RESULTATS COMPARES DU BOUDDHISME ET DE LA CHRETIENTE – partie 04
Nous ne nous arrêterons pas à considérer la ressemblance fort bien connue, entre les formes extérieures du culte Bouddhique, (surtout celles du Lamaïsme), et du culte Catholique Romain dont la constatation fut si chèrement payée par le pauvre abbe Huc, mais nous passerons immédiatement à la comparaison des points les plus essentiels. Parmi tous les manuscrits originels, traduits de différentes langues où le Bouddhisme est exposé, les plus extraordinaires et les plus intéressants sont le Dhammapada de Bouddha, ou le Sentier de la Vertu, traduit du Pâli, par le colonel Rogers (328d) et la Roue de la Loi, qui contient l’opinion d’un Ministre d’Etat siamois sur sa religion et sur d’autres, et qui a été traduit par Henry Alabaster (329d). La lecture de ces deux livres, et la découverte de similitudes de pensée et de doctrine, allant parfois jusqu’à l’identité, ont incité le Dr Inman à écrire les nombreux passages suivants d’une profonde vérité, contenus dans un de ses derniers ouvrages, « Ancient Faith and Modern » (330d). « Je parle en toute bonne foi, écrit ce bienveillant et sincère savant, « en disant qu’après quarante ans d’expérience parmi ceux qui professent le christianisme et ceux qui proclament… avec plus ou moins de sérénité, leur désaccord pour ses doctrines, j’ai remarqué des vertus plus sincères et une moralité plus grande chez ceux-ci que chez ceux-là… Je connais personnellement de pieux et de bons chrétiens que j’honore, que j’admire, et que peut-être, je serais heureux d’imiter et d’égaler ; mais ils méritent l’éloge que j’en fais, à cause de leur bon sens, parce qu’ils ont ignoré jusqu’à un certain point la doctrine de la foi, et qu’ils ont pratiqué et cultivé les bonnes œuvres… A mon avis, les chrétiens les plus méritoires dont j’ai connaissance sont des Bouddhistes transformés, bien que, probablement, aucun d’eux n’ait jamais entendu parler de Siddhârtha » (331d).
Il y a entre les articles de foi, et les cérémonies des cultes Lamaïco- Bouddhique et Catholique Romain, cinquante et un points qui présentent une parfaite et frappante ressemblance ; par contre il y en a quatre qui sont diamétralement opposés.
Comme il serait inutile d’énumérer les « ressemblances », car le lecteur les trouvera soigneusement détaillées dans l’ouvrage de Inman, Ancien Faith and Modern pp. 237-240, nous ne nous arrêterons qu’aux quatre divergences, et nous laisserons chacun en tirer ses conclusions.
| 1° « Les Bouddhistes maintiennent que rien de ce qui est contredit par la saine raison, ne peut être une véritable doctrine du Bouddha. » | 1° « Les Chrétiens acceptent toute espèce d’absurdité, si elle est Promulguée par l’Eglise, comme un article de foi (332d). » |
| 2° « Les Bouddhistes n’adorent pas la mère de Sakya, bien qu’ils lui rendent hommage comme à une sainte femme, élue pour être sa mère, à cause de sa grande vertu. | 2° « Les Catholiques Romains adorent la mère de Jésus, et on lui adresse des prières pour invoquer son aide et son intercession. » Le culte de la Vierge a affaibli celui du Christ, et rejeté celui du Tout Puissant tout à fait dans l’ombre. |
| 3° « Les Bouddhistes n’ont pas de sacrements. » | 3° « Ceux de l’Eglise Catholique sont au nombre de sept. » |
| 4° Les Bouddhistes ne croient pas au pardon de leurs péchés, sauf après une punition adéquate pour chaque mauvaise action et une compensation proportionnée envers les parties lésées. | 4° On promet aux Chrétiens que si seulement ils croient au « précieux sang du Christ », ce sang offert par lui en expiation des péchés de toute l’humanité (par cela entendez les Chrétiens) effacera tout péché mortel. |
Laquelle de ces théologies se recommande le plus à un observateur sincère, c’est une conclusion que nous laissons au bon sens du lecteur ? L’une nous présente la lumière, l’autre les ténèbres. La Roue de la Loi dit ceci :
« Les Bouddhistes croient que chaque acte, chaque parole, chaque pensée ont leur conséquence, qui apparaîtra, tôt ou tard, dans la condition présente ou dans une autre future. Les mauvaises actions produiront de mauvaises conséquences (333d), les bonnes actions de bons effets : la prospérité ici-bas ou la naissance dans le ciel… dans une condition future (334d). »
C’est de la justice stricte et impartiale. C’est la notion d’un Pouvoir Suprême, qui ne peut errer, et qui, n’a donc ni colère, ni pitié, mais qui laisse chaque cause, grande ou petite, opérer ses effets inévitables. « On vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servis (335d), ne donne aucun espoir de pardon futur ou de salut par intercession, soit dans l’expression elle-même ou par son interprétation. La cruauté et la pitié sont des sentiments finis. La Divinité Suprême est infinie par conséquent elle ne peut être que JUSTE, et la Justice doit être aveugle. Les anciens païens entretenaient, à ce sujet, des notions autrement philosophiques que les Chrétiens modernes, car ils représentaient leur déesse de la Justice, Thémis, avec un bandeau sur les yeux, l’auteur siamois, de l’ouvrage en question, a encore une conception plus élevée de la Divinité que