LES VEDAS ET LA BIBLE – partie 5
De même que l’homme, et tout autre être qui l’habite, notre planète a son évolution spirituelle et physique. Né d’une pensée idéale impalpable, dans la Volonté créatrice de Celui dont nous ne savons rien, et que nous ne faisons que faiblement concevoir dans notre imagination, ce globe devint fluide et semi spirituel, puis se condensant de plus en plus jusqu’à ce que son développement physique – la matière, démon tentateur – l’ait obligé à essayer ses propres facultés créatrices. La Matière lança un défi à l’ESPRIT, et la terre eut, aussi, sa « chute ». La malédiction allégorique dont elle souffre n’est due qu’à ce qu’elle procrée au lieu de créer. Notre planète physique n’est qu’une servante ou plutôt, une bonne à tout faire, de l’esprit son maître. « Maudit soit le sol… il portera des épines et des chardons », fait-on dire aux Elohim. « Tu enfanteras dans la douleur. » Les Elohim le disent aussi bien au sol qu’à la femme.
Et cette malédiction durera jusqu’à ce que la plus petite particule sur la terre ait vécu sa vie, jusqu’à ce que chaque grain de poussière soit devenu, par transformation graduelle en évoluant, la partie constituante d’une « âme vivante », et jusqu’à ce que celle-ci remonte le long de l’arc cyclique, pour se dresser finalement – son propre Métatron ou Esprit Rédempteur – au pied de l’échelon supérieur des mondes spirituels, comme il l’était à la première heure de son émanation. Au-delà, c’est le grand « Abîme » – le MYSTERE !
Rappelons-nous que toute cosmogonie a une trinité d’artisans qui y travaillent – Le Père, esprit ; la Mère, nature ou la matière ; et l’univers manifesté, Fils, ou résultat des deux.
L’univers, de même que chaque planète qui le compose, passe par quatre âges, comme l’homme lui-même. Tous ont leur enfance, leur jeunesse, leur maturité et leur vieillesse, et ces quatre, ajoutés aux trois autres, composent encore une fois le sept sacré.
Les chapitres d’introduction de la Genèse n’ont jamais voulu présenter même une lointaine allégorie de la création de notre terre.
Ils embrassent (Chapitre Ier) l’idée métaphysique d’une période indéfinie de l’éternité, dans laquelle des efforts successifs furent faits par la loi de l’évolution, pour former des univers. Cette notion est clairement présentée dans le Sohar : « Il existait d’anciens mondes qui périrent aussitôt venus à l’existence ; ils n’avaient pas de forme et on les appelait des étincelles. De même le forgeron, en battant le fer, fait voler les étincelles dans tous les sens Les étincelles sont les mondes primordiaux qui ne purent continuer leur existence parce que l’Ancien vénérable (Séphira) n’avait pas encore revêtu sa forme (de sexes opposés ou androgyne) du roi et de la reine (Séphira et Kadmon) et que le Maître ne s’était pas encore mis à l’œuvre (106). »
Les six périodes ou « jours » de la Genèse ont rapport à la même croyance métaphysique. Cinq essais infructueux furent faits par les Elohim, mais le résultat du sixième fut des mondes comme le nôtre, (c’est-à-dire que toutes les planètes et la plupart des étoiles sont des mondes habités, quoiqu’ils ne le soient pas de la même manière que notre terre).
Ayant façonné enfin ce monde dans la sixième période, l’Elohim se reposa dans la septième. C’est ainsi que le « Très Saint » lorsqu’il créa le monde actuel dit : « Celui-ci me satisfait ; les autres antérieurs ne me satisfaisaient point (107). « Et Elohim « vit tout ce qu’il avait fait ; et voici que c’était très bon. Ainsi il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour » (Genèse I. 31).
Le lecteur se souviendra qu’au chapitre IV nous avons donné une explication du « jour » et de la « nuit » de Brahma. Le premier représente une certaine période de l’activité cosmique, et le second une autre période de repos cosmique. Dans l’un, les mondes sont évolués et passent par leurs quatre phases d’existence ; dans le dernier « l’inspir » de Brahma renverse la tendance des forces naturelles ; toute chose visible se disperse graduellement ; puis survient le chaos ; et une longue nuit de repos donne une nouvelle vigueur au cosmos, pour la prochaine période d’évolution. Au matin d’un de ces « jours », les processus en formation atteignent graduellement le point le plus élevé de leur activité ; le soir celle-ci diminue imperceptiblement jusqu’à ce que vienne le pralaya, et avec lui la « nuit ». Un de ces matins et un de ces soirs constituent, en fait, un jour cosmique ; et c’est un « jour de Brahma » que l’auteur cabalistique de la Genèse a en vue, toutes les fois qu’il dit : « Et il y eut un soir, et il y eut un matin ; ce fut le premier (le cinquième ou le sixième) ou n’importe quel jour. » Six jours d’évolution graduelle, un jour de repos, puis – le soir !
Depuis l’apparition de l’homme sur notre terre, il y a un sabbat éternel ou repos, pour le Démiurge.
Les théories cosmogoniques des six premiers chapitres de la Genèse apparaissent dans les races des « fils de Dieu », des « géants », etc, du chapitre VI. À proprement parler, le récit de la formation de notre terre, ou « création », comme on l’a appelée bien à tort, commence avec le sauvetage de Noe() du déluge. Les tablettes Chaldéo-babyloniennes récemment traduites par George Smith- ne laissent aucun doute à ce sujet dans l’esprit de ceux qui savent lire ésotériquement les inscriptions. Ishtar, la grande déesse, parle dans la colonne III de la destruction du sixième monde et de l’apparition du septième, en ces termes :
« SIX jours et six nuits, le vent, le déluge et la tempête firent rage.
« Le septième jour, se calma le cours de la tempête et le déluge,
« qui avait détruit comme un tremblement de terre (108)
« se calma. Il fit sécher la mer, et le vent et le déluge prirent fin…
« J’aperçus le rivage sur la limite de la mer…
« le navire (l’argha, ou la lune) alla au pays du Nizir,
« la montagne de Nizir arrêta le navire…
« le premier jour, et le second jour, la montagne de Nizir fit de même,
« le cinquième et le sixième la montagne de Nizir fit de même,
« le septième jour, et pendant sa durée.
« J’envoyai une colombe et elle partit. La colombe s’en alla et revint et… le corbeau s’envola… mais ne revint point.
« J’élevai un autel sur le sommet de la montagne,
« par sept herbes que je coupai, et au-dessous d’elles je plaçai des joncs, des pins et du timgar…
« les dieux se réunirent comme des mouches, autour du sacrifice.
« Du temps jadis aussi, le grand Dieu dans sa course
« avait créé la grande splendeur (le soleil) d’Anu (109).
« Quand je ne quitterais pas la gloire de ces dieux sur le charme autour de mon cou… etc. »
Tout cela a un rapport purement astronomique, magique et ésotérique. En lisant ces tablettes, on reconnaît le récit biblique, au premier coup d’œil, et l’on voit, en même temps, jusqu’à quel point le grand poème babylonien a été défiguré par des personnages évémériques – tombés de la position élevée de dieux qu’ils occupaient, au rang de simples patriarches. La place nous manque pour étudier tout au long cette parodie biblique des allégories chaldéennes. Nous nous bornerons donc à rappeler au lecteur que d’après l’aveu des témoignages les plus récalcitrants – comme celui de Lenormant, le premier inventeur puis champion des Akkadiens – la trinité chaldéo-babylonienne placée au-dessous d’Ilon, la divinité non révélée, se compose de Anu, Nuah et Bel. Anu est le chaos primordial, le dieu temps et monde en même temps, χρόνος et κόσνος, la matière, non-créée issue du seul principe fondamental de toutes choses. Quant à Nuah, il est, selon le même orientaliste :
« … l’intelligence, nous dirions volontiers le verbum, qui anime et féconde la matière, qui pénètre l’univers, qui le dirige et le fait vivre ; Nuah est, en même temps, le roi du principe humide ; l’Esprit qui se meut à la surface des eaux. »
Est-ce assez clair ? Nuah c’est Noe(), flottant sur les eaux dans son arche ; celle-ci étant l’emblème de l’argha, ou de la lune, le principe féminin ; Noé c’est l’ « esprit » tombant dans la matière. Nous le voyons, à peine débarqué sur la terre, plantant une vigne, buvant le vin, et s’enivrant ; c’est-à-dire que l’esprit pur est enivré aussitôt qu’il est emprisonné dans la matière.
Le septième chapitre de la Genèse n’est qu’une autre version du premier. Ainsi, tandis que dans celui-ci on lit : « les ténèbres étaient à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux », au chapitre sept, on lit : « Les eaux grossirent… et l’arche flotta (avec Noe() – l’esprit) sur la surface des eaux. » De sorte que Noe(), s’il est le Nuah chaldéen, est l’esprit qui vivifie la matière, et le chaos est représenté par l’abîme, ou les eaux du déluge. Dans la légende babylonienne, c’est Ishtar (Astoreth, la lune) qui est enfermée dans l’arche, et qui envoie une colombe (emblème de Vénus et de toutes les déesses lunaires) à la recherche de la terre ferme. Et tandis que dans les tablettes sémitiques c’est Xisuthrus ou Hasisadra qui est « élevé en compagnie des dieux, pour sa piété », dans la Bible c’est Enoch qui agit selon Dieu et qui ayant été élevé auprès de lui, « ne fut plus ».
Tous les anciens peuples croyaient à l’existence successive d’un nombre incalculable de mondes avant l’évolution ultérieure du nôtre et l’enseignaient. Le châtiment des chrétiens pour avoir ravi aux Juifs leurs archives et refusé la clé véritable pour les déchiffrer, commença dès les premiers siècles. Voilà la raison pour laquelle nous voyons les saints Pères de l’église à l’œuvre pour faire concorder une chronologie impossible et les absurdités de l’interprétation littérale, tandis que les doctes rabbins étaient parfaitement au courant de la véritable signification de leurs allégories. De cette manière, non seulement dans le Sohar, mais aussi dans d’autres ouvrages cabalistiques mentionnés par les Talmudistes, tels que le Midrash Berasheth, ou Genèse universelle, laquelle, avec la Merkaba (le chariot d’Ezechiel) compose la Cabale, on reconnaît la doctrine de toute une série de mondes évoluant du chaos, et qui ont été successivement détruits.
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