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MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES – Partie 8

Depuis l’avènement du spiritisme, les médecins et les pathologistes sont plus disposés que jamais à traiter de superstitieux empiriques et de charlatans de grands philosophes comme Paracelse et Van Helmont, et à tourner en ridicule leurs notions au sujet de l’Archæus ou anima mundi, aussi bien que l’importance qu’ils accordent à la connaissance de la structure des astres. Et cependant combien de progrès substantiels la médecine a-t-elle faits depuis l’époque ou lord Bacon la rangeait parmi les sciences conjecturales.

Des philosophes tels que Democrite, Aristote, Euripide, Epicure, ou plutôt son biographe Lucrece, Eschyle et autres anciens auteurs, que les matérialistes citent si volontiers comme des autorités à opposer aux Platoniciens rêveurs, n’étaient que des théoriciens et non pas des adeptes. Les adeptes, lorsqu’ils écrivaient, voyaient leurs ouvrages brûlés par la plèbe chrétienne, ou alors ils les rédigeaient dans des termes qui ne les rendaient intelligibles que pour les initiés. Quel est celui de leurs détracteurs modernes qui peut assurer qu’il sait tout ce qu’ils savaient ? Diocletien, à lui seul, a brûlé des bibliothèques entières de livres sur les « arts secrets » ; pas un manuscrit traitant de l’art de faire de l’or et de l’argent n’a échappé à la fureur de ce tyran grossier (202). Les arts et la civilisation avaient atteint un tel développement à l’époque que l’on se plaît à appeler les temps archaïques, que nous apprenons, par Manethon, qu’Athothis, le deuxième roi de la première dynastie, avait écrit un livre sur l’anatomie (203), et le roi Necho un traité d’astrologie et d’astronomie. Blantasus et Cynchrus furent deux savants géographes de ces temps pré-mosaïques. Elien parle de l’Egyptien Iachus, dont la mémoire était vénérée depuis des siècles, pour des découvertes étonnantes en médecine. Il arrêta la marche de plusieurs épidémies, tout simplement au moyen de certaines fumigations. Un ouvrage d’Apollonide, surnommé Orapios, est cité par Theophile(), patriarche d’Antioche (204), il était intitulé le Livre Divin et donnait la biographie secrète et l’origine de tous les dieux de l’Egypte. Ammien Marcellin (205b) parle d’un ouvrage secret dans lequel était indiqué l’âge précis du bœuf Apis –clé de nombreux mystères et de maint calcul cyclique (206). Que sont devenus ces livres ? Qui connaît les trésors d’érudition et de science qu’ils peuvent avoir contenus ? Nous ne savons avec certitude qu’une chose : c’est que les vandales Païens et Chrétiens ont détruit ces trésors littéraires partout où ils les trouvaient ; que l’Empereur Alexandre Severe parcourut l’Egypte entière, pour rassembler tous les livres sacrés sur le mysticisme et la mythologie, pillant tous les temples ; que les Ethiopiens, malgré l’antiquité bien démontrée des connaissances des Egyptiens dans les arts et les sciences, prétendaient avoir priorité sur eux ; et du reste, ils le pouvaient puisque ce savoir existait dans l’Inde, dès la première aurore de l’histoire. Nous savons aussi, que Platon apprit plus de secrets en Egypte qu’il ne lui fut permis d’en révéler ; que, suivant Champollion, tout ce qui est réellement bon et scientifique dans l’œuvre d’Aristote, si vanté de nos jours par nos modernes instructionnistes, est dû à son divin Maître (207), et que, comme conséquence logique, Platon ayant enseigné oralement à ses disciples initiés les profonds secrets qu’il avait appris des prêtres de l’Egypte, ces secrets se transmirent ainsi de génération en génération parmi les adeptes, dont les derniers en savent plus sur les pouvoirs occultes de la nature que nos philosophes d’aujourd’hui.

