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MYSTERES DE LA CABALE – Partie 8

Et maintenant, l’Eglise traite le suprême, l’inconnu, le Père de la grâce et de la pitié, et sa hiérarchie céleste comme autant d’étoiles théâtrales et de surnuméraires salariés. Six siècles avant l’ère chrétienne, Xenophon avait disposé de cet anthropomorphisme dans une satire immortelle conservée et présentée par Clement d’Alexandrie :

« Il y a un Dieu suprême par-dessus tous les dieux, plus divin que les mortels ;

Dont la forme n’est pas celle de l’homme, et encore moins sa nature ; Mais les mortels orgueilleux s’imaginent que les dieux sont engendrés comme eux,

Avec les mêmes sensations, la même voix, les mêmes membres corporels ; De sorte que si les lions et les bœufs avaient des mains pour travailler comme les hommes,

Et sculpter ou peindre l’image de leur Dieu,

Les chevaux alors peindraient leur dieu comme un cheval, et les bœufs comme un bœuf,

Chaque espèce dotant son Dieu de sa propre nature et forme (603). »

Ecoutez ce que dit Vyasa, le poète panthéiste de l’Inde, qui d’après les preuves réunies par les savants, a dû vivre, ainsi que le dit Jacolliot, il y a quelque quinze mille ans, au sujet de la Mâyâ, l’illusion des sens :

« Les dogmes religieux ne servent qu’à obscurcir l’intelligence de l’homme… Le culte des Divinités, sous l’allégorie desquelles se cache le respect des lois naturelles, éloigne la vérité au profit des plus basses superstitions. »

(Vyasa-Maya) (604c).

Il était donné au Christianisme de nous dépeindre le Dieu Tout-Puissant d’après le modèle de l’abstraction cabalistique de « l’ancien des Jours ». D’après les vieilles fresques sur les plafonds des cathédrales ; d’après les Missels catholiques et d’autres icônes et images, nous le voyons aujourd’hui représenté par le pinceau, artistique de Gustave Dore. L’imposante majesté de Celui qu’aucun païen n’avait osé portraiturer sous une forme concrète, figure dans notre siècle, dans la Bible Illustrée de Gustave Dore. Marchant sur les nuées qui flottent dans l’espace, les ténèbres et le chaos derrière lui, et le monde sous ses pieds, nous voyons un majestueux vieillard, ramenant de sa main gauche ses robes qui traînent autour de lui et la droite levée dans un geste de commandement. Il vient de prononcer le Verbe et un flot de Lumière – la Shékinah – s’échappe de sa personne altière. Cette conception poétique, en tant que composition, fait honneur à l’artiste, mais honore-t-elle Dieu ? Le chaos derrière Lui, vaut mieux que la figure elle-même, car là, du moins, nous voyons un mystère solennel. Quant à nous, nous lui préférons le silence des anciens païens. Avec une telle représentation grossière, anthropomorphe et, à notre avis, sacrilège de la Cause Première, faut-il s’étonner de l’extravagance iconographique des représentations du Christ Chrétien, des apôtres et des saints putatifs ? Pour les catholiques, saint Pierre devient tout naturellement le concierge du Ciel, assis à la porte du royaume céleste et faisant office de contrôleur des billets vers la Trinité !

Pendant un conflit religieux qui eut lieu dernièrement dans une des provinces Hispano-Américaines, on trouva sur les cadavres de quelques victimes, des passeports signés par l’Evêque du diocèse, et adressés à saint Pierre(), en l’enjoignant « d’admettre le porteur en qualité de véritable fils de l’Eglise. » On reconnut, par la suite, que ces curieux documents avaient été reçus par ses paroissiens du prélat catholique, juste avant d’aller au combat à l’instigation de leurs prêtres.

Dans leur désir immodéré de prouver l’authenticité du Nouveau Testament, les meilleurs, les plus savants du clergé protestant, ne tombent que trop souvent dans de regrettables pièges. Nous pouvons à peine croire qu’un commentateur aussi éclairé que le chanoine Westcott, ait ignoré les écritures talmudistes et purement cabalistiques. Comment se fait-il qu’il cite avec une parfaite assurance, comme présentant « une analogie frappante avec l’Evangile selon saint Jean() » des passages entiers de l’ouvrage Le Pasteur d’Hermas, qui sont des phrases complètes empruntées à la littérature cabalistique ? « Le point de vue d’Hermas au sujet de l’œuvre et de la nature du Christ n’est pas moins en harmonie avec la doctrine apostolique, et il offre une analogie frappante avec l’Evangile selon saint Jean()… Il [Jésus] est un « Rocher plus haut que les montagnes, capable de soutenir le monde entier, ancien et cependant avec une porte nouvelle… Il est plus vieux que la création, de sorte qu’il prit conseil du Père au sujet de la création qu’il fit… Personne ne peut arriver jusqu’à lui, sinon par son Fils (605). »

Or – ainsi que l’auteur de Supernatural Religion le prouve fort bien – tandis qu’il n’y a rien dans ceci, qui ressemble à une corroboration de la doctrine enseignée dans le quatrième Evangile, il ne dit pas que presque tout ce qui a été avancé par le pseudo Hermas, par rapport à sa conversation parabolique avec le « Seigneur », est une simple citation, avec de nombreuses variantes, du Zohar et d’autres ouvrages cabalistiques. Comparons-les afin de ne laisser aucun doute dans l’esprit du lecteur.

