PHÉNOMENES PSYCHO-PHYSIQUES – partie 10
Les prophéties sont faites de deux manières – consciemment par des magiciens capables de lire dans la lumière astrale ; ou inconsciemment, par ceux qui agissent par ce qu’on nomme inspiration. C’est à cette dernière catégorie qu’appartiennent les prophètes Bibliques et les modernes voyants entransés. Platon était si familier avec ce fait, qu’il dit de ces prophètes : « Personne dans la jouissance de ses sens n’arrive à la vérité prophétique et à l’inspiration… sauf dans un état de démence à la suite de maladie ou de possession… » (par quelque daïmon ou esprit (336)). « Quelques personnes les appellent prophètes ; elles ignorent que ce ne sont que des portes voix et qu’ils ne doivent point être qualifiés de prophètes, mais seulement de transmetteurs de visions et de prophéties », ajoute-t-il.
Dans la suite de son argumentation, M. Cox dit : « Les spirites les plus ardents admettent, en pratique, l’existence de la force psychique, sous le nom très peu approprié de magnétisme (avec lequel, elle n’a pas le moindre rapport), car ils affirment que les esprits des morts ne sont capables de faire ce qu’on leur attribue, qu’en utilisant le magnétisme (c’est-à-dire la force psychique) des médiums (337).
Il y a encore ici un malentendu, conséquence de la diversité de noms donnés à ce qu’il est facile de démontrer n’être qu’un seul et unique composé impondérable. De ce que l’électricité n’est devenue une science qu’au XVIIIème siècle, personne ne se hasardera à dire que cette force n’a pas existé depuis la création ; bien plus, nous sommes en mesure de prouver que même les anciens Hébreux la connaissaient. Toutefois, si la science exacte n’en a pas fait la découverte avant 1819 en montrant la relation intime qui existe entre le magnétisme et l’électricité, cela n’empêche en aucune façon ces deux agents d’être identiques. Si l’on peut communiquer à une barre de fer des propriétés magnétiques en faisant passer un courant d’électricité voltaïque sur un conducteur placé d’une certaine façon près de cette barre, pourquoi ne pas accepter, à titre de théorie provisoire, qu’un médium puisse être aussi un conducteur, et rien de plus, pendant une séance ? Est-il antiscientifique de dire que l’intelligence de la « force psychique » qui attire des courants d’électricité des vagues de l’éther, et employant le médium comme conducteur, développe et fait agir le magnétisme latent, dont l’atmosphère de la chambre de séance est saturée, pour produire les effets désirés ? Le mot magnétisme en vaut un autre, tant que la science ne nous aura pas fourni quelque chose de plus qu’un agent purement hypothétique, doué de propriétés conjecturales.
- Sergeant Cox dit que : « La différence entre les défenseurs de la force psychique et les spirites consiste en ce que nous prétendons qu’il n’y a encore que des preuves insuffisantes de l’existence de tout autre agent dirigeant que l’intelligence du médium, et aucune preuve quelconque de l’action des « esprits » des morts (338) ».
Nous sommes pleinement d’accord avec M. Cox quant à l’absence de preuves que cette action est celle des esprits des morts ; mais pour le reste, nous trouvons que c’est une extraordinaire déduction tirée d’une « richesse de faits » selon l’expression de M. Crookes qui remarque : « En consultant mes notes, je trouve…une surabondance de preuves, une masse si écrasante de témoignages… que je pourrais en remplir plusieurs numéros de la Quarterly Review (339) ».
Voici quelques-uns des faits d’une « force probante écrasante » : 1° Mise en mouvement de corps lourds, avec contact, mais sans aucune impulsion mécanique ; 2° Phénomènes de percussion et autres sons ; 3° Modification du poids de corps ; 4° Mouvements de substances pesantes à distance du médium ; 5° Elévation en l’air, sans contact avec personne, de tables et de chaises ; 6° LÉVITATION D’ETRES HUMAINS (340) ; 7° Apparitions lumineuses. M. Crookes dit : « Dans les conditions les plus strictes, j’ai vu un solide lumineux de la grosseur, et à peu près de la forme d’un œuf de dinde, flotter sans bruit dans la chambre, parfois à une hauteur à laquelle aucun des assistants n’aurait pu atteindre sur la pointe des pieds, et puis descendant doucement jusqu’à terre. Il fut visible pendant dix minutes et avant de s’évanouir il frappa trois coups sur la table avec un bruit que fait un corps solide et dur (341) ». Peut-être l’œuf était-il de même nature que le chat météorique de Babinet, classé dans les ouvrages d’Arago avec d’autres phénomènes naturels) ; 8° Apparition de mains, soit lumineuses par elles-mêmes, soit visibles à la lumière ordinaire ; 9° « Ecriture directe » par ces mêmes mains lumineuses, détachées, et évidemment douées d’intelligence (force psychique ?) ; 10° « Des formes et des visages de fantômes ». Dans cet exemple, la force psychique vient d’un « coin de la salle », sous la « forme d’un fantôme », elle prend dans sa main un accordéon, et se met alors à parcourir la pièce, comme en glissant, et en jouant de l’instrument, M. Home, le médium, étant tout le temps en vue de tous (342). Tout ce qui précède, M. Crookes l’a vu et expérimenté dans sa propre maison, en s’assurant scientifiquement de l’authenticité du phénomène, et il en a fait un rapport à la Royal Society de Londres. Quel accueil lui fit-on, pour avoir ainsi découvert des phénomènes d’un caractère nouveau et important ? Que le lecteur consulte son livre pour avoir la réponse.
