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PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES – partie 6

Dans son charmant livre intitulé The soul of Things (L’âme des choses) le professeur Denton (312) (géologue) entre, avec grands détails, dans la discussion de cette question. Il donne une multitude d’exemples du pouvoir psychométrique, que Mrs. Denton possède à un degré très marqué. Un fragment de la maison de Ciceron à Tusculum, lui permit de décrire, sans avoir la moindre connaissance de la nature de l’objet qu’on plaçait sur son front, non seulement l’emplacement du grand orateur romain, mais encore ce qui se rapportait au précédent propriétaire de la maison, Cornelius Sulla Felix, habituellement connu comme Sulla le dictateur. Un fragment de marbre de l’ancienne Eglise Chrétienne de Smyrne fit apparaître devant elle l’assemblée des fidèles et les prêtres officiant. Des fragments apportés de Ninive, de Chine, de Jérusalem, de Grèce, du mont Ararat et d’autres endroits, lui représentèrent des scènes de la vie de personnages divers dont les cendres ont disparu depuis des milliers d’années. Dans bien des cas, M. Denton vérifia ces renseignements, annales historiques en main. Mieux que cela, un morceau de squelette ou de dent de quelque animal antédiluvien permit à la voyante d’apercevoir la créature, telle qu’elle était de son vivant, et même de vivre pendant quelques instants, de sa vie, et d’éprouver ses sensations. Devant l’enquête du psychomètre, les replis les plus cachés du domaine de la nature dévoilent leurs secrets ; et les événements des époques les plus reculées rivalisent d’éclat, d’impression avec les circonstances passagères d’hier.

L’auteur dit dans le même ouvrage : « Pas une feuille ne tremble, pas un insecte ne rampe, pas une vague ne se meut, sans que chacun de ces mouvements ne soit enregistré par mille scribes fidèles, dans des écrits infaillibles et indélébiles. Et cela est vrai de tous temps. Dès l’aurore de ce globe naissant, lorsqu’un rideau de vapeurs flottait encore autour de son berceau, jusqu’à ce jour, la nature n’a cessé de photographier toute chose. Quelle galerie de tableaux que la sienne !

Il nous semble impossible d’imaginer que les scènes qui ont eu lieu dans l’ancienne Thèbes ou dans quelque temple des temps préhistoriques ne soient photographiées que sur la substance de certains atomes. Les images des événements sont incrustées dans ce milieu universel, pénétrant tout, et conservant tout, que les philosophes nomment « l’Âme du Monde », et que M. Denton qualifie « d’Âme des Choses ». Le psychomètre, en appliquant un fragment d’une substance à son front, met son soi intérieur en relation avec l’âme intime de l’objet qu’il manie. Il est maintenant admis que l’Æther universel interpénètre toutes choses dans la nature, même les plus denses. On commence à admettre aussi qu’il conserve les images de toutes les choses qui surviennent. Lorsque le psychomètre examine son spécimen, il est mis en contact avec le courant de lumière astrale qui est en relation avec ce spécimen, et qui conserve les tableaux des scènes associées à son histoire. Ces scènes, d’après Denton, défilent devant ses yeux avec la vitesse de la lumière ; l’une après l’autre elles s’amoncellent l’une sur l’autre si rapidement, que c’est seulement par un acte énergique de la volonté qu’il en retient une dans le champ de sa vision, assez longtemps pour pouvoir la décrire.

