L’HOMME INTERIEUR ET EXTERIEUR – Partie 8
Au premier rang, en fait de merveilles, il faut placer Proclus. Sa liste de faits, dont la plupart sont appuyés par des citations de témoins, qui sont souvent des philosophes bien connus, est véritablement stupéfiante. Il raconte une foule de cas contemporains, de personnes mortes que l’on avait trouvées ayant changé de posture dans le sépulcre où, après avoir été mises dans une position horizontale, on les retrouvait assises ou debout. Il attribue cela à leur nature de larves, ainsi, dit-il, que « le rapportent les anciens auteurs, tels que Aristide, Epimenide et Hermodore ». Il cite cinq cas tirés de l’histoire de Clearque, disciple d’Aristote.
1° Le cas de Cleonyme l’Athénien.
2° Celui de Polykrite, homme illustre parmi les Etoliens. Ce fait est raconté par l’historien Nomaque, qui dit que Polikrite mourut et revint neuf mois après sa mort. « L’Ephésien Hiero et d’autres historiens, dit Taylor son traducteur, attestent la vérité de ce fait ».
3° Le cas de Eurynous, à qui arriva la même chose à Nicopolis. Ce dernier ressuscita le quinzième jour après son inhumation, et vécut quelque temps après cela, menant une vie exemplaire.
4° Le cas de Rufus, prêtre de Thessalonique, rendu à la vie le troisième jour après sa mort afin qu’il pût accomplir certaines cérémonies religieuses, conformément à une promesse. Il remplit son engagement, et mourut de nouveau, pour ne plus revenir.
5° Le cas de Philonoee, qui vivait du temps de Philippe. Elle était fille de Demostrate et de Charite d’Amphipolis. Mariée contre son gré à un nommé Krateros, elle mourut bientôt après. Mais le sixième mois après sa mort, elle ressuscita, comme dit Proclus, « par amour pour un jeune homme nommé Machates, qui était venu de Pella la demander à Demostrate ». Elle le visita pendant plusieurs nuits consécutives, mais lorsque cela fut enfin découvert, elle, ou plutôt le vampire qui la représentait, mourut de colère. Avant sa nouvelle mort, elle avait déclaré qu’elle avait agi de la sorte par la volonté de démons terrestres. Son cadavre, à ce deuxième décès, fut vu par tout le monde, dans la maison de son père. Lorsqu’on ouvrit son tombeau, ou son corps avait été placé, lors du premier décès, on le trouva vide, et le fait fut soigneusement constaté par des parents incrédules, qui avaient tenu à s’assurer eux-mêmes de la vérité. Le récit en est confirmé dans les Epîtres d’Hipparque et par celles d’Arridée à Philippe (124).
Proclus dit : « Bien d’autres auteurs anciens ont recueilli les récits de ceux qui sont morts, en apparence, et ont revécu ensuite. Parmi eux se trouve le philosophe Democrite. Dans ses écrits sur l’Hadès et le prodigieux Conotes familier de Platon, il affirme que la mort n’est pas, dans le cas en question, comme elle le parait, une désertion complète de la vie totale du corps, mais une suspension causée par un coup, ou peut-être une blessure ; mais les liens de l’âme demeurent attachés à la moelle et le cœur conserve encore dans sa profondeur l’empyreume de vie ; celui-ci étant conservé, la vie suspendue peut reprendre, en s’adaptant à l’animation ».
Il dit encore : « Il est possible à l’âme de quitter le corps et d’y rentrer ; cela est rendu évident par l’homme qui, suivant Clearque, se servait d’une baguette qui attirait au dehors l’âme d’un garçon endormi. Il convainquit Aristote, dit Clearque dans son Traité du sommeil, que l’âme peut être séparée du corps, et y rentrer, et s’en servir comme d’un logement. En effet, en frappant le garçon avec sa baguette, il en fit sortir l’âme qu’il fit aller et venir, afin de démontrer que le corps restait immobile lorsque l’âme [le corps astral] était loin de lui, et qu’il ne lui était fait aucun mal ; l’âme ramenée dans le corps, au moyen de la baguette, rendait compte alors de tout ce qui s’était passé. C’est à la suite de ce fait qu’Aristote aussi bien que les autres spectateurs furent convaincus que l’âme est distincte et séparée du corps (125) ».
