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MERVEILLES PSYCHOLOGIQUES ET PHYSIQUES – Partie 6

Le Dr Fournie de l’Institut national des Sourds et Muets de France au chapitre II de son ouvrage (185), en examinant la question du fœtus, dit que le microscope le plus puissant est incapable de nous montrer la plus légère différence entre la cellule ovarienne d’un mammifère et celle de l’homme ; et en ce qui concerne le premier ou le dernier mouvement de l’ovule, il pose cette question : « Qu’est-ce que c’est ? A-t-il des caractères particuliers qui le distinguent de tout autre ovule ? » Et il répond lui-même avec raison : « Jusqu’à présent, la science n’a pas répondu à ces questions, et sans être pessimiste, je ne crois pas qu’elle y répondra jamais. Du jour où ses méthodes d’examen lui permettront de surprendre le mécanisme caché du conflit entre le principe de vie et la matière, elle connaîtra la vie elle-même et sera capable de la produire. Si notre auteur avait lu le sermon du Pere Felix, comme il aurait répondu Amen ! à l’exclamation du prêtre : MYSTERE ! MYSTERE !

Examinons l’assertion de Magendie à la lumière des exemples cités de la puissance de l’imagination pour produire des difformités monstrueuses, en dehors de la question des femmes enceintes. Il admet que ces anomalies se produisent journellement dans les rejetons des animaux inférieurs ; comment explique-t-il l’éclosion de poulets à tête de faucon, si ce n’est au moyen de la théorie que l’apparition de l’ennemi héréditaire agit sur l’imagination de la poule, qui à son tour imprime à la substance dont le germe est constitué certains mouvements qui, avant de se former, produisent les poussins monstrueux ? Nous avons connu un cas analogue dans lequel une colombe apprivoisée, appartenant à une dame de nos relations, ayant été journellement effrayée par un perroquet, eut à la couvée suivante deux petits avec des têtes de perroquet, la ressemblance avec cet oiseau s’étendant jusqu’à la couleur des plumes. Nous pourrions citer aussi Columella, Youatt, et d’autres auteurs ainsi que les résultats de l’expérience d’éleveurs qui démontrent qu’en agissant sur l’imagination de la robre, l’aspect extérieur du produit peut être grandement modifié. Ces exemples n’affectent en aucune manière la question de l’hérédité, car ils ne sont simplement que des variations spéciales de types produits artificiellement.

Catherine Crowe discute longuement au sujet du pouvoir du mental sur la matière, et elle raconte à son appui une foule de faits parfaitement authentiques (186). Entre autres, le curieux phénomène des stigmates a, à cet égard, une portée décisive. Ces marques sont produites sur des personnes de tout âge, et elles sont toujours le résultat d’une imagination surexcitée. Dans les cas de l’extatique Tyrolienne Catherine Emmerich et de beaucoup d’autres, les plaies de la crucifixion sont, paraît-il, aussi naturelles que possible. Une certaine Mme von N. rêva, une nuit, qu’une personne lui offrait une rose blanche et une rouge, et qu’elle choisissait cette dernière. À son réveil, elle éprouva sur une partie du bras comme la sensation d’une brûlure, et elle y vit apparaître graduellement l’image parfaite de couleur et de forme d’une rose ; elle formait légèrement relief sur la surface de la peau. Cette marque augmenta d’intensité jusqu’au huitième jour, et elle se fana ensuite jusqu’au quatorzième, où elle disparut complètement. Deux jeunes dames, en Pologne, se tenaient pendant un orage devant une croisée ouverte ; un coup de foudre éclata tout près d’elles, et le collier en or de l’une d’elles fut fondu du coup, en laissant sur la peau une empreinte qui dura toute sa vie. L’autre, effrayée de l’accident survenu à sa compagne, fut saisie d’horreur pendant quelques minutes et s’évanouit. Petit à petit, la même marque d’un collier, qui s’était instantanément produite sur le cou de son amie, apparut aussi sur le sien, et subsista pendant plusieurs années, au bout desquelles il finit par disparaître.

