qui n’est pas lui-même pénétrable, ce qui illumine toute chose, mais auquel rien ne peut donner d’éclat.
- Uniquement en raison de la présence d’atma, le corps et les organes, Manas et Buddhi, s’intéressent aux objets qui leur sont propres comme s’ils leur venaient de l’extérieur.
- Par cela (atma), ayant la forme d’une conscience éternelle, nous percevons tous les objets depuis l’ahankara jusqu’au corps, le plaisir, etc., comme nous percevons une cruche de terre.
- Ce Purusha, l’essentiel atma (16) est primordial, perpétuel, conditionné, bonheur absolu, revêtu éternellement d’une même forme : il est la connaissance elle-même, – animé par lui le verbe (vach) et les airs vitaux se meuvent.
- Cette conscience spirituelle non-manifestée apparaît dans le cœur pur comme une aurore, et, brillant comme le soleil de midi dans la « caverne de sagesse », elle illumine l’univers.
- Le connaisseur des modifications (17) (opérations) de manas et de ahankriti, des actions accomplies par les organes du corps et la vitalité qui est en eux, comme le feu est présent dans le fer qu’il a chauffé, n’agit pas ; il ne prend pas part aux modifications et n’est pas influencé par les actes.
- Cet éternel n’est pas né, et ne meurt pas, il ne croît, ne décroît, ne se modifie pas, et n’est pas détruit par la destruction de ce corps, plus que l’espace ne disparaît lors de la disparition de la cruche de terre.
- Le suprême esprit (paramatma) différent de Prakriti et de ses modifications a pour caractéristique essentielle la conscience pure. Spectateur (ou sujet) de buddhi, il brille également dans les états de veille et autres, en manifestant (18) cette infinité de réalité et d’irréalité ainsi que aham lui-même (la racine du soi).
- Ô disciple, exerçant sur ton mental un contrôle rigoureux, perçois directement atma en toi-même comme « Je suis cela » ; par la sérénité de buddhi, traverse la mer sans rivage de l’existence changeante, dont les vagues sont la naissance et la mort, et te reposant fermement dans la forme de Brahma accomplis ta destinée.
- L’esclavage consiste dans la conviction (19) que le « Je » a un rapport quelconque avec le non-ego ; l’ignorance (20) (ou erreur) qui en résulte, produit la cause de la naissance, de la mort et de la souffrance de l’individu. C’est par cette erreur seule, qu’il nourrit, entretient et préserve ce corps, prenant l’irréel pour le réel, et qu’il s’enveloppe des objets des sens comme la larve s’emprisonne dans le cocon qu’elle a elle-même secrété.
- Ô ami écoute ! En celui qui subit l’illusion de tamas l’identification de l’ego avec cela (asat, l’irréel) s’affirme de plus en plus. C’est d’une telle absence de discernement que naît la notion (21) de la corde prise pour un serpent, source de si grandes souffrances pour celui qui l’entretient. De là vient que asat est considéré comme le « Je » par l’homme qui est dans l’esclavage (22).
- Le pouvoir enveloppant de tamas voile complètement cet atma, dont la puissance infinie (Vibhava), se manifeste par l’indivisible, éternel, unique pouvoir de connaissance, comme Rahu, (l’ombre de la lune) voile le globe du soleil.
- À la disparition du suprême et pur rayonnement de son propre atma, l’individu abusé imagine le corps qui est le non-soi, comme étant le soi. Dès lors, le grand pouvoir de rajas appelé vikshepa (extension) l’enchaîne au désir, à la colère, etc… lui occasionnant de cruelles douleurs.
- Cet homme à l’intelligence pervertie, privé de la réelle connaissance d’atma, dévoré par l’hydre de la grande illusion, est lié à l’existence conditionnée par le pouvoir de cette énergie expansive (vikshepa). Dès ce moment, menant une conduite méprisable, il s’élève et retombe dans cet océan empoisonné qu’est l’existence conditionnée.
- Comme les nuages produits (c’est-à-dire rendus visibles) par les rayons du soleil, se manifestent en les cachant, ainsi l’égotisme, né de sa relation avec atma (ou ego), se manifeste en cachant le réel caractère d’atma (ou ego).
- De même qu’aux jours de tempête, les épais nuages qui cachent le soleil sont agités violemment par les âpres rafales glacées, ainsi lorsque, sans relâche, l’ego est enveloppé par tamas, l’homme au buddhi abusé est traqué par l’aiguillon de souffrances sans nombre, sous l’influence du pouvoir expansif (vikshepa).
- Ces deux pouvoirs produisent l’esclavage de l’individu ; trompé par eux, il croit que le corps est atma.
- De l’arbre de la vie conditionnée, la semence est véritablement tamas, la pousse naissante la conviction que le corps est l’ego, l’attachement est son feuillage, Karma réellement sa sève, le corps en est le tronc, les airs vitaux les branches dont les cimes sont les organes, les fleurs sont les objets des sens, le fruit la variété des souffrances occasionnées par le multiple Karma, et Jiva (23) est l’oiseau qui s’en nourrit.
- L’esclavage du non ego prenant sa racine dans l’ignorance, produit ce torrent de naissance, mort, maladie, vieillesse et autres maux de ce Jiva, qui par sa propre nature, est sans commencement ni fin.
- Les liens de l’esclavage ne peuvent être tranchés par des armes offensives ou défensives, ni par le vent, ni par le feu, voire même par des dizaines de millions d’actions (24), mais seulement par la grande épée, effilée et brillante, du discernement dans la connaissance, et cela à la faveur de yoga (25).
- Un homme dont l’esprit est fixé sur les conclusions des Védas s’applique aux devoirs qui lui sont prescrits ; par cet exercice, Jiva se purifie lui-même. Dans le buddhi purifié se trouve la connaissance du suprême ego et de cette connaissance résulte l’extinction totale de la vie conditionnée jusque dans ses plus profondes racines.
Versets suivants: 151 à 180
Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji