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RESULTATS COMPARES DU BOUDDHISME ET DE LA CHRETIENTE – partie 05

Le Times de Chicago publiait récemment la liste du bourreau pour le premier semestre de l’année courante (1877) – une longue et terrible liste de meurtres et d’exécutions. Les consolations religieuses furent données à presque tous ces meurtriers, et beaucoup d’entre eux proclamèrent qu’ils avaient reçu l’absolution divine en vertu du sang de Jésus, et qu’ils allaient entrer ce jour même, au Paradis ! Leur conversion eut lieu en prison. Voyons jusqu’où va ce compte de Doit et Avoir de la Justice Chrétienne (!) : tous ces meurtriers aux mains rouges, poussés par les démons de la luxure, de la vengeance, de la cupidité, du fanatisme, ou simplement par la soif du sang, assassinèrent leurs victimes, sans leur laisser dans la plupart des cas le temps de se repentir, ou d’implorer Jésus de laver leurs péchés dans son sang. Elles moururent probablement pécheresses et naturellement – suivant la logique théologique – elles reçurent le prix de leurs offenses, grandes ou petites. Mais le meurtrier, saisi par la justice humaine, est mis en prison, plaint par les sentimentalistes ; on prie avec lui et pour lui et il prononce les mots magiques de conversion ; il monte alors à l’échafaud, enfant racheté de Jésus ! Sans le meurtre, on n’aurait pas prié pour lui ; il n’aurait pas été racheté, pardonné. Cet homme a donc eu raison d’assassiner, car, par-là, il a obtenu la félicité éternelle. Quant à la victime ou sa famille, ses parents, ses amis, ses relations sociales – la Justice n’a-t-elle aucune récompense pour eux ? Faut-il qu’ils souffrent dans ce monde et dans l’autre, tandis que celui qui leur a fait tort prend place à côté du « Saint Larron » du Calvaire, dans la félicité éternelle ? A cette question le clergé se garde bien de répondre.

Steve Anderson était un de ces criminels américains, condamné pour double meurtre, incendie et vol. Il se convertit avant de mourir, mais l’histoire nous informe que « son confesseur s’opposa à ce que l’on sursit à son exécution en disant qu’il était certain de son salut si on l’exécutait sur le champ, mais qu’il ne pouvait pas en répondre si l’exécution était différée. » Nous est-il permis de demander à ce prêtre la raison d’une opinion aussi monstrueuse. Comment pouvait-il être certain, en face de l’avenir insondable, et des effets infinis de ces meurtres, de ces crimes et de ces vols ? Il ne pouvait être certain de rien du tout, sinon que cette doctrine abominable est la cause des trois quarts des crimes des soi-disant Chrétiens ; que ces épouvantables causes doivent produire de monstrueux effets, qui à leur tour donneront naissance à d’autres causes, et ainsi de suite à travers l’éternité jusqu’à l’accomplissement final que nul homme ne peut prévoir.

Prenez, si vous le voulez, un autre crime, un des plus égoïstes, cruel et lâche, et néanmoins un des plus fréquents ; je veux parler de la séduction d’une jeune fille. Par instinct social d’auto préservation, la victime est jugée sans pitié, et mise au ban de la société. Elle peut être poussée à l’infanticide, ou au suicide ; si elle craint trop la mort, elle vivra probablement pour se plonger dans une carrière de vice et de crime. Elle peut enfanter une famille de criminels, lesquels, comme dans l’histoire du célèbre Jukes, dont M. Dugdale a publié les détails effrayants, engendra d’autres générations de criminels au nombre de plusieurs centaines dans une période de cinquante ou soixante ans. Tout ce désastre social avait été occasionné par la passion égoïste d’un seul homme ; la Justice Divine lui pardonnera-t-elle avant que son crime n’ait été expié, et la punition ne doit- elle retomber que sur les misérables scorpions humains engendrés par sa luxure ?

Une clameur vient de s’élever en Angleterre lorsqu’on a découvert que des pasteurs Anglicans pratiquaient largement la confession auriculaire, et donnaient l’absolution après imposition de pénitences. Les enquêtes ont démontré que le même état de choses existait, plus ou moins aux Etats- Unis. Les prêtres interrogés à ce sujet se retranchèrent triomphalement derrière les paragraphes du Livre Liturgique (Book of Common Prayer) qui leur donne très clairement l’autorisation d’absoudre les péchés par le pouvoir de « Dieu, le saint Esprit a, pouvoir qui leur a été conféré par l’évêque quand celui-ci leur imposa les mains au moment de l’ordination. L’évêque consulté invoqua l’Evangile selon Matthieu XVI. 19, comme son droit de lier et de délier sur la terre ceux qui seraient bénis ou damnés dans le Ciel ; et la succession apostolique comme preuve de sa transmission de Simon Barjona à lui-même. Le présent ouvrage a certainement manqué son but si nous n’avons pas établi la preuve 1°, que Jésus, le Dieu-Christ, est un mythe inventé deux siècles après la mort du véritable Jésus hébreu ; 2° que, par conséquent, il n’a jamais pu donner à saint Pierre ou à une autre personne une autorité ou un pouvoir plénier quelconque ; 3° que même si une telle autorité lui a été conférée le mot Petra (Rocher) se réfère aux vérités révélées du Petroma, et non à celui qui le renia par trois fois ; et que, de plus, la succession apostolique n’est qu’une fraude grossière et palpable ; 4° que l’Évangile selon saint Matthieu est une œuvre basée sur un manuscrit totalement différent. Par conséquent le tout n’est qu’une imposture aussi bien envers les prêtres qu’envers les pénitents. Mais laissant de côté, pour le moment, toutes ces considérations, qu’il nous soit permis de demander à tous ces prétendus agents des trois dieux de la Trinité, comment ils concilient les notions les plus rudimentaires d’équité, avec le pouvoir de pardonner les péchés qui leur a été octroyé ; comment se fait-il qu’ils n’aient pas été investis, par un miracle, du pouvoir d’effacer le fort fait aux personnes et aux biens ? Qu’ils rendent la vie à l’homme assassiné ; qu’ils rendent l’honneur à ceux auxquels on l’a ravi ; la propriété à ceux qui ont été dépouillés, et qu’ils obligent les balances de la justice humaine et divine à reprendre leur équilibre. Nous pourrons alors prendre en considération leur pouvoir de lier et de délier. Qu’ils nous disent s’ils en sont capables. Jusqu’à ce jour le monde n’a bénéficié que de sophismes – acceptés par foi aveugle ; nous demandons des preuves tangibles et palpables de la justice et de la miséricorde de leur Dieu. Mais non, ils demeurent tous muets ; aucune réponse ne se fait entendre et malgré tout, la Loi inexorable et infaillible de Compensation suit son cours implacable. Mais si nous observons sa marche nous constatons qu’elle ignore les croyances ; qu’elle n’a pas de préférences, mais que ses rayons et ses foudres tombent également sur les païens et sur les chrétiens. Aucune absolution ne peut protéger celui-ci s’il est coupable ; aucun anathème ne blessera celui-là s’il est innocent.

Loin de nous une pareille conception dégradante de la justice divine, comme celle prêchée par les prêtres, de leur propre autorité. Elle n’est bonne que pour les lâches et les criminels ! Si elle est étayée par toute une armée de Pères et d’ecclésiastiques, nous avons pour nous la plus haute de toutes les autorités, le sentiment instinctif et révèrent de l’immortelle et omniprésente loi d’harmonie et de justice.

