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MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES – Partie 9

C’est une vieille, vieille histoire. Depuis l’époque où un prédicateur s’écriait : « l’œil n’est pas satisfait de voir, ni l’oreille d’entendre » les savants se sont conduits comme si ces paroles avaient été écrites pour dépeindre leur état mental. Avec quelle fidélité Lecky, rationaliste lui-même, dépeint inconsciemment cette tendance des savants à railler toutes les nouveautés dans la description qu’il fait de la manière dont les « hommes instruits » écoutent la relation d’un miracle ! « Ils l’accueillent, dit-il, avec une incrédulité absolue et même ironique, qui les dispense d’examiner les preuves fournies à l’appui (213) ! Bien plus, ils sont tellement saturés du scepticisme à la mode, une fois qu’ils ont obtenu accès au sein de l’Académie, qu’ils deviennent persécuteurs à leur tour. « C’est une des curiosités de la Science, dit Howitt, que Benjamin Franklin, qui avait été en butte aux railleries de ses concitoyens, à propos de ses tentatives pour démontrer l’identité de la foudre et de l’Electricité, ait été l’un des membres de la Commission de Savants, à Paris, qui, en 1778 après avoir examiné les titres du mesmérisme, le condamna comme du pur charlatanisme (214) ».

Si les savants se contentaient de jeter le discrédit sur les nouvelles découvertes, ils seraient excusables dans leurs tendances conservatrices née d’une vieille habitude d’étude patiente ; mais non seulement ils ont des prétentions à l’originalité que rien ne justifie, mais encore ils repoussent dédaigneusement toutes les allégations que les anciens en savaient autant et même plus qu’eux. Il est regrettable que le texte suivant de l’Ecclésiaste ne soit pas affiché dans chacun de leurs laboratoires : « Y a-t-il une chose dont on puisse dire : vois, ceci, c’est nouveau ? cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés (215) ». Dans le verset qui suit celui que nous venons de citer, le Sage dit : « On ne se souvient pas de ce qui est ancien » ; de sorte que cette assertion peut, expliquer toutes les négations nouvelles. M. Meldrum peut tirer vanité de ses observations météorologiques des cyclones à Maurice ; M. Baxendell, de Manchester, parler savamment des courants de convection terrestres ; le Dr Carpenter et le commandant Maury tracer le plan du courant équatorial, et le professeur Henry nous montrer comment les vents chargés d’humidité déposent leur fardeau, pour former les ruisseaux et les rivières, uniquement pour être tirés depuis l’Océan et ramenés aux collines d’où ils sortent ; cela n’empêche pas que Koheleth ait dit : « Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord, puis il tourne encore et reprend les mêmes circuits (216) ».

« Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie ; ils continuent à aller vers le lieu d’où ils viennent (217) ».

La philosophie de la distribution de la chaleur et de l’humidité, au moyen des courants ascendants et descendants entre l’équateur et les pôles, est d’origine très récente ; mais son énonciation est passé inaperçue depuis près de trois mille ans, dans le livre qui nous est le plus familier. Et même aujourd’hui, en le citant, nous sommes obligés de rappeler que Salomon était un cabaliste, et que, dans les textes ci-dessus, il ne fait que répéter ce que l’on avait écrit des milliers d’années avant lui.

