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QUELQUES MYSTERES DE LA NATURE – partie 1

Ne croyez point que mes merveilles magiques soient accomplies
Avec l’aide des anges du styx évoqués de l’Enfer ;
Elles sont l’effet de la perception des pouvoirs secrets
Des sources minérales, dans la cellule intime de la nature ;
Des herbes qui forment un rideau de leurs vertes tonnelles
Et des astres mouvants au-dessus des montagnes et des tours.

LE TASSE- Chant XIV.

Mon cœur déteste à l’égal de l’Enfer
Celui qui pense une chose et en dit une autre.

HOMERE. L’Iliade (Trad. Pope).

Si l’homme cesse d’exister lorsqu’il descend dans le tombeau, vous êtes obligé d’affirmer qu’il est la seule créature existante que la nature ou la Providence aient voulu tromper et abuser en lui donnant des aptitudes pour lesquelles il n’y a point d’objet ni de but.

BULWER-LYTTON. A Strange Story.

 

La préface du dernier livre de Richard Proctor sur l’astronomie, intitulé : Our Place among Infinities, contient ces extraordinaires paroles :

« C’est leur ignorance de la place de la terre dans l’infini qui porta les anciens à considérer les corps célestes comme réglant favorablement ou défavorablement les destinées des hommes et des nations, et à dédier les jours, par série de sept, aux sept planètes de leur système astrologique. »

Dans cette phrase M. Proctor formule deux assertions distinctes : 1° Que les anciens ignoraient la place de la terre dans l’espace infini. Et 2° qu’ils considéraient les corps célestes comme réglant favorablement ou non le destin des hommes et des nations (422). Nous sommes certains qu’il y a au moins de bonnes raisons pour soupçonner que les anciens étaient au courant des notions du mouvement, de l’emplacement et des relations mutuelles des corps célestes. Les témoignages de Plutarque, du professeur Draper et de Jowett sont assez explicites. Mais nous voudrions demander à M. Proctor comment il se fait, si les anciens étaient aussi ignorants de la loi de la naissance et de la mort des mondes, que, dans les rares fragments que la main du temps a épargnés et qui nous sont parvenus, l’on trouve, bien que donnés dans un langage obscur, tant de renseignements reconnus exacts à la suite des dernières découvertes de la science ? En commençant par la dixième page de l’ouvrage en question, M. Proctor esquisse une théorie de la formation de la terre et des changements successifs par lesquels elle a passé avant de devenir habitable pour l’homme. Il peint avec de vives couleurs la condensation graduelle de la matière cosmique, en sphères gazeuses revêtues d’une « coque liquide non permanente » ; leur condensation et la solidification définitive de la croûte extérieure ; le lent refroidissement de la masse ; les résultats chimiques qui accompagnent l’action de l’intense chaleur sur la matière terrestre primitive ; la formation des terrains et leur distribution ; les changements dans la constitution de l’atmosphère ; l’apparition de la végétation et de la vie animale ; et enfin l’avènement de l’homme.

Or, reportons-nous aux plus anciennes écritures que nous ont léguées les Chaldéens, le Livre hermétique des Nombres (423), et voyons ce que nous trouverons dans le langage allégorique d’Hermès, Kadmus ou Thuti, le trois fois grand Trismegiste. « Au commencement des temps, le Grand invisible avait les mains pleines de matière céleste, qu’il répandit à travers l’infini ; ô prodige ! Voilà qu’elle devint des boules de feu et des boules de limon ; et elle s’éparpilla, comme le métal mouvant (le mercure), en une foule de petites boules et elles commencèrent à tourner sans cesse. Quelques-unes, qui étaient des boules de feu, se transformèrent en boules de terre ; et les boules de terre se transformèrent en boules de feu ; les boules de feu attendaient le moment de devenir des boules de terre ; et les autres leur portaient envie, en attendant de devenir des globes de pur feu divin. ».

Pourrait-on exiger une définition plus claire des changements cosmiques, que M. Proctor expose avec tant d’élégance ?

Nous y trouvons la distribution de la matière dans l’espace ; puis sa concentration sous forme de sphère ; la séparation des sphères plus petites se détachant des plus grandes ; la rotation axiale, le changement graduel des globes, de l’état incandescent à la consistance terrestre ; et finalement la perte totale de chaleur, qui marque leur entrée dans la phase de mort planétaire. Le changement des boules de terre en boules de feu serait, pour les matérialistes, un phénomène comme celui de l’incandescence subite d’une étoile dans Cassiopée, en 1572, et d’une autre, dans Serpentaire, en 1604, qui fut notée par Kepler. Mais les Chaldéens, dans cet exposé, donnent-ils des preuves d’une philosophie plus profonde que celle de nos jours ? Ce changement en globes de « pur feu divin » signifie-t-il une existence planétaire continue, correspondant à la vie spirituelle de l’homme, après le redoutable mystère de la mort ? Si, comme nous le disent les astronomes, les mondes ont leurs périodes embryonnaires, d’enfance, d’adolescence, de maturité, de décadence et de mort, ne peuvent-ils, comme l’homme, continuer leur existence sous une forme sublimée, éthérée ou spirituelle ? Les mages l’affirment. Ils nous disent que la Terre, mère féconde, est sujette aux mêmes lois que chacun de ses enfants. Au temps fixé pour elle, elle enfante toutes les choses créées ; dans la plénitude de ses jours, elle descend dans le tombeau des mondes. Son corps grossier, matériel, se sépare lentement de ses atomes, en vertu de la loi inexorable, qui exige leur arrangement nouveau en combinaisons différentes. Son esprit vivifiant, perfectionné, obéit de son côté à l’attraction éternelle, qui l’entraîne vers le soleil spirituel central, d’où il est originairement sorti, et que nous connaissons vaguement sous le nom de DIEU.