« Dieu, dit Hermas (606), planta une vigne, c’est-à-dire qu’Il créa le peuple et le donna à Son Fils ; et le Fils… lava, lui-même, leurs péchés, etc. » ; c’est-à-dire, que le Fils les lava dans son sang, en commémoration de quoi les chrétiens boivent du vin dans la communion. Dans la Cabale, nous voyons que l’Ancien des Anciens, ou la longue Face planta un vignoble qui représente l’humanité ; et une vigne qui signifie la Vie. Nous voyons, par conséquent, que l’Esprit du « Messie-Roi » lave ses vêtements dans le vin d’en haut, dès la création du monde (607). Adam, ou A-Dam, c’est le « sang ». La vie de la chair est dans le sang (nephesh – l’âme), (Lévitique, XVII). Et Adam-Kadmon est le Fils Unique. Noe(), aussi, plante un vignoble – la serre chaude allégorique de l’humanité future. Nous le voyons reproduit dans le Codex des Nazaréens, comme la conséquence de l’adoption de cette même allégorie. Sept vignes sont procréées, qui naissent de Kabar Ziva, et Ferho (ou Parcha) Raba les arrose (608). Lorsque les Bienheureux remonteront parmi les créatures de Lumière, ils verront Iavar-Zivo, Seigneur de la VIE, et la Première VIGNE ! (609c). Ces métaphores cabalistiques se répètent tout naturellement dans l’Evangile de saint Jean() (XV, 1) : « Je suis le vrai cep et mon Père est le vigneron. » Dans la Genèse (XLIX), on fait dire à Jacob() mourant : « Le sceptre ne s’éloignera point de Juda [le jeune lion] ni le bâton souverain d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne Shiloh… Il attache à la vigne son âne et au meilleur cep le petit de son ânesse ; il lave dans le vin son vêtement et dans le sang des raisins son manteau. » Shiloh c’est le « Messie-Roi » de même que dans Ephraïm, Shiloh devait être la capitale et l’emplacement du sanctuaire. Dans le Targum d’Onkelos, le Babylonien, les paroles de Jacob() se lisent : « Jusqu’à ce que vienne le Messie Roi ». La prophétie n’a été accomplie ni dans le sens chrétien ni dans le cabalistico-juif. Le sceptre a été retiré à Juda(), que le Messie soit déjà venu ou qu’il doive encore venir, à moins que nous ne croyions, avec les cabalistes, que Moise était le premier Messie, qui transféra son âme à Josué-Jésus (610c).

Hermas dit : « Et il me montra un grand rocher blanc au centre de la plaine, qui était sorti de la plaine, et le rocher était plus élevé que les montagnes, de forme rectangulaire, de façon à pouvoir contenir le monde entier ; mais le rocher était vieux, avec une porte taillée dans son flanc et l’entaille dans le rocher me parut récente. » Et voici ce que nous lisons dans le Zohar : « Le blanc du crâne de Sa Tête [du plus sacré des Anciens in abscondito] s’étend jusqu’à 40.000 mondes supérieurs (611). Lorsque Seir [la première réflexion et l’image de son Père, l’Ancien des Anciens] descendra dans Iezirah [le troisième monde] par le mystère des soixante-dix noms de Métatron, il ouvrira une nouvelle porte… Le Spiritus Decisorius taillera et divisera le vêtement [Shekinah] en deux (612) … Une lumière blanche s’élèvera pendant quarante jours de la pierre cubique sacrée du Temple, à la venue du Messie Roi. Elle s’étendra jusqu’à entourer le monde entier… À ce moment, le Messie-Roi daignera se révéler, et on le verra sortir de la porte du jardin d’Odan (Eden). Il se révèlera dans le pays de Galil (613), lorsqu’il aura « donné satisfaction pour les péchés d’Israël, il les mènera par la nouvelle porte jusqu’au siège du jugement (614) ». Le trône est préparé pour le Seigneur de Splendeur, au Portail de la Maison de la Vie (615). »

Le commentateur introduit, plus loin, la citation suivante : « Ce rocher et cette porte sont le Fils de Dieu. « Comment se fait-il, Seigneur », dis-je, que le rocher soit vieux et la porte nouvelle ? – Ecoute, dit-Il, et comprends, ô homme ignorant. Le Fils de Dieu est plus vieux que toute sa création, par conséquent il était le conseiller de son Père dans Son œuvre de la création ; c’est pour cela qu’Il est vieux (616). »

Or, ces deux assertions ne sont pas seulement purement cabalistiques sans qu’une expression y soit changée, mais aussi Brahmanique et Païenne. Vidi virum excellentem caeli terraeque conditore natu majorera… J’ai vu le plus excellent (supérieur) HOMME qui est le plus âgé, par sa naissance, que le créateur du ciel et de la terre », dit le Codex cabalistique (617). Le Dionysus Eleusinien, dont le nom particulier était Iacchos (laccho, Iahoh) (618c) – le Dieu dont on attendait la libération des âmes – était considéré plus vieux que le Démiurge.

Pendant les mystères des Anthesteria, à Limnoe (les lacs) les Mystoe, après l’usuel baptême par la purification de l’eau, passaient par une autre porte, particulièrement employée à cet effet, et qu’on nommait « la porte de Dionysos » et porte des « purifiés ».

Les cabalistes sont informés, dans le Zohar, que l’architecte, le Démiurge, dit au Seigneur : « Faisons un homme à notre image (619) ». Dans le texte original du premier chapitre de la Genèse, il est dit : « Et les Elohim [traduit par le Dieu Suprême] qui sont les dieux ou pouvoirs les plus élevés dirent : Faisons l’homme à notre [?] image, d’après notre ressemblance. » Dans les Védas, Brahma prend conseil de Parabrahman, au sujet de la meilleure manière pour procéder à la création du monde.

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