Séparés qu’ils sont de l’accumulation de faits d’une moitié de l’univers, et celle-là la plus importante, les savants modernes sont naturellement incapables d’édifier un système de philosophie qui les satisfasse eux-mêmes, pour ne pas parler des autres. Ils sont comme les mineurs dans une mine de houille, qui y restent toute la journée et n’en sortent que le soir, si bien qu’ils sont dans l’impossibilité d’apprécier la beauté et la gloire du Soleil. La vie, pour eux mesure le terme de l’activité humaine, et l’avenir ne présente à leur perception intellectuelle qu’un abîme de ténèbres. Ils n’ont aucun espoir d’une éternité de recherches, de découvertes et de satisfactions qui en sont la conséquence, pour adoucir les aspérités de l’existence présente ; la seule récompense qu’ils entrevoient pour leurs travaux, c’est outre leur subsistance, l’impalpable et vaine conviction que leur nom ne sera pas oublié quelques années après que la tombe se sera refermée sur leurs restes. La mort, à leur sens, signifie l’extinction de la flamme de vie, et la dispersion, dans l’espace sans bornes, des fragments de la lampe. Berzelius, le grand chimiste, à sa dernière heure, s’écriait, les larmes aux yeux : « Ne soyez pas surpris de me voir pleurer ; ne pensez pas que je sois un homme faible, ni que je sois alarmé de ce que m’a annoncé le docteur ; je suis prêt à tout. Mais il faut que je dise adieu à la Science, et ne doutez pas que cela ne soit un grand sacrifice pour moi (218) ».

Que les réflexions d’un aussi grand étudiant de la nature doivent être amères, lorsqu’il se voit contraint d’interrompre à moitié chemin ses laborieuses études, l’édification d’un système grandiose, la découverte d’un mystère qui avait déjoué les efforts de l’humanité pendant des siècles, et que le philosophe mourant avait osé espérer résoudre ! Regardez le monde savant d’aujourd’hui, et vous verrez ces théoriciens des atomes rapiécer de leur mieux leurs robes en haillons, qui laissent voir partout les imperfections de leurs spécialités séparées ! Voyez-les, raccommodant les piédestaux sur lesquels ils replaceront leurs idoles, tombées de l’endroit où elles avaient été exposées au culte, avant que cette théorie révolutionnaire eût été exhumée par John Dalton du tombeau de Democrite ! Dans l’océan de la science matérialiste, ils jettent leurs filets dont les mailles se rompent inévitablement, lorsqu’ils rencontrent quelque problème monstrueux et inattendu. Ses eaux sont amères comme celles de la Mer Morte ; elles sont si denses, qu’à peine peuvent-ils s’y plonger et encore moins en atteindre le fond ; elles n’ont ni issue, ni vie dans leur sein, ni sur leurs rives. C’est une immensité sombre, interdite, sans issue ; c’est un désert qui ne produit rien qui vaille, car ce qu’il produit n’a ni vie, ni âme.

Il fut un temps où les Académiciens instruits faisaient des gorges chaudes des simples énonciations de quelques faits merveilleux que les anciens racontaient comme les ayant observés eux-mêmes. Comme ils devaient paraître niais, voire même des imposteurs aux yeux d’un siècle aussi éclairé que le nôtre ! Ne racontaient-ils pas qu’ils avaient vu des chevaux et d’autres animaux, dont les pieds offraient quelques points de ressemblance avec les mains et les pieds des hommes ? Or voici que dans l’an de grâce 1876, M. Huxley, dans d’érudites conférences, nous parle du protohippos, dont l’avant-bras est quasi humain ; du orohippos, avec ses quatre orteils et son origine Eocénienne, et de l’hypothétique pedactyl-equus grand-oncle maternel du cheval actuel, qui jouent tous un rôle important. La merveille est donc confirmée ! Les Pyrrhoniens matérialistes du XIXème siècle se vengent des Platoniciens superstitieux et des gobe-mouches antédiluviens. Or, avant M. Huxley, Geoffroy Saint Hilaire avait cité le cas d’un cheval qui avait positivement des doigts séparés par des membranes (219).

Lorsque les anciens parlaient d’une race de pygmées existant en Afrique, ils furent taxés de mensonges. Et pourtant des pygmées tout à fait conformes à leurs descriptions ont été vus et examinés par un savant français, pendant son voyage dans le Tenda Maia sur les bords du Rio Grande en 1840 (220) ; par Bayard Taylor au Caire en 1854 ; et par M. Bond du Comité d’Exploration Trigonométrique de l’Inde, qui a découvert une race sauvage naine vivant dans les Jungles du Galitax Occidental vers le sud-ouest des collines de Palini, race dont on n’avait trouvé aucune trace auparavant, bien qu’il en eût été souvent fait mention. « C’est une nouvelle race de pygmées, ressemblant aux Obongos Africains du Chaillu, aux Akkas de Schweinfurth, et aux Dokos du Dr Krapf, pour la taille, l’aspect et les mœurs (221) ».

