QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE – partie 10
Cette doctrine de Dieu conçue comme le mental universel répandu dans toutes choses, se retrouve dans toutes les philosophies anciennes. Les données du Bouddhisme qui ne peuvent jamais être mieux comprises que lorsqu’on étudie la philosophie Pythagoricienne, leur fidèle reflet, dérivent de cette source, aussi bien que la religion de Brahma, et le Christianisme primitif. Le cours purificateur des transmigrations – les métempsychoses – quoique grossièrement anthropomorphisées plus tard, ne peuvent être considérées que comme une doctrine supplémentaire, défigurée par la Sophistique des théologiens, pour avoir une emprise plus solide sur les croyants, par une superstition populaire. Ni le Bouddha Gautama, ni Pythagore n’ont prétendu enseigner cette allégorie purement métaphysique, dans un sens littéral. Esotériquement, elle est expliquée dans le mystère du Kounboun (478), et se rapporte aux pérégrinations purement spirituelles de l’âme humaine. Ce n’est point dans la lettre morte de la littérature sacrée des Bouddhistes que les penseurs peuvent s’attendre à trouver la véritable solution de ses subtilités métaphysiques. Celles-ci fatiguent la pensée par l’inconcevable profondeur de leur raisonnement ; et l’étudiant n’est jamais plus éloigné de la vérité que lorsqu’il se croit le plus près de la découvrir. On ne peut obtenir la clé des doctrines du système embarrassant du Bouddhisme qu’en procédant strictement suivant la méthode de Pythagore et de Platon, c’est-à-dire des universaux aux particuliers. Cette clé se trouve dans les données raffinées et mystiques de l’influx spirituel de la vie divine. « Quiconque ne connaît point ma loi, dit Bouddha, et meurt dans cet état, doit retourner à la terre, jusqu’à ce qu’il devienne un parfait Samanéen. Pour atteindre ce but, il faut qu’il détruise en lui la trinité de Maya (479). Il faut qu’il éteigne ses passions ; qu’il s’unisse et s’identifie avec la loi (l’enseignement de la doctrine secrète), et qu’il comprenne la religion de l’annihilation. »
Ici l’annihilation s’applique uniquement à la matière, celle du corps visible, aussi bien que celle du corps invisible ; car l’âme astrale (périsprit) est encore de la matière, quelque subtile qu’elle soit. Le même livre dit que ce que Fo (Bouddha) entend, est que « la substance primitive est éternelle et immuable ». Sa plus haute révélation est l’éther pur, lumineux, l’espace infini, sans limites, non pas un vide résultant de l’absence de formes, mais, au contraire, la source de toutes formes et antérieure à elles. « Mais la présence même de ces formes dénote que c’est la création de Maya, et toutes ses œuvres sont comme le néant, devant l’être incréé, l’ESPRIT, dans le profond repos sacré duquel tout mouvement doit pour toujours cesser. »
Dans la philosophie Bouddhique, l’annihilation veut dire seulement une dispersion de la matière, sous quelque forme ou apparence que ce soit ; Car tout ce qui a une forme a été créé et doit, par conséquent, périr tôt ou tard ; C’est pourquoi, une chose temporaire, bien que permanente en apparence, n’est qu’une illusion, Maya ; car, comme l’éternité n’a ni commencement ni fin, la durée plus ou moins prolongée de quelque forme particulière passe, pour ainsi dire, comme un éclair. Avant que nous ayons eu le temps de nous rendre compte que nous l’avons vu, il est passé et disparu pour toujours ; Et il s’ensuit que, même notre corps astral, fait d’éther pur, n’est qu’une illusion de la matière, tant qu’il conserve sa forme terrestre. Cette dernière change, dit le Bouddhiste, suivant les mérites ou les démérites de la personne, durant sa vie, et c’est la métempsychose. Lorsque l’entité spirituelle se sépare entièrement de toute parcelle de matière, alors seulement elle entre dans l’éternel et immuable Nirvana. Elle existe en esprit, dans le néant ; en tant que forme, que figure, qu’apparence, elle est complètement annihilée, et ainsi elle ne mourra plus, car l’esprit seul n’est point Maya, mais la seule REALITE, dans un univers illusoire de formes toujours transitoires.