Le psychomètre est clairvoyant ; cela veut dire qu’il voit avec l’œil intérieur. À moins que sa force de volonté ne soit très puissante, à moins qu’il ne se soit pleinement entraîné à ce genre particulier de phénomène, et que sa connaissance des aptitudes de sa vue ne soit profonde, ses perceptions des lieux, des personnes et des événements doivent être nécessairement très confuses. Mais dans le cas de magnétisation, dans lequel cette même faculté de clairvoyance est développée, l’opérateur, dont la volonté domine le sujet, peut forcer celui-ci à concentrer son attention sur un tableau spécial, assez longtemps pour en observer tous les plus minutieux détails. De plus, sous la direction d’un magnétiseur expérimenté, le voyant dépasse le psychomètre naturel, dans la prévision des événements futurs qui se présentent à lui plus distincts et plus clairs. Si l’on objecte l’impossibilité de percevoir « ce qui n’existe pas », nous poserons cette question : Pourquoi est-il plus impossible de voir ce qui sera que de rappeler la vue de ce qui est passé et n’est plus ? D’après la doctrine des Cabalistes, l’avenir existe dans la lumière astrale à l’état d’embryon, comme le présent existait dans le même état dans le passé. Tandis que l’homme est libre d’agir comme il lui plaît, la façon dont il usera de sa liberté était connue d’avance, et de tout temps ; non point, sur le terrain du fatalisme ou de la destinée, mais simplement en vertu du principe de l’harmonie universelle immuable ; de la même façon qu’on peut savoir à l’avance que, lorsqu’une note musicale est frappée, ses vibrations ne se changeront pas en celles d’une autre note. De plus, l’éternité ne peut avoir ni passé, ni futur, mais seulement le présent ; de même que l’espace illimité, dans le sens strict du mot, ne peut avoir d’endroits rapprochés ou éloignés. Nos conceptions limitées au champ étroit de notre expérience cherchent à déterminer, sinon une fin, du moins un commencement au temps et à l’espace ; mais rien de tout cela n’existe en réalité ; car s’il en était autrement, le temps ne serait pas éternel ni l’espace illimité. Le passé n’existe pas plus que l’avenir, ainsi que nous l’avons dit ; ce qui survit, c’est notre mémoire : et nos souvenirs ne sont que les aperçus que nous saisissons de ce passé dans les courants de la lumière astrale, de même que le psychomètre les saisit dans les émanations astrales de l’objet qu’il tient.

Le professeur Hitchcock, parlant des influences de la lumière sur les corps et de la formation d’images sur ceux-ci, grâce à elle, dit : « Il semble que cette influence photographique pénètre toute la nature, sans que nous puissions dire où elle s’arrête. La seule chose que nous sachions, c’est qu’elle peut imprimer nos traits sur le monde qui nous entoure, en reproduire les modifications que la passion leur fait subir et remplir ainsi la nature de daguerréotypes de toutes nos actions… il peut se faire aussi qu’il y ait des procédés par lesquels la nature plus habile que n’importe quel photographe, tire et fixe ces portraits de façon que des sens plus perçants que les nôtres les aperçoivent comme s’ils se reproduisaient sur une grande toile tendue sur l’univers matériel. Peut-être, aussi, ne s’effacent-ils jamais de la toile et deviennent-ils les échantillons de la grande galerie de tableaux de l’éternité (313). »

Ce « peut-être » du professeur Hitchcock a été transformé, depuis, par la démonstration de la psychométrie, en triomphante certitude. Ceux qui comprennent ces facultés psychologiques et clairvoyantes critiqueront sans doute la notion du professeur Hitchcock, et diront que des sens plus perçants que les nôtres sont nécessaires pour voir ces tableaux sur sa toile cosmique supposée et soutiendront qu’il aurait dû borner ses restrictions aux sens externes du corps. L’esprit humain, faisant partie de l’Esprit immortel Divin, n’apprécie ni passé, ni avenir, mais voit toutes choses comme dans le présent. Les daguerréotypes dont il est parlé ci-dessus sont imprimés sur la lumière astrale où, nous l’avons déjà dit – et d’accord avec les enseignements hermétiques dont la première partie est déjà acceptée et démontrée par la science – est enregistré tout ce qui a été, ce qui est et ce qui sera.

