1

PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES – partie 5

L’éclair de mémoire qui, d’après la tradition, montre à l’homme qui se noie, les scènes depuis longtemps oubliées de sa vie mortelle – comme un paysage se révèle au voyageur à la lueur intermittente des éclairs – est tout simplement un coup d’œil rapide que l’âme en lutte jette dans les silencieuses galeries où son histoire est peinte en couleurs impérissables.

Le fait bien connu – confirmé par l’expérience personnelle de neuf personnes sur dix – que nous reconnaissons souvent comme familiers des scènes, des paysages, ou des conversations, que nous voyons ou entendons pour la première fois, et parfois dans des contrées que nous n’avions jamais visitées, est un effet des mêmes causes. Ceux qui croient à la réincarnation invoquent ce fait comme une preuve additionnelle d’une existence antérieure dans d’autres corps. Ils attribuent cette reconnaissance d’hommes, de pays et de choses, que nous n’avons jamais vus, à des éclairs de mémoire d’expériences antérieures de l’âme dans son existence antérieure. Mais les hommes de l’antiquité ainsi que les philosophes du moyen âge soutiennent énergiquement une opinion contraire.

Ils affirment que, bien que ce phénomène psychologique soit un des plus puissants arguments en faveur de la survivance et de la préexistence de l’âme, comme cette dernière est douée d’une mémoire individuelle, autre que celle de notre cerveau physique, ce n’est point là une preuve de la réincarnation. Ainsi que l’exprime très bien Eliphas Levi, « la nature ferme la porte après chaque chose qui passe et pousse la vie en avant » dans des formes plus parfaites. La chrysalide devient papillon ; mais celui-ci ne se transforme jamais de nouveau en larve. Dans le calme des heures nocturnes, lorsque nos sens corporels sont emprisonnés dans les fers du sommeil, et que notre corps élémentaire repose, la forme astrale devient libre. Elle se glisse alors hors de sa prison terrestre, et, suivant l’expression de Paracelse elle « fraye avec le monde extérieur », et voyage à travers les mondes visibles et invisibles. « Dans le sommeil, dit-il, le corps astral (âme) est libre de ses mouvements ; il prend alors son essor vers ses ancêtres, et lie conversation avec les étoiles. » Les rêves, les signes, la prescience, les pronostics, et les pressentiments sont des impressions laissées par notre esprit astral dans notre cerveau, qui les reçoit plus ou moins distinctement, suivant la quantité de sang dont il est pourvu pendant les heures du sommeil. Plus le corps est épuisé, plus l’homme spirituel est libre, et plus vivaces sont les impressions de notre mémoire d’âme. Après un sommeil lourd et robuste, sans rêves et ininterrompu, en se réveillant et en reprenant conscience, on peut ne se souvenir de rien. Mais les impressions de scènes et de paysages que le corps astral a vus dans ses pérégrinations sont toujours là, quoique latentes, sous la pression de la matière. Elles peuvent se réveiller à un moment donné et, durant ces éclairs de la mémoire intime de l’homme, il s’opère un échange instantané d’énergies entre les univers visibles et les mondes invisibles. Un courant s’établit entre les micrographies des ganglions cérébraux et les galeries photo-scénographiques de la lumière astrale. Et celui qui sait qu’il n’a jamais visité dans son corps, ni vu le paysage ou la personne qu’il reconnaît, peut affirmer néanmoins qu’il les a vus et qu’il les connaît, car cette connaissance s’est faite pendant qu’il voyageait en « esprit ». À cela, les physiologistes n’ont qu’une seule objection à opposer. Ils répondront que dans le sommeil naturel, parfait et profond, « la moitié de notre nature, qui est volitive se trouve à l’état inerte », et par conséquent hors d’état de voyager ; d’autant plus qu’ils considèrent l’existence de quelque chose comme un corps individuel astral ou âme, comme à peine mieux qu’un mythe poétique. Blumenbach affirme que dans l’état de sommeil, tout rapport, toute relation entre le mental et le corps sont interrompus ; assertion démentie par le Dr Richardson F.R.S., qui rappelle honnêtement au savant allemand que « les limites précises et les connexions de l’esprit et du corps étant inconnues », ce qu’il avance dépasse évidemment ce qu’il peut savoir. Cet aveu joint à celui du physiologiste français Fournier, et à celui plus récent encore du Dr Allechin, éminent médecin de Londres, qui reconnaît franchement, dans une allocution aux étudiants, que « de toutes les recherches scientifiques qui touchent pratiquement aux intérêts de la société, il n’en est point qui repose sur des bases aussi incertaines et aussi peu sûres que la médecine », nous donne un certain droit à opposer les hypothèses des savants de l’antiquité à celles des savants modernes.