C’est sur cette doctrine Bouddhique que les Pythagoriciens ont basé les principaux dogmes de leur philosophie. « Cet esprit qui donne la vie et le mouvement, et tient de la nature de la lumière, disent-ils, peut-il être réduit à une non-entité ? » « Cet esprit sensible, qui, dans les bêtes, exerce la mémoire, une des facultés rationnelles, peut-il périr et être réduit à néant ? » Et Whitelock Bulstrode, dans sa remarquable défense de Pythagore, explique cette doctrine en ajoutant : « Si vous dites que les animaux exhalent leur esprit dans l’air, et qu’ils y disparaissent, c’est précisément ce que je prétends. L’air, en vérité, est l’endroit le plus convenable pour les recevoir, étant, d’après Laerce, rempli d’âmes, et, suivant Epicure, plein d’atomes, les principes de toutes choses ; car même cet espace, dans lequel nous marchons, et dans lequel les oiseaux volent, a une nature d’autant plus spirituelle qu’il est invisible, et c’est pour cela qu’il peut bien recevoir des formes, puisque les formes de tous les corps le sont aussi, et nous ne voyons ni n’entendons que leurs effets ; l’air lui-même est trop subtil, et au-dessus de la capacité du temps. Qu’est donc l’éther dans la région supérieure, et quelles sont les influences ou les formes qui en descendent ? » Les esprits des créatures, disent les Pythagoriciens, qui sont les émanations des parties les plus sublimées de l’éther, des émanations, des SOUFFLES, mais non point des formes. L’éther est incorruptible, tous les philosophes s’accordent à ce propos ; et ce qui est incorruptible loin d’être annihilé, lorsqu’il se débarrasse de la forme, a de bons droits à l’IMMORTALITE. « Mais quelle est cette chose, disent les Bouddhistes, qui n’a point de corps, point de forme ; qui est impondérable, invisible, et indivisible ; qui existe et qui n’est point ? C’est Nirvana. « Ce n’est RIEN, ce n’est pas une région, c’est plutôt un état. Dès qu’il a atteint le Nirvana, l’homme est exempt des effets des « quatre vérités » ; car un effet ne peut être produit que par une cause ; et toute cause est annihilée dans cet état.
Ces « quatre vérités » sont la base de toute la doctrine Bouddhique du Nirvana. Ce sont, dit le livre de Pradjnâ Pâramitâ (Perfection de Sagesse) : 1° l’existence de la souffrance ; 2° la production de la souffrance ; 3° l’annihilation de la souffrance ; 4° la voie pour arriver à l’annihilation de la souffrance. Quelle est la source de la souffrance ? L’existence. La naissance existant, la décrépitude et la mort s’ensuivent ; car là où il y a une forme, il y a une cause pour la douleur et la souffrance. L’esprit seul, n’a pas de forme et, par conséquent, on ne peut pas dire qu’il existe. Lorsque l’homme (l’homme éthéré, intime) parvient au point où il devient complètement spirituel, par conséquent, sans forme, il a atteint l’état de bonheur parfait. L’HOMME, en tant qu’être objectif, est annihilé, mais l’entité spirituelle, avec son existence subjective, vivra éternellement, car l’esprit est incorruptible et immortel.
C’est par l’esprit des enseignements de Bouddha et de Pythagore, que nous pouvons si aisément reconnaître l’identité de leurs doctrines. L’âme universelle, pénétrant tout, l’Anima mundi, est le Nirvana ; et le Bouddha en tant que nom générique est la monade anthropomorphisée de Pythagore. Lorsqu’il repose en Nirvana, la félicité finale, le Bouddha est la monade silencieuse, vivant dans les ténèbres et le silence ; il est aussi le Brahm sans forme, la Divinité sublime, mais inconnaissable, qui pénètre tout l’univers d’une façon invisible. Chaque fois qu’il se manifeste, désirant se faire connaître à l’humanité sous une forme intelligible pour notre esprit, que nous l’appelions un Avatar, ou un Roi Messie, ou une permutation de l’Esprit Divin, ou le Logos, ou Christos c’est tout un, c’est une seule et même chose. Dans chacun de ces cas, c’est « le Père » qui est dans le Fils, et le Fils qui est dans « le Père. » L’esprit immortel adombre l’homme mortel. Il entre en lui et pénétrant tout son être, il en fait un dieu qui descend dans son tabernacle terrestre. Chaque homme peut devenir un Bouddha, dit la doctrine. Et ainsi, à travers l’interminable série des âges, nous voyons de temps à autre des hommes réussir plus ou moins à s’unir « avec Dieu », suivant l’expression reçue, avec leur propre esprit, comme nous devrions dire. Les Bouddhistes appellent ces hommes des Arhat. Un Arhat est presqu’un Bouddha, et nul ne l’égale en science infuse, ni en pouvoirs miraculeux. Certains fakirs démontrent pratiquement cette théorie, comme l’a prouvé Jacolliot.