Il parait absurde de rappeler aussi souvent les faits de sorcellerie, en pleine lumière du XIXème siècle. Mais le siècle lui-même se fait vieux ; et comme il approche petit à petit de sa fin fatale, il a l’air de tomber en enfance ; non seulement il refuse de reconnaître que les faits de sorcellerie sont démontrés, mais il ne veut même pas admettre ce qui s’est fait depuis une trentaine d’années, dans le monde entier. Nous pourrions douter, à la rigueur, du pouvoir magique des prêtres de la Thessalie et de leurs « sortilèges » mentionnés par Pline (126b) après un laps de plusieurs milliers d’années ; nous pourrions ne pas ajouter foi aux renseignements fournis par Suidas, qui raconte le voyage de Médée par les airs, et oublier ainsi que la magie est la connaissance la plus haute de la philosophie naturelle ; mais comment expliquerons-nous la reproduction fréquente de ces mêmes voyages « dans les airs » précisément lorsqu’ils s’accomplissent sous nos yeux, et qu’ils sont attestés et confirmés par le témoignage de centaines de personnes ayant toutes les apparences de gens sains d’esprit ? Si l’universalité d’une croyance est une preuve de sa vérité, peu de faits ont été mieux établis que celui de la sorcellerie.
« Chaque peuple, depuis le plus barbare jusqu’au plus raffiné, nous pouvons même ajouter, dans chaque siècle, a cru à l’action surnaturelle que nous désignons par ce terme », dit Thomas Wright, l’auteur de Narratives of Sorcery and Magic et membre sceptique de l’Institut National de France. « Elle était fondée sur une croyance également répandue, qu’outre notre existence visible, nous en avons une autre qui se passe dans un monde invisible d’êtres spirituels, par lesquels nos actions et même nos pensées sont souvent guidées, et qui jusqu’à un certain point ont un pouvoir sur les éléments et sur le cours ordinaire de la vie organique ».
De plus, s’étonnant que cette science mystérieuse ait fleuri ainsi partout, et faisant remarquer l’existence de plusieurs écoles de magie dans différentes parties de l’Europe, il explique la croyance consacrée par le temps et montre la différence qu’il y a entre la sorcellerie et la magie dans les termes suivants : « Le magicien diffère du sorcier en ce que, tandis que le dernier était un instrument ignorant dans la main des démons, le premier était devenu leur maître par la toute-puissante influence de la Science qui n’était à la portée que d’un petit nombre, et à laquelle ces êtres étaient dans l’impossibilité de désobéir (127) ». Cette séparation établie et connue depuis le temps de Moise, l’auteur la donne comme tirée des « sources les plus authentiques ».
Si, de cet incrédule, nous passons à l’autorité d’un adepte de cette mystérieuse science, l’auteur anonyme de l’Art Magique, voici ce que nous lisons : « Le lecteur demandera en quoi consiste la différence entre un médium et un magicien ?… Le médium est un être au moyen de l’esprit astral duquel d’autres esprits peuvent se manifester, en faisant sentir leur présence par divers genres de phénomènes. Quelle que soit la nature de ces phénomènes, le médium est tout simplement un agent passif entre leurs mains. Il ne peut ni commander leur présence, ni vouloir leur absence ; il ne peut jamais provoquer à son gré l’accomplissement d’un acte quelconque, ni en diriger la nature. Le magicien, au contraire, peut faire venir et renvoyer les esprits à volonté ; il peut accomplir une foule d’actes de puissance occulte, par son propre esprit ; il peut forcer les esprits d’êtres inférieurs au sien à venir et à lui prêter leur concours, et enfin effectuer des transformations dans les domaines de la nature sur les corps animés et inanimés (128) ».