C’est le cas de mentionner ici les ouvrages d’Hermès Trismégiste. Qui les a lus ou combien ont eu occasion de les lire, tels qu’ils existaient dans les sanctuaires d’Egypte ? Dans ses Mystères de l’Egypte, Jamblique attribue à Hermès 1.200 volumes, et Seleucus ne compte pas moins de 20.000 ouvrages de lui avant la période de Menes. Eusebe n’en a vu que quarante-deux de son temps, dit-il, et le dernier des six livres sur la médecine traitait de cet art tel qu’on le pratiquait dans les siècles les plus sombres (208) ; et Diodore dit que ce fut le plus âgé des législateurs Mnévis, le troisième successeur de Menes, qui les reçut d’Hermès.

De tous les manuscrits qui sont parvenus jusqu’à nous, la plupart ne sont que des retraductions latines des textes traduits en grec, principalement par les Néoplatoniciens, d’après les ouvrages originaux conservés par quelques adeptes. Marcile Ficinus, qui fut le premier à les publier à Trévise, en 1471, ne nous en a donné que de simples extraits et les plus importantes parties paraissent en avoir été négligées ou volontairement omises, comme trop dangereuses à publier dans ces temps d’auto da fé. Aussi, il arrive maintenant que lorsqu’un cabaliste, qui a consacré sa vie entière à étudier l’occultisme et a acquis ainsi le grand secret, se hasarde à faire remarquer que la Cabale seule conduit à la connaissance de l’Absolu dans l’Infini, et de l’Infini dans le Fini, il est tourné en dérision par ceux qui, sous prétexte qu’ils connaissent l’impossibilité de la quadrature du cercle, en tant que problème physique, en contestent la possibilité dans le sens métaphysique.

La psychologie, suivant les autorités les plus considérables, est un département de la science jusqu’à présent presque inconnu. La physiologie, d’après le Dr Fournie, un de ses maîtres en France, se trouve dans des conditions tellement mauvaises, qu’il écrit dans la préface de son savant ouvrage : Physiologie du système nerveux : « Nous nous apercevons enfin que non seulement la physiologie du cerveau n’est pas connue, mais encore qu’il n’existe pas de physiologie du système nerveux du tout ». La chimie a été entièrement refondue dans ces dernières années ; c’est pourquoi, comme toutes les autres sciences en enfance, elle ne peut être considérée comme très solidement établie sur sa base. La Géologie n’a pas encore pu faire savoir à l’anthropologie depuis combien de temps l’homme existe. L’astronomie, la plus exacte des sciences, en est encore aux tâtonnements et aux recherches sur l’énergie cosmique, et sur beaucoup d’autres questions aussi importantes. Quant à l’anthropologie, M. Wallace nous apprend qu’il y a parmi ses adeptes une divergence d’opinions énorme, au sujet des questions les plus vitales touchant la nature et l’origine de l’homme. Plusieurs médecins célèbres estiment que la médecine n’est tout au plus que des devinettes scientifiques. Ce n’est partout que connaissances incomplètes, et nulle part la perfection. Lorsque nous voyons ces hommes sérieux tâtonnant dans les ténèbres pour y trouver les anneaux manquants de leur chaîne brisée, ils nous font l’effet de personnes émergeant par divers chemins d’un abîme sans fond. Chacun de leurs sentiers aboutit au bord de ce gouffre qu’ils ne peuvent explorer. D’une part, le moyen de descendre dans ses mystérieuses profondeurs leur fait défaut, et de l’autre ils sont repoussés par des sentinelles jalouses, qui leur en interdisent l’accès, à chaque tentative qu’ils font pour y pénétrer. C’est ainsi qu’ils continuent à étudier les forces inférieures de la nature, en initiant de temps à autre le public à leurs grandes découvertes. Ne viennent-ils pas de se lancer dans l’étude de la force vitale, et de définir son rôle dans le jeu des corrélations avec les forces physiques et les forces chimiques ? Certes, ils l’ont fait ; mais si nous leur demandons d’où provient cette force vitale, et comment il se fait que ceux qui, naguère encore, croyaient si fermement que la matière était destructible et sortait de l’existence, ont maintenant appris à croire qu’elle est indestructible, sans pouvoir rien nous dire de plus à ce sujet, ils sont forcés, dans ce cas comme dans bien d’autres, de revenir à une doctrine enseignée par Democrite il y a vingt-quatre siècles (209). À cette question, en effet, ils répondent : « La création ou la destruction de la matière, son augmentation ou sa diminution sont au-delà du domaine de la science ; son domaine est purement et simplement limité à ce qui concerne les changements de la matière… c’est dans les limites de ces changements qu’est enfermé le domaine de la science, en dehors duquel se trouvent sa création et son anéantissement (210) ». Oh non ! ils ne se trouvent qu’en dehors des atteintes des savants matérialistes. Pourquoi confondre ainsi les savants avec la science ? S’ils disent que « la force ne peut être détruite que par la puissance même qui l’a créée », n’est-ce point admettre tacitement l’existence d’une telle puissance, et n’est-ce pas, par conséquent, déclarer que l’on n’a pas le droit de mettre les obstacles sur la route de ceux qui, plus audacieux qu’eux, essayent de pénétrer plus avant, et qui constatent qu’on ne peut le faire qu’en soulevant le Voile d’Isis ?

