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REALITES ET ILLUSIONS – Partie 11

Dès 1836, le public fut informé de certains phénomènes qui étaient aussi extraordinaires, sinon davantage, que toutes les manifestations qui se sont produites de nos jours. La fameuse correspondance entre deux célèbres magnétiseurs, Deleuze et Billot, fut publiée en France, et les merveilles auxquelles elle faisait allusion furent pendant quelque temps l’objet de la discussion dans toutes les sociétés. Billot croyait fermement à l’apparition des esprits, car, ainsi qu’il le dit lui-même, il en avait vu, entendu et touché. Deleuze était tout aussi convaincu de cette vérité que lui, et il déclarait que l’immortalité de l’homme et le retour des morts, ou plutôt de leurs ombres, était, dans son opinion, le fait le mieux démontré. Des objets matériels lui avaient été apportés d’endroits éloignés par des mains invisibles, et il communiquait avec d’invisibles intelligences sur les questions les plus importantes. « À ce sujet, dit-il, je ne puis concevoir comment des êtres spirituels sont capables de transporter ses objets matériels (362) ». Plus sceptique et moins intuitif que Billot, néanmoins, il était d’accord avec lui, que « la question du spiritisme était, non pas une question d’opinion, mais une question de faits« .

Telle est précisément la conclusion à laquelle était finalement amené le professeur Wagner de Saint-Pétersbourg. Dans la seconde brochure sur les Phénomènes Médiumniques publiée par lui, en décembre 1875, il adresse à M. Shkliarevsky, un de ses critiques matérialistes, la réprimande suivante : « Tant que les manifestations spirites furent faibles et sporadiques, nous autres hommes de science, nous pouvions nous laisser aller à nous tromper, avec les théories de l’action musculaire inconsciente, ou de l’inconsciente cérébration, et traiter tout le reste de tours de passe-passe… Mais maintenant que ces prodiges sont devenus patents ; que les esprits se montrent sous des formes matérielles et tangibles, pouvant être touchées et palpées à volonté par tout incrédule instruit comme vous-même, et qui est plus est, mesurées et pesées, nous ne pouvons plus lutter, car toute résistance devient absurde, et peut amener la démence. Essayez donc de vous en rendre compte comme il convient, et humiliez-vous devant la possibilité de faits considérés impossibles ».

Le fer n’est aimanté que temporairement, mais l’acier l’est d’une façon permanente par le contact de l’aimant. Or l’acier n’est que du fer qui a subi un procédé de carburation, et cette opération pourtant a complètement modifié la nature du métal, du moins, en ce qui concerne ses relations avec l’aimant. On peut dire de même que le médium n’est qu’une personne ordinaire, magnétisée par l’influx de la lumière astrale ; et comme la permanence de la propriété magnétique dans le métal est proportionnée à ses qualités plus ou moins proches de l’acier, ne pouvons-nous dire que l’intensité et la permanence de la faculté médiumnique est en proportion de la saturation en force magnétique ou astrale du médium ?

Cette condition de saturation peut être congénitale, ou obtenue par l’un ou l’autre des procédés suivants, par la magnétisation, par l’action des esprits, par celle de sa propre volonté. De plus, la condition parait être héréditaire, comme toute autre particularité physique ou mentale ; un grand nombre de médiums, et nous pourrions même dire la majorité, ayant eu chez quelqu’un ou quelques-uns de leurs ascendants des signes de médiumnité. Les sujets magnétiques passent aisément à un état plus élevé de clairvoyance et de médiumnité, ainsi que Grégory, Deleuze, Puysegur, du Potet et autres autorités nous l’apprennent. Quant au procédé de saturation par soi-même, nous n’avons qu’à jeter les yeux sur les relations des dévots et des prêtres du Japon, du Siam, de la Chine, de l’Inde, du Tibet et de l’Egypte, aussi bien que des contrées de l’Europe, pour être renseignés sur la réalité du fait. Une longue persistance dans la détermination bien arrêtée de subjuguer la matière provoque un état, dans lequel, non seulement l’on devient insensible aux impressions extérieures, mais où l’on peut simuler la mort, ainsi que nous l’avons déjà vu. L’extatique fortifie sa puissance de volonté au point d’attirer à lui, comme dans un tourbillon, les forces résidant dans la lumière astrale, afin de suppléer à l’insuffisance de ses ressources naturelles.

