PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES – partie 9
Les philosophes, et en particulier ceux qui étaient initiés aux Mystères, soutenaient que l’âme astrale est le duplicata impalpable de la forme extérieure grossière, que nous appelons le corps. C’est le périsprit d’Allan Kardec, et la forme spirituelle des spirites. Au-dessus de ce double interne, et l’illuminant comme un chaud rayon de soleil éclaire la terre, dans laquelle il fait fructifier le germe, dont il appelle à la vie spirituelle les qualités latentes qui y dorment, plane l’esprit divin. Le périsprit astral est contenu et confiné dans le corps physique, comme l’éther dans un flacon, ou le magnétisme dans le fer aimanté. C’est un centre et un moteur de force alimenté par les réserves universelles de force, et mis en mouvement par les mêmes lois générales qui emplissent la nature, et produisent tous les phénomènes cosmiques. Son activité inhérente occasionne les incessantes opérations physiques de l’organisme animal, et comme résultat final, sa destruction par usure et son propre départ. Il est le prisonnier, et non point l’habitant volontaire du corps. Il a un penchant si marqué pour la force extérieure universelle, qu’après avoir usé son enveloppe, il en sort pour aller vers elle. Plus l’enveloppe corporelle qui l’enserre est robuste, grossière et matérielle, et plus longue la durée de l’emprisonnement. Quelques personnes naissent avec des organisations si exceptionnelles, que la barrière qui empêche toute communication avec le monde de la lumière astrale, peut être facilement levée pour eux, si bien que leurs âmes peuvent voir ce monde, et même y passer, et en revenir. Celles qui le font consciemment et à volonté sont appelées magiciens, hiérophantes, voyants, adeptes ; celles qui le font, soit par le fluide d’un magnétiseur, soit par les « esprits », sont des « médiums ». L’âme astrale, une fois la barrière ouverte, est si puissamment attirée par l’aimant astral universel, que, quelquefois, elle entraîne avec elle son enveloppe, qu’elle tient ainsi suspendue en l’air, jusqu’à ce que le poids de la matière l’emporte de nouveau, et que le corps redescende sur la terre.
Chaque manifestation objective, qu’elle consiste dans le mouvement d’un membre ou dans celui de quelque corps inorganique, exige deux conditions : volonté et force – plus la matière, ou ce qui rend visible à nos yeux l’objet mû de la sorte ; Et ces trois facteurs sont tous des forces convertibles, et constituent la corrélation des forces des savants. Elles sont à leur tour dirigées, ou plutôt adombrées par l’intelligence Divine, que ces hommes ignorent si soigneusement, mais sans laquelle le plus léger mouvement du plus humble vermisseau ne pourrait avoir lieu. Le plus simple comme le plus commun de tous les phénomènes – le bruissement des feuilles qui tremblent au léger contact de la brise – exige un constant exercice de ces facultés. Les savants peuvent bien les nommer lois cosmiques, immuables et fixes. Mais au-delà de ces lois, il nous faut chercher la cause intelligente qui, les ayant créées et mises en action, leur a infusé l’essence de sa propre conscience. Que nous la nommions Cause première, volonté universelle, ou Dieu, elle doit toujours produire de l’intelligence.
Et maintenant, qu’il nous soit permis de demander comment une volonté peut se manifester à la fois d’une façon intelligente et inconsciente ? Il est difficile, sinon impossible, de concevoir l’intellection séparée de la conscience. Par conscience, nous n’entendons pas nécessairement une conscience physique ou corporelle. La conscience est une qualité du principe qui sent, ou, en d’autres termes, de l’âme ; Et souvent celle-ci déploie une grande activité, même quand le corps sommeille, ou lorsqu’il est paralysé. Lorsque nous levons machinalement le bras, nous pouvons croire que nous le faisons inconsciemment, parce que nos sens superficiels ne peuvent apprécier l’intervalle entre le projet et son exécution. Toute latente qu’elle soit pour nous, notre volonté vigilante a émis une force, et mis la matière en mouvement. Il n’y a rien dans la nature du plus banal des phénomènes médiumniques pour rendre plausible la théorie de M. Cox. Si l’intelligence manifestée par cette force n’est pas une preuve qu’elle appartient à un esprit désincarné, elle démontre encore moins qu’elle est sortie inconsciemment du médium ; M. Crookes lui-même nous parle de cas où l’intelligence n’aurait pu venir de personne dans la pièce, comme dans l’exemple où le mot however, caché par son doigt, et qu’il ignorait lui-même, fut correctement écrit par la planchette (333). Il n’y a pas d’explication : la seule hypothèse admissible, si nous excluons l’intervention du pouvoir d’un esprit, est que la faculté de clairvoyance était mise en jeu. Mais les savants n’admettent pas la clairvoyance ; et si, pour échapper à la désagréable alternative d’attribuer les phénomènes à une cause spirite, ils nous accordent la clairvoyance, il leur faut soit accepter l’explication cabalistique de cette faculté, soit réussir ce que jusqu’à présent on n’a pu faire, présenter une théorie nouvelle qui cadre avec ces faits.