les Chrétiens, lorsqu’il donne libre cours à sa pensée en disant : « Un Bouddhiste peut croire à l’existence d’un Dieu, sublime au-dessus de toutes les qualités et de tous les attributs humains – un Dieu parfait s’élevant au- dessus de l’amour, de la haine, de la jalousie, et se reposant tranquillement dans une félicité parfaite que rien ne peut troubler ; à un Dieu pareil il ne trouverait rien à redire, non pas par désir de Lui plaire, ou par peur de l’offenser, mais par vénération naturelle. Mais il ne peut comprendre un Dieu qui possède des attributs et les qualités des hommes, un Dieu qui aime, qui hait, et qui montre sa colère ; une Divinité qui, qu’elle sait présentée par des missionnaires chrétiens, des Mahométans, des Brahmanes ou des Juifs, tombe au-dessous de son étalon d’un brave homme ordinaire (336d). »
Nous avons souvent été surpris de constater les idées extraordinaires de Dieu et de Sa justice que semblerait entretenir en toute bonne foi nombre de Chrétiens qui s’en rapportent aveuglément au clergé pour leur religion, mais jamais à leur raison. Combien illogique est cette doctrine du Rachat. Nous nous proposons de la discuter avec les Chrétiens en nous plaçant au point de vue bouddhique, et de démontrer, dès l’abord, par quelle suite de sophismes, dont le but unique a été de resserrer le joug ecclésiastique sur les nuques populaires, on l’a finalement fait accepter comme un commandement divin ; nous ferons voir également qu’elle s’est révélée comme une doctrine éminemment pernicieuse et démoralisatrice.
Le clergé maintient que : quelle que soit l’énormité de nos crimes contre les lois divines et humaines, si nous croyons au sacrifice volontaire de Jésus pour le salut de l’humanité, Son sang nous lavera de toute souillure. La pitié divine est infinie et insondable. Il serait impossible de concevoir un péché humain assez damnable, pour que le prix offert par anticipation pour la rédemption du pécheur, ne suffise pas à l’effacer, même s’il était encore mille fois plus haïssable. Et, de plus, il n’est jamais trop tard pour se repentir. Même si le pécheur attend jusqu’à la dernière minute de la dernière heure de son dernier jour de sa vie mortelle, avant que ses lèvres blêmes ne murmurent la confession de foi, il peut aller au paradis ; ce fut le cas du larron mourant, et ce peut être le cas de tous les autres aussi vils que lui. Voilà ce que nous enseigne l’Eglise.
Mais si nous faisons un pas en dehors du cercle de la foi et si nous considérons l’univers comme un tout, équilibré par l’exquise coordination de ses parties, la saine logique, et le moindre sentiment rudimentaire de Justice se révoltent contre ce Rachat par substitution ! Si le criminel n’a péché que contre lui-même, et n’a causé de tort qu’à lui-même ; si par sa sincère repentante il a effacé tous ses actes passés, non seulement de la mémoire des hommes, mais de ces archives impérissables qu’aucune Divinité – même la plus haute – ne peut faire disparaître, ce dogme ne pourrait pas être incompréhensible. Mais lorsqu’on soutient qu’on peut faire du tort à ses semblables, tuer, révolutionner l’équilibre de la société, et renverser l’ordre naturel des choses, pour obtenir ensuite son pardon en croyant – par lâcheté, par espoir ou par contrainte, cela n’a pas d’importance – que le sang répandu lavera les taches d’un autre sang versé, cela est absurde ! Le résultat d’un crime peut-il être effacé même si ce crime a été pardonné ? Les effets d’une cause ne se limitent jamais à la cause elle-même, et le résultat d’un crime ne peut jamais ne concerner que l’offenseur et sa victime. Chaque bonne action ainsi que chaque mauvaise a aussi sûrement ses effets que la pierre lancée dans une eau tranquille. Cette comparaison est triviale, mais c’est la meilleure qu’on ait encore trouvée, nous en ferons donc usage. Les cercles concentriques sont plus étendus et plus rapides suivant que la pierre est plus ou moins grande, mais le plus petit caillou, le plus petit grain de sable produit sa vague, si minuscule soit-elle. Et ce mouvement n’est pas seulement visible à la surface. En dessous, invisible, dans toutes les directions, chaque goutte pousse l’autre jusqu’à ce que le fond et les bords aient été remués par cette force. Bien plus, l’air au-dessus de l’eau a été mis en mouvement par elle, et cette vague passe, ainsi que le prétendent les physiciens, d’une couche à l’autre, sans interruption et sans fin dans l’espace. La matière a reçu une impulsion, et elle n’est jamais perdue et ne peut plus être rappelée !…
Il en est de même du crime et de son contraire. L’acte peut être instantané, les effets en sont éternels. Si, après avoir lancé la pierre dans la mare, nous pouvons la rappeler, niveler les ondes, annuler la force employée, remettre les vagues éthériques dans leur ordre antérieur de non- être, et effacer toute trace de l’acte de jeter la pierre, si bien que les archives du Temps ne montreront pas qu’elle n’ait jamais été lancée, alors, et alors seulement nous pourrons patiemment écouter les arguments chrétiens pour prouver l’efficacité de ce Rachat.
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