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REALITES ET ILLUSIONS – Partie 1

L’ALCHIMISTE. – Tu dis toujours des énigmes. Dis-moi si tu es cette fontaine dont parle Bernard Lord Trevisan ?
MERCURE. – Je ne suis pas cette fontaine, mais j’en suis l’eau. La fontaine m’enferme.

SANDIVOGIUS, New Light of Alchymie.

Tout ce que nous prétendons faire, c’est trouver les secrets de l’humaine structure, savoir pourquoi certaines parties s’ossifient, et le sang stationne, et appliquer de continuels préservatifs contre les effets du temps. Cela n’est point de la magie, mais l’art de la médecine bien compris.

BULWER-LYTTON, Zanoni.

« Lo, warrior ! now the cross of red
Points to the cross of the mighty dead :
Within it burns a wondrous light,
To chase the spirits that love the night
That lamp will burn unquenchably
Until the eternal doom shall be. »
……………………………………………………………
« No earthly flame blazed e’er so bright (301). »

Sir Walter SCOTT, The Lay of the Lart Minstrel.

Il y a des personnes dont le mental est incapable d’apprécier la grandeur intellectuelle des anciens, même dans les sciences physiques, et même si on leur offrait la démonstration la plus complète de leur profond savoir et de leurs œuvres. Malgré la leçon de prudence que plus d’une découverte inattendue leur a infligée, elles persistent à suivre l’ancien procédé de nier, et, ce qui est pire encore, de ridiculiser ce qu’elles n’ont le moyen ni de prouver ni de réfuter. Ainsi, par exemple, elles riront de l’idée de l’efficacité des talismans. Que les sept esprits de l’Apocalypse aient une relation directe avec les sept forces occultes de la nature, paraît incompréhensible et absurde à leurs faibles intellects ; et la seule pensée d’un magicien prétendant accomplir des merveilles, à l’aide de certains rites cabalistiques, les fait rire aux larmes. N’apercevant qu’une figure géométrique tracée sur une feuille de papier, sur un morceau de métal, ou sur toute autre substance, elles ne s’imaginent pas qu’un être raisonnable puisse reconnaître à l’une de ces choses une puissance occulte quelconque. Mais ceux qui ont pris la peine de se renseigner savent comment les anciens faisaient des découvertes aussi grandes dans la psychologie que dans la physique, et que leurs recherches ne laissaient que peu de secrets à découvrir.

Lorsque nous constatons de notre côté qu’un pentacle est une figure synthétique qui exprime dans une forme concrète une profonde vérité naturelle, nous ne voyons rien de plus ridicule dans cette figure que dans celles d’Euclide, ni rien qui soit aussi comique que les symboles employés dans un ouvrage de chimie moderne. Qu’est-ce qui, pour un lecteur non initié, paraîtrait plus absurde que la donnée, que le symbole Na2CO3 veut dire du carbonate de soude ? et que C2H60 n’est autre chose qu’une manière différente d’écrire le mot alcool ? Qu’y a-t-il donc de si risible à ce que les alchimistes exprimassent leur azoth, ou principe créateur de la nature (la lumière astrale) par le symbole :

Azoth

qui embrasse trois choses : 1° La divine hypostase ; 2° La synthèse philosophique ; 3° La synthèse physique, c’est-à-dire une croyance, une idée et une force. Mais combien n’est-il pas plus naturel qu’un chimiste moderne, qui veut indiquer à ses élèves dans son laboratoire, la réaction d’un carbonate de soude avec de la crème de tartre en solution se serve du symbole suivant :

Na2CO3 + 2 HKC4H406 + Aq = 2 NaKC4H4O6 + H2O + Aq + CO2

Si le lecteur non inspiré peut être excusable d’ouvrir des yeux effarés devant cet abracadabra de la science chimique, pourquoi ses professeurs ne modéreraient-ils pas leur hilarité jusqu’à ce qu’ils aient appris la valeur philosophique du symbolisme des anciens ? Du moins s’éviteraient-ils d’être aussi ridicule que M. de Mirville qui, confondant l’Azoth des philosophes hermétiques avec l’azote des chimistes, affirme que les premiers adoraient le gaz nitrogène (302).