De plus, si pour les besoins de l’argumentation, on admettait que, dans le cas de M. Crookes, le mot however a pu être lu grâce à la clairvoyance, que dira-t-on des communications médiumniques ayant un caractère prophétique ? Y a-t-il une théorie de l’impulsion médiumnique, qui explique l’aptitude à prédire des événements qui échappent aux connaissances possibles tant de celui qui parle, que de celui qui écoute ? M. Cox devra essayer encore.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, la force psychique moderne, et les fluides oraculaires de l’antiquité, terrestres ou sidéraux, sont identiques, en essence – simplement une force aveugle. Tel est l’air. Et tandis que, dans un dialogue, les ondes sonores produites par la conversation des interlocuteurs affectent le même air, cela n’implique aucun doute sur la présence de deux personnes qui conversent. Est-il raisonnable de dire que, lorsqu’un agent commun est employé par un médium et un « esprit », pour communiquer, il ne doit y avoir qu’une seule intelligence à manifester. Comme l’air est nécessaire pour l’échange mutuel des sons, de même certains courants de lumière astrale, ou éther, dirigés par une Intelligence, sont nécessaires pour la production des phénomènes dits spirites. Mettez deux interlocuteurs dans une machine pneumatique vide d’air, et, s’ils pouvaient y vivre, leurs paroles resteraient des pensées inarticulées, car il n’y aurait point d’air en vibration, et, par conséquent, pas d’ondes pour arriver à leurs oreilles. Mettez le médium le plus doué dans une atmosphère isolante, comme celle qu’un puissant magnétiseur familiarisé avec les propriétés de l’agent magique peut créer autour de lui, et aucune manifestation n’aura lieu, jusqu’à ce qu’une intelligence opposée, plus puissante que la volonté du magnétiseur, domine cette dernière, et mette fin à l’inertie astrale.
Les anciens distinguaient parfaitement entre une force aveugle agissant spontanément, et cette même force dirigée par une intelligence.
Plutarque, prêtre d’Apollon, en parlant des vapeurs oraculaires, qui n’étaient qu’un gaz souterrain imprégné de propriétés magnétiques enivrantes montre que leur nature était double, lorsqu’il leur adresse ces paroles : « Qui es-tu ? sans un Dieu qui t’a créé et qui te donne l’existence ? Sans un daïmon (esprit) qui, agissant aux ordres de Dieu, te dirige et te gouverne ? Tu ne peux rien, et tu n’es rien qu’un vain souffle ». Ainsi, sans l’âme ou l’intelligence qui l’habite, la force psychique ne serait qu’un « vain souffle. »
Aristote soutient que ce gaz ou émanation astrale s’échappant de l’intérieur de la terre est la seule cause suffisante, opérant du dedans au dehors, pour vivifier toute plante ou être vivant, sur la croûte extérieure. Répondant aux négateurs sceptiques de son siècle, Ciceron animé d’une juste indignation s’écrie : « Et que peut-il y avoir de plus divin que les émanations de la terre qui affectent l’âme humaine pour lui faire prédire l’avenir ? La main du temps pourrait-elle dissiper cette vertu ? Croyez-vous parler d’un vin ou d’une viande salée (334) ». Est-ce que nos modernes ont la prétention d’être plus sages que Ciceron pour affirmer que cette force s’est évaporée et que les sources prophétiques sont taries ?
Tous les prophètes de l’antiquité – sensitifs inspirés – émettaient disait-on leurs prédictions dans les mêmes conditions, soit sous l’influence d’une impulsion directe de l’émanation astrale, soit sous l’action d’une vapeur humide s’exhalant de la terre. C’est cette matière astrale qui sert d’enveloppe temporaire aux âmes qui se forment dans cette lumière. Cornélius Agrippa exprime les mêmes idées quant à la nature de ces fantômes en disant qu’elle est humide. « In spirito turbido HUMIDOQUE (335) ».
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