Le Dr Justin Kerner, le distingué auteur allemand, raconte un fait encore plus extraordinaire. « À l’époque de l’invasion française, un cosaque ayant poursuivi un Français, et l’ayant acculé dans une impasse, une lutte terrible s’engagea entre eux, dans laquelle le dernier fut grièvement blessé. Une personne qui avait cherché un refuge dans ce cul-de-sac, et ne put s’échapper, fut tellement effrayée, qu’en rentrant chez elle, on vit se reproduire sur son corps exactement les mêmes blessures que le cosaque avait infligées à son ennemi (187) ».

Dans ce cas, comme dans ceux où des désordres organiques et même la mort physique sont le résultat d’une surexcitation soudaine de l’esprit, réagissant sur le corps, Magendie aurait de la peine à attribuer l’effet à tout autre cause qu’à l’imagination ; et s’il était un occultiste, comme Paracelse ou Van Helmont, la question serait débarrassée du mystère qui l’enveloppe. Il comprendrait la puissance de la volonté et de l’imagination humaine, (la première consciente et la seconde inconsciente), sur l’agent universel, pour porter des atteintes physiques et mentales non seulement à des victimes choisies, mais aussi, par action réflexe, inconsciemment à soi-même. C’est un des principes fondamentaux de la magie, que si un courant de ce fluide subtil n’est pas poussé avec une force suffisante pour atteindre le point objectif, il réagira sur le sujet qui l’a mis en mouvement, de même qu’une balle élastique rebondit dans la main du joueur, après avoir frappé la muraille qu’elle n’a pu traverser. Il y a, en effet, beaucoup d’exemples où de prétendus sorciers ont été eux-mêmes les victimes. Van Helmont dit : « La puissance d’imagination d’une femme vivement excitée produit une idée, qui sert d’intermédiaire entre le corps et l’esprit. Elle se transfère à l’être avec lequel la femme est en relation la plus immédiate, et elle imprime en lui l’image qui l’a le plus agitée elle-même (188) ».

Deleuze a recueilli, dans sa Bibliothèque du Magnétisme animal, un grand nombre de faits remarquables, tirés de Van Helmont„ et parmi ces faits, nous nous contenterons de citer le suivant, faisant pendant au cas du chasseur d’oiseaux, Jacques Pelissier. Il dit « que des hommes en regardant fixement des animaux, occulis intentis, pendant un quart d’heure, peuvent occasionner leur mort ; ce que Rousseau confirme, d’après sa propre expérience en Egypte et en Orient, où il tua de cette manière plusieurs crapauds. Mais lorsqu’il voulut l’essayer à Lyon, le crapaud, sentant qu’il ne pourrait échapper aux atteintes de son regard, s’éveilla et s’élança sur lui avec tant de violence, sans détacher ses yeux de lui, que Rousseau fut pris de faiblesse et s’évanouit, et pendant quelque temps on le crut mort (189) ».

Mais pour en revenir à la question de tératologie, Wier, dans son livre De Præstigiis Dæmonum (190b), parle d’un enfant né d’une femme qui, peu de temps avant sa naissance, avait été menacée par son mari, lui disant qu’elle avait le diable en elle, et qu’il voulait le tuer. L’effroi de la mère fut tel, que l’enfant vint au monde « bien conformé de la ceinture au bas, mais ayant à la partie supérieure le corps moucheté de taches d’un brun rougeâtre, les yeux à fleur de tête, la bouche d’un satyre, des oreilles de chien, et des cornes recourbées sur la tête comme un bouc ». Dans un ouvrage de démonologie écrit par Peramatus, on lit l’histoire d’un monstre, né à Saint-Laurent, dans les Indes Occidentales, en 1573, dont l’authenticité est attestée par le duc de Medina-Sidonia. L’enfant, « outre l’horrible difformité de la bouche, des oreilles et du nez, avait deux cornes sur la tête pareilles à celles des jeunes boucs, le corps couvert de longs poils, et vers le milieu du corps une espèce de ceinture charnue, de laquelle pendait un morceau de chair ayant la forme d’une bourse, et une cloche de chair dans la main gauche, comme celles dont se servent les Indiens dans leurs danses ; il avait enfin les jambes emprisonnées dans des bottes à retroussis en chair de couleur blanche. En un mot, tout l’ensemble était horrible et diabolique, et il était à présumer que tout cela provenait d’une frayeur que la mère avait éprouvée, en voyant des Indiens exécuter leurs danses grotesques (191) ». Le Dr Fisher rejette tous ces exemples comme dénués d’authenticité et comme fabuleux.