En outre de ces tours joués à la crédulité humaine par la « force psychique », M. Crookes rend compte d’une autre classe de phénomènes, qu’il appelle des « cas spéciaux », et qui paraissent (?) indiquer l’action d’une intelligence extérieure.
« Je me trouvais, dit-il, avec Miss Fox, alors qu’elle écrivait automatiquement un message à une personne présente, pendant qu’un autre message, sur un autre sujet, était donné alphabétiquement au moyen de « coups frappés », et, durant tout ce temps, elle parlait tranquillement avec une troisième personne, de choses tout à fait différentes des deux autres… Pendant une séance avec M. Home, une petite latte, se déplaça sur la table vers moi, en pleine lumière, et me transmit un message en frappant sur ma main ; je répétais les lettres de l’alphabet, et le morceau de bois touchait ma main, lorsque j’énonçais la bonne lettre… Nous étions éloignés des mains de M. Home ». La même latte, à la demande de M. Crookes, lui transmit un message télégraphique, à l’aide de l’alphabet Morse, de la même façon (avec cette particularité que l’alphabet Morse était tout à fait inconnu des assistants, et mal connu de M. Crookes lui-même), et, ajoute-t-il, je fus convaincu qu’un excellent opérateur Morse se trouvait à l’autre bout de la ligne, OU QU’IL FUT (343) ». Serait-il impertinent de suggérer à M. Cox de rechercher l’opérateur dans son domaine privé : « la Région psychique ? » Mais cette même planchette fit encore plus et mieux. En pleine lumière du salon de M. Crookes, on lui demande message… « un crayon et quelques feuilles de papier avaient été posés au centre de la table ; Un instant après, le crayon se dresse droit sur sa pointe, et, après avoir avancé par saccades vers le papier, il tombe ; Il se relève et retombe encore… Après trois tentatives infructueuses, une petite latte de bois » (l’opérateur Morse) « qui se trouvait sur la table glisse vers le crayon et s’élève de quelques pouces au-dessus de la table ; le crayon se relève de nouveau, et s’appuyant sur la latte, ils font tous deux un effort pour écrire sur le papier. Il échoue et ils font un nouvel effort conjugué. A la troisième tentative, la latte renonce et ; le crayon reste comme il était tombé sur le papier, et un message alphabétique nous dit : « Nous avons essayé de faire ce que vous nous avez demandé, mais notre pouvoir est épuisé (344). » Le mot notre indiquant les efforts intelligents de la latte et de son ami le crayon, donne à entendre qu’il y avait là deux forces psychiques à l’œuvre.
Dans tout cela y a-t-il une preuve que l’agent dirigeant était « l’intelligence du médium » ? N’y avait-il pas au contraire toute indication que les mouvements de ces objets étaient guidés par des esprits « des morts », ou tout au moins par d’autres entités intelligentes invisibles ? Certes, le mot magnétisme est aussi peu explicatif dans le cas présent que celui de force psychique ; néanmoins le premier a plus de raison d’être que le second, ne fût-ce que parce que le magnétisme transcendant ou mesmérisme produit des phénomènes identiques, quant aux effets, à ceux du spiritisme. Le phénomène du cercle enchanté du baron Du Potet et de Regazzoni est aussi contraire aux lois admises de la physiologie, que la lévitation d’une table, sans contact, l’est aux lois de la philosophie naturelle. De même que les hommes forts ont souvent été incapables de soulever une petite table, ne pesant que quelques kilos, et l’ont brisée dans leurs efforts, de même une douzaine d’expérimentateurs, parmi lesquels, parfois, figuraient des académiciens, ont été absolument incapables de franchir la ligne tracée à la craie sur le sol, par Du Potet. Dans un cas, un général russe, bien connu pour son scepticisme, persista jusqu’à tomber sur le sol, en proie à de violentes convulsions. Dans ce cas, le fluide qui opposait une pareille résistance était-il la force psychique de M. Cox, qui dote les tables d’un poids extraordinaire et surnaturel ? S’ils provoquent les mêmes effets physiologiques et psychologiques, il y a de bonnes raisons de croire qu’ils sont plus ou moins identiques. Nous ne croyons pas que notre déduction puisse être rejetée raisonnablement. D’ailleurs, le fait, fût-il nié, cela ne l’empêcherait pas d’exister. Il fut un temps où toutes les Académies de la Chrétienté s’étaient mises d’accord pour nier l’existence de montagnes dans la Lune et où, si quelqu’un avait eu la témérité d’avancer que la vie existait dans les régions supérieures de l’atmosphère, aussi bien que dans les profondeurs insondables de l’océan, il aurait été traité de fou ou d’ignorant.
« Le Diable l’affirme – ce doit être un mensonge ! » Se plaisait à dire le pieux abbé Almiguana, dans une discussion avec une « table spirite. » Nous serons bientôt autorisés à paraphraser sa proposition en disant : « Les savants le nient, cela doit donc être vrai. »