On reconnaît même dans les soi-disant récits fabuleux de certains livres Bouddhiques lorsqu’ils sont dépouillés de leur masque allégorique, les doctrines secrètes enseignées par Pythagore. Les livres Pali nommés les Joutakâs donnent les 550 incarnations ou métempsychoses du Bouddha. Ils racontent comment il est apparu sous chaque forme de vie animale, et comment il a animé chaque être sensible sur la terre, depuis l’insecte infinitésimal, jusqu’à l’oiseau, le mammifère et finalement l’homme, l’image microcosmique de Dieu sur terre. Cela doit-il être pris au pied de la lettre ; cela nous est-il donné comme une description des transformations réelles, et de l’existence d’un seul et même esprit immortel, divin, qui, tour à tour, a animé chaque classe d’êtres sensibles ? Ne devons-nous pas plutôt l’interpréter, avec les métaphysiciens Bouddhistes, comme signifiant que, quoique les esprits individuels humains soient innombrables, collectivement ils n’en font qu’un, de même que chaque goutte d’eau de l’Océan peut, métaphoriquement parlant, avoir une existence individuelle, et en même temps ne faire qu’un avec les autres gouttes qui forment cet Océan ; car chaque esprit humain est une étincelle de la lumière qui pénètre tout ? Que cet esprit divin anime la fleur, le fragment de granit au flanc de la montagne, le lion, l’homme ? Les hiérophantes Egyptiens, comme les Brahmanes et les Bouddhistes d’Orient, et quelques philosophes Grecs soutenaient en principe que le même esprit qui anime les parcelles de poussière, latent en elles, anime aussi l’homme, se manifestant en lui, à son plus haut état d’activité. La doctrine de réabsorption graduelle de l’âme humaine dans l’essence de l’esprit primordial, duquel elle est issue, était universelle aussi à une époque. Mais cette doctrine n’a jamais impliqué l’idée de l’anéantissement de l’ego spirituel supérieur ; seulement la dispersion des formes extérieures de l’homme, après sa mort terrestre, aussi bien que durant son séjour sur la terre. Qui nous ferait mieux connaître les mystères d’après la mort qu’à tort on suppose impénétrables, que ces hommes qui, ayant réussi par la pureté de leur vie et de leurs aspirations, à s’unir avec leur « Dieu », obtinrent quelques aperçus, bien qu’imparfaits, de la grande vérité (480) ? Et ces voyants nous racontent d’étranges histoires sur la variété des formes que prennent les âmes astrales désincarnées ; formes dont chacune est une réflexion spirituelle, mais concrète, de l’état abstrait du mental et des pensées de l’homme autrefois vivant.
Accuser la philosophie Bouddhique de rejeter un Être Suprême – Dieu et l’immortalité de l’âme, la taxer d’athéisme, en un mot, parce que d’après ses doctrines Nirvana signifie anéantissement et que Swabhâvât n’est PAS une personnalité, mais rien, est tout simplement absurde. L’En (ou Ayîn) du En Soph juif signifie également nihil ou rien, ce qui n’est pas (quo ad nos) ; pourtant, jamais il n’est venu à l’idée de quiconque d’accuser les Juifs d’athéisme. Dans les deux cas, le sens véritable du terme rien comporte l’idée que Dieu n’est pas une chose, un être concret ou visible, auquel un nom exprimant un objet quelconque connu de nous sur terre puisse convenablement être appliqué.
FIN DE LA PREMIERE PARTIE DU TOME I