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Suprême Joyau de Sagesse – versets 1 à 30

  1. Je me prosterne devant le véritable instructeur, – celui que révèlent tous les systèmes de philosophie védantiste, et qui reste lui-même inconnu, Govinda la suprême félicité.
  2. Il est difficile pour les créatures sensibles d’atteindre une naissance humaine, pour les êtres humains de parvenir à la virilité, difficile aux hommes de devenir Brahmins, aux Brahmins de suivre le sentier du Dharma Védique, et pour ceux qui le suivent de s’instruire dans la Science. Mais la connaissance spirituelle qui distingue l’Esprit du Non-Esprit, la réelle immersion de soi-même dans le Brahma Atma et la libération finale des liens de la matière sont inaccessibles, autrement que par le bon Karma de milliers d’incarnations.
  3. Ces trois états si difficiles à atteindre : l’humanité, le désir de libération, et la protection des grands êtres spirituels, sont acquis seulement par la faveur des dieux (1).
  4. Celui qui, par erreur, après avoir acquis avec difficulté l’incarnation humaine, et dans sa maturité la connaissance des Écritures, ne s’efforce pas d’atteindre la libération, se détruit par la poursuite des objets illusoires.
  5. En est-il un sur cette terre qui possède une âme plus noire que celui qui, ayant obtenu une incarnation humaine et un corps mâle, s’attache follement à la poursuite des objets égoïstes.
  6. Il peut étudier les Écritures, se rendre les dieux propices par les sacrifices, accomplir les cérémonies religieuses, offrir aux dieux sa dévotion, il n’obtiendra le salut pendant même la succession de centaines de Brahmas-Yugas, que par sa connaissance de l’union avec l’esprit.
  7. L’immortalité qui est atteinte par l’acquisition de toute condition objective (telle celle d’un dieu) est sujette à finir, car cela est distinctement établi par les Écritures (Sruti), que Karma n’est jamais cause de libération.
  8. Ainsi l’homme sage à la recherche du salut, ayant renoncé au désir de jouir des objets extérieurs, se donnera à un véritable instructeur et acceptera son enseignement avec une âme inébranlable.
  9. Et par la pratique d’un juste discernement, acquis par la voie de Yoga, il délivrera son âme, l’âme immergée dans l’océan de l’existence conditionnée.
  10. Après avoir fait l’abandon de tout Karma, pour être délivré des liens de l’existence conditionnée, ces hommes sages s’efforceront avec un esprit résolu d’obtenir la connaissance de leur propre Atma.
  11. Les actions servent à purifier le cœur, mais non à parvenir jusqu’à la réelle substance. Cette substance peut être atteinte par le juste discernement ; jamais par une somme de Karma, aussi grande soit-elle.
  12. La perception du fait que l’objet vu est une corde éloigne la peur et la souffrance qui résultent de l’idée illusoire que cette corde est un serpent.
  13. La connaissance d’un objet ne peut être obtenue que par perception, investigation ou instruction, non par des bains, des aumônes, ou par le fait de retenir cent fois sa respiration.
  14. L’acquisition d’un objet dépend principalement des qualités de celui qui désire l’acquérir ; tout artifice et toutes contingences qui résultent des conditions de temps et d’espace ne sont que de simples accessoires.
  15. C’est pourquoi celui qui désire connaître la nature de son propre Atma, après avoir obtenu la bienveillance d’un gourou qui a atteint la connaissance de Brahma, avancera par ses propres investigations.
  16. Celui qui possède un intellect puissant, qui est un homme instruit, et qui a des pouvoirs de compréhension, est qualifié pour de telles investigations.
  17. Est considéré digne d’approfondir les choses de l’esprit celui-là seul qui est sans attachement, sans désir, qui possède Sama avec les autres qualités et qui aspire à la libération.
  18. Il existe à cet effet quatre sortes d’entraînements préparatoires, dit le sage ; par eux l’effort sera couronné de succès, sans eux toute tentative est vaine.
  19. Le premier est reconnu comme le discernement entre l’éternel et le transitoire ; deuxièmement vient le renoncement au désir de jouir des fruits de l’action, ici-bas et au-delà.
  20. Troisièmement, les six possessions commençant avec Sama ; et quatrièmement l’aspiration vers la libération. Brahma est vrai, le monde transitoire est une illusion ; telle est la conclusion finale à laquelle on donne le nom de discernement entre le transitoire et l’éternel.
  21. Le renoncement au désir consiste dans l’abandon des plaisirs de la vue, de l’ouïe, etc…
  22. Et encore dans la cessation de tout plaisir provenant des objets transitoires qui, de la jouissance physique, s’élèvent jusqu’à Brahma le créateur, renouvelant sans cesse la méditation sur leur insuffisance et leurs imperfections. La paisible concentration de l’esprit sur l’objet de perception est appelée Sama.
  23. On appelle Dama, la limitation à leur propre sphère des organes d’action et de sensorielles perceptions, après qu’on les a détournés des objets de sensation.
  24. Un état n’ayant pas de rapport avec le monde extérieur, ou ne dépendant pas de lui est le véritable Uparati.
  25. L’endurance de toutes souffrances et peines, sans pensées de revanche, sans abattement, et sans lamentation, est appelé Titiksha.
  26. La méditation fermement établie sur les enseignements des Shastras et du gourou, accompagnée d’une foi en eux, permettant à la pensée d’être réalisée, est décrite comme Sraddha.
  27. La constante fixation du mental sur l’esprit pur, est appelée Samadhana – mais non la distraction de la pensée par les objets illusoires du monde.
  28. Mumukshatva, c’est aspirer par la connaissance de son propre soi, à être libéré des liens créés par ignorance, depuis le sentiment de personnalité, jusqu’à l’identification de soi-même avec le corps physique.
  29. Alors que les qualifications énumérées ne seraient possédées que faiblement, elles seront fortifiées et perfectionnées par l’absence de désir, par Sama, accompagné des autres qualités, ainsi que par la bienveillance de l’instructeur, et porteront des fruits.
  30. Chez celui en qui prédomine l’absence de désir et l’aspiration vers la libération, Sama et les autres qualifications produiront de grands résultats.

Versets suivants: 31 à 60

Shri-Shankaracharya (8ième siècle) – à partir de la traduction anglaise de Mohini M. Chatterji