Appliquez un morceau de fer sur un aimant, et il devient aussitôt imprégné de ce principe subtil et capable de le communiquer à son tour à d’autres morceaux de fer. Il n’en pèse pas davantage ni ne présente aucune différence avec son état antérieur. Et pourtant une des plus subtiles forces de la nature a pénétré dans sa substance. Un talisman, morceau de métal probablement sans valeur intrinsèque, chiffon de papier ou lambeau d’étoffe quelconque, a néanmoins été imprégné de l’influence du plus grand de tous les aimants, la volonté de l’homme, avec une puissance pour le bien ou le mal, aussi reconnaissable par ses effets que la propriété subtile que le fer acquiert par son contact avec l’aimant physique. Que l’on fasse sentir à un limier une pièce du vêtement qu’a porté un fugitif, et il suivra sa trace à travers marécages et forêts jusqu’à l’endroit où il se cache. Qu’on donne à un des « psychomètres » du professeur Buchanan un manuscrit, quelle que soit son antiquité, et il décrira le caractère de l’écrivain, et peut-être même son aspect physique. Que l’on remette à un clairvoyant une mèche de cheveux ou un objet quelconque qui ait été en contact avec une personne dont on désire savoir quelque chose, et il entrera en sympathie si intime avec elle, qu’il pourra la suivre pas à pas dans toute sa vie.

Les éleveurs nous apprennent que les jeunes animaux ne doivent pas être mis en troupeau avec les vieux ; et les médecins intelligents défendent aux parents de prendre leurs jeunes enfants dans leurs lits. Lorsque David devint vieux et affaibli, ses forces vitales furent rétablies en mettant une jeune personne en contact avec lui de manière qu’il absorbât de sa force. Feue l’impératrice de Russie, sœur de l’empereur d’Allemagne actuel (303), était si faible dans les dernières années de sa vie que les médecins lui conseillèrent sérieusement de faire coucher avec elle une jeune et robuste paysanne. Quiconque a lu la description faite par le Dr Kerner de la Voyante de Prévorst, M- Hauffee, se rappellera, sans doute, ses paroles (304). Elle déclara à plusieurs reprises qu’elle entretenait sa vie uniquement par l’atmosphère des personnes qui l’entouraient et par leurs émanations magnétiques, qui étaient vivifiées d’une façon extraordinaire par sa présence. La voyante était très simplement un vampire magnétique, qui absorbait, en l’attirant à elle, la vie de ceux qui étaient assez robustes pour lui communiquer de leur vitalité, sous la forme de sang volatilisé. Le Dr Kerner observa que ces personnes étaient toutes plus ou moins affectées par cette perte forcée.

Grâce à ces exemples familiers de la possibilité, pour un individu, de communiquer un fluide subtil à un autre ou aux substances qu’il touche, il devient moins difficile de comprendre que, par une concentration déterminée de la volonté, un objet, d’ailleurs inerte, puisse être imprégné d’un pouvoir protecteur ou destructeur, suivant le but qu’on a en vue.

Une émanation magnétique produite inconsciemment est sûrement vaincue par une émanation plus énergique avec laquelle on la met en opposition. Mais lorsqu’une volonté intelligente et puissante dirige la force aveugle et la concentre sur un point donné, l’émanation la plus faible l’emporte souvent sur la plus forte. Une volonté humaine produit le même effet sur l’Akâsha.