Les phénomènes du mesmérisme ne sont explicables par aucune autre hypothèse sinon celle de la projection d’un courant de force, de l’opérateur au sujet. Si un homme peut projeter cette force par un exercice de la volonté, qu’est-ce qui l’empêchera de l’attirer à lui, en renversant ce courant ? À moins, toutefois, que l’on ne prétende que la force est engendrée dans son corps, et ne peut être attirée d’aucune source du dehors. Mais, même dans cette hypothèse, s’il peut faire naître une surabondance de’ force pour en saturer une autre personne, ou même un objet inanimé au moyen de sa volonté, pourquoi ne pourrait-il pas le générer en excès, pour s’en saturer lui-même ?

Dans son ouvrage sur l‘Anthropologie le professeur J.R. Buchanan constate la tendance des gestes naturels à suivre la direction des organes phénologiques ; l’attitude de combativité étant vers le bas et l’arrière ; celle de l’espérance et de la spiritualité vers le haut et l’avant ; celle de la fermeté en haut et en arrière ; et ainsi de suite. Les adeptes de la science hermétique connaissent si bien ce principe, qu’ils expliquent la lévitation de leur propre corps, lorsqu’elle survient à l’improviste, en disant que la pensée est fixée sur un point au-dessus d’eux, avec tant d’intensité, que lorsque le corps est entièrement imprégné de l’influence astrale, il suit l’aspiration mentale, et s’élève dans l’espace aussi aisément qu’un bouchon de liège, poussé sous l’eau, remonte à la surface, et que sa légèreté le fait surnager. Le vertige qui s’empare de certaines personnes lorsqu’elles se trouvent sur le bord d’un abîme s’explique d’après le même principe. Les jeunes enfants qui n’ont qu’une imagination peu on pas active du tout, et chez qui l’expérience n’a pas encore eu assez de temps pour développer la crainte, sont rarement pris de vertige, s’ils ne le sont jamais ; mais l’adulte d’un certain tempérament mental voyant le gouffre, et se peignant dans son imagination les conséquences d’une chute, se laisse aller à l’attraction de la terre, et à moins que le charme qui le fascine ne soit rompu, son corps suivra sa pensée au fond du précipice.

Que ce vertige soit purement une affaire de tempérament est démontré par le fait qu’Il y a des personnes qui n’éprouvent jamais cette sensation, et l’examen révélerait probablement que ces personnes sont dépourvues de la faculté imaginative. Nous avons présent à la mémoire le cas d’un monsieur qui, en 1858, fit preuve d’une fermeté nerveuse telle qu’il effrayait tous ceux qui le virent se tenir debout sur la corniche de l’Arc de Triomphe à Paris, les bras croisés, et les pieds à moitié sur le rebord ; mais depuis, ayant été atteint de myopie, il fut saisi de frayeur en essayant de passer sur une passerelle en planches de plus de deux pieds et demi de large, jetée sur la cour d’un hôtel, et où il n’y avait pas le moindre danger. En regardant le sol au-dessous, il donna libre carrière à son imagination, et il serait tombé s’il ne s’était vivement assis.

C’est un dogme scientifique que le mouvement perpétuel est impossible. C’est encore un dogme de ne voir qu’une absurde superstition dans l’affirmation que les Hermétistes avaient découvert l’élixir de vie, et que quelques-uns d’entre eux, en en faisant usage, avaient prolongé leur existence au-delà des limites ordinaires. La prétention que les métaux communs avaient été transmués en or, et que le dissolvant universel avait été trouvé n’excite que le mépris, dans un siècle qui a couronné l’édifice de la philosophie avec la coupole du protoplasme. Le premier est déclaré une impossibilité physique, autant selon Babinet, l’astronome, que « la lévitation d’un objet sans contact (363) » ; la seconde est qualifiée de divagation physiologique, émanée d’un esprit en délire ; et la troisième est une absurdité chimique.