Herodote fut tenu pour fou pour avoir parlé d’un peuple dont on disait qu’il dormait pendant une nuit de six mois de durée. Si l’on explique le mot dormir en faisant sentir l’équivoque à laquelle il prête, il sera très facile de comprendre qu’il est fait ici allusion à la nuit des régions polaires (222). Pline, dans ses œuvres, présente une abondance de faits, qui ont été rejetés comme des fables jusqu’à une époque toute récente. Entre autres, il mentionne une race de petits animaux dont les mâles allaitent leurs petits. Cette assertion provoqua naturellement une grande hilarité parmi nos savants. Dans son Rapport de l’exploration géologique des territoires pour 1872, M. C.-H. Merriam décrit une curieuse et rare espèce de lapins (lepus Bairdi) habitant les régions de pins vers les sources des rivières Wind et Yellowstone, dans le Wyoming (223). M. Merriam se procura cinq spécimens de cette race, qui sont les premiers individus de l’espèce qui aient été présentés au monde scientifique. Un fait extrêmement remarquable est que tous les mâles ont des mamelles, et prennent part à l’allaitement de leurs petits... Les mâles adultes avaient des mamelles pleines de lait, et le poil autour du bout de l’une d’elles était mouillé et collé, indiquant qu’au moment où celui-là fut pris, il était en train de donner à téter à son petit ». Dans le récit carthaginois des premiers voyages de Hanno, on trouve une longue description d’un « peuple sauvage… dont le corps était tout velu, et que les interprètes appelaient gorillæ« , νθροποι ά̉ργιοι, suivant le texte, ce qui implique assez clairement que ces sauvages étaient des singes. Jusqu’au siècle actuel, ce récit a été considéré comme un conte, et Dodwell rejeta complètement l’authenticité du manuscrit et des récits qu’il contient (224).

La fameuse Atlantis est envisagée par le plus récent des commentateurs modernes et traducteurs des œuvres de ce sage, comme un des « nobles mensonges » de Platon (225b). Le fait d’admettre franchement dans le Timée que « l’on dit que, de leur temps… les habitants de cette île Poseidonis conservaient une tradition qui leur avait été transmise par leurs ancêtres sur l’existence de l’île Atlantique d’une prodigieuse étendue…, etc. (226) n’a pas préservé le grand philosophe de l’accusation de mensonge portée contre lui par « l’infaillible école moderne ».

Dans la grande masse de peuples plongés dans la superstitieuse ignorance du moyen âge, il n’y eut que fort peu d’adeptes de l’ancienne philosophie hermétique qui, profitant de ses enseignements, pressentirent les découvertes qui sont l’orgueil de notre siècle ; tandis que les ancêtres de nos modernes grands prêtres du temple de la Sainte Molécule en étaient à découvrir les traces du pied fourchu de Satan, dans le phénomène naturel le plus simple. Le professeur A. Wilder dit : « Roger Bacon [au XIIIème siècle], dans son traité sur Admirable force of Art and Nature (227), consacre la première partie de son œuvre aux faits naturels. Il nous donne quelques vagues notions sur la poudre à canon, et il prédit l’emploi de la vapeur comme force motrice. La presse hydraulique, la cloche à plongeur et le kaléidoscope y sont aussi décrits ».

Les anciens parlent d’eaux changées en sang, de pluies de sang, de tempêtes de neige pendant lesquelles la terre était couverte sur une étendue de plusieurs milles comme d’une couche de neige sanguinolente. Cette chute de molécules écarlates a été démontrée, comme tout le reste, n’être qu’un phénomène naturel. Elle s’est produite à diverses époques, mais sa cause demeure un mystère jusqu’à ce jour.

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