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Que rien de ce qui existe véritablement ne se perd

Que rien de ce qui existe véritablement ne se perd, mais que c’est par erreur que l’on appelle les changements morts et anéantissement.

  1. Hermès : Parlons maintenant, mon fils, de l’âme et du corps, de la façon dont l’âme est immortelle et de la nature de la force de cohésion et de dissolution du corps.
  2. Car la mort n’a rien à voir avec ces choses ! La mort, la mortalité, n’est qu’une fiction, un concept découlant du mot immortalité, dont on a laissé tomber la première syllabe. Ainsi donc, de mortalité, il n’est plus question.
  3. Car la mort est anéantissement : or rien de ce qui est dans le monde n’est anéanti. En effet, le monde est le deuxième Dieu, un être immortel, il est exclu que la petite partie de cet être immortel périsse : tout dans le monde fait partie du monde et surtout l’homme, l’être pourvu d’intelligence.
  4. En vérité, en premier et au-dessus de tout est Dieu : l’Éternel, le Non-créé, le Créateur de toute chose ; le deuxième Dieu, le Monde, est créé par lui à sa ressemblance, entretenu et nourri par lui, doté d’immortalité puisque ceux qui sont issus du Père éternel possèdent la vie éternelle en tant que créatures immortelles.
  5. Il faut bien distinguer la vie éternelle de ce qu’est l’Éternel. En effet, l’Éternel n’est pas issu d’un autre être. Et se serait-il formé, ce serait de lui-même. Il ne s’est jamais formé mais se crée lui-même dans un éternel devenir. Ainsi l’univers est-il éternellement vivant de par l’Éternel, mais le Père est éternel de par lui-même : le monde est donc éternellement vivant et divin grâce au Père.
  6. De toute la substance matérielle à cela destinée, le Père façonna le corps du Monde ; il lui donna une forme sphérique, détermina les qualités dont il l’orna, et lui conféra une matérialité éternelle puisque la substance matérielle était divine.
  7. En outre, après que le Père eut répandu les qualités des espèces dans la sphère, il les enferma comme dans une caverne, voulant orner sa création de toutes les qualités.
  8. Il enveloppa d’éternité le corps entier de la terre pour que la substance matérielle ne retournât pas au chaos qui lui est propre, au cas où elle voudrait rompre avec la force de cohésion du corps.
  9. Lorsque la substance matérielle ne formait pas un corps, mon fils, elle était désordonnée. Et elle en possède toujours quelques traces dans son pouvoir de croître et décroître que l’homme appelle la mort.
  10. Ce désordre, ce retour au chaos, ne se produit que chez les créatures terrestres ? Les corps des êtres célestes gardent l’ordre unique que le Père leur a donné dès l’origine ; et cet ordre est maintenu indestructible par le retour d’eux à l’état de perfection.
  11. Le retour des corps terrestres dans leur état précédent consiste dans la dissolution de la force de cohésion, force qui retourne aux corps indestructibles, c’est-à-dire aux corps immortels. Ainsi y a-t-il perte de la conscience sensorielle mais non destruction des corps.
  12. Le troisième être vivant, l’homme, formé à l’image du monde, qui à la différence des autres animaux possède l’intelligence selon la volonté du Père, n’est pas seulement lié par affinité au deuxième Dieu, mais approche aussi en une contemplation intérieure, l’être du premier Dieu : car il perçoit le deuxième Dieu avec les sens comme être corporel, tandis que sa vision intérieure lui fait connaître le premier Dieu comme être incorporel, comme esprit, comme le bien.
  13. Tat : Cet être vivant n’est donc pas anéanti ?
  14. Hermès : Que tes paroles soient bonheur et joie, mon fils, et comprends ce qu’est Dieu, ce qu’est le monde, ce qu’est un être immortel et ce qu’est un être soumis à la dissolution ; et vois : le monde, né de Dieu ; et Dieu, la source du tout, tient tout enfermé en lui et garde tout en lui.