Nul homme, si matériel et grossier qu’il puisse être, ne peut éviter de mener une existence double ; l’une dans le monde visible, l’autre dans l’invisible. Le principe de vie qui anime son enveloppe physique se trouve surtout dans son corps astral ; et tandis que les parties les plus animales reposent, les parties plus spirituelles ne connaissent ni limites, ni obstacles. Nous savons très bien que beaucoup de gens instruits, aussi bien que des ignorants s’élèveront contre cette nouvelle théorie de distribution du principe de vie. Ils aimeraient mieux rester dans la bienheureuse ignorance et continuer à avouer que personne ne sait ni ne peut prétendre dire d’où vient ce mystérieux agent, et où il va, que de prêter un moment d’attention à ce qu’ils considèrent comme des théories antiques et surannées. Quelques-uns, se plaçant sur le terrain adopté par la théologie, objecteront que les animaux n’ont point d’âme immortelle, et, par conséquent, ne peuvent pas avoir d’esprit astral ; car, les théologiens de même que les laïques, vivent sous l’impression erronée que l’âme et l’esprit sont une seule et même chose. Mais si nous étudions Platon et les autres philosophes de l’antiquité, nous n’avons pas de peine à comprendre que, tandis que « l’âme irrationnelle« , par laquelle Platon désigne notre corps astral, ou la partie la plus éthérée de notre être, ne peut avoir, tout au plus, qu’une continuité d’existence plus ou moins prolongée au-delà du tombeau ; le divin esprit, appelé à tort âme par l’Eglise, est immortel par essence même. (Tout lettré hébraïsant comprendra et appréciera très aisément la différence qui existe entre les deux mots ruah et nephesph). Si le principe de vie est quelque chose d’autre que l’esprit astral, et sans rapport avec lui, comment se fait-il que l’intensité des pouvoirs de clairvoyance dépende tellement de la prostration corporelle du sujet ? Plus la transe est profonde, plus les signes de vie donnés par le corps sont faibles, plus les perceptions spirituelles deviennent claires, et plus les visions de l’âme sont puissantes. L’âme, délivrée du fardeau des sens corporels, montre alors un degré d’activité et de puissance bien supérieure à celui qu’elle pourrait déployer dans un corps fort et sain. Brierre de Boismont fournit des exemples répétés de ce fait. Les organes de la vue, de l’odorat, du goût, de l’ouïe et du toucher deviennent beaucoup plus aigus, chez un sujet magnétisé privé de la possibilité de les exercer corporellement, qu’ils ne le sont à l’état normal.

Ces seuls faits, une fois démontrés, se posent comme une preuve indiscutable de la continuité de la vie individuelle, au moins pendant une certaine période, après que le corps a été abandonné par nous, par usure ou par accident. Mais quoique durant son court séjour sur la terre, notre âme puisse être comparée à une lumière cachée sous un boisseau, elle brille pourtant, avec plus ou moins d’éclat, et attire à elle les influences des esprits apparentés ; et lorsqu’une pensée, bonne ou mauvaise, est engendrée dans notre cerveau, elle lui attire des impulsions semblables aussi irrésistiblement que l’aimant attire la limaille de fer. Cette attraction est proportionnée aussi à l’intensité avec laquelle l’impulsion de pensée se fait sentir dans l’éther ; et ainsi, l’on peut comprendre comment un homme s’impose à son époque avec tant de force, que l’influence est transmise – par les courants d’énergie sans cesse échangés entre les deux mondes, visible, et invisible – d’âge en âge, jusqu’à ce qu’elle affecte une grande partie du genre humain.

