PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES – partie 8
Le professeur Sterry Hunt dit, dans une de ses conférences (328) : « Les alchimistes cherchaient en vain un dissolvant universel ; mais nous savons aujourd’hui que l’eau aidée en certains cas, par la chaleur, la pression, ou l’addition de certaines substances largement répandues, telles que l’acide carbonique, les carbonates et les sulfures alcalins, dissout les corps les plus insolubles ; de sorte qu’elle, pourrait, après tout, être considérée comme l’alkahest, ou le dissolvant universel tant cherché ».
Cela ressemble fort à une paraphrase de Van Helmont ou de Paracelse lui-même ! Ils connaissaient aussi bien que les chimistes modernes les propriétés dissolvantes de l’eau, et qui plus est, ils ne s’en cachaient pas ; ce qui prouve que, pour eux, ce n’était pas leur solvant universel. Beaucoup de commentaires et de critiques de leurs ouvrages existent encore et il n’y a guère d’ouvrage sur la question où on ne trouve au moins une de leurs propositions, dont ils n’ont jamais cherché à faire un mystère. Voici ce que nous lisons dans un ancien livre sur les alchimistes – une satire en plus – de 1820, écrite au commencement du siècle, c’est-à-dire, à une époque où les nouvelles théories sur la puissance chimique de l’eau étaient à peine à l’état d’embryon.
« Une chose contribuera peut-être à jeter un certain jour sur la question, c’est que Van Helmont, aussi bien que Paracelse considéraient l’eau comme l’instrument (l’agent) universel de la chimie – et de la philosophie naturelle ; et la terre, comme la base immuable de toutes choses – que le feu était considéré comme la cause suffisante de toutes choses – que les empreintes séminales étaient comprises dans le mécanisme de la terre – que l’eau, en dissolvant cette terre, et, en fermentant avec elle à l’aide du feu produit toutes choses ; et que de là proviennent les règnes animal, végétal et minéral (329). »
Les alchimistes comprennent parfaitement le pouvoir universel de l’eau. Dans les œuvres de Paracelse, de Van Helmont, de Philalèthes (Thomas Vaughan), de Pantatem, de Tachenius, et même de Boyle, « la grande caractéristique de l’alkahest de dissoudre et de modifier tous les corps sublunaires, l’eau seule exceptée » , est très explicitement exprimée. Faut-il croire que Van Helmont, dont le caractère privé était irréprochable, et dont le grand savoir était universellement, reconnu, ait solennellement déclaré qu’il était en possession du secret, si ce n’était que vantardise (330) ?
Dans un discours prononcé dernièrement à Nashville (Tennessee), le professeur Huxley pose une règle relative à la validité du témoignage humain comme base de l’histoire et de la science, que nous sommes tous prêts à appliquer au cas présent. « Il est impossible, dit-il, que notre vie pratique ne soit pas plus ou moins influencée par les idées que nous nous faisons sur l’histoire passée des choses. L’une d’elles est le témoignage humain sous ses différentes formes, toutes les attestations des témoins oculaires, la transmission par la bouche même de ceux qui ont assisté aux événements, le témoignage de ceux qui ont consigné leurs impressions par l’écrit ou l’imprimé… En lisant les Commentaires de Jules Cesar, dans tous les passages où il raconte ses batailles avec les Gaulois, on se fie, dans une certaine mesure à ses dires. On accepte son témoignage. On est convaincu que César n’aurait pas fait ces déclarations, s’il n’était pas persuadé de leur exactitude. »
Eh bien, nous ne saurions logiquement admettre que la règle philosophique de M. Huxley soit appliquée d’une manière partiale à Jules Cesar. Ou ce personnage était naturellement véridique, ou naturellement menteur ; Et puisque M. Huxley a réglé ce point à sa propre satisfaction, en ce qui concerne les faits militaires historiques, nous prétendons que Jules Cesar est aussi un témoin compétent et digne de foi, pour les augures, les devins et les faits psychologiques. Il en est de même d’Herodote et des autres autorités antiques qui, à moins d’être, par leur nature même, dignes de foi, ne devraient pas inspirer confiance, même pour les affaires civiles ou militaires. Falsus in uno, falsus in omnibus. Et, par conséquent, si nous pouvons nous fier à eux, au sujet des choses physiques, nous devons aussi le faire pour les choses spirituelles ; car suivant le professeur Huxley la nature humaine était la même dans les temps anciens qu’elle l’est de nos jours. Les hommes d’intellect et de conscience d’alors ne mentaient pas pour le plaisir de tromper ou de mystifier la postérité.