Ce savant auteur a oublié de signaler une distinction marquée dans la médiumnité, qu’il devait bien connaître. Les phénomènes physiques sont le résultat de manipulations de forces au moyen du système physique du médium, par des intelligences invisibles de n’importe quelle classe. En un mot, la médiumnité physique dépend d’une organisation particulière du système physique ; la médiumnité spirituelle, qui est accompagnée d’une certaine manifestation de phénomènes intellectuels subjectifs, dépend d’une organisation également spéciale de la nature spirituelle du médium. Ainsi que le potier d’une masse d’argile peut faire un vase d’honneur, et d’une autre un vase abject, de même, parmi les médiums physiques, l’esprit astral plastique de l’un peut être prédisposé à une certaine classe de phénomènes objectifs, et celui d’un autre à des genres de phénomènes différents. Une fois cette prédisposition acquise, il paraît difficile de modifier la phase de médiumnité, comme lorsqu’une barre d’acier est forgée sous une certaine forme, elle ne peut plus être aisément employée à un usage autre que celui auquel elle est destinée. En règle générale, les médiums qui ont été développés pour un genre de phénomènes, changent rarement pour un autre, mais ils répètent à l’infini la même manifestation.
La psychographie, ou l’écriture directe des messages par les esprits, tient aux deux formes de médiumnité. L’écriture elle-même est un fait objectif physique, tandis que les sentiments qu’elle exprime peuvent être du caractère le plus noble. Cela dépend entièrement de l’état moral du médium. Il n’est pas nécessaire qu’il ait de l’instruction pour écrire des traités de philosophie dignes d’Aristote, ni d’être poète pour écrire des vers qui feraient honneur à lord Byron ou à Lamartine ; mais il est indispensable que l’âme du médium soit assez pure pour servir de canal aux esprits qui sont capables de donner une forme élevée à des sentiments de ce genre.
Dans Art Magic, un des plus délicieux tableaux qui nous aient été présentés, est celui d’un innocent petit médium en présence duquel, pendant les trois dernières années, quatre volumes de manuscrits en ancien sanscrit ont été rédigés par les esprits, sans plumes, ni encre ni crayons. « Il suffit, dit l’auteur, de placer des feuilles de papier blanc sur un trépied, soigneusement tenu à l’écart des rayons directs de lumière, mais dans un endroit où ils soient encore visibles aux yeux des assistants. L’enfant s’assied à terre auprès du trépied, sur lequel elle appuie la tête en tenant le pied embrassé dans ses petits bras. Dans cette attitude elle dort souvent une heure, pendant laquelle les feuilles posées sur le trépied se remplissent de caractères sanscrits anciens, admirablement exécutés (129) ». Voilà un exemple remarquable de médiumnité psychographique, et qui donne une idée complète du principe posé plus haut, que nous ne pouvons résister au désir de citer quelques passages de ces écrits sanscrits, d’autant plus qu’ils renferment un exposé de cette partie de la philosophie hermétique, qui se rapporte au précédent état de l’homme, que nous avons décrit ailleurs d’une façon bien moins satisfaisante.
« L’homme vit sur beaucoup de globes avant d’atteindre celui-ci. Des myriades de mondes nagent dans l’espace et servent de lieux de pèlerinage à l’âme, à l’état rudimentaire, avant de gagner la grande et brillante planète nommée la Terre, dont la glorieuse fonction est de lui donner la soi-conscience. Ce n’est que lorsque ce degré est atteint que cet être devient un homme ; à chaque autre étape de sa vaste et sauvage carrière, il n’est qu’une entité embryonnaire, une forme matérielle flottante et temporaire, une créature dans laquelle une partie, mais seulement une partie, de l’âme élevée brille emprisonnée ; une forme rudimentaire ayant des fonctions rudimentaires, toujours vivant, mourant, soutenant une existence spirituelle passagère, aussi rudimentaire que la forme matérielle d’où elle émane ; un papillon s’élançant de sa chrysalide, mais toujours au fur et à mesure qu’il avance, passant de nouvelles naissances à de nouvelles morts, subissant de nouvelles incarnations, pour mourir et renaître de nouveau ; mais toujours faisant un pas en avant, cherchant à gagner du terrain, jusqu’à ce qu’il atteigne le sentier vertigineux et pénible, raboteux et rude où il se réveille une fois encore, mais pour vivre et devenir une forme matérielle, une chose de boue, une créature de chair et d’os, mais désormais un homme (130) ».
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