PHÉNOMÈNES ET FORCES – partie 4
En agissant de la sorte, ils sont aussi mal avisés que celui qui, pour essayer de découvrir les sources d’une rivière, se dirigerait vers l’embouchure. Leurs notions sur les possibilités de la loi naturelle sont si limitées qu’ils se sont vus obligés de nier la possibilité de phénomènes occultes même les plus simples, à moins de miracles. Or, comme c’est scientifiquement absurde, il en résulte, pour la science physique, la perte récente d’une partie de son prestige. Si les savants avaient étudié les prétendus « miracles », au lieu de les nier, bien des lois secrètes de la nature, que les anciens comprenaient, auraient été découvertes de nouveau. « La conviction, dit Francis Bacon, ne vient pas par l’argumentation mais par l’expérimentation ».
Les anciens s’étaient toujours distingués – surtout les astrologues et les mages de la Chaldée – par leur ardent amour du savoir et sa poursuite dans toutes les branches de la science. Ils essayèrent de pénétrer les secrets de la nature comme le font nos naturalistes modernes et par la seule méthode susceptible de mener au but, c’est-à-dire par les recherches expérimentales et la raison. Si nos philosophes modernes ne peuvent concevoir que ces précurseurs aient pénétré plus avant qu’eux dans les mystères de l’univers, il ne s’ensuit pas valablement qu’on puisse nier la possession de ces savoir et connaissances ou les accuser de superstition. Rien ne justifie cette accusation tandis que chaque découverte nouvelle en archéologie milite en leur faveur. Comme chimistes, ils n’ont pas été égalés et dans sa fameuse conférence sur les arts perdus, Wendell Phillips dit : « La chimie, aux époques les plus reculées, avait atteint un développement dont nous n’avons même jamais approché ». Le secret du verre malléable qui, « suspendu par une de ses extrémités, s’étire grâce à son propre poids et, au bout de vingt-quatre heures, devient un gracieux filament qu’on peut enrouler autour de son bras », constituerait dans nos pays civilisés une redécouverte aussi difficile que s’il s’agissait de nous transporter dans la lune.
Une coupe de verre, sous le règne de Tibere, fut apportée à Rome par un exilé. « Il la jeta sur les dalles de marbre sans qu’elle fût brisée ni fêlée par sa chute ». Mais comme elle était « un peu bosselée », quelques coups de marteau la remirent en forme. C’est un fait historique. S’il est mis en doute, aujourd’hui, c’est simplement parce que les modernes sont incapables d’en faire autant. Cependant, à Samarcande et dans quelques monastères du Tibet on trouve encore de nos jours des coupes et des verreries de ce genre. Bien plus, certaines personnes prétendent pouvoir produire ce verre grâce à leur connaissance de l’Alkahest, le fameux solvant universel dont on s’est tant moqué et dont on a tant douté. Selon Paracelse et Van Helmont, cet agent serait dans la nature un certain fluide « capable de réduire tous les corps sublunaires, homogènes ou mixtes, à leur ens primum, c’est-à-dire de les ramener à la matière d’origine dont ils sont composés ; ou encore les convertir en une liqueur uniforme, pondérable et potable qui, sans perdre ses propres vertus radicales, se mélangera à l’eau et aux sucs de tous les corps ; remélangée à elle-même, cette liqueur sera convertie en eau pure élémentaire ». Quelles impossibilités nous empêcheraient de croire à cette assertion ? Pourquoi cet agent n’existerait-il pas et pourquoi cette idée serait-elle considérée comme une utopie ? Est-ce encore parce que nos chimistes modernes sont incapables de la produire » ? Mais on peut assurément concevoir, sans faire de grands efforts d’imagination, que tous les corps, à l’origine, doivent avoir été formés d’une matière première et que cette matière, si nous nous en rapportons aux leçons de l’astronomie, de la géologie et de la physique doit avoir été fluide. Pourquoi donc l’or, dont nos savants connaissent si peu la genèse, n’aurait pas été, originairement, une primitive ou basique matière d’or, un fluide pondérable qui, comme dit Van Helmont, « en raison de sa nature propre ou d’une forte cohésion entre ses molécules, aurait acquis plus tard une forme solide ? » Il n’est pas si absurde de croire à l’existence d’un « ens universel qui résout tous les corps en leur ens genitale ». Van Helmont l’appelle « le plus grand et le plus efficace de tous les sels. Parvenu au suprême degré de simplicité, de pureté, de subtilité, ce sel jouit seul de la propriété de rester inaltérable, inchangé par les substances sur lesquelles il agit. Aussi peut-il dissoudre les corps les plus réfractaires et les plus durs tels que les pierres, les pierreries, le verre, la terre, les métaux, le soufre, etc. Il les transforme en un sel rouge d’un poids égal à la matière dissoute et cela tout aussi facilement que l’eau bouillante fait fondre la neige ».