Mais, outre celle de la raison, nous avons d’autres preuves pour montrer qu’une pareille notion n’est nullement justifiée. Les Évangiles étant une « Révélation Divine », les chrétiens considèreront leur témoignage comme concluant. Affirment-ils que Jésus s’est donné en sacrifice volontaire ? Au contraire, il n’y a pas un seul mot qui vienne soutenir cette thèse. Ils font voir clairement qu’il aurait préféré vivre pour continuer ce qu’il considérait comme sa mission, et qu’il mourut parce qu’il ne pouvait faire autrement et seulement lorsqu’il eut été trahi. Avant cela, lorsqu’on (avait menacé de violences, il s’était rendu invisible, en employant son pouvoir mesmérique sur les spectateurs, pouvoir dont dispose tout adepte oriental, et il réussit à leur échapper. Lorsqu’enfin, il vit que son heure était venue, il succomba à l’inévitable. Mais voyez-le dans le jardin, sur le Mont des Oliviers, où luttant dans son agonie, « sa sueur devint comme des grumeaux de sang », il pria avec ferveur pour que cette coupe fût éloignée de lui, il tomba épuisé par cette lutte, au point qu’un ange du ciel dût être envoyé pour le fortifier ; dites-nous après cela, si ce tableau est celui d’un otage et d’un martyr volontaire. Et afin de ne laisser aucun doute dans notre esprit et pour couronner le tout, nous avons son cri de désespoir : « Ta volonté soit faite, et NON LA MIENNE ! » (Luc, XXII. 42. 43).

On lit, en outre, dans les Pouranas, que Christna fut cloué à un arbre par la flèche d’un chasseur, lequel, suppliant le dieu mourant de lui pardonner, en reçut la réponse suivante : « Va, chasseur, par ma faveur, au Ciel, la demeure des dieux… L’Illustre Christna s’étant alors uni à son Esprit pur, spirituel, inexhaustible, inconcevable, non-né, inaltérable, impérissable et universel, qui ne forme qu’un avec Vasudéva, abandonna son corps mortel, et… devint Nirguna » (Vishnou Pourana de Wilson, p. 612). N’est-ce pas là (origine du récit du Christ pardonnant au larron sur la croix, et lui promettant une place en paradis ? « De tels exemples, dit le Dr Lundy dans son Monumental Christianity, ne nous autorisent-ils pas à rechercher leur origine et leurs significations, si longtemps avant le Christianisme« , et il ajoute néanmoins : « La notion de Christna, sous la forme d’un berger est, à mon avis, plus ancienne que toutes deux (les Evangiles de l’Enfance et celui de St Jean) et prophétique du Christ » (p. 156).

Les faits de cette nature, ont probablement fourni, par la suite, un prétexte plausible pour déclarer comme apocryphes tous les ouvrages tels que les Homélies, qui laissent entrevoir clairement, l’absence complète d’une autorité plus ancienne pour la doctrine de l’expiation. Les Homélies ne sont pas en grande contradiction avec les Evangiles ; elles le sont, par contre, totalement avec les dogmes de l’Eglise. Pierre ignorait tout de l’expiation ; et sa vénération pour le mythique père Adam, ne lui aurait jamais permis d’admettre que ce patriarche eût péché et qu’il était maudit. Les écoles théologiques d’Alexandrie ne paraissent pas non plus avoir connu cette doctrine, Tertullien non plus ; les Pères primitifs ne l’ont jamais discutée. Philon le juif présente l’histoire de la chute comme un symbole, et Origène la considérait, de même que Paul, comme une allégorie (337d).

Qu’ils le veuillent ou non, les Chrétiens sont tenus de faire crédit à la ridicule histoire de la tentation d’Eve par un serpent. En outre, Augustin s’est formellement prononcé à ce sujet. « Dieu, par Sa volonté arbitraire, dit-il, a choisi d’avance certaines personnes, sans égard à leur foi ou à leurs bonnes œuvres, et Il a irréparablement ordonné de leur octroyer la félicité éternelle ; tandis qu’Il en a condamné d’autres, de la même façon, à la réprobation éternelle ! » (De dono perseverantiœ) (338d1)(338d2).

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