« Et le ciel était visible en sept cercles, et les planètes apparurent avec tous les signes, sous forme d’étoiles, et les étoiles furent divisées et comptées avec leurs régents, et leur cours rotatoire fut limité par l’air, et entraîné dans une orbite circulaire par l’action de l’ESPRIT divin (424). »

Nous mettons quiconque au défi d’indiquer un seul passage, dans l’œuvre d’Hermès, qui puisse le faire accuser d’avoir jamais admis cette énorme absurdité de l’Eglise Romaine, qui prétend, d’après la théorie du système géocentrique, que les corps célestes ont été créés pour notre usage et notre plaisir, et qu’il valait la peine pour le fils unique de Dieu de descendre sur ce fragment cosmique, et d’y mourir en expiation de nos péchés ! M. Proctor nous parle d’une enveloppe non permanente de matière fluide, enfermant un « océan plastique visqueux », dans lequel « se trouve un autre globe solide en rotation. » Nous, de notre côté, prenant le livre : Magia Adamica d’Eugenius Philalethes (Thomas Vaughan), publié en 1650, nous trouvons à la page 12, cette citation de Trismégiste : « Hermes affirme qu’au Commencement la terre était un marécage, une sorte de boue liquide, faite d’eau congelée, par l’incubation et la chaleur de l’esprit divin ; cum adhuc Terra tremula esset, Lucente sole compacta esto.« 

Dans le même ouvrage, Philalethes (Thomas Vaughan), parlant toujours dans son langage étrange et symbolique, dit : « La terre est invisible… sur mon âme elle l’est, et qui -plus est, l’œil de l’homme n’a jamais vu la terre, et elle ne peut point être vue sans le secours de l’art. Faire cet élément invisible est le plus grand secret de la magie… quant à ce corps féculent et grossier, sur lequel nous marchons, c’est un composé, et non point de la terre, mais il y a de la terre en lui… en un mot, tous les éléments sont visibles, sauf un, c’est-à-dire la terre et lorsque tu auras atteint un degré de perfection suffisant, pour savoir pourquoi Dieu a placé la terre in abscondito (425), tu auras une excellente figure pour connaître Dieu lui-même, et comment il est visible, et comment il est invisible (426a) (426b). »

Des centaines d’années avant que nos savants du XIXème siècle vinssent au monde, un sage de l’Orient s’exprimait comme suit, en s’adressant à la Divinité Invisible : « Car Ta Main Toute puissante qui fit le Monde d’une matière sans forme (427). »

Il y a dans cette expression, plus de choses que nous ne voulons en indiquer ; mais nous dirons que le secret qu’elle renferme vaut la peine d’être scruté ; peut-être dans cette matière informe, la terre pré-Adamique, il y a-t-il une « puissance », avec laquelle MM. Tyndall et Huxley seraient bien aisé de faire connaissance.

Mais pour descendre des universaux aux particuliers, de l’ancienne théorie de l’évolution planétaire à l’évolution de la vie animale et végétale, en tant qu’opposée à la théorie de création spéciale, comment M. Proctor appellera-t-il le langage d’Hermès dans le passage suivant, s’il n’y voit pas une anticipation de la théorie moderne de l’évolution des espèces ? « Lorsque Dieu eut rempli ses puissantes mains de toutes les choses qui sont dans la nature, et dans ce qui l’entoure, les fermant de nouveau, il dit : Reçois de moi, ô terre sacrée, qui est destinée à être la mère de tout, afin que tu n’aies besoin de rien. Et alors ouvrant ces mains, telles qu’il convient à un Dieu d’en avoir, il répandit sur elle tout ce qu’il était nécessaire pour la constitution des choses. » Nous y voyons la matière primitive investie « de la promesse et de la puissance de produire toute forme future de vie », et la terre déclarée prédestinée à être la mère de tout ce qui jaillira désormais de son sein.

Plus explicite encore est le langage de Marcus Antoninus, dans son entretien avec lui-même. « La nature de l’Univers ne se complaît à rien, autant qu’à modifier les choses, et à les présenter sous une autre forme. Son idée est de jouer un jeu, et d’en commencer un autre. La matière est placée devant elle, comme un morceau de cire, et elle la pétrit et lui donne toute sorte de formes et de figures. Maintenant elle en fait un oiseau, et ensuite, de l’oiseau elle forme une bête, et d’autres fois une fleur, et puis une grenouille, et elle est satisfaite de ses opérations magiques, comme les hommes le sont de leurs propres fantaisies (428). »

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