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SAGESSE EGYPTIENNE – Partie 2

Il est impossible de fixer, d’après les règles de la Science moderne, la date des centaines de pyramides dans la vallée du Nil ; mais Herodote nous informe que chaque roi en érigeait une en commémoration de son règne, et pour lui servir de sépulture. Mais, Herodote n’a pas tout dit, bien qu’il ait été au courant que le but réel de sa pyramide était bien différent de celui qu’il lui attribue. Si ses scrupules religieux ne le lui eussent défendu, il aurait pu ajouter qu’extérieurement, elle symbolisait le principe créateur de la nature, et qu’elle servait aussi d’illustration aux principes de la géométrie, des mathématiques, de l’astrologie, et de l’astronomie. Intérieurement c’était un temple majestueux, dans les sombres retraites duquel s’accomplissaient les mystères, et dont les murs avaient souvent été témoins des cérémonies d’initiation des membres de la famille royale. Le sarcophage de por’phyre que le professeur Piazzi Smyth, Astronome Royal d’Ecosse, fait descendre au rôle trivial de coffre à grain, était le fonds baptismal, d’où, en sortant, le néophyte « était né de nouveau » et devenait un adepte.

Herodote nous donne cependant une juste idée du travail considérable dépensé dans le transport d’un de ces gigantesques blocs de granit. Il mesurait trente-deux pieds de long, vingt et un de large et douze d’épaisseur. Il évalue son poids à plus de 300 tonnes, et 2.000 hommes travaillèrent pendant trois ans à le transporter le long du Nil de Syène à Sais (402). Gliddon dans son livre : Ancient Egypt, mentionne la description donnée par Pline des mesures prises pour transporter l’obélisque érigé à Alexandrie par Ptolemee Philadelphe. On creusa un canal du Nil à l’endroit où gisait l’obélisque. Deux bateaux furent amenés au-dessous ; ils étaient lestés de pierres d’un pied cube chacune, et le poids de l’obélisque ayant été calculé par les ingénieurs, le chargement des bateaux était exactement proportionné à ce poids, si bien qu’ils étaient suffisamment enfoncés pour pouvoir passer sous le monolithe couché en travers du canal. Dans cette position, le lest était graduellement enlevé, les bateaux se relevaient et soulevaient l’obélisque, qui descendait ainsi le fleuve.

Dans la Section Egyptienne du Musée de Dresde, ou de Berlin, nous ne savons plus au juste lequel, il y a un dessin représentant un ouvrier grimpant le long d’une pyramide inachevée, portant une corbeille de sable sur le dos. Cela a suggéré à certains Egyptologues l’idée que les blocs des pyramides étaient composés chimiquement sur place. Quelques ingénieurs modernes croient que le ciment de Portland, un double silicate de chaux et d’alumine, constitue le ciment indestructible des Anciens. Mais, d’autre part, le professeur Carpenter affirme que les pyramides, à l’exception de leur enveloppe de granit, étaient formées de ce que les « géologues nomment pierre calcaire nummulitique. Ce calcaire est plus récent que la vieille craie ; il est formé des coquilles d’animaux nommés nummulites, grands comme des pièces de monnaie d’un shilling ». Quelle que soit la façon dont on tranchera la question, personne, depuis Herodote et Pline, jusqu’au dernier ingénieur voyageant qui a contemplé ces monuments impériaux de dynasties depuis longtemps disparues, n’a pu nous dire comment ces masses gigantesques avaient été transportées et dressées. Bunsen accorde à l’Egypte une antiquité de 20.000 ans. Mais, même à cet égard, si nous voulons nous en rapporter aux autorités modernes, nous en sommes réduits aux conjectures. Elles ne nous apprennent ni pourquoi les pyramides furent construites, ni sous quelle dynastie la première fut érigée, ni les matériaux dont elles ont été bâties. Tout est conjecture en ce qui les concerne.

Le professeur Piazzi Smyth nous a fourni la description mathématique, de beaucoup la plus exacte de la grande pyramide que l’on trouve dans la littérature. Mais après nous avoir montré la portée astronomique de sa structure, il apprécie si mal la pensée de l’ancienne Egypte, qu’il soutient fermement que le sarcophage de por’phyre dans la chambre du roi est l’unité de mesure des deux nations les plus éclairées du globe, « L’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique ». Un des Livres d’Hermès décrit certaines de ces pyramides, comme s’élevant sur les bords de la mer, « dont les vagues viennent briser leur vaine furie à leur base ». Cela laisse supposer que les tracés géographiques de la contrée ont été changés, et pourrait indiquer que nous devons attribuer à ces anciens « greniers », « observatoires magico-astrologiques », et « sépulcres royaux », une Origine antérieure à la formation du Sahara et des autres déserts. Cela impliquerait une antiquité de beaucoup supérieure aux quelques milliers d’années, si généreusement concédées par les Egyptologues.