La probabilité que de tels hommes aient dénaturé les faits étant ainsi nettement écartés par un homme de science, nous ne voyons pas la nécessité de discuter ce point quant à Van Helmont et son illustre, mais malheureux maître, le tant décrié Paracelse. Deleuze tout en signalant dans les œuvres de Van Helmont beaucoup d’idées mythiques et illusoires – peut-être uniquement parce qu’il ne les comprenait pas – lui reconnaît néanmoins une vaste science, un « jugement pénétrant », et il dit en même temps qu’il a donné au monde de « grandes vérités ». « Il fut le premier, ajoute-t-il, à donner le nom de gaz aux fluides éthérés. Sans lui, il est probable que l’acier n’eut pas donné une nouvelle impulsion à la science (331). » Quelle doctrine des probabilités faut-il appliquer pour nous rendre compte que des expérimentateurs capables de résoudre et de recombiner des substances chimiques, ainsi qu’on admet qu’ils ont fait, aient ignoré la nature des corps élémentaires, leurs énergies de combinaison, et le ou les dissolvants qui les désagrègent quand on le veut ?
Ce serait tout différent si ce n’était que des théoriciens, et notre argument perdrait de sa force ; mais les découvertes chimiques qui leur sont reconnues à regret, de l’aveu même de leurs plus cruels ennemis, nous donnent le droit de tenir un langage beaucoup plus énergique que celui que nous avons employé, dans la crainte d’être taxés de partialité. Et comme cet ouvrage est du reste basé sur l’idée qu’il existe une nature plus élevée chez l’homme, et que ses facultés morales et intellectuelles devraient être appréciées psychologiquement, nous n’hésitons pas à affirmer que, puisque Van Helmont a « solennellement » déclaré qu’il connaissait le secret de l’alkahest, aucun critique moderne n’a le droit de le traiter de menteur ou de visionnaire, avant de savoir quelque chose de plus certain sur la nature de ce menstruum universel allégué.
« Les faits sont têtus », remarque M. A.-R. Wallace, dans sa préface de Miracles and Modern Spiritualism (332). C’est pour cela que, comme les faits doivent être nos plus puissants alliés, nous apporterons tous ceux que les « miracles » de l’antiquité et des temps modernes nous fourniront. Les auteurs de Unseen Universe ont démontré scientifiquement la possibilité de certains prétendus phénomènes psychologiques, au moyen de l’éther universel. Wallace a prouvé que le catalogue entier des allégations contraires, y compris les sophismes de Hume, sont indéfendables en face de la stricte logique. M. Crookes a offert au monde des sceptiques ses propres expériences qui durèrent plus de trois ans avant qu’il ne fût convaincu par la preuve la plus indiscutable, celle de ses propres sens. On pourrait dresser une liste de savants, qui ont témoigné dans ce sens. Et Camille Flammarion, le réputé astronome français, auteur de beaucoup d’ouvrages qui, aux yeux des sceptiques, le feront classer parmi les « dupes », avec Wallace, Crookes et Hare, confirme nos paroles dans le passage suivant :
« Je n’hésite pas à affirmer ma conviction basée sur un examen personnel de la question, que tout savant qui déclare impossibles les phénomènes dénommés magnétiques, somnambuliques, médiumniques et autres inexpliqués par la science, parle sans savoir ce dont il parle ; tout homme habitué aux observations scientifiques, s’il n’est pas prévenu par une opinion préconçue, et si sa lucidité mentale n’est pas obscurcie par une illusion contraire, malheureusement trop commune dans le monde de la science, qui consiste à imaginer que toutes les lois de la nature nous sont déjà connues, et que tout ce qui dépasse les limites de nos formules actuelles est impossible, un tel homme est en droit d’exiger une certitude radicale et absolue de la réalité des faits auxquels il est fait allusion. »
Dans Notes of an Enquiry into the Phenomena called spiritual, à la page 101, M. Crookes cite M. Sergeant Cox qui, après avoir donné à cette force inconnue le nom de psychique, l’explique en ces termes : « Comme l’organisme est lui-même dans sa structure mue et dirigé par une force qui est ou qui n’est pas contrôlée par l’âme, l’esprit, ou le mental, qui constitue l’être individuel que nous appelons « l’homme », on est de même en droit de conclure que la force qui est la cause des mouvements, en dehors des limites du corps, est la même que celle qui produit le mouvement en dedans de ces mêmes limites. Et comme la force extérieure est souvent dirigée par l’intelligence, c’est une conclusion également raisonnable que l’intelligence directrice de cette force extérieure est la même que celle qui dirige la force intérieurement ».
Pour mieux comprendre cette théorie, nous la diviserons en quatre propositions, pour montrer ce que croit M. Sergeant Cox :
- Que la force qui produit les phénomènes physiques provient du médium (et par conséquent est engendrée en lui).
- Que l’intelligence, qui dirige la force pour la production des phénomènes (a), peut quelquefois être différente de celle du médium ; mais la « preuve » de ce fait est « insuffisante », et par conséquent (b) il est probable que l’intelligence dirigeante est celle du médium lui-même. M. Cox appelle cela une « conclusion raisonnable ».
- Que la force qui fait mouvoir la table est identique à celle qui fait mouvoir le corps du médium lui-même.