Dernièrement, quelques-uns de nos érudits ont prêté une attention particulière à une question jusqu’à présent stigmatisée comme « superstitieuse ». Ils ont commencé à émettre des opinions au sujet des mondes hypothétiques et invisibles. Les auteurs de Unseen Universe ont été les premiers à prendre courageusement la direction, et déjà ils ont trouvé un partisan dans le professeur Fiske, dont les idées sont consignées dans l’ouvrage intitulé le Unseen World. Evidemment les savants tâtent le terrain douteux du matérialisme, et, le sentant trembler sous leurs pieds, ils se préparent à rendre moins déshonorante leur capitulation, en cas de défaite. Jevons confirme ce que dit Babbage et tous les deux croient fermement que chaque pensée, déplaçant les particules du cerveau et les mettant en mouvement, les répand dans l’univers, et ils pensent que « chaque parcelle de matière existante doit être un registre de tout ce qui est arrivé (314). » D’autre part, le Dr Thomas Young, dans ses conférences sur la philosophie naturelle, nous engage très fortement « à spéculer librement sur la possibilité de mondes indépendants ; quelques-uns existant dans différentes parties, d’autres s’interpénétrant les uns les autres, invisibles et inconnus, dans le même espace, et d’autres encore, auxquels l’espace n’est peut-être pas un mode nécessaire d’existence (315) ».

Si les savants, partant d’un point de vue strictement scientifique, tel que la possibilité de la transmission de l’énergie au monde invisible et le principe de la continuité se permettent de telles spéculations, pourquoi refuserait-on aux occultistes et aux spirites le même privilège ? D’après la science, les impressions produites sur une surface de métal poli sont imprimées et peuvent être conservées pendant un temps indéfini ; et Draper démontre le fait très poétiquement. « Une ombre », dit-il, « ne tombe jamais sur un mur sans y laisser une trace permanente, trace qu’on pourrait rendre visible en recourant à des procédés convenables. Les portraits de nos amis ou les paysages restent invisibles sur la plaque sensible, mais ils y apparaissent aussitôt qu’on la met dans un révélateur. Un spectre est invisible sur une surface métallique ou polie jusqu’à ce que notre nécromancie le fasse venir dans le monde visible. Sur les murs de nos appartements les plus privés, là où nous croyons que tout regard indiscret est exclu et que notre retraite ne peut être profanée, existe le vestige de toutes nos actions, des silhouettes de tout ce que nous avons fait (316) ».

Si une empreinte indélébile peut ainsi être produite sur la matière inorganique, si rien n’est perdu ou ne sort complètement de l’existence dans l’univers, pourquoi cette levée de boucliers contre les auteurs de Unseen Universe ? Sur quoi s’appuient les savants pour repousser l’hypothèse d’après laquelle « la pensée conçue pour affecter la matière d’un autre univers en même temps que celle du nôtre peut expliquer ainsi un -état à venir (317) ? »

À notre avis, si la psychométrie est une des plus importantes preuves de l’indestructibilité de la matière, retenant éternellement les empreintes du monde extérieur, la possession de cette faculté par notre vue interne en est encore une plus grande de l’immortalité de l’esprit individuel de l’homme. Capable de discerner les événements qui ont eu lieu il y a des centaines de milliers d’années, pourquoi n’appliquerait-il pas la même faculté à un avenir perdu dans l’éternité, dans laquelle il ne peut y avoir ni passé, ni futur, mais seulement un présent sans limites ?