Le Dr Rebold, archéologue français de quelque renom, donne à ses lecteurs un aperçu de la culture qui prévalait 5.000 (?) ans avant Jésus-Christ, en disant qu’il n’y avait à cette époque pas moins de « trente à quarante collèges de prêtres, qui étudiaient les sciences occultes et la magie pratique (403) ».

Un rédacteur de la National Quaterly Review (vol. XXXII, n° LXIII, décembre 1875) dit que « les récentes excavations faites dans les ruines de Carthage ont amené au jour des traces de civilisation, et d’un raffinement d’art et de luxe qui doit même avoir éclipsé ceux de l’ancienne Rome ; et lorsque le fameux mot d’ordre Delenda est Carthago fut lancé, la maîtresse du monde savait bien qu’elle allait détruire une nation plus grande qu’elle-même, car, tandis que l’un de ces deux empires conquérait le monde par la seule force des armes, l’autre était le dernier et le plus parfait représentant d’une race qui avait été à la tête de la civilisation, bien des siècles avant que l’on n’eût rêvé de Rome, et dirigeait l’instruction et l’intelligence du genre humain ». Cette Carthage est celle qui, d’après Appien, existait déjà en 1234 avant Jésus-Christ, ou cinquante ans avant la prise de Troie, et non celle que la tradition populaire suppose avoir été bâtie par Didon() (Elissa et Astarté) quatre siècles plus tard.

Nous trouvons ici encore une illustration de la vérité de la doctrine des cycles. Les affirmations de Draper, au sujet de l’érudition astronomique des anciens Egyptiens, sont singulièrement corroborées par un fait intéressant cité par J.M. Peebles d’une conférence donnée à Philadelphie par feu le professeur d’astronomie O.M. Mitchell. Sur le cercueil d’une momie, actuellement au British Muséum, est dessiné un Zodiaque, avec les positions exactes des planètes au moment de l’équinoxe d’automne, de l’année 1722 avant Jésus-Christ. Le professeur Mitchell calcula la position exacte des corps célestes appartenant à notre système solaire, à l’époque indiquée. « Le résultat, dit M. Peebles, le voici suivant ses propres expressions : « À ma grande surprise… je trouvai que le 7 octobre 1722 avant Jésus-Christ la lune et les planètes avaient occupé exactement, dans le ciel, les places indiquées sur le cercueil du British Museum (404) ».

Le professeur John Fiske, dans son attaque contre le History of the Intellectual Developement of Europe du Dr Draper, part en guerre contre la doctrine de la progression cyclique, en faisant remarquer « que nous n’avons jamais connu le commencement ni la fin d’un cycle historique et que nous n’avons aucune garantie inductive pour croire que nous en traversons un maintenant (405) ». Il blâme l’auteur de cet éloquent et remarquable ouvrage, pour « l’étrange disposition qu’il y trahit, non seulement de rapporter la meilleure part de la culture des Grecs à une source Egyptienne, mais encore d’exalter uniformément la civilisation non Européenne, aux dépens de celle de l’Europe ». Nous croyons que cette « étrange disposition » pourrait être directement sanctionnée par les aveux des grands historiens Grecs eux-mêmes. Le professeur Fiske pourrait relire Herodote avec profit. Le « Père de l’Histoire confesse à plusieurs reprises que la Grèce doit tout à l’Egypte. Quant à son assertion que le monde n’a jamais connu le commencement ni la fin d’un cycle historique, nous n’avons qu’à jeter un coup d’œil rétrospectif sur les nombreuses glorieuses nations qui ont disparu, c’est-à-dire qui ont atteint la fin de leur grand cycle national. Que l’on compare l’Egypte de cette époque avec ses arts poussés à la perfection, sa science, sa religion, ses glorieuses cités, ses monuments, et sa nombreuse population, avec l’Egypte d’aujourd’hui, peuplée d’étrangers ; ses ruines devenues l’asile des chauves-souris et des serpents, et quelques rares Coptes, les seuls héritiers survivants de toutes ces grandeurs, et que l’on dise si la théorie cyclique est un vain mot. Gliddon, qui est contredit par Fiske dit : « Les philologues, les astronomes, les chimistes, les peintres, les architectes, les médecins, doivent revenir à l’Egypte, pour y apprendre l’origine du langage et de l’écriture ; du calendrier et du mouvement solaire, de l’art de tailler le granit avec un ciseau de cuivre, et de donner de l’élasticité à une épée de cuivre ; de fabriquer du verre avec la diversité de nuances de l’arc-en-ciel ; de mouvoir des blocs de syénite polie, de neuf cents tonnes, et de les transporter à n’importe quelle distance, par terre ou par eau ; de construire des arches de plein cintre ou en ogive, avec une précision maçonnique qui n’a pas été surpassée jusqu’à nos jours, et cela 2.000 années avant la Cloaca Magna de Rome ; de sculpter une colonne Dorique mille ans avant que les Doriens aient été connus dans l’histoire ; de peindre à fresque avec des couleurs inaltérables ; de la connaissance pratique de l’anatomie.