Nous avons assisté un jour au Bengale (305) à une manifestation de la puissance de la volonté, qui illustre une très intéressante phase du sujet. Un adepte dans la magie fit quelques passes sur un objet d’étain commun, l’intérieur d’un couvercle de marmite, qui se trouvait à sa portée, et, tout en le regardant attentivement pendant quelques minutes, il paraissait recueillir à poignées le fluide impondérable et le répandre sur la surface du métal. Lorsque l’étain eut été exposé à la pleine lumière du jour pendant environ six secondes, la surface polie et brillante se couvrit soudain comme d’une pellicule. Bientôt des plaques plus foncées commencèrent à se montrer à la surface ; et lorsqu’au bout d’à peu près trois minutes l’objet nous fut rendu, nous y trouvâmes imprimé un tableau, ou plutôt une photographie du paysage qui s’étendait devant nous, reproduction fidèle comme la nature elle-même et parfaite de coloris. Ce tableau subsista en cet état pendant environ quarante-huit heures, puis s’effaça lentement.

Ce phénomène est facile à expliquer. La volonté de l’adepte avait condensé sur le métal une pellicule d’Akâsha, qui le rendit pour le moment sensible, comme une plaque photographique. La lumière fit le reste.

Une pareille manifestation de la puissance de la volonté pour produire des résultats objectifs physiques préparera l’étudiant à comprendre son efficacité pour la guérison des maladies, en communiquant la vertu désirée aux objets inanimés placés en contact avec le malade. Lorsque nous voyons des psychologues tels que Maudsley (306) citer, sans être contredit, les récits de quelques cures miraculeuses opérées par le père de Swedenborg, récits qui ne diffèrent guère de centaines de guérisons obtenues par d’autres « fanatiques », suivant sa propre expression, magiciens et guérisseurs naturels, et cela sans essayer d’expliquer leurs actes, mais retenant le rire devant l’intensité de leur foi, sans se demander même si le secret de ce pouvoir de guérir ne se trouve pas précisément dans l’empire que cette foi donne sur les forces occultes, nous déplorons qu’il y ait tant de savoir et si peu de philosophie en notre temps.

Certes, nous ne voyons pas que le chimiste moderne soit moins magicien que l’ancien théurgiste ou philosophe Hermétique, si ce n’est pourtant que ceux-ci, reconnaissant la dualité de la nature, avaient un champ double de celui du chimiste, pour leurs recherches expérimentales. Les anciens animaient des statues, et les Hermétistes appelaient à l’être, en les tirant des éléments, des formes de salamandres, de gnomes, d’ondines et de sylphes, qu’ils ne prétendaient pas créer, mais tout simplement rendre visibles, en tenant ouverte la porte de la nature, de sorte que, sous certaines conditions favorables, ils se montraient aux regards. Le chimiste met en contact deux éléments contenus dans l’atmosphère, et en développant en eux une force latente d’affinité, il crée un nouveau corps, l’eau. Dans les perles diaphanes et sphéroïdes qui sont nées de cette union de deux gaz naissent les germes de la vie organique, et dans leurs interstices moléculaires se dissimulent la chaleur, l’électricité et la lumière, exactement comme dans le corps humain. D’où vient cette vie dans une goutte d’eau qui vient de se former de l’union de deux gaz ? Et qu’est-ce que l’eau elle-même ? Est-ce que l’oxygène et l’hydrogène subissent quelque transformation qui oblitère leur qualité simultanément avec l’oblitération de leur forme ? Voici la réponse de la science moderne : « L’oxygène et l’hydrogène existent-ils tels quels dans l’eau, ou ont-ils été produits par quelque transformation inconnue et inconcevable de leur substance, voilà une question au sujet de laquelle nous pouvons nous livrer à des spéculations, mais sur laquelle nous n’avons aucune connaissance réelle (307) ». Sans donnée aucune sur un sujet aussi simple que la constitution moléculaire de l’eau, ou sur le problème plus profond de l’apparition de la vie en elle, et M. Maudsley ne ferait-il pas bien de donner l’exemple de son propre principe et de s’en tenir à un calme acquiescement dans l’ignorance, jusqu’à ce que la lumière se fasse (308) ?

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