C’est dans ce fluide que les fabricants de verre malléable prétendaient et prétendent encore aujourd’hui plonger le verre commun qui, en quelques heures, deviendrait ainsi malléable.
Nous avons sous la main une preuve palpable de ces possibilités. Un correspondant étranger de la Société Théosophique, médecin très connu, après avoir étudié les sciences occultes pendant plus de trente ans, réussit à obtenir ce qu’il appelle « la véritable huile d’or », c’est-à-dire l’élément primaire. Les chimistes et les physiciens qui l’ont examinée ont dû reconnaître qu’ils ignoraient comment elle était obtenue et déclaraient qu’ils ne pourraient en produire. Il est bien naturel que ce savant ne veuille pas faire connaître son nom. Le ridicule et les préjugés du public sont, parfois, plus dangereux que l’inquisition d’autrefois. Cette « terre Adamique » est proche voisine de l’alkahest et constitue l’un des plus importants secrets des alchimistes. Aucun cabaliste ne consentirait à le révéler au monde car, selon l’expression dont il se sert dans son jargon bien connu, « ce serait expliquer les aigles des alchimistes et comment les ailes des aigles sont écourtées ». C’est un secret que Thomas Vaughan (Eugénius Philalèthe) mit vingt ans à apprendre.
Comme l’aube de la science devenait la clarté du jour, les sciences spirituelles s’immergeaient de plus en plus dans l’obscurité de la nuit : on en vint finalement à les nier. Aussi, de nos jours, les plus grands maîtres de la psychologie sont-ils considérés comme « des ancêtres ignorants et superstitieux », comme des empiriques et des saltimbanques. Pour nous le soleil du savoir moderne brille, d’un éclat si vif, que c’est un axiome que les philosophes et les savants de l’antiquité étaient des ignorants et vivaient dans la nuit de la superstition. Mais leurs détracteurs oublient que le soleil d’aujourd’hui, comparé à l’astre de demain, à tort ou à raison, semblera bien sombre. Si les hommes de notre époque estiment que leurs ancêtres étaient ignorants, leurs descendants, peut-être, les jugeront ignares. Le monde se meut par cycle ! Les races à venir seront simplement la reproduction de races très longtemps disparues : Nous, peut-être, nous sommes les images de celles qui vécurent il y a cent siècles. Le moment viendra où recevront leur dû tous ceux qui, publiquement, calomnient les hermétistes, dont ils méditent en cachette les ouvrages poudreux, dont ils plagient les idées et s’en attribuent la paternité. « Qui donc », s’écrie loyalement Pfaff, « quel homme eut jamais une notion plus intelligente de la nature que Paracelse ? Il fut l’intrépide créateur de la médication chimique, le fondateur de sociétés courageuses : controversiste victorieux, il est un de ces esprits qui créèrent parmi nous un nouveau mode de pensée touchant l’existence naturelle des choses. Les vues dont ses ouvrages sont semés concernant la pierre philosophale, les pygmées, les esprits des mines, les présages, les homunculi, l’élixir de vie qui, toutes, servent à le rabaisser dans notre estime, mais ne peuvent éteindre notre dette de gratitude envers lui pour ses ouvrages généraux ni notre admiration pour la libre hardiesse de ses efforts et pour sa vie noble et intellectuelle (117).
Parmi les pathologues, les chimistes, les homéopathes et les magnétiseurs, plus d’un est venu étancher sa soif de savoir dans les ouvrages de Paracelse. Frédéric Hufeland a conçu ses doctrines spéculatives sur l’infection, grâce aux écrits de ce « charlatan médiéval », comme Sprengel se plaît à nommer celui qui fut infiniment plus grand que lui. Hemmann, qui s’efforce de défendre ce grand philosophe et qui, noblement, cherche à réhabiliter sa mémoire calomniée, en parle comme du plus grand chimiste de son temps (118). De même font le « professeur Molitor (119) et le Dr Ennemoser, l’éminent psychologue allemand (120) ». Leur critique des travaux de cet Hermétiste montre Paracelse comme « l’intelligence la plus merveilleuse de son temps », comme un « noble génie ». Mais nos lumières modernes se prétendent mieux informées : les idées des Rose-Croix sur les esprits élémentaires, les gibelins et les elfes sont tombées dans les « limbes de la magie » et des contes de fées pour petits enfants (121).
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