Malgré les aveux de stupéfiante ignorance sur certaines choses faits par les savants eux-mêmes, ceux-ci persistent à nier l’existence de cette force spirituelle mystérieuse qui se trouve hors de la portée des lois physiques ordinaires. Ils espèrent encore pouvoir appliquer aux êtres vivants les mêmes lois qui, selon eux, régissent la matière inerte. Et ayant découvert ce que les Cabalistes appellent les « purgations grossières » de l’éther – la lumière, la chaleur, l’électricité et le mouvement – ils se sont réjouis de leur bonne fortune, ont compté les vibrations qui produisent les couleurs du spectre et, fiers de leurs exploits, ils refusent de regarder plus loin. Plusieurs hommes de science ont plus ou moins médité sur cette essence protéenne et, incapables de la mesurer avec leurs photomètres, ils l’ont dénommée « un intermédiaire hypothétique d’une grande élasticité et d’une extrême ténuité qui est supposé remplir tout l’espace, sans en excepter l’intérieur des corps solides » et « être le moyen de transmission de la lumière et de la chaleur » (Dictionnaire). D’autres, que nous nommerons les « feux follets » de la science – ses pseudo-rejetons – l’ont examinée également et ils ont même pris la peine, nous disent-ils, de la regarder avec de « puissants microscopes ». Mais n’y apercevant ni esprit ni fantôme, et n’ayant non plus rien découvert dans ses vagues traîtresses qui eût un caractère plus scientifique, ils lui ont tourné le dos en traitant tous ceux qui croient à l’immortalité, en général, et les spirites, en particulier, de « fous insensés », de « visionnaires lunatiques (318) », sur un ton plaintif parfaitement adapté à leur piteux échec.

Voici ce que disent les auteurs de Unseen Universe :

« Nous avons chassé hors du monde objectif l’opération de ce mystère, nommé Vie. L’erreur commise consiste à imaginer que, par ce procédé, on se débarrasse complètement d’une chose ainsi rejetée, et qu’elle disparaît entièrement de l’univers. Or, il n’en est point ainsi. Elle ne disparaît que du petit cercle de lumière, qu’on peut appeler l’univers de la perception scientifique. Appelez cela la trinité du mystère : le mystère de la matière, le mystère de la vie, et le mystère de Dieu et ces trois sont Un (319). »

Partant du principe que « l’univers visible doit certainement finir, en tant qu’énergie transformable et probablement en tant que matière ; partant aussi du principe de la continuité… qui, de son côté, exige la continuation de l’univers… », les auteurs de ce remarquable ouvrage se voient forcés de croire « qu’il existe quelque chose au-delà de ce qui est visible (320) … et que le système visible ne constitue pas tout l’univers, mais n’en est peut-être qu’une faible partie ». De plus, regardant en arrière aussi bien qu’en avant, à l’origine de cet univers visible, les auteurs soutiennent que, « si cet univers visible est tout ce qui existe, dans ce cas, sa première brusque manifestation est aussi bien une solution de continuité que sa destruction finale ». (Art. 85) Par conséquent, comme cette rupture est en conflit avec la loi admise de la continuité, les auteurs arrivent à la conclusion suivante :

« N’est-il pas naturel d’imaginer qu’un univers de cette nature, que nous avons toute raison de croire exister et qui est uni par des liens d’énergie avec l’univers visible, est aussi capable d’en recevoir de l’énergie ? … Ne pouvons-nous considérer l’Ether ou le médium, comme n’étant pas simplement un pont (321) entre un ordre de choses et un autre, mais plutôt comme formant une espèce de ciment, grâce auquel les divers ordres de l’univers sont liés entre eux et ne font plus qu’un seul ? En somme, ce que nous nommons Ether peut n’être point un simple milieu, mais un milieu avec, en plus, l’invisible ordre de choses, de sorte que, lorsque les mouvements de l’univers visible sont transmis dans l’Ether, une partie en est portée comme sur un pont dans l’univers invisible où l’on s’en sert et où on les met en réserve. Mais quoi ! Est-il même nécessaire de retenir cette figure d’un pont ? Pourquoi ne pas dire tout de suite que lorsque l’énergie est transférée de la matière dans l’Ether elle l’est du visible à l’invisible ; Et que lorsqu’elle passe de l’Ether dans la matière c’est de l’invisible qu’elle entre dans le visible ? » (Unseen Universe, art. 198)

Précisément ; et si la Science voulait faire quelques pas de plus dans cette direction et sonder plus sérieusement « le milieu hypothétique », qui sait si l’abîme infranchissable de Tyndall, entre les processus physiques du cerveau et la conscience ne pourrait pas être franchi – au moins intellectuellement – avec une surprenante facilité et en sécurité ?

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