1

PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES – partie 2

Le discours de M. Jules Favre dans l’affaire Roger, dura, dit-on, une heure et demie, et avait tenu les juges et le public fasciné par son éloquence. Ceux qui comme nous ont entendu cet orateur n’auront pas de peine à le croire ; Mais la déclaration qui termine son plaidoyer était malheureusement prématurée et erronée, en même temps. « Nous sommes en présence de phénomènes que la science admet, sans essayer de les expliquer. Le public peut en rire, mais nos plus illustres docteurs les considèrent avec gravité. La justice ne peut plus ignorer ce que la science a reconnu. »

Si cette déclaration entraînante était fondée sur les faits, et si le magnétisme avait été impartialement examiné par un grand nombre, au lieu d’un petit nombre de savants, plus désireux de questionner sérieusement la nature que l’opportunisme, le public n’en rirait jamais. Le public est un enfant docile et soumis, et il va partout où sa bonne le conduit. Il choisit ses idoles et ses fétiches, et il les honore en proportion du bruit qu’ils font, il se retourne ensuite avec un regard de timide flatterie pour voir si la gouvernante, la vieille Madame l’Opinion Publique, est satisfaite.

Lactance, l’ancien père de l’Eglise, disait que pas un sceptique de son temps n’aurait osé soutenir devant un magicien que l’âme ne survit pas au corps, et qu’elle périt avec lui ; « parce que le magicien l’aurait réfuté séance tenante, en évoquant l’âme des morts, en les rendant visibles aux yeux humains, et en leur faisant prédire des événements futurs (299) ». Il en fut ainsi des magistrats et des membres du parquet, dans l’affaire de Mme Roger ; le baron Du Potet était là, et ils eurent peur qu’en magnétisant, séance tenante, la somnambule, il ne les forçât, non seulement à croire au phénomène, mais encore à le reconnaître, ce qui eût été bien pis.

Revenons maintenant à la doctrine de Paracelse. Son style incompréhensible, quoique gracieux, doit être lu comme les rouleaux d’Ezechiel, « en dedans et en dehors. » Le danger d’émettre des théories hétérodoxes était grand en ce temps-là ; l’Eglise était puissante, et les sorciers étaient brûlés par douzaines. C’est pour cette raison que Paracelse, Agrippa, et Eugène Philalètes (Thomas Vaughan)  se font remarquer par leurs déclarations pieuses, presque autant que par leurs œuvres alchimiques et magiques. Les idées de Paracelse, sur les propriétés occultes de l’aimant, sont expliquées en partie dans son célèbre livre Archidaxarum, dans lequel il décrit la teinture merveilleuse, remède extrait de l’aimant, et nommée Magisterium Magnetis, et en partie dans De Ente Dei et De Ente Astrorum : Lib I. Mais les explications sont toutes données dans un langage inintelligible aux profanes. « Chaque paysan voit, dit-il, qu’un aimant attire le fer, mais un homme sage cherche par lui-même… J’ai découvert que l’aimant, en dehors de ce pouvoir visible d’attirer le fer, en possède un autre caché ».

II démontre plus loin que, dans l’homme, réside une « force sidérale », qui est une émanation des astres et des corps célestes, dont est composée la forme spirituelle de l’homme, l’esprit astral. Cette identité d’essence, que nous pourrions nommer l’esprit de la matière cométaire, est toujours en rapport direct avec les astres dont elle est tirée, et il existe ainsi une attraction mutuelle entre les deux car tous deux sont des aimants. La composition identique de la terre et des autres corps planétaires, et du corps terrestre de l’homme était une des idées fondamentales de sa philosophie. « Le corps vient des éléments, l’esprit (astral) vient des astres…L’homme mange et boit ce qu’il tire des éléments pour soutenir son sang et sa chair ; mais c’est des astres que sont tirés l’intellect et les pensées qui alimentent l’esprit ». Le spectroscope a démontré la vérité de cette théorie relative à la composition identique de l’homme et des astres ; les physiciens font maintenant des cours sur les attractions magnétiques du soleil et des planètes (300).