- Il combat énergiquement la théorie ou plutôt l’affirmation spirite, que les « esprits des morts sont les seuls agents de la production de tous les phénomènes ».
Avant de poursuivre notre analyse de ces idées, nous devons rappeler au lecteur que nous nous trouvons placé entre les deux extrêmes, représentés par deux partis – les croyants et les incroyants à cette intervention d’esprits humains. Aucun des deux ne paraît en mesure de trancher la question posée par M. Cox : car, tandis que les spirites se montrent tellement gobeurs dans leurs crédulité, qu’ils en sont arrivés à croire que tout bruit et tout mouvement dans une séance est produit par des êtres humains désincarnés, leurs antagonistes nient dogmatiquement que rien ne peut être produit par des « esprits », parce qu’il n’y en a pas. Par conséquent ni les uns ni les autres ne se trouvent en situation d’examiner la question sans parti pris.
S’ils considèrent la force « qui produit le mouvement dans le corps », et celle qui « occasionne les mouvements en dehors des limites du corps » comme étant de même essence, ils peuvent être dans le vrai. Mais là s’arrête l’identité de ces deux forces. Le principe de vie qui anime le corps de M. Cox est de la même nature évidemment que celui de son médium ; et cependant il n’est pas le médium, pas plus que celui-ci n’est M. Cox.
Cette force que, pour plaire à M. Cox et à M. Crookes, nous pouvons tout aussi bien nommer psychique qu’autrement, procède par et non point du médium individuel. Si elle procédait de lui, elle serait engendrée en lui, et nous sommes prêts à montrer qu’il ne peut pas plus en être ainsi, dans les cas de lévitation des corps humains, de déplacement de meubles ou autres objets, sans contact, que dans les cas où cette force fait preuve de raison et d’intelligence. C’est un fait bien connu des médiums et des spirites que, plus le médium est passif meilleure est la manifestation ; Et, chacun des phénomènes en question exige une volonté consciente pré-déterminée. Dans les cas de lévitation, il nous faudra admettre que cette force autogénérée soulèverait la masse inerte, la dirigerait en l’air, et la redescendrait, en évitant les obstacles, et par conséquent, en faisant preuve d’intelligence, tout en agissant d’une façon automatique, le médium restant tout le temps passif. S’il en était ainsi, le médium serait un magicien conscient, et toute prétention à n’être qu’un instrument passif entre les mains d’intelligences invisibles serait inutile. Autant soutenir qu’une quantité suffisante de vapeur pour remplir une chaudière sans la faire éclater la ferait s’élever dans les airs ; ou qu’une bouteille de Leyde, chargée d’électricité, pourrait triompher de l’inertie de cette bouteille ou autre absurdité mécanique. Toutes les analogies semblent indiquer que la force qui agit en présence du médium sur des objets extérieurs provient d’une source qui est derrière le médium lui-même. Nous pourrions la comparer à l’hydrogène qui a raison de l’inertie du ballon. Le gaz, sous la direction d’une intelligence, s’accumule dans le récipient en volume suffisant pour vaincre l’attraction de la masse d’ensemble. C’est d’après le même principe que cette force fait mouvoir les meubles et accomplit d’autres manifestations : et bien qu’identique, dans son essence, avec l’esprit astral du médium, cela ne peut être uniquement son esprit, parce que celui-ci demeure dans une sorte de torpeur cataleptique lorsque la médiumnité est authentique. Donc la première des assertions de M. Cox paraît fondée sur une hypothèse mécaniquement insoutenable. Comme de juste, notre argumentation part de l’hypothèse que le cas de lévitation est un fait bien observé. La théorie de la force psychique pour être parfaite, doit pouvoir expliquer tous les « mouvements visibles… des substances solides », et la lévitation en fait partie.
Quant au second point, nous nions que « la preuve soit insuffisante » que la force qui produit les phénomènes est quelquefois dirigée par d’autres intelligences que le mental du « psychique ». Au contraire, il y a une telle abondance de témoignages pour montrer que l’intelligence du médium, dans la majorité des cas, n’a rien à voir avec les phénomènes, que nous ne pouvons laisser l’assertion de M. Cox sans la relever.
Nous envisageons sa troisième proposition comme également illogique ; car, si le corps du médium n’est pas le générateur, mais simplement le canal de la force qui produit les phénomènes – question sur laquelle les recherches de M. Cox ne jettent aucune lumière – il ne s’ensuit pas que, parce que « l’âme, l’esprit ou le mental » du médium dirigent son organisme, ce soit « l’âme, l’esprit ou le mental » du médium qui soulève une chaise, ou frappe des coups correspondant aux lettres de l’alphabet.
Quant à la quatrième proposition, savoir que « les esprits des morts sont les seuls agents dans la production de tous les phénomènes », nous n’avons pas besoin de nous en occuper pour le moment, parce que nous traitons longuement, dans d’autres chapitres, la nature des esprits qui produisent les manifestations médiumniques.
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