« Tout artisan peut se rendre compte du progrès de son art il y a 4.000 ans, dans les monuments de l’Egypte ; et, qu’il soit charron construisant des chars ; cordonnier cousant sa chaussure ; corroyeur employant la même forme de couteau que les anciens, parce qu’elle est considérée aujourd’hui comme la meilleure ; tisserand faisant usage de la même navette ; ferblantier se servant d’un soufflet de forge de forme identique à la leur, reconnue tout récemment la plus efficace ; le graveur sur pierre taillant en hiéroglyphes des noms comme ceux de Schoupho il y a plus de 4.300 ans ; toutes ces preuves, et bien d’autres plus surprenantes encore de la priorité des Egyptiens ne demandent, pour être obtenues, qu’un simple coup d’œil jeté sur les gravures de Rossellini (406b) ».

« En vérité », s’écrie Peebles, « ces temples et ces tombeaux des Rhamsés étaient d’incontestables merveilles pour Herodote autant que pour nous-mêmes (407) ».

Malgré cela, l’impitoyable main du temps a laissé les traces de son passage sur leurs constructions, et quelques-unes d’entre elles, dont le souvenir aurait été perdu sans les Livres d’Hermès, ont été plongées pour jamais dans l’oubli des âges. Roi après roi, et dynastie après dynastie ont passé dans leur pompe brillante sous les yeux des générations successives, et leur renommée a rempli le monde habitable. Le même voile d’oubli était tombé sur eux ainsi que sur leurs monuments, avant que la première de nos autorités historiques, Herodote, ait conservé pour la postérité le souvenir de cette merveille du monde, le grand Labyrinthe. La chronologie Biblique longtemps acceptée a tellement rétréci les esprits, non seulement du clergé, mais encore de nos savants à peine affranchis de leurs chaînes, qu’en traitant les vestiges préhistoriques, dans les différentes parties du monde, ils manifestent toujours une crainte constante d’aller au-delà de la période de 6.000 années, jusqu’à présent accordée par la théologie comme étant l’âge du monde.

Herodote trouva le Labyrinthe déjà en ruines ; mais, malgré cela, son admiration pour le génie de ses constructeurs ne connut pas de bornes. Il le considérait comme, de beaucoup, plus merveilleux que les pyramides elles-mêmes, et il le décrit minutieusement en témoin oculaire. Les savants Français et Prussiens, aussi bien que d’autres Egyptologues, sont d’accord sur son emplacement, et ils ont identifié ses ruines. De plus, ils confirment les rapports qu’en a fait l’historien antique. Herodote dit qu’il y a trouvé 3.000 chambres, dont la moitié souterraines et l’autre moitié au-dessus du sol. « Les chambres supérieures, dit-il, je les ai parcourues et examinées en détail. Dans celles au-dessous du sol [qui peuvent encore exister aujourd’hui, quoi qu’en disent les archéologues], les gardiens de l’édifice ne voulurent pas me laisser pénétrer, parce qu’elles renferment les sépulcres des rois qui construisirent le Labyrinthe, et aussi ceux des crocodiles sacrés. Je trouve que ces chambres supérieures que j’ai vues et étudiées de mes yeux dépassent toutes les autres productions humaines ». Dans la traduction de Rawlinson, on fait dire à Herodote : « Les passages dans les édifices et les détours variés des couloirs à travers les cours éveillaient en moi une admiration sans bornes, lorsque je passais des cours dans les chambres, et de celles-ci dans les colonnades, et ainsi de suite dans des pièces et des cours encore inexplorées. Le toit était tout entier en pierre, comme les murs, et ceux-ci étaient tout sculptés couverts de personnages. Chaque cour était entourée d’une colonnade construite en pierres blanches très finement ajustées. Au coin du Labyrinthe s’élève une pyramide de quarante brasses de hauteur, avec de grandes figures gravées (408) » et dans laquelle on arrive par un passage souterrain.

Si tel était le Labyrinthe, lorsque Herodote le visita, qu’était donc l’ancienne Thèbes, la ville détruite longtemps avant l’époque de Psammetique, qui lui-même régnait 530 ans après la destruction de Troie ? Nous trouvons que de son temps Memphis était la capitale, tandis que de la glorieuse Thèbes il ne restait plus que des ruines. Or, si nous, qui ne pouvons baser nos appréciations que sur les ruines de ce qui était déjà à l’état de ruine tant de siècles avant notre ère, nous sommes stupéfaits par leur contemplation, que doit avoir été le spectacle général de Thèbes, dans ses jours de gloire ? Karnak, temple, palais, ruines, quelque nom qu’il plaise aux archéologues de lui donner, est maintenant son unique représentant. Mais tout solitaire et abandonné qu’il soit, emblème exact d’un majestueux empire, et comme oublié par le temps dans la marche des siècles, il atteste hautement l’art et l’habileté des anciens. Il faudrait en vérité être tout à fait dépourvu de la perception spirituelle du génie, pour ne pas sentir et voir la grandeur intellectuelle d’une race, qui a pu concevoir le plan d’un pareil édifice et le construire.

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