Parmi les substances qu’on sait exister dans la composition du corps de l’homme, on a déjà découvert, dans les étoiles, l’hydrogène, le sodium, le calcium, le magnésium, et le fer. Dans toutes les étoiles observées, qui se comptent par centaines, on a trouvé de l’hydrogène, sauf dans deux. Maintenant, si nous nous rappelons combien on a décrié Paracelse et sa théorie de l’homme et des astres composés de substances semblables, combien les astronomes et les physiciens ont tourné en ridicule ses idées sur l’affinité chimique et l’attraction existant entre eux ; et ensuite, si nous constatons que le spectroscope est venu donner raison au moins à l’une de ses assertions, est-il si absurde de prédire qu’un temps viendra où toutes ses théories seront confirmées ?

Et maintenant, une question se présente tout naturellement. Comment Paracelse en est-il arrivé à connaître quelque chose de la composition des étoiles, alors que, jusqu’à une époque très récente, c’est-à-dire la découverte du spectroscope, les éléments des corps célestes étaient complètement inconnus de nos savants académiciens ? Et même aujourd’hui, malgré le téléspectroscope et autres perfectionnements modernes très importants, à part un petit nombre d’éléments et une chromosphère hypothétique, tout est encore un mystère pour eux dans les étoiles. Paracelse aurait-il pu être si sûr de la nature de l’armée stellaire, s’il n’avait point eu des moyens dont la science ne connaît rien ? Et pourtant, quoique ne sachant rien, elle ne veut pas entendre prononcer seulement le nom de ces moyens qui sont la philosophie hermétique et l’alchimie.

Ne perdons pas de vue que Paracelse fut l’inventeur de l’hydrogène et qu’il en connaissait parfaitement toutes les propriétés et la composition longtemps avant que qui que ce soit parmi les académiciens orthodoxes y ait seulement songé ; Qu’il avait étudié l’astrologie et l’astronomie, comme l’ont fait tous les philosophes du feu : Et que, s’il a affirmé que l’homme est en affinité directe avec les astres, il savait fort bien ce qu’il avançait.

Le point suivant que les physiologistes auront à vérifier est sa proposition selon laquelle la nutrition du corps ne s’opère pas seulement par l’estomac, « mais aussi d’une manière imperceptible par la force magnétique qui réside dans toute la nature, et dans laquelle chaque individu puise sa nourriture spécifique ». L’homme, dit-il encore, tire non seulement la santé des éléments lorsqu’ils sont en équilibre, mais encore la maladie, lorsque leur équilibre vient à être rompu. Les corps vivants sont sujets aux lois de l’attraction et de l’affinité chimique, ainsi que l’admet la science ; la propriété physique la plus remarquable des tissus organiques, d’après les physiologistes, est la propriété d‘imbibition. Quoi de plus naturel, dès lors, que cette théorie de Paracelse, que notre corps absorbant, attractif, et chimique rassemble en lui les influences astrales ou sidérales ? « Le soleil et les étoiles nous attirent à eux et nous, de notre côté nous les attirons ». Quelle objection la science peut-elle faire à cela ? Ce que nous exhalons est indiqué dans la découverte faite par le Baron Reichenbach des émanations odiques de l’homme, qui sont identiques aux effluves de l’aimant, des cristaux, et, en fait, de tous les organismes végétaux.

L’unité de l’univers fut affirmée par Paracelse, qui dit que « le corps humain possède l’étoffe primitive (ou matière cosmique) » ; le spectroscope a démontré cette assertion, en faisant voir que les mêmes éléments chimiques qui existent sur la terre et dans le soleil se retrouvent aussi dans tous les astres. Le spectroscope fait encore davantage ; il montre que toutes les étoiles sont des soleils, pareils au nôtre, au point de vue de la constitution (301) ; Et que, comme le dit le professeur Mayer (302), la condition magnétique de la terre change avec chaque variation qui se produit à la surface du soleil, au point de dire qu’elle est soumise aux émanations du soleil. Les étoiles étant des soleils doivent aussi avoir des émanations qui nous affectent à un degré proportionnel.