Mais nous ne voulons pas fatiguer davantage le lecteur par le récit des nombreux cas de tératologie que l’on trouve rapportés dans les œuvres des auteurs qui ont écrit sur la matière ; ceux qui précèdent suffisent pour prouver qu’il y a de fortes raisons pour attribuer ces aberrations du type physiologique à la réaction mutuelle de l’esprit maternel et de l’éther universel. Dans le cas où l’on révoquerait en doute l’autorité de Van Helmont, comme homme de science, nous en référerions à l’ouvrage de Fournié, le célèbre physiologiste, dans lequel (à la page 717) on trouve l’appréciation suivante de son caractère : « Van Helmont était un chimiste extrêmement distingué ; il avait tout particulièrement étudié les fluides aériformes, auxquels il avait donné le nom de gaz ; en même temps il poussait la piété jusqu’au mysticisme, s’abandonnant exclusivement à une contemplation constante de la divinité… Van Helmont s’est distingué au-dessus de tous ses prédécesseurs en reliant le principe de la vie directement et en quelque sorte expérimentalement, ainsi qu’il le dit lui-même, aux plus infimes mouvements du corps. C’est l’action incessante de cette entité, qu’il n’associe nullement avec les éléments matériels, mais qui forme une individualité distincte, que nous ne pouvons comprendre. Néanmoins, c’est sur cette entité qu’une célèbre école a établi sa base principale (192) ».

« Le principe de vie » de Van Helmont, ou l’archoeus, n’est ni plus ni moins que la lumière astrale de tous les cabalistes et l’éther universel de la science moderne. Si les empreintes les plus importantes du fœtus ne sont pas dues à l’imagination de la mère, à quelle autre cause Magendie attribuerait-il la formation des plaques cornées, des cornes de boucs et la peau velue d’animaux que, dans les citations précédentes, nous voyons caractériser les monstrueuses progénitures en question ? Il n’existait, certes, aucun germe latent de caractères du règne animal, capables d’être développés sous l’impulsion soudaine d’un caprice maternel. Bref, la seule explication possible est celle présentée par les adeptes des sciences occultes.

Avant de quitter ce sujet, nous voudrions encore dire quelques mots relativement aux cas dans lesquels la tête, le bras et la main furent instantanément dissous, bien qu’il soit évident que, dans chacun de ces cas, le corps entier de l’enfant avait été parfaitement formé. Quelle est la composition du corps de l’enfant à sa naissance ? Les chimistes nous diront qu’il comprend une douzaine de livres de gaz solidifiées, quelques onces d’un résidu cendreux, de l’eau, de l’oxygène, de l’hydrogène, de l’azote, de l’acide carbonique, un peu de chaux, de magnésie, de phosphore et quelques autres substances minérales ; et c’est tout ! D’où viennent ces substances ? Comment ont-elles été rassemblées de la sorte ? Comment ces parcelles que M. Proctor nous dit « être attirées des profondeurs de l’espace qui nous environne de toutes parts », pour être façonnées sous la forme d’êtres humains ? Nous avons vu qu’il était inutile de le demander à l’école dominante dont Magendie est l’illustre représentant ; car il avoue qu’elle ne sait rien de la nutrition, de la digestion ou de la circulation du fœtus ; et la physiologie nous apprend que tandis que l’ovule est enfermé dans le follicule de Graaf, il participe à la structure générale de la mère, dont il forme partie intégrante. Mais à la rupture de la vésicule, il devient presque aussi indépendant d’elle pour ce qui doit constituer le corps de l’être futur, que le germe dans un œuf d’oiseau, après que la mère l’a déposé dans le nid. Certes peu de chose, dans les faits démontrés de la science, viennent contredire l’idée que la relation de l’enfant embryonnaire avec la mère est fort différente de celle du locataire envers la maison, l’abri dont il dépend pour sa santé, sa chaleur et son confort.

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