Balfour Stewart dit que, tant qu’un savant ne peut affirmer « qu’il est parfaitement au courant de toutes les forces de la nature, et démontrer que le mouvement perpétuel est impossible, car, en réalité, il ne sait que fort peu de chose de ces forces… il pense qu’il a pénétré l’esprit et les desseins de la nature, et c’est pour cela qu’il nie ex abrupto la possibilité d’une telle machine (364) ». S’il a découvert les desseins de la nature, il n’a certainement pas pénétré son esprit, car il conteste son existence en un sens ; et en niant l’esprit, il empêche cette parfaite entente de la loi universelle, qui délivrerait la philosophie moderne de ses erreurs mortifiantes et de ses dilemmes. Si la négation de B. Stewart ne repose pas sur une plus solide analogie que celle de son collègue français Babinet, il court le danger d’aboutir comme lui à une humiliante catastrophe. L’univers lui-même démontre la réalité du mouvement perpétuel ; et la théorie atomique, ce baume salutaire pour les esprits épuisés de nos explorateurs cosmiques, est basée sur ce mouvement. Le télescope fouillant l’espace, et le microscope découvrant les mystères du petit monde dans une goutte d’eau, nous révèlent cette même loi en action ; et comme tout en bas est comme en haut, qui oserait prétendre que, lorsque l’on comprendra mieux la conservation de l’énergie et que l’on aura ajouté les deux forces additionnelles des cabalistes au catalogue de la science orthodoxe, on ne découvrira pas le moyen de construire une machine marchant sans frottement, et se fournissant de l’énergie au fur et à mesure de sa consommation ? « Il y a cinquante ans, dit le vénérable M. de Lara, un journal de Hambourg, reproduisant le compte rendu donné par un journal anglais de l’inauguration de la ligne du chemin de fer de Manchester à Liverpool, déclarait que c’était une grossière imposture ; et il y mettait le comble en ajoutant : voilà pourtant jusqu’où peut aller la crédulité des Anglais ! » La morale est apparente. La découverte récente par un chimiste américain du composé dénommé métalline laisse croire à la probabilité que l’on a réussi à éviter le frottement dans une large mesure. Une chose est certaine ; c’est que, quand l’homme aura découvert le mouvement perpétuel, il sera en mesure de comprendre par analogie tous les secrets de la nature ; le progrès en raison directe de la résistance.

Nous pourrions en dire autant de l’élixir de vie par laquelle il faut entendre la vie physique, l’âme étant, comme de raison, immortelle, mais seulement à cause de son union immortelle divine avec l’esprit. Mais continuel ou perpétuel ne veut pas dire sans fin. Les cabalistes n’ont jamais prétendu qu’une vie physique sans fin, ou un mouvement sans fin fussent possibles. L’axiome hermétique soutient que seule la Cause Première et ses émanations directes, nos esprits (étincelles du soleil central éternel, qui seront réabsorbées par lui à la fin du temps), sont incorruptibles et éternels. Mais, connaissant les forces naturelles occultes, non encore découvertes par les matérialistes, ils affirmaient que tant la vie physique que le mouvement mécanique pouvaient être prolongés indéfiniment. La pierre philosophale avait plus d’une signification attachée à son origine mystérieuse. Le professeur Wilder dit : « L’étude de l’Alchimie… était même plus universelle que bon nombre qui ont écrit sur elle ne paraissaient s’en douter, et elle fut toujours l’auxiliaire des sciences occultes, de la magie, de la nécromancie et de l’astrologie, si elle n’était pas identique avec elles ; cela venait probablement de ce qu’à l’origine ces sciences n’étaient que les formes d’un spiritualisme qui a existé de tous temps dans l’histoire de l’humanité (365) ».

Ce qui nous surprend le plus, c’est que ces mêmes hommes, qui envisagent le corps humain tout simplement comme « une machine à digérer », trouvent des objections à l’idée que, si on appliquait une substance équivalente à la métalline entre ses molécules, elle fonctionnerait sans frottement. Le corps de l’homme, d’après la Genèse, a été tiré de la terre ou de la poussière, cette allégorie détruit la prétention de nos analystes modernes à l’originalité de la découverte de la nature des constituants inorganiques du corps humain. Si l’auteur de la Genèse en a eu connaissance, et si Aristote a enseigné l’identité entre les principes vitaux des plantes, des animaux et des hommes, notre filiation avec la terre notre mère semble avoir été établie depuis longtemps.

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