« Pendant nos rêves », dit Paracelse, « nous sommes comme les plantes qui ont aussi un corps élémentaire et vital, mais qui ne possèdent pas d’esprit. Dans notre sommeil, notre corps astral est libre, et peut, grâce à l’élasticité de sa nature, soit tourner autour de son véhicule endormi, soit s’élever plus haut, et aller converser avec ses parents étoilés, soit même communiquer avec ses frères, à grande distance. Les rêves d’un caractère prophétique, la prescience, et les besoins actuels sont les facultés de l’esprit astral. À notre corps élémentaire plus grossier, ces dons n’ont point été accordés, car, à la mort, il descend dans le sein de la terre, et se réunit aux éléments physiques, tandis que les divers esprits retournent aux étoiles. » Les animaux, ajoute-t-il, « ont aussi leurs pressentiments, parce qu’ils ont eux aussi un corps astral ».

Van Helmont, qui était disciple de Paracelse, dit la même chose, quoique ses théories sur le magnétisme soient plus largement développées, et encore plus soigneusement élaborées. Le Magnale Magnum au moyen duquel la propriété magnétique occulte permet à une personne d’en affecter mutuellement une autre est attribué par lui à cette sympathie universelle qui existe entre toutes choses dans la nature. La cause produit l’effet, l’effet remonte à la cause et réciproquement. « Le magnétisme, dit-il, est une propriété inconnue, d’une nature céleste, ressemblant beaucoup aux étoiles, et qui n’est nullement arrêtée par aucun obstacle d’espace ou de temps… Chaque être créé possède son pouvoir céleste propre et est étroitement allié avec le ciel. Ce pouvoir magique de l’homme qui agit ainsi extérieurement réside, pour ainsi dire, caché dans l’homme intérieur. Cette sagesse et force magique sommeille ainsi, mais elle est éveillée à l’activité par une simple suggestion, et elle est d’autant plus vivante que l’homme extérieur de chair et de ténèbres est dompté… Je dis que cet effet est provoqué par l’art cabalistique ; il réveille dans l’âme, ce pouvoir magique, quoique naturel, qui y sommeillait (303) ».

Van Helmont et Paracelse s’accordent sur la grande puissance de la volonté, dans l’état d’extase ; ils disent que « l’esprit est répandu partout ; et que l’esprit est le milieu du magnétisme » ; que la primitive magie pure ne consiste pas en pratiques superstitieuses ni en vaines cérémonies, mais dans l’impériale volonté de l’homme. « Ce ne sont point les esprits du ciel et de l’enfer qui sont les maîtres de la nature physique, mais l’âme et l’esprit de l’homme, qui sont dissimulés en lui, comme le feu est caché dans le silex ».

La théorie de l’influence sidérale sur l’homme a été professée par tous les philosophes du moyen âge. « Les étoiles sont formées des éléments des corps terrestres », dit Cornélius Agrippa. « Et c’est pourquoi les idées s’attirent réciproquement… Les influences s’exercent seulement avec le concours de l’esprit ; mais cet esprit est répandu partout dans l’univers, et il est en plein accord avec l’esprit de l’homme. Le magicien qui veut acquérir des pouvoirs surnaturels, doit posséder la foi, la charité et l’espérance… Dans toutes choses, un pouvoir secret est caché, et c’est de là que viennent les pouvoirs miraculeux de la magie ».

La théorie moderne du général Pleasonton (304) sur les propriétés de la lumière bleue, concorde singulièrement avec les idées des philosophes du feu. Ses vues sur les électricités positive et négative de l’homme et de la femme, et sur l’attraction et la répulsion de toutes choses dans la nature semblent avoir été copiées sur celles de Robert Fludd, le Grand Maître des Rose-croix d’Angleterre. « Lorsque deux hommes s’approchent l’un de l’autre », dit le philosophe du feu, « leur magnétisme est passif ou actif ; c’est-à-dire positif ou négatif. Si les émanations qu’ils produisent sont rompues ou renvoyées, il en résulte de l’antipathie. Mais si elles passent de l’un à l’autre sans obstacle, il y a, dans ce cas, magnétisme positif, car les rayons procèdent du centre à la circonférence. Dans ce cas, il n’affecte pas seulement les maladies, mais il agit aussi sur les sentiments moraux. Ce magnétisme ou sympathie se retrouve non seulement chez l’homme, mais encore chez les plantes et chez les animaux (305) ».

Lire la suite … partie 3