Il serait difficile de dire jusqu’à quel point les auteurs de Unseen Universe (l’Univers invisible) se sont laissés aller à penser dans cette direction ; mais on peut conclure qu’ils n’ont pas dit tout ce qu’ils auraient pu dire, en lisant le passage suivant :

« Qu’on l’envisage comme l’on voudra, les propriétés de l’éther sont, sans aucun doute, d’un ordre bien plus élevé dans le champ de la nature, que celles de la matière pondérable. Or, comme même les grands prêtres de la science trouvent encore ces dernières bien au-dessus de leur compréhension, sauf dans des cas particuliers, nombreux, mais de minime importance, et souvent isolés, il ne nous siérait point de pousser plus loin nos spéculations. Il est suffisant pour le but que nous avons en vue, de savoir, d’après ce que l’éther fait, qu’il est capable d’infiniment plus de choses que l’on ne s’est encore hasardé à le dire. »

Une des plus intéressantes découvertes des temps modernes est celle de la faculté, qui permet à une certaine catégorie de personnes sensitives de recevoir, d’un objet quelconque placé dans leurs mains ou appliqué sur leur front, des impressions sur le caractère ou l’aspect de l’individu ou de l’objet, avec lequel il a été antérieurement en contact. Ainsi, un manuscrit, un tableau, un vêtement, un bijou – quelle qu’en soit l’antiquité, montre au sujet une image vivace de l’écrivain, du peintre ou de la personne qui en a été porteur, même quand il aurait vécu du temps de Ptolémée ou d’Enoch. Bien plus, un fragment d’un édifice ancien rappellera son histoire, et même les scènes qui se sont passées dans son enceinte, ou dans son voisinage. Un morceau de minerai provoquera la vision d’âme de l’époque où il était en voie de formation. Cette faculté est appelée par celui qui l’a découverte – M. Buchanan de Louisville, Kentucky – psychométrie. C’est à lui que le monde est redevable de cette importante addition aux sciences psychologiques ; et c’est à lui, peut-être, quand le scepticisme aura été terrassé par une telle accumulation de faits, que la postérité devra élever une statue. En annonçant au public sa grande découverte, le professeur Buchanan, s’en tenant au pouvoir que présente la psychométrie de dessiner le caractère de l’homme, dit : « L’influence mentale et physiologique accordée à l’écriture paraît être indestructible, car les plus anciens spécimens que nous avons examinés donnaient leurs impressions avec une force et une netteté peu affaiblies par le temps. D’anciens manuscrits, exigeant un antiquaire pour en déchiffrer les étranges caractères, étaient facilement interprétés par la puissance psychométrique… La faculté de conserver l’empreinte du mental n’est point limitée à l’écriture. Les dessins, les tableaux, tout ce sur quoi la pensée, la volonté ou le contact d’un homme s’est fixé vient s’enchaîner intimement à cette pensée, à cette vie, de façon à les rappeler au mental d’un autre, lorsqu’il y a contact. »

Sans pouvoir apprécier exactement, au début de sa grande découverte, toute la portée de ses paroles prophétiques, le professeur ajoute « Cette découverte, dans son application aux arts et à l’histoire, ouvrira une mine, de savoir intéressant (311). »

L’existence de cette faculté fut expérimentée pour la première fois en 1841. Elle a été vérifiée depuis par mille psychomètres, dans différentes parties du monde. Elle prouve que tout événement dans la nature – malgré son peu d’importance – laisse son empreinte indélébile sur la nature physique ; et comme il n’y a pas eu une perturbation moléculaire appréciable, la seule déduction possible est que ces images ont été produites par cette force universelle – l’Ether ou lumière astrale.

Lire la suite … partie 6