Mais assurément parmi toutes ces branches ébauchées de la science, il doit y en avoir au moins une complète ! Il nous semble que nous avons entendu de grandes clameurs d’approbation„ « comme la voix de grandes eaux », à propos de la découverte du protoplasme. Mais, hélas ! lorsque nous lisons les livres de M. Huxley, le savant progéniteur du nouveau-né, nous y trouvons l’aveu, « que, strictement parlant, il est vrai que l’examen chimique ne peut nous apprendre directement, que fort peu de chose ou rien du tout, sur la composition de la matière vivante, et… qu’il n’est pas moins exact que nous ne savons rien de la composition d’un corps quelconque tel qu’il est (211) ».

Voilà, en vérité, un pénible aveu. Il paraît donc que la méthode d’induction d’Aristote est, après tout, insuffisante, dans bien des cas. Cela expliquerait aussi que ce philosophe modèle, malgré toutes ses études des particuliers avant de s’élever aux universaux, ait enseigné que la terre se trouvait au centre de l’univers ; tandis que Platon, qui s’est perdu dans les méandres des « divagations « pythagoriciennes, et qui parlait des principes généraux, était parfaitement au courant du système héliocentrique. Nous pouvons aisément prouver le fait, en faisant usage de cette même méthode d’induction pour le bien de Platon. Nous savons que le serment Sodalien de l’initié aux Mystères l’empêchait de faire part au monde de ses connaissances, autrement que dans des termes voilés. « C’était le rêve de sa vie », dit Champollion, « d’écrire un ouvrage dans lequel il eût consigné intégralement les doctrines professées par les hiérophantes Egyptiens ; il en parlait souvent, mais il se vit contraint de s’en abstenir, à cause de son « serment solennel (212) ».

Maintenant, jugeant nos philosophes modernes d’après la méthode opposée, c’est-à-dire celle qui procède des universaux aux particuliers, et laissant de côté les savants en tant qu’individus pour donner simplement notre opinion sur leur ensemble, nous sommes forcés de soupçonner cette très respectable corporation de sentiments très mesquins à l’égard de leurs confrères aînés les philosophes anciens et archaïques. On dirait, vraiment, qu’ils ont sans cesse à la mémoire l’ancien adage : « Eteignez le soleil, et les étoiles brilleront ».

Nous avons entendu un Académicien français, homme d’une érudition profonde, assurer qu’il sacrifierait très volontiers sa propre réputation pour voir la nomenclature des nombreuses et ridicules erreurs de ses collègues rayées de la mémoire des hommes. Mais ces erreurs ne sauraient être trop souvent rappelées à propos du sujet que nous traitons. Le temps viendra où les enfants des savants, à moins qu’ils n’héritent de l’aveuglement intellectuel de leurs sceptiques parents, auront honte du matérialisme avilissant et de l’étroitesse d’esprit de leurs pères. Pour employer une expression du véritable William Howitt : « Ils détestent les vérités nouvelles, comme les voleurs et les hiboux ont horreur du soleil… L’instruction purement intellectuelle ne veut pas reconnaître celle qui est spirituelle. De même que le soleil éclipse le feu, de même l’esprit éblouit